La rivalité entre la France et l'Espagne est un des classiques des compétitions internationales de basket-ball. Deux nations qui dominent l'Europe du basket depuis des années. Deux équipes qui ne s'aiment pas - du moins en apparence - et qui ont à coeur de se défier. Pour vraiment comprendre la rivalité entre les deux groupes, revenons aux origines récentes de ses duels.

Image illustrant une confrontation entre la France et l'Espagne au basket-ball.
Les Premières Rencontres
Avant même d'évoquer les duels des générations Parker et Pau Gasol, il faut rappeler que les deux pays ont une longue tradition de rencontres au plus haut niveau. En 1999, un an avant que TP ne débute en Bleu, l'Espagne a encore éliminé la France à Paris-Bercy en demi-finale de l'Euro (70-63) dans ce qui était la 53e confrontation entre les deux sélections depuis 1943. On parlait alors de l'équipe d'Alberto Herreros contre celle d'Antoine Rigaudeau.
Le 19 août 2001, Tony Parker affronte pour la première fois l'Espagne avec les A dans ce qui est sa sixième sélection. Lui dont le record en Bleu est de... 4 points en inscrit 19 (en 23 minutes) dans ce match amical disputé à Algesiras, ce qui fait écrire à L'Equipe que la France a trouvé en «Tony ''marqueur'' une vraie valeur ajoutée qui pourrait faire des dégâts à l'Euro». Problème : Pau Gasol et Juan Carlos Navarro sont déjà installés. Ils marquent respectivement 18 et 26 points et les Français s'inclinent (98-91).
Euro 2005: La Première Médaille de la Bande à Parker (victoire 98-68)
En 2005, après plusieurs désillusions en 1991 (défaite pour le bronze à l'Euro) et 1999 (défaite en demi-finale du Championnat d'Europe en France), les Bleus se présentent au match pour la troisième place encore groggy. En demi-finale, ils ont été éliminés par la Grèce, alors qu'ils menaient de 7 points à une minute du terme, sur un trois points assassin de Diamantidis. Les Français retrouvent ainsi la Roja, elle-même sortie au bout du suspens par l'Allemagne.
Les Tricolores digéreront bien mieux leur déception pour écraser leur voisin (98-68) et remporter leur première médaille européenne depuis... 1959 ! Après une quatrième place frustrante en 2003, Tony Parker obtient sa première médaille internationale en 2005.

Tony Parker célébrant une victoire.
Euro 2009: Le Début de la Malédiction Espagnole (défaite 68-88)
La rencontre débute presque lors du dernier match de poule, entre la France et la Grèce, dont le vainqueur affrontera l'Espagne qui passe un peu à côté de sa compétition. Mais malgré les performances moyennes des Ibériques, personne ne souhaite réellement les défier. Les Bleus s'imposent finalement et sont en confiance (six victoires en six matchs). Problème : plus grand est l'espoir, plus dure est la chute. Les Français sont laminés 68-88. Comme le confiera Nicolas Batum, ce match lancera la rivalité des années suivantes avec nos voisins pyrénéens.

Tony Parker et Boris Diaw.
«J'ai encore en travers le quart de 2009. On avait eu huit victoires et une défaite à l'Euro et on n'avait pas eu de médaille après avoir joué pendant deux mois et demi», a rappelé Tony Parker mercredi. Les Français sont accablés et ne peuvent rien faire (défaite 86-66) face à une équipe qui va dérouler jusqu'à son premier titre européen.
Tony Parker et Ricky Rubio au combat, symbole de la décennie à venir entre les deux nations.
2010 : la divine surprise
En 2010, la France se présente au Championnat du monde sans Tony Parker et l'Espagne sans Pau Gasol. Personne ne s'attend à ce que les Bleus soient capables de battre dès leur premier match celle qui est alors tenante du titre. Mais à Izmir, le miracle arrive (72-66) avec une grand performance d'Andrew Albicy (13 points), appelé de dernière minute après avoir été élu MVP du championnat d'Europe espoirs.
DISCOURS DE VESTIAIRE n°1 - Basket : Tony Parker match France - Espagne, demi-finales de l’Euro 2013
Euro 2011: Tournoi Réussi Mais Médaille d'Or Envolée (défaite 85-98)
Après leur exploit inutile en phase de poule du Mondial 2010 (victoire 72-66 sans Parker), la rencontre devient un classique des compétitions internationales. À l'Euro 2011, Français et Espagnols se retrouvent encore deux fois. Dans un match sans réel enjeu au deuxième tour, les Bleus sont humiliés (96-69). Puis ils sortent les Grecs et les Russes pour affronter... l'Espagne en finale. Les Tricolores s'inclinent (85-98), sans démériter, malgré un grand Parker (26 points), face à une Roja au sommet de son art.
En 2011, les deux générations dorées s'affrontent pour la première fois dans une finale, celle de l'Euro à Kaunas, après avoir obtenu leur billet pour les JO de Londres. La réalisation de ce premier objectif a probablement déconcentré les Bleus. Et puis les Espagnols sont tout simplement plus forts. Dans le sillage d'un grand Juan Carlos Navarro (27 points), et avec un Serge Ibaka qui écoeure les attaquants adverses (5 contres), les Espagnols s'imposent (98-85) et conservent leur titre, une première depuis 1997.
Nicolas Batum contré par un Serge Ibaka aérien lorsque l'Espagne régnait sur l'Europe (titrée en 2009,2011 et 2015).

Nicolas Batum et Serge Ibaka lors d'un match.
Jeux Olympiques 2012: Défaite Rageante et Tension Maximale
En quarts de finale du tournoi olympique, la France fait de nouveau face à l'Espagne pour la quatrième fois en autant de grandes compétitions. Battus deux fois en poule, les Ibères ne semblent pas très sereins dans ces JO et, pour la première fois depuis 2005 dans un match couperet, les Bleus font jeu égal.
A Londres, les Bleus le sentent : leur tour est venu. Ils sont compétitifs comme jamais, tenant le coup défensivement, mais sont encore trop courts (66-59). Symbole d'une frustration intense, Nicolas Batum fait une grosse faute sur Juan Carlos Navarro en fin de match. «Pour leur donner une bonne raison de flopper (exagérer ou inventer une faute)», expliquera l'ailier français.
En tête de trois points à la pause (37-34), le match se décide dans les derniers instants. En panne de réussite, les Tricolores cèdent et laissent échapper leur frustration via Ronny Turiaf puis Nicolas Batum qui assène un violent coup à Juan Carlos Navarro. En interview d'après-match, le Français reproche à la Roja d'avoir volontairement perdu son dernier match de poule pour éviter les USA en demi-finales. Interrogé sur son geste, il lâche : « Et faire exprès de perdre un match, c'est dans l'esprit olympique, ça ? Je voulais lui donner une bonne raison de plonger ».
Nicolas Batum encerclé par l'arbitre, l'histoire d'une rencontre qui a échappé aux Bleus dans les derniers instants.

Nicolas Batum entouré par les arbitres.
Euro 2013: Le Néant Puis la Magnifique Révolte
Le rendez-vous devient annuel entre deux des nations dominantes du basket européen à cette époque. En toute logique, elles se retrouvent en demi-finales. Menés de 13 points à la pause et inoffensifs (20-34), les Bleus vont se révolter en deuxième période dans le sillage du légendaire discours de Tony Parker à la mi-temps. Le meneur des Spurs prend feu (32 points) et permet aux Français d'arracher la prolongation. Sur leur lancée, les Tricolores ne vont cette fois pas craquer pour s'offrir leur plus belle victoire face à leur voisin (75-72). Ils finiront le travail en finale contre la Lituanie pour décrocher leur première médaille d'or internationale.
Portés par un grand Tony Parker (29 points), ils comptent sept points d'avance à un peu plus de trois minutes de la fin mais ils s'inclinent sur un panier décisif de Marc Gasol (85-84). C'est la huitième défaite de suite des Français face aux Espagnols. «On les battra un jour ces gars-là, on les battra ! On les battra à l'Euro», annonce alors Nicolas Batum...
Le 20 septembre 2013, à Ljubljana, l'équipe de France parvient enfin à renverser la montagne (75-72 a. p.), même si celle-ci était un peu moins menaçante en l'absence de Pau Gasol, Serge Ibaka et Juan-Carlos Navarro. Pourtant, les Bleus étaient menés de 14 points à la mi-temps (34-20) et seul Tony Parker n'arrivait à marquer. Au retour des vestiaires, deux paniers à trois points d'Antoine Diot retournent la situation. Les Bleus sont lancés, ils ne s'arrêteront plus jusqu'à leur premier titre européen.
Sans doute l’un des plus bels exploits du basket tricolore. Un moment de grâce, un moment unique. Une rencontre sous haute tension. Des pleurs et de la joie, beaucoup de joie. Les Bleus y sont enfin parvenus. Ils ont battu l’Espagne, finaliste des J.O l’année précédente et favorite de cet Eurobasket - au même titre que les Français - en Slovénie. Au diable la finale de l’Euro en Lituanie. Au diable le quart de finale perdu à Londres. On s’en fiche. Les Bleus l’ont fait.
La rencontre, diffusée conjointement sur France Télévision et Canal + est suivie par des millions de téléspectateurs. Tout un peuple attendait ça. Mais aucun citoyen français n’était plus motivé que les joueurs eux-mêmes.
Mondiaux 2014: Le Chef-d'oeuvre en Espagne
En quarts de finale de la compétition, l'habituelle confrontation Franco-Espagnole a lieu. Chez elle, avec une équipe au grand complet, la Roja veut laver l'affront de l'Euro 2013. Les Ibères viennent d'écraser en phase de groupe une équipe de France privée de Tony Parker (64-88) et arrivent en pleine confiance quelques jours plus tard. Crispés, ils vont pourtant subir la défense française dans le dernier quart-temps (23-9) et sa domination aux rebonds (50 à 29). Les Bleus triomphent 65-52 et obtiendront le bronze après une défaite en demi-finales contre la Serbie. Leur première médaille en Championnats du monde.
La situation est inversée par rapport à 2013. Cette fois, les Bleus sont privés de plusieurs cadres, dont Tony Parker. A l'inverse, l'Espagne est de nouveau au complet, avec un Pau Gasol qui survole les débats à domicile. Au premier tour de la Coupe du monde, la Roja écrase tous ses adversaires et la France ne fait pas exception (88-64) alors même qu'elle offre un visage plutôt intéressant. Le problème est que très vite, il se dessine que les Bleus devront de nouveau les affronter dès les quarts de finale. Voici ce moment arrivé.
A peine deux ou trois minutes après le buzzer, un journaliste a demandé à Nicolas Batum s'il réalisait que les Bleus venaient de réaliser l'un des "plus beaux exploits du sport collectif français". C'est fou à quel point l'euphorie peut pousser à dire des conneries monumentales.
Vincent Collet et ses soldats ont remporté l'une de leurs plus belles batailles ce soir-là. Une victoire tactique, avec des choix payants du coach et une concentration de tous les instants d'une équipe pourtant (mal) habituée à avoir des trous d'air en cours de route. Un succès héroïque qui a effacé les douleurs du passé, du moins celles qui n'avaient pas encore été soignées par le titre européen de 2013.
Boris Diaw (ici face à Rudy Fernandez) et ses équipiers ont réalisé un des plus beaux exploits du sport français.

Boris Diaw face à Rudy Fernandez.
Euro 2015: La Terrible Revanche
Neuvième confrontation en six ans dans les grandes compétitions. La France accueille cet Euro chez elle et souhaite conserver son titre comme l'avait fait... l'Espagne (2009, 2011). Dans un stade Pierre Mauroy chauffé à blanc, les Bleus pensent avoir fait le plus dur en menant de neuf points dans le dernier quart-temps (61-52). Mais portés par un Pau Gasol irrésistible (40 points, 11 rebonds), la Roja revient. Même si les Français arrachent la prolongation, la Roja prive l'équipe de France de sa finale à domicile (75-80) pour la dernière de Tony Parker dans un Euro. « On veut faire fermer les bouches des Français », avait déclaré le pivot espagnol avant la rencontre. Mission accomplie...
Avec le retour de Tony Parker, la montée en puissance des jeunes Rudy Gobert et Evan Fournier, le comeback et l'ascension d'un incroyable Nando De Colo en plus des valeureux guerriers Bronzés en Espagne, les Bleus rêvaient de décrocher un nouveau titre devant un public hystérique à Villeneuve-D'Ascq. La France n'avait jamais été forte. Et, du même coup, une défaite contre l'Espagne n'aurait jamais pu lui faire aussi mal.
Les Espagnols sont pour une fois moins bavards. Mais ils sont en mission. Pau Gasol a été phénoménal tout le tournoi. Intouchable. Au-dessus du lot. Mais cette rencontre contre son adversaire de toujours, un adversaire contre lequel il n'a jamais perdu, restera comme le chef d'oeuvre du géant. 40 points, 11 rebonds.
Jeux Olympiques 2016: La Claque et Une Sortie Par la Petite Porte
Dernière compétition internationale pour une génération (Parker, Gelabale, Pietrus). La France rêve alors d'offrir à son meneur NBA une sortie en apothéose sur une breloque olympique. Mais comme en 2012, les espoirs bleus vont se fracasser sur le rocher ibérique. Comme à l'Euro 2013, ils sont menés de 13 points à la pause. Mais cette fois, il n'y aura pas la même révolte. Les Bleus subissant une lourde défaite (92-67) face à un grand Nikola Mirotic (23 points).
Statistiques des confrontations France - Espagne
Voici un tableau récapitulatif des confrontations entre la France et l'Espagne :
| Compétition | Nombre de Matchs | Victoires de la France | Victoires de l'Espagne |
|---|---|---|---|
| Matchs Amicaux | 30 | 12 | 18 |
| Championnat d'Europe | 15 | 3 | 12 |
| Coupe du Monde | 2 | 1 | 1 |
| Jeux Olympiques | 3 | 1 | 2 |
| Qualifications JO / Euro | 8 | 2 | 6 |
| Total | 58 | 19 | 39 |