Match France-Algérie 2001 : Incidents et Répercussions

Le 6 octobre 2001, le Stade de France devait être le théâtre d'un événement symbolique : un « match de la réconciliation » entre la France et l'Algérie. Deux pays liés par une histoire complexe de colonisation et d'immigration. L'espoir était grand de voir le football apaiser les mémoires franco-algériennes. Cependant, au lieu d'un hommage, le match s'est transformé en un fiasco, ravivant les maux du passé.

Face aux champions du monde 98, l'Algérie était menée 4 buts à 1 à la 76e minute lorsque des centaines de supporters ont envahi la pelouse. Certains étaient drapés du drapeau algérien, marquant le début d'une soirée chaotique.

Des supporters algériens envahissent le terrain lors du match France-Algérie au Stade de France, le 6 octobre 2001.

Le Déroulement des Événements

Le score du match est passé aux oubliettes. Mais La Marseillaise sifflée, le terrain envahi et les ministres malmenés sont restés dans les mémoires. Le 6 octobre 2001, la rencontre France-Algérie dérapait.

Ce soir-là, quelque 10,5 millions de téléspectateurs assistaient en direct à la fête gâchée. Le match avait été précédé d'un déchaînement médiatique rare: il serait plus qu'une rencontre sportive, une démonstration emblématique des retrouvailles entre deux peuples.

Malgré cela, la soirée du 6 octobre a peut-être laissé une trace durable dans les esprits, comme l'a observé le directeur du Centre d'études de la vie politique française (Cevipof), Pascal Perrineau, qui assiste à de multiples séances avec des citoyens interrogés par les sondeurs: «Cet épisode a cristallisé un certain nombre de sentiments diffus autour des problèmes des banlieues, de la sécurité et de l'intégration, y compris chez des gens qui ne formulaient pas clairement leurs doutes.»

«France-Algérie est devenu la référence automatique, déplore le président de SOS-Racisme, Malek Boutih. Le moindre faux pas coûte beaucoup plus cher que tous les bons pas que l'on peut faire.» Du côté de la communauté algérienne, le choc est rude.

Conçue comme un symbole, celui de l'amitié entre les peuples français et algérien, la rencontre du 6 octobre a ainsi tourné au fiasco politico-sportif.

Les Signes Avant-Coureurs

La date de la rencontre, celle du 6 octobre 2001, avait été fixée plusieurs mois à l'avance. Surgissent les attentats du 11 septembre. Très vite, la ministre des Sports fait savoir qu'il n'est pas question de reporter le match.

Dès le 12, pourtant, une note des Renseignements généraux de Seine-Saint-Denis tire la sonnette d'alarme, en des termes souvent prémonitoires. Elle annonce que La Marseillaise pourrait être conspuée et s'interroge sur la «fiabilité» des stadiers chargés de la sécurité à l'intérieur du Stade de France.

Une deuxième note des RG, datée du 5 octobre, veille du match, précise que le terrain pourrait être envahi par des supporters de l'équipe algérienne, à la fin de la rencontre, en cas d' «affront» au tableau d'affichage...

Réactions Politiques et Sociales

Quatre mois plus tard, le débat reste vif. Le 5 février encore, lors de la première convention thématique de l'Union en mouvement (le nouveau mouvement des chiraquiens) consacrée à l'intégration, Alain Juppé affirmait: «On ne peut pas reprocher à des jeunes Français de siffler La Marseillaise au Stade de France et en même temps ne pas lutter contre les discriminations.»

Le lendemain, le ministre de l'Education nationale, Jack Lang, distribuait un CD sur l'hymne national dans les écoles, les collèges et les lycées. Et dans son livre-programme (Le Courage de décider, Robert Laffont), le candidat Jean-Pierre Chevènement s'interroge sur la manière de «surmonter le moment de doute qui a saisi beaucoup de nos compatriotes, un soir d'automne, au Stade de France».

Une semaine après les faits, 56% d'entre eux, selon un sondage Ipsos, jugeaient les incidents «graves, car ils témoignent des difficultés d'intégration d'une partie de la population française d'origine musulmane».

«Ces sifflets ont montré aux Français, toutes origines confondues, qu'il y a un échec de l'intégration, estime Hakim Denfer, 33 ans, président de la Maison des Algériens de France, association culturelle lilloise. De ces jeunes on a fait des zombies. Ils n'ont plus aucune culture.»

Si la gêne a été patente au sein de l'exécutif, la droite a fini par percevoir l'attente de son électorat autour de cet événement. Sur les estrades, le match est devenu un passage obligé. Et un succès de salle garanti.

La classe politique, silencieuse sur le moment, est désormais plus loquace. «Cette rencontre, c'était une mauvaise idée, tranche le patron du PS, François Hollande. En vérité, le mécanisme d'intégration marche mal.» La ministre communiste des Sports, Marie-George Buffet, ne dit pas autre chose: «J'ai rencontré des mères de ces jeunes qui avaient envahi le terrain. Elles m'ont dit que leur génération n'aurait jamais fait une chose pareille, mais que nous avions rejeté leurs enfants.»

En privé, Jean-Marie Le Pen trouve logique que ces jeunes, «qui ont la double nationalité», aient «une attitude schizophrène».

Failles et Dysfonctionnements

Dans la nuit qui a précédé le match, à 3 heures du matin, plusieurs individus ont tenté de pénétrer dans le stade. Arrêtés, ils ont expliqué qu'ils cherchaient un abri. A une heure du coup d'envoi, alors que les tribunes se remplissent, nouvel incident: un coup de fil annonce qu'une bombe va exploser pendant le match.

A 20 h 40, la fanfare entame La Marseillaise. Bronca, huées, cris la couvrent instantanément. L'ampleur des sifflets est telle que la tribune présidentielle est sous le choc.

A peine le coup d'envoi donné, un mouvement de foule se dessine dans la tribune sud. En raison des fouilles à l'entrée, qui ont duré plus longtemps que d'habitude par crainte d'un attentat, de nombreux spectateurs ne parviennent dans les gradins qu'à quelques minutes du coup d'envoi.

Profitant de cette agitation, des supporters du Onze algérien s'introduisent - en force, ou grâce à la passivité des stadiers - dans la tribune basse qui jouxte la pelouse. «C'est là que s'est située la faille du dispositif», assure un policier. Conformément à la tradition au Stade de France, aucune grille ne sépare désormais ces supporters du terrain.

Le Profil des Envahisseurs

Première à fouler la pelouse, Sofia Benlemmane, une Franco-Algérienne de 31 ans, traverse tout le terrain entourée d'un drapeau algérien, sous les yeux des joueurs médusés, alors que la France mène 4 à 1. La grande majorité des 16 autres spectateurs arrêtés est âgée de 16 à 25 ans (dont cinq mineurs) et d'origine algérienne. Lycéen, agent de piste à Roissy ou employé d'une boîte de nuit, ils viennent, pour la plupart, de Lyon et de la banlieue parisienne.

Ils justifient leur geste par l'envie de «toucher Zidane» - qui avait pourtant été remplacé vingt minutes plus tôt - ou de fouler la pelouse mythique. Ils ont été condamnés à des peines de prison avec sursis (jusqu'à sept mois) et à des interdictions de stade.

Conséquences Immédiates

Alors que les caméras restaient braquées sur le terrain, la tribune présidentielle est sous le feu des projectiles. Marie-George Buffet reçoit une petite bouteille d'eau pleine sur le visage. Touchée elle aussi, sa collègue Elisabeth Guigou a moins de chance: son cuir chevelu est entaillé. Choquée, elle est conduite à l'abri par la ministre des Sports.

Sur la pelouse, on récupérera de nombreux projectiles: mâts de drapeaux, bouteilles, batteries de portable, etc. L'évacuation du stade se passera bien, à l'exception d'un incident qui ne sera pas rendu public: une rame de RER est partiellement saccagée, quelques passagers pris à partie.

Les Chiffres Clés du Match

Le match amical France - Algérie, retransmis en direct sur TF1, a attiré 10,67 millions de téléspectateurs, soit près d'une personne sur deux devant son poste de télévision à ce moment-là (47 % de parts de marché).

Voici un résumé des statistiques du match :

Équipe Buts
France 4 (Candela 20', Petit 32', Henry 41', Pirès 54')
Algérie 1 (Belmadi 45'+1)

Analyse et Réflexions Post-Match

FRANCE-ALGERIE n'était pas un match de football. Alors, évidemment, logiquement, il n'est pas allé jusqu'à son terme. La rencontre « amicale » disputée samedi soir au Stade de France a été interrompue à la 76 e minute, lorsque la pelouse des champions du monde a été envahie par des vagues successives de jeunes spectateurs.

« Le match a été victime de sa propre densité émotionnelle », selon Mohamed Ghouali, ambassadeur d'Algérie en France. Il a aussi été victime de débordements annoncés une semaine avant, dans un rapport des renseignements généraux que personne n'a voulu prendre en compte, que nul n'a voulu entendre, car nul ne voulait être à l'initiative de l'annulation du match, par angélisme ou par calcul.

Lors de la Coupe du monde 1998, le football a servi de facteur d'intégration, de révélateur de la société black-blanc-beur, notamment un soir de victoire (3-0) sur le Brésil. C'était au Stade de France, comme France-Algérie. Le foot a servi samedi soir d'exutoire à certains jeunes de banlieue, de terrain d'expression à leur non-intégration.

Cet événement a mis en lumière des tensions sous-jacentes et des questions non résolues concernant l'intégration et l'identité.

France/Algérie : colonisation, guerre et mémoires fracturées. Une réconciliation impossible ?

Il reste un moment marquant de l'histoire du football et des relations franco-algériennes.

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