France contre Maroc : Un Duel Émotionnel et Historique dans le Football Féminin

Le football féminin a connu une ascension fulgurante, et les confrontations entre nations prennent une dimension particulière lorsqu'elles sont chargées d'histoire et d'émotion. Le match entre la France et le Maroc incarne parfaitement cette dynamique, mêlant enjeux sportifs et liens culturels profonds.

Fouzi Lekjaa, président de la FRMF, un acteur clé dans le développement du football féminin au Maroc.

Un Match Chargé d'Émotion

Pour Sakina Karchaoui, née en France de parents marocains, le huitième de finale des Bleues contre les Lionnes de l'Atlas au Mondial revêt une dimension intime au-delà de l'exploit sportif. "La veille de son départ à Clairefontaine pour la préparation du Mondial, elle vient manger à la maison et justement, on a parlé de ce fameux France-Maroc", se souvient Samir Touri, ex-entraîneur à Miramas, ami de longue date de la famille et père d'une des meilleures amies de "Saki". "Elle m'avait dit 'Pourvu que je ne tombe pas contre le Maroc' !, ajoute l'éducateur.

"Mes deux parents sont 100% marocains, j'ai des frères et soeurs qui sont nés au Maroc. C'est sûr que j'ai été chambrée à ce niveau-là, glisse la joueuse du Paris SG en conférence de presse le 5 août. On connaît la place que le Maroc a dans notre famille, au même titre que la France. Cela va être un match plein d'émotions", ajoute l'ancienne Montpelliéraine, sourire aux lèvres.

Également d'origine marocaine, Samir Touri insiste sur l'aspect symbolique de cette opposition. "Ses liens avec le Maroc, ils sont très forts. Elle a grandi avec ça, elle a été élevée dans ce milieu. On a vraiment deux pays. C'est un très beau symbole, raconte celui qui a aussi entraîné l'aîné des Karchaoui, Fouad. Les Karchaoui y étaient d'ailleurs tout récemment mais sont rentrés en France ces derniers jours. Ils regarderont le match depuis Miramas. "Mais malheureusement, c'est à 13h00 en France donc tout le monde travaille.

La défenseure latérale aura tout de même un soutien familial auprès d'elle, car sa cadette Youssra a fait le voyage pour l'Australie, au contraire de ses deux autres soeurs et de son grand frère. Mais même à 17 000 kilomètres, les parents "seront pour leur fille, hein !, assure Sakina Karchaoui. "Dès que j'ai un moment OFF, un petit week-end, je retourne à Miramas. Ce sont des moments précieux. Ses partenaires chez les Bleues ont bien compris la portée de ce duel pour leur arrière gauche. "Je suis contente qu'elle puisse les retrouver, c'est peut-être le seul France-Maroc qu'elle jouera", a remarqué l'attaquante Eugénie Le Sommer.

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Le Parcours du Maroc et le Développement du Football Féminin

Le bilan brut du football féminin marocain flirtait avec le néant sur la scène internationale lorsque la Fédération royale marocaine de football (FRMF) a obtenu, en janvier 2021, l’organisation de la CAN 2022. Ce qui semble être l’une des plus improbables trajectoires de l’histoire du Mondial féminin, d’autant que cette qualification a entraîné l’élimination de l’ogre allemand, qui avait pourtant éparpillé le Maroc 6-0 au premier match, prend en fait sa source en 2014.

Avant de diriger le centre de formation de l’Olympique de Marseille (de 2019 à 2022), Nasser Larguet avait alors été nommé directeur technique national (DTN) au Maroc.« On s’est immédiatement penché sur le développement du football féminin, raconte-t-il. Il y avait à cette époque des anomalies. Le foot féminin était classé à la Fédération avec le futsal et le beach soccer, sans commission dédiée. Et pour le sélectionneur, c’était la croix et la bannière de pouvoir organiser un simple stage avec ses joueuses. »

Sous l’impulsion de Fouzi Lekjaa, président de la FRMF depuis 2014, et donc de Nasser Larguet, le football féminin s’organise peu à peu dans tout le pays, avec des détections organisées dans chaque ligue régionale pour les joueuses U15 et U17, « comme chez les garçons », puis avec la création d’un championnat U17 en 2016. Une quarantaine d’adolescentes (de 14 à 17 ans) intègrent ensuite à partir de 2017 le premier sport-études de football féminin au Maroc, en bénéficiant du prestigieux centre Mohammed VI de Salé (près de Rabat).

« Cette structure permet un fonctionnement comparable à ce qu’on trouve en France avec Clairefontaine, note Nasser Larguet. Il fallait impérativement booster la formation, et on constate que plusieurs joueuses présentes à cette Coupe du monde sont passées par ce premier programme de sport-études. » Le centre fédéral de Salé a depuis quadruplé son nombre de pensionnaires féminines, alors qu’environ 80 autres adolescentes fréquentent depuis 2020 les nouveaux centres de Saïdia et de Béni Millal.

Quatre sections sport-études de football féminin gérées par le ministère de l’Education nationale ont aussi vu le jour il y a trois ans.« Honnêtement, le personnage central pour le développement du football marocain, y compris féminin, c’est sa Majesté Mohammed VI », assure Nasser Larguet. C’est d’ailleurs le roi du Maroc qui avait précédemment choisi, en 2008, ce même Nasser Larguet pour mener à bien le pharaonique projet de la construction de l’Académie Mohammed VI (pour un coût de 13 millions d’euros).

Ce complexe également situé à Salé s’est révélé être un tournant ayant initié l’inattendue demi-finale de la bande à Walid Regragui lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar. Forcément un exemple inspirant pour les joueuses marocaines et leur sélectionneur français (depuis décembre 2020) Reynald Pedros. Il s’agit d’un choix symbolique de l’ouverture vers l’international de Fouzi Lekjaa et de la FRMF, après celui de la coach américaine Kelly Lindsey.

« On a eu des réunions avec Walid Regragui pour qu’il nous parle de cette épopée en Coupe du monde, confiait il y a un mois au site de la FIFA l’ancien double vainqueur de la Ligue des champions féminine avec l’OL [en 2018 et 2019]. Il a parlé aux joueuses de l’état d’esprit, de toutes ces choses qui leur ont permis de soulever des montagnes. C’était une grande fierté pour les joueuses et elles ont très envie, elles aussi, de créer un exploit. Rien n’est impossible. »

Après la déconvenue initiale contre l’Allemagne, son groupe lui a donné raison en venant à bout de la Corée du Sud (1-0) puis de la Colombie (1-0). Les Lionnes de l’Atlas deviennent ainsi la première nation arabe de l’Histoire à se hisser en huitièmes de finale d’un Mondial féminin. Une perf qui crédibilise le championnat marocain, devenu pour de bon professionnel en 2020, même si on parle là de salaires très largement inférieurs à ceux pratiqués dans l’élite française.

« La Fédération rémunère elle-même toutes les joueuses de D1 et de D2 à hauteur de 350 euros par mois [le salaire minimum au Maroc est autour de 250 euros], explique Jamal Fathi, actuel DTN adjoint au Maroc. On met aussi des cars à disposition de tous les clubs et on prend en charge tous les déplacements de matchs. On fait tout pour favoriser le développement du football féminin et ce parcours au Mondial est le fruit d’un travail de longue haleine. »

Notamment du côté de l’AS FAR, qui complète les salaires de ses joueuses et qui a été sacrée championne du Maroc lors de 10 des 11 dernières saisons, tout en remportant sa première Ligue des champions africaine en 2022. Ce club de Rabat est essentiel pour la sélection puisque 8 des 17 joueuses utilisées par Reynald Pedros depuis le début de cette Coupe du monde y évoluent. Parmi lesquelles la capitaine Ghizlane Chebbak (32 ans), la gardienne Khadija Er-Rmichi (33 ans), et la milieu de terrain Najat Badri (35 ans).

Autant de cadres expérimentées qui semblaient courir en vain, depuis plus de dix ans, après une participation à une grande compétition. Le parcours jusqu’en finale (1-2 contre l’Afrique du Sud) à la CAN en juillet 2022, avec des matchs décisifs devant plus de 45.000 spectateurs à Rabat, a été fondateur d’une dynamique vraiment spéciale, suivie par la première participation du pays au Mondial féminin U17 en Inde.

« Il y a eu un avant et un après CAN, confirmait le mois dernier Najat Badri sur le site de la FIFA. L’équipe féminine a gagné en popularité. Les mentalités ont changé : les parents n’hésitent plus à inscrire leurs filles dans des clubs. Ils les motivent à jouer au football alors qu’il y a encore quelques années, c’était quelque chose de tabou. De gros progrès ont pu être faits en très peu de temps, avec aussi un soutien plus important qu’avant au niveau des institutions. J’espère que les plus jeunes sont conscientes qu’aujourd’hui, toutes les conditions sont réunies pour que le football féminin marocain rayonne enfin. »

Jamal Fathi confirme ce constat : « Au Maroc, le football a très longtemps été considéré comme un sport réservé aux hommes. Il y a eu un travail de sensibilisation à effectuer auprès des familles dans tout le pays, et l’exploit à la CAN a accéléré tout ça ». La fédération marocaine vise ainsi 90.000 pratiquantes d’ici 2024.

Les évolutions culturelles et structurelles fortes ont également incité ces derniers mois plusieurs joueuses binationales à opter pour la sélection marocaine. Internationale tricolore en U16, U17, U19 et U23, la milieu de terrain formée au PSG a en effet rejoint la sélection algérienne (le pays de son père) en février et en avril 2023 pour plusieurs matchs amicaux… avant de lui préférer le Maroc (d’où est originaire sa mère) qui l’a convoquée en juin.

Comme un symbole, c’est elle qui a délivré le Maroc en inscrivant son premier but international, jeudi contre la Colombie (1-0). Cet important travail de scouting, pour notamment déboucher sur la sélection de ces six néo-Lionnes de l’Atlas évoluant en Europe, est la preuve des moyens qui ont été mis à la disposition de Reynald Pedros à son arrivée au Maroc, avec un staff d’une dizaine de personnes comparable à celui d’Hervé Renard.

« On sent une fédération qui est derrière ses joueuses, note Rachel Saïdi, coach de Nesryne El Chad au Losc, tout juste promu en D1. Des jeunes joueuses binationales comme Nesryne et Anissa Lahmari n’auraient pas pris le risque de rejoindre la sélection marocaine s’il n’y avait pas un projet avançant dans la bonne direction. Nesryne passe des caps avec sa sélection et elle grandit très vite. »

Si les coéquipières lilloises de la jeune défenseure formée à l’AS Saint-Etienne supporteront les Bleues ce mardi, elles garderont un œil particulier sur leur copine de club. « C’est très rare de voir une joueuse de D2 disputer de tels matchs en Coupe du monde, donc tout le club est fier d’elle, explique ainsi l’attaquante nordiste Naomie Bamenga. Presque personne n’imaginait le Maroc capable de se qualifier dans le groupe de l’Allemagne donc on ne peut qu’admirer son parcours historique. »

Désormais DTN en Arabie saoudite, Nasser Larguet savoure aussi à distance ce nouveau France-Maroc à l’affiche : « L’engouement autour du football féminin au Maroc va être triplé grâce à ce beau parcours ». Jamal Fathi et la FRMF se projettent déjà sur la suite : « On veut se qualifier pour les JO de Paris et former des joueuses capables de remporter la CAN et des compétitions de jeunes ».

Tout en promettant : « L’engouement au pays est devenu énorme pour cette équipe. Depuis la préparation de ce Mondial, les Tricolores ont fait du dernier carré leur objectif. Malgré les absences de Marie-Antoinette Katoto ou Amandine Henry, elles semblent avoir les armes pour y parvenir. Leur montée en puissance a notamment eu raison du Brésil (2-1) et du Panama (6-3) pendant la phase de poules. Kadidiatou Diani reste sur un triplé, le premier d'une Française dans une Coupe du monde, lors d'un match où Wendie Renard et Eugénie Le Sommer ont été ménagées. La France entame donc les matchs à élimination directe avec toutes ses forces vives.

Les coéquipières de Ghizlane Chebbak ont rapidement troqué leur costume de débutante pour celui d'épouvantail dans ce Mondial. Leur caractère, leur rigueur tactique et leur réalisme permettent aux Marocaines de pouvoir battre tout le monde. Elles ont déjà rempli un objectif qui semblait inatteignable en début de compétition et vont pouvoir jouer libérées sans n'avoir plus rien à perdre en Australie et en Nouvelle-Zélande. Tout semble opposer la France, une place-forte du football féminin, et le Maroc, une nation émergente à ce niveau.

Les Premiers Pas de l'Équipe de France Féminine

L'équipe de France féminine de football dispute le 17 avril 1971 son premier match officiel sous l'égide de la Fédération française de football (FFF) et reconnu par la Fédération internationale de football association (FIFA). Une équipe de France féminine dispute des rencontres internationales de 1920 à 1932 sous l'égide de la Fédération des sociétés féminines sportives de France (FSFSF).

La sélection française rencontre l'équipe d'Angleterre de façon fréquente de 1920 à 1922. Une première série de rencontres contre l'Angleterre se déroule en avril et mai 1920. Après deux défaites (0-2 et 2-5) et un match nul (1-1) dans les villes de Preston, Stockport et Manchester, la France obtient sa première victoire contre les Anglaises lors du quatrième match à Londres (2-1).

Plus tard cette année-là en octobre, l'équipe de France accueille à son tour la sélection anglaise pour quatre matchs qui ont lieu respectivement à Paris, Roubaix, Le Havre et Rouen. Quatre rencontres sont organisées entre la France et l'Angleterre en mai 1921. Si la sélection anglaise gagne largement la première rencontre à Congton sur le score de 1-5, la France se reprend et sort vainqueur des matchs suivants à Huddersfield (1-0), Stoke-on-Trent (3-1) et Plymouth (1-0).

Deux matchs sont ensuite disputés à Paris et au Havre en octobre de la même année : les deux équipes se séparent à chaque fois sur le score nul et vierge de 0-0. L'équipe de France se mesure ensuite annuellement à la sélection féminine belge à partir de 1926. Le 10 avril 1926, la France gagne le premier de ces duels sur le score de 1-0. Cette première victoire obtenue à l'extérieur à Bruxelles est suivie d'une défaite l'année suivante à domicile à Paris (1-2).

Il s'agira de la seule défaite française en sept rencontres. En effet, la Belgique s'incline assez nettement à Bruxelles en 1928 (4-1), puis à Paris le 14 avril 1929 (6-0), à Anvers en 1930 (4-0), et enfin le 27 mars 1931 à Douai (4-0). Sur les 24 rencontres disputées de 1920 à 1932, la France en remporte neuf pour sept matchs nuls et huit défaites. La sélection française présente un bilan positif contre la Belgique avec notamment cinq victoires pour une défaite. Le bilan contre l'équipe d'Angleterre est négatif avec notamment quatre victoires contre sept défaites.

Tableau Récapitulatif des Rencontres Historiques

Le tableau suivant récapitule les rencontres de l'équipe de France féminine de football de la Fédération française de football (FFF).

Équipe J G N P BP BC
Belgique 7 5 1 1 - -
Angleterre 12 4 1 7 - -
Total 24 9 7 8 - -

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