Imane Khelif : Biographie et controverse autour d'une boxeuse algérienne

La polémique entourant les boxeuses Imane Khelif et Lin Yu-ting, jugées "trop masculines" par certains, a ravivé un débat concernant l'hyperandrogénie dans le sport. Cette situation a mis en lumière les défis auxquels sont confrontées les athlètes féminines dont la féminité est remise en question en raison de normes sociales et de perceptions biaisées.

L’abandon de la boxeuse italienne Angela Carini, le 1er août, après 46 secondes de combat, laissant la victoire en huitième de finale dans la catégorie moins de 66 kilos à l’Algérienne Imane Khelif, ne fait qu’alimenter une polémique qui enfle depuis quelques jours.

Certains jugent Imane Khelif et Lin Yu-ting, boxeuse taïwanaise en lice dans la catégorie des moins de 57 kilos, “trop masculines” pour prendre part aux Jeux olympiques de Paris. Le soutien du Comité olympique, rappelant que les deux athlètes y ont bien toute leur place et qu’elles participent depuis des années à des compétitions internationales de boxe dans la catégorie féminine, et notamment aux JO de Tokyo, ne suffit pas.

D’autant moins que de nombreux médias se contentent de rappeler que les deux athlètes ont été disqualifiées des Championnats du monde féminins de boxe en 2023 (organisés par The International Boxing Association, qui n’est plus reconnue par le Comité olympique), sans évoquer l’intégralité de leur carrière.

Cette disqualification aurait été faite sur la foi de “test de genre”. “La BBC n’a pas, pour l’instant, réussi à déterminer en quoi consistaient ces tests de genre”, constate le site de la chaîne britannique. Le procès-verbal de la décision de l’IBA n’est pas plus éclairant.

L’Algérienne Imane Khelif et l’Italienne Angela Carini après leur match de boxe des huitièmes de finale des préliminaires des moins de 66 kilos femmes lors des Jeux olympiques de Paris 2024. Photo MOHD RASFAN/AFP

Réactions et soutien en Algérie

Des tribunes de Roland-Garros aux Champs-Élysées, de Paris à Tiaret en passant par Alger et toutes les villes d'Algérie, la victoire en finale des moins de 66 kg d'Imane Khelif a déclenché une explosion de joie, vendredi soir. « On dirait qu'on a gagné la Coupe du monde de football ! » s'exclame un Algérois face aux milliers de supporteurs de la boxeuse massés devant les écrans géants un peu partout dans le centre-ville.

Dans son village natal, Biban Mesbah, près de Tiaret (ouest), les villageois et les habitants des communes voisines ont préparé toute la journée d'hier la joyeuse kermesse, embellissant le village, prévoyant nourriture, hébergement, fan-zone en plein air dans un petit stade… Les plats de couscous et de poulets grillés étaient distribués au public et aux journalistes locaux et étrangers avant la rencontre.

« J'avais l'impression que Biban Mesbah se moquait de Musk, de Trump et de l'Association internationale de boxe noyée dans la boue politique, témoigne un journaliste présent dans ce village. La joie dans les yeux des enfants, des femmes, des jeunes et des personnes âgées était une sorte de gratitude envers Imane, qui a fait que le nom de leur petit village soit sur toutes les langues. Imane veut dire “la foi” et la championne a cru en son talent, rivalisant avec noblesse et honneur, vainquant la haine et la brutalité avec un esprit sportif sans précédent. »

À l'annonce de la victoire de la boxeuse face à la téméraire Chinoise Yang Liu, championne du monde 2023, youyous et cris de joie ont empli le village, les villes, le pays entier. « C'est notre fille ! » acclame cette foule.

En parallèle, sur l'écran, et après le sacre et la levée des drapeaux, on voit Imane parler au téléphone, entourée de son staff. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune est au bout du fil. « Oui, merci beaucoup… Je vous l'avais promis… Une médaille pour toute l'Algérie », entend-on la championne échanger avec lui.

Mercredi, au siège des Nations unies à New York, lors d'une séance du Conseil de sécurité sur les droits des femmes, le représentant de la Russie a dénoncé le fait que lors des Jeux olympiques de Paris, « des femmes boxeuses ont fait l'objet de violences publiques de la part d'athlètes qui ont échoué au test hormonal de l'Association internationale de boxe et qui sont des hommes ».

« Les droits des femmes pâtissent de tout point de vue de la plateforme LGBT que l'Occident cherche à imposer au monde entier », a accusé le délégué russe.

« Je suis désolé de demander à nouveau la parole », est alors intervenu le représentant de l'Algérie : « La délégation de mon pays ne souhaitait pas voir mêlés la politique et le sport, particulièrement lors des Jeux olympiques qui se déroulent en ce moment. »

« Nous avons entendu une allusion claire à une athlète championne de mon pays. La boxeuse courageuse Imane Khelif est née fille, a vécu son enfance comme fillette et a pratiqué le sport en femme à part entière et je réaffirme ici qu'il n'y a pas le moindre doute là-dessus, sauf pour qui porte un agenda politique dont on ignore les visées », a ajouté le diplomate.

Une tension jamais vue dans les relations entre Alger et Moscou, alliés stratégiques, s'installa lors de cette séance. Le diplomate algérien a conclu en dénonçant les « doutes » qui ont ciblé « notre courageuse pugiliste, descendante des femmes libres de mon pays ».

« Dans son délire homophobe et anti-occidental, la Russie est allée jusqu'à affronter son allié algérien et mener une campagne haineuse à travers l'Association internationale de boxe, que Moscou contrôle indirectement », commente un éditorialiste algérois.

C'est ce qu'a appris Alger ces derniers mois en affrontant la polémique créée par l'Association internationale de boxe sur le genre de la boxeuse. « Un long et discret travail de lobbying a été mené par les autorités algériennes contre cette association, confie un haut cadre. Le Comité international olympique a fini par ne plus reconnaître cette entité, déjà suspendue en 2019, qui n'est pas au service du sport, mais d'une certaine idéologie, et qui pose problème quant à son fonctionnement et ses ressources financières opaques. »

La même Association internationale de boxe avait offert une forte prime à la boxeuse italienne Angela Carini après son abandon face à Khelif lors du premier match. Une offre rejetée par la fédération italienne…

« Cette médaille d'or est ma réponse à tout ce qui s'est passé », a déclaré hier soir Imane Khelif.

Imane Khelif, fierté nationale en Algérie.

Campagne de haine et soutien de la mode

Médaillée d’or olympique à Paris, la sportive algérienne de 25 ans est visée par une campagne de haine sur les réseaux sociaux mettant en doute sa féminité et la validité de ses performances. Fierté nationale en Algérie, la prudente championne a aussi attiré l’attention de créateurs de mode. C’est fou tout ce qu’on peut projeter sur une victoire.

Ce jeudi 1er août 2024, dans l’enceinte du Parc des expositions de Villepinte (Seine-Saint-Denis), Imane Khelif décoche un direct sur le nez de son adversaire italienne, Angela Carini, qui déclare forfait après seulement quarante-six secondes de combat. Des « one two three, viva l’Algérie ! » montent des gradins. La boxeuse algérienne de 25 ans est qualifiée pour les quarts de finale des JO de Paris.

L’histoire aurait pu s’arrêter là si Angela Carini n’avait pas évoqué, en larmes depuis le ring, une victoire « injuste » (en VO : « Non è giusto ! »), offrant un puissant écho à une rumeur insistante née à l’occasion des championnats du monde de boxe de New Delhi de 2023 : Imane Khelif ne serait pas tout à fait une femme.

Dans les minutes qui suivent, l’amplificateur des réseaux sociaux fait de ce match l’une des plus grosses polémiques des Jeux parisiens. La cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, s’élève sur X contre un « combat qui n’était pas sur un pied d’égalité », indignée que des athlètes présentant des « caractéristiques masculines » soient autorisées à participer aux compétitions féminines.

De l’entrepreneur Elon Musk et ses plus de 200 millions d’abonnés sur X à la romancière J. K. Rowling, les habituels pourfendeurs de l’« idéologie woke » donnent de la voix pour dénoncer un combat truqué par la « transgenre » Imane Khelif.

Sur X, l’autrice de la saga Harry Potter devenue une militante antitrans voit même dans le visage de la boxeuse « le sourire narquois d’un homme » qui « vient de frapper à la tête » une femme. L’affaire Imane Khelif s’invite jusque dans la campagne présidentielle américaine quand le candidat Donald Trump écrit, en lettres majuscules indignées, sur son réseau Truth Social : « Je garderai les hommes hors du sport féminin ! »

Gimmick qu’il utilisera jusqu’à la veille de sa réélection, s’en prenant dans un clip de campagne diffusé le 3 novembre et montrant une photo d’Imane Khelif, aux « hommes qui peuvent frapper des femmes et gagner des médailles ».

Boxeuse ou Boxeur ? Imane Khelif aux JO 2024

Il est important de noter que les allégations concernant le genre d'Imane Khelif ont été largement réfutées et que les autorités sportives ont confirmé son droit de participer aux compétitions féminines. La controverse entourant Imane Khelif met en évidence les défis auxquels sont confrontées les athlètes féminines dont la féminité est remise en question en raison de normes sociales et de perceptions biaisées.

Les Jeux olympiques de Tokyo de 2020, repoussés en 2021 à cause de la pandémie.

Désinformation et fausses nouvelles autour des JO de Paris 2024

Toujours sur X, il est affirmé que ces JO autorisent des hommes à participer au tournoi de boxe... féminin. "Comme si la démonstration satanique lors de la cérémonie d'ouverture n'était pas suffisante, les Jeux olympiques glorifient les hommes qui frappent les femmes au visage dans le but de leur faire perdre connaissance", accuse ce compte en citant le cas d’Imane Khelif.

D’abord, la sportive algérienne est bien une femme et peut concourir à ce titre aux épreuves féminines de boxe. Cependant, elle a failli être interdite de compétition, comme sa collègue taïwanaise Lin Yu-ting, au motif que son taux de testostérone était trop haut lors des derniers championnats du monde de boxe.

Les deux boxeuses avaient été exclues par la fédération internationale de boxe (IBA) après avoir échoué aux tests biochimiques d’éligibilité. Mais l'Association internationale de boxe (AIBA), qui organisait ces championnats du monde, n’est plus une fédération reconnue par le Comité international olympique (CIO). Les deux boxeuses ont donc été autorisées le 30 juillet à concourir.

La bataille de l’information s’est également jouée sur Wikipédia, où de nombreuses modifications sur le genre d’Imane Khelif ont été apportées à sa biographie. À tel point que sa page a fini par être protégée de ce "vandalisme récurrent", le temps de la compétition.

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