Allemagne vs Italie : Une rivalité historique et passionnante

Ce soir, l’Italie et l’Allemagne (ou l’ex RFA) s’affronteront pour la 31ème fois de leur histoire, c’est la 5ème sélection que la Nazionale a affronté le plus de fois dans son histoire. Les confrontations entre l'Italie et l'Allemagne sont toujours très attendues, que ce soit au volleyball ou au football.

Les débuts d'une longue histoire

Une histoire commencée en 1923 avec une première victoire, pendant de longues années, les deux équipes ne vont d’ailleurs cesser de s’affronter en match amical. Les mauvaises langues diront que cela est probablement dû à l’alliance liant les deux dictateurs dirigeants les deux pays à l’époque. Pas impossible. Les résultats sont quant à eux équilibrés sauf en 1939 et une lourde victoire allemande sur le score de 5-2.

Coupes du Monde : Des rencontres inoubliables

Là encore les deux sélections ne vont pas se quitter, s’affrontant pas moins de quatre fois en six Coupes du Monde de 1962 à 1982 ! La rencontre la plus inoubliable étant la fameuse demi-finale du Mondial 1970 et l’incroyable scenario qui voit l’Italie s’imposer 4-3 aux prolongations alors que le score était de 1-1 à la fin des 90 minutes. C’est pour beaucoup le match du siècle toutes équipes confondues.

12 ans plus tard, autre rencontre non moins historique, finale de Coupe du Monde à Madrid, Rossi, Tardelli (et son célèbre cri) ainsi qu’Altobelli offrent une troisième Coupe du Monde à l’Italie.

Euro : Des souvenirs mitigés

Ces deux équipes vont également se croiser à l’Euro, en 1988 et en 1996 pour deux matches nuls, le second sera fatal à la Nazionale qui sera éliminée (l’Allemagne allant elle jusqu’au bout).

Période récente : Victoires italiennes marquantes

Les rencontres se font alors rares, pendant 7 ans, les deux sélections ne vont pas s’affronter avant un amical de début de saison où Vieri marquera un but gagnant suite à une action collective de haute voltige. Trois ans plus tard, l’Italie corrige la Mansschaft en préparation du Mondial, une victoire 4-1, la plus large, c’est une répétition de la demi-finale de la Coupe du Monde allemande quelques mois plus tard.

Une victoire 2-0 aux prolongations signée Grosso et Del Piero qui a marqué toute une génération de supporters, il y aura les retrouvailles cinq ans plus tard pour un nul 1-1 dans le même stade de Dortmund. Enfin dernière rencontre en date il y a un an, en demi-finale toujours, cette fois à l’Euro, Balotelli se paye l’Allemagne avec un doublé et envoie la Nazionale en finale, prolongeant une invincibilité qui dure depuis 18 ans maintenant.

Résumé Rétro EURO 2016 : Allemagne 1-1 Italie (TAB 6-5)

Le match du siècle : Italie-Allemagne 1970

À tous ceux qui se sont demandé comment la France avait pu laisser filer la victoire à Séville en 1982 contre une Allemagne qui prenait l’eau, une réponse s’impose : l’Italie avait déjà gagné ce match en 1970, contre ces mêmes et diaboliques adversaires, dans des circonstances assez similaires. « Les Allemands, c’étaient nous » , aurait lancé Angelo Domenghini à la sortie du terrain, avec un certain talent divinatoire finalement.

Bref, peu importe la réalité de ce qu’il s’est effectivement passé lors de ces 120 minutes, la trace laissée dans les cœurs et les narrations familiales comme la « Partita del Secolo » , ou le « Jahrhundertspiel » de l’autre coté du Rhin, s’impose en matière de « légitimité » , et un million de vues sur YouTube n’y changeront plus rien. L’Estadio Azteca porte ainsi une plaque commémorative qui résume bien cet enjeu : « El Estadio Azteca rinde homenaje a las selecciones de Italia (4) y Alemania (3) protagonistas en el Mundial de 1970, del « Partido del Siglo » 17 de junio de 1970. » ( « Le stade Azteca rend hommage aux équipes nationales de l’Italie (4) et l’Allemagne (3), qui ont joué pour cette Coupe du monde de la FIFA 1970 le « match du siècle ». 17 juin 1970. » ).

Tout d’abord, visiter ce match patrimonial de l’épopée des Coupes du monde constitue un excellent remède contre la fâcheuse tendance au gallicanisme footballistique, qui pousse toujours à ramener l’histoire du football à nos petits traumatismes nationaux. Hors de nos frontières et de l’Hexagone, il existe des rencontres qui ont infiniment plus illuminé leur temps que le drame de Séville ou le coup de boule de Zidane.

Pour nos amis germains en particulier, si 1982 ne se révèle être qu’une demi-finale supplémentaire, gagnée certes un peu plus difficilement que prévu, l’injustice de 1966 (avec son célèbre soviet linesman qui aurait vengé Stalingrad), et surtout ce choc monstrueux contre l’Italie en 1970, ont bien davantage pris leur place dans le panthéon germanique du ballon rond.

Toutefois, c’est bel et bien dans la Botte que cette journée n’en finit pas d’alimenter la machine mémorielle, au point que les guides touristiques y consacrent parfois un petit encadré pour expliquer le football aux touristes de passage qui risqueraient de penser que ce n’est que du foot. « C’est vraiment un match à part qui signale pour les Italiens une forme de renaissance, détaille l’historien Fabien Archambault. Pour une nation de paysans à l’industrialisation tardive, battre les Allemands indique une revanche et un renversement du rapport de force, sportif et symbolique. » Au point même d’occulter, partiellement, la cinglante défaite en finale contre le Brésil d’un Pelé crépusculaire.

Rappelons néanmoins que le retour au pays a été moins anecdotique pour tout le monde. Walter Mandelli, le responsable fédéral de l’équipe, se souvient que des jeunes gens portant parfois des signes maoïstes ont brûlé des effigies « Vive Rivera, Mandelli en prison » , et que sa fille a reçu un coup de poing. Tous les éléments y étaient rassemblés.

Après un temps réglementaire où les deux formations se sont neutralisées (1-1), la prolongation réinvente un autre match en forme de course contre la montre. Une poursuite infernale dans laquelle la Mannschaft repasse devant avant d’être rejointe sur un but, son seul en sélection, de Tarcisio Burgnich de l’Inter, puis dépassé sur un goal de Luigi Riva, de Cagliari, à la 104e minute, qui crucifie Sepp Meier, le portier - déjà - du Bayern. Gerd Müller doit se dire qu’il réalise le chef-d’œuvre de sa vie quand il égalise six minutes plus tard.

Dans les studios, on rembobine tranquillement les bandes pour le ralenti, lorsque Giovanni Rivera profite d’un moment de flottement, et sûrement d’épuisement, pour achever définitivement les espoirs allemands, sous le regard impuissant d’un Franz Beckenbauer le bras en écharpe (une clavicule cassée à la suite d’un choc), resté sur le terrain un peu inutilement, puisque les deux remplacements autorisés ont déjà été effectués. Cette image du Deutsch Held sera souvent employée par la suite pour transformer cette défaite en héroïque résistance et modèle du fair-play qualität.

La dramaturgie est posée. Néanmoins, si ce match peut aujourd’hui se trimbaler une si flatteuse image, il le doit aussi à son époque et à une petite lucarne qui commence à reformater la place du foot dans le disque dur de nos sociétés. Il s’agit en effet d’une des premières rencontres à profiter d’une telle diffusion audiovisuelle, et pour la première fois en couleur, ce qui, sous le soleil mexicain, n’est pas un banal détail visuel.

Même en France, éliminée en phase qualificative, 20 des 32 matchs de l’épreuve sont proposés au public, et ceci malgré un décalage horaire pas vraiment entré dans les moeurs. De l’autre côté des Alpes, 18 millions de paires d’yeux contemplent la demi-finale, et leurs oreilles saignent de bonheur en entendant exulter, à deux heures du matin, dans la nuit du 17 au 18 juin 1970, le présentateur Nando Martellini « Riverarretee ! Cette nuit devient mexicaine et embrasse la péninsule.

Il est vrai que la manière dont la Nazionale a pris le dessus brise bien des clichés et réconcilie une jeunesse italienne avec un football davantage à son image. « Le style de jeu très offensif s’avérait en rupture du catenaccio, explique l’historien Fabien Archambault. La presse proche des communistes assimilait alors ce dernier à la démocratie chrétienne vieillissante. Cette victoire semblait indiquer, même sur le terrain, un changement en cours. »

Nando Dalla Chiesa, le fils du célèbre général abattu par la mafia à Palerme, raconte, du haut de ses souvenirs de jeunesse militante, sa joie devant cette « première, merveilleuse constatation que, dans la vie, si l’on est courageux, on peut même gagner » .

Italie, bête noire de l'Allemagne

Italie-Allemagne, c'est le classique des classiques du football européen. Quatre titres mondiaux de chaque côté et pas moins de huit duels en phase finale de Coupe du monde ou de Championnat d'Europe. Fait assez incroyable : les Allemands n'ont jamais battu la Squadra Azzurra dans une phase finale majeure. Ces huit rencontres peuvent être scindées en deux parties distinctes : quatre matches de poule et quatre matches éliminatoires.

Les quatre rencontres de poules (Coupes du monde 1962 et 1978, Euro 1988 et 1996) se sont toutes achevées sur un match nul. Mais les quatre duels à élimination directe ont tous vu l'Italie l'emporter. Trois demi-finales, dont une légendaire, et une finale.

DEMI-FINALE COUPE DU MONDE 1970

Le match : 46 ans après, cette demi-finale est toujours considérée par beaucoup comme le plus grand match de l'histoire de la Coupe du monde. Sept buts, une prolongation, une intensité colossale et des retournements de situation à gogo. Il s'en est pourtant fallu de peu que cette rencontre ne devienne jamais mythique. Menant au score depuis la 8e minute, la Squadra aurait pu s'imposer 1-0, score qu'elle a tenu jusqu'à l'égalisation de Schnellinger dans le temps additionnel.

La prolongation, grandiose, est parsemée de cinq buts. Les Allemands mèneront 2-1 puis arracheront le 3-3 avant que Rivera ne scelle le score quelques secondes plus tard. Une plaque commémorative posée sur la façade du stade Aztèque rappelle aux visiteurs l'aspect exceptionnel de ce match. On peut y lire : "le Stade Aztèque rend hommage aux équipes d'Italie et d'Allemagne qui ont joué durant le Mondial 1970 le 'match du siècle'. 17 juin 1970".

Le héros : Gianni Rivera. Ballon d'Or 1969, le premier remporté par un Italien, Gianni Rivera vit pourtant un Mondial mexicain frustrant. Le sélectionneur, Ferrugio Valcareggi, lui préfère son rival de l'Inter, Sandro Mazzola. Joker de luxe, Rivera entre en jeu en début de seconde période, à la place de Mazzola. Lors de la prolongation, il est dans tous les coups. Les bons comme les mauvais. Il est d'abord passeur sur le but égalisateur de Burgnich. Puis coupable sur le but de Müller, à l'issue d'un corner, où il ne tient pas son poteau. Pourri par son gardien, Albertosi, Riva revient tête basse dans le rond central. Mais 50 secondes plus tard, c'est lui qui marque le 7e et dernier but (le 100e de la Squadra en Coupe du monde) de ce match hors normes pour devenir le héros de toute l'Italie. Pourtant, en finale, le Rossonero retournera sur le banc et ne jouera que 6 petites minutes face au Brésil...

La stat : 5. Avec cinq buts, la prolongation de cet Italie-R.F.A. reste la plus prolifique de l'histoire dans un grand tournoi international.

L'image : Elle a fait le tour du monde et même ceux qui n'ont jamais vu ce match savent que Franz Beckenbauer a joué pendant plus d'une heure avec le bras en écharpe, à cause d'une luxation à l'épaule.

FINALE COUPE DU MONDE 1982

Le match : Assez oubliable en qualité pure. Les Allemands paient physiquement la demi-finale hors normes gagnée contre l'équipe de France à Séville trois jours plus tôt. Après 55 premières minutes sans but, malgré un penalty italien, frappé et raté par Antonio Cabrini lors du premier acte, la R.F.A. explose totalement en seconde période, concédant trois buts en 25 minutes, signés Rossi, Tardelli et Altobelli. Paul Breitner aura beau adoucir le score, c'est un revers cinglant pour le champion d'Europe en titre. L'Italie, elle, rejoint le Brésil avec ce troisième sacre, 44 ans après sa dernière victoire.

Le héros : Paolo Rossi. C'est lui qui débloque cette finale peu avant l'heure de jeu, parachevant une des semaines les plus dingues jamais vécues par un joueur dans l'histoire du football. Rossi le tricard, banni à cause du Totonero. Rossi en qui un seul homme, Enzo Bearzot, a cru jusqu'au bout. Rossi muet lors des quatre premiers matches de ce Mondial. Puis Rossi le héros. Un hat-trick contre le Brésil de Zico et Socrates pour propulser les Azzurri en demi-finales, un doublé contre la Pologne et, donc, ce but en finale face à l'Allemagne. Meilleur buteur du Mondial, Paolo décrochera logiquement le Ballon d'Or en fin d'année.

La stat : 1. Le penalty raté par Cabrini était le premier manqué dans une finale de Coupe du monde. Et c'est toujours le dernier à ce jour, hors séance de tirs au but. Tous les autres (Neeskens, Breitner, Brehme, Zidane) ont été réussis.

L'image : La joie extatique de Marco Tardelli sur le deuxième but italien. Le milieu de terrain de la Juve apparaît presque en transe. Une des plus extraordinaires images de joie de l'histoire du Mondial, trois jours à peine après celle d'Alain Giresse, elle aussi contre l'Allemagne, et elle aussi passée à la postérité.

DEMI-FINALE COUPE DU MONDE 2006

Le match : 119 minutes. 119 minutes sans but, mais pas sans jeu ni sans intensité. En prolongation, un poteau italien, puis une barre. Puis deux buts, coup sur coup, signés Fabio Grosso, l'arrière gauche lyonnais, d'une superbe frappe enroulée, et Alessandro Del Piero, dans la foulée. Joueuse, enthousiaste, généreuse, l'Allemagne de Jürgen Klinsmann et de son adjoint Joachim Löw n'est alors qu'au début de son ascension. Devant son public, elle livre un match plein, à l'image de son Mondial à domicile. Mais 52 ans jour pour jour après le "Miracle de Berne", la Nationalmannschaft doit céder devant la Squadra. Et pour tardif qu'il soit, le succès italien apparait globalement logique sur l'ensemble de ces 120 minutes.

Le héros : Si Fabio Grosso reste l'auteur du but libérateur, le vrai grand héros de cette victoire transalpine, c'est Andrea Pirlo, qui livre là un des chefs-d'œuvre de sa carrière. Chef d'orchestre et chef de meute, le Milanais d'alors donne le ton tout au long de la soirée avant de délivrer la passe décisive pour Grosso.

La stat : 5. L'Allemagne restait sur cinq demi-finales victorieuses en Coupe du monde. Elle n'en avait plus perdue une depuis…. 1970 et le fameux 3-4 contre l'Italie, à Mexico.

L'image : Les larmes de Michael Ballack. L'Allemand ne gagnera jamais la Coupe du monde. Après la défaite en 2002 en finale contre le Brésil, il s'arrête cette fois en demies.

DEMI-FINALE EURO 2012

Le match : Cette fois, les Allemands font office de favoris. La Squadra reste sur un Mondial 2010 totalement raté alors que la montée en puissance de la Mannschaft parait irrésistible. Mais l'Italie est éternelle. Solide sur ses bases collectives, elle peut aussi compter sur deux joueurs décisifs : Gigi Buffon, toujours là quand il le faut, comme sur cette frappe de Reus, détournée par le portier de la Juve sur sa transversale, et Mario Balotelli, dont c'est l'heure de gloire en sélection. Un coup de tête (20e) puis une frappe surpuissante (36e) et Super Mario, qui aura rarement autant justifié son surnom, scelle le sort de cette demi-finale en un quart d'heure.

Le héros : Mario Balotelli, évidemment.

La stat : 1. Depuis le titre mondial de l'Italie en 2006, Mario Balotelli est le seul joueur transalpin à avoir inscrit plus d'un but dans un match en phase finale du Mondial ou de l'Euro. La Squadra a joué 20 matches depuis 2006 en phase finale et ce doublé de Balotelli contre l'Allemagne reste le seul à ce jour sur cette période.

L'image : Encore et toujours Balotelli.

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