Euro 2012 : Quand le match Allemagne-Grèce dépasse le cadre sportif

Le quart de finale de l'Euro 2012 entre la Grèce et l'Allemagne a cristallisé les tensions politiques entre les deux pays. Les Grecs rêvaient d'une victoire en forme de revanche sur les mesures d'austérité impulsées par l'Allemagne.

Des supporters grecs déguisés en guerriers antiques pour soutenir leur équipe nationale, le 16 juin 2012 à Varsovie (Pologne).

Officiellement, il ne s'agissait que d'un match de football, mais la rencontre Grèce-Allemagne intervenait dans un contexte de vives tensions entre les deux pays. "L'Allemagne est responsable de ce qui se passe en Grèce et en Europe, explique Michalis Galgos. Ils nous expliquent pour qui nous devons voter, et la politique qu'ils nous obligent à mener nous conduit à la catastrophe. C'est pour cela que ce match suscite une grande émotion ici."

Ce cadre d'une agence de publicité se réjouissait de la victoire de son équipe contre la Russie. Mais la rencontre de Gdansk avait une autre importance.

Si je me place sur un plan sportif, je dois reconnaître que l'Allemagne est une très bonne équipe, très forte, mais une victoire de la Grèce serait un vrai soulagement pour l'ensemble du pays."

Un match, un symbole

Les Grecs étaient donnés perdants face à l'un des favoris du tournoi, comme ils l'étaient face aux Russes. Alors, les Grecs rêvaient d'une victoire qui serait une forme de revanche sur les mesures d'austérité qu'ils subissent depuis plus de deux ans, une façon d'adoucir un peu la crise. Inversement, une rude défaite plongerait le pays un peu plus dans la dépression.

Tout en demandant de séparer football et politique, l'attaquant vedette de l'équipe nationale, Georges Samaras, a déclaré : "On joue pour 11 millions de gens, là-bas en Grèce, qui attendent un sourire, une raison de sortir dans les rues et de faire la fête."

L'homonymie du joueur du Celtic Glasgow avec le nouveau premier ministre grec, Antonis Samaras, tombait à pic. En coulisses, le match pouvait être l'occasion de la première rencontre entre la chancelière allemande, qui avait annoncé sa présence au match, et le premier ministre grec - qui n'a rien dit de ses intentions -, depuis la victoire électorale de la droite aux élections législatives du 17 juin.

La presse était déchaînée en Grèce comme en Allemagne. "Donnez-nous Merkel", écrivait Goal News, en ajoutant : "Vous ne pourrez jamais bouter la Grèce hors de la zone euro", en jouant sur le nom du tournoi et la monnaie unique européenne. "Angela, tenez-vous prête ! Vous avez vu comment vos débiteurs se sont qualifiés ?", renchérissait Sport Day. "Pauvres Grecs, on va vous mettre en banqueroute gratuitement cette fois", répliquait le quotidien populaire allemand Bild qui a multiplié les "unes" méprisantes sur la Grèce.

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L'Europe du Sud contre l'Europe du Nord

C'était l'Europe du Sud contre l'Europe du Nord. Dans les années 1970, les Monty Python avaient imaginé un match des philosophes entre la Grèce et l'Allemagne, où Kant, Marx, Hegel et Schopenhauer affrontaient Platon, Aristote ou Archimède. C'est la Grèce qui l'avait emporté 1-0, sur un coup de tête de Socrate.

L'entraîneur est plus grec que les Grecs : "Nous sommes inspirés par l'histoire de Grèce. Le peuple grec est fier de son histoire, et cela mérite le respect. La civilisation, la démocratie et les sciences ont commencé en Grèce. C'est difficile pour les autres de nous donner des leçons."

Sur le terrain, le jeu défensif et combatif des Grecs a été souvent critiqué. "Les gens nous couvrent de boue, et ce qui se dit nous attriste. Contre la Russie, on a réussi à les faire taire. Il faut garder le silence et continuer de travailler", estime le défenseur Kyriakos Papadopoulos.

La ténacité de l'équipe était incarnée par son capitaine, Georges Karagounis, auteur du but victorieux contre la Russie. Mais le milieu de terrain avait reçu un carton jaune alors qu'il tombait dans la surface de réparation, une simulation selon l'arbitre. Cette sanction sévère privait le capitaine du quart de finale.

Georges Karagounis, capitaine de l'équipe grecque.

Contexte économique et financier

Si la présence de l'Allemagne pour les quarts de finale de l'Euro-2012 était attendue, tant le football allemand est un pilier solide sur le continent, la qualification de la Grèce était une éclaircie pour le football grec en plein marasme avec la crise en zone euro.

Les Grecs affrontaient l'Allemagne, dont les clubs affichaient, à l'inverse, une santé financière insolente. Portés par des présidents-mécènes, eux aussi durement touchés par la crise économique, les grands clubs du championnat grec ont vu le soutien qui leur était accordé baisser. Les budgets ont fondu et les impayés s'accumulent.

Le syndicat des joueurs professionnels FIFPro estimait que deux joueurs sur trois n'avaient pas été intégralement payés par leur club la saison passée et que pour un tiers les arriérés atteignaient six mois de salaire. Et la situation n'allait pas s'améliorer, la rigueur budgétaire imposée à Athènes en échange du soutien financier de l'Union européenne et du FMI pour sortir le pays de la crise, ayant sévèrement amputé le pouvoir d'achat des Grecs.

Les observateurs s'attendaient à une chute de 30 à 40% du nombre d'abonnés pour la saison à venir. Des sésames entre 20 et 50 euros pour voir un match étaient hors de prix pour des Grecs exsangues financièrement.

Le sponsoring a fortement chuté, et les droits télévisés suivent le même chemin. La fédération grecque de football (EPO) devait se montrer particulièrement lâche sur les critères financiers d'attribution des licences pour les clubs professionnels.

Pour sa part, la Bundesliga allemande pouvait s'enorgueillir d'une santé financière et sportive éclatante, à l'image de la croissance économique robuste du pays. Les clubs allemands ont depuis longtemps emprunté la voie de la gestion prudente, loin des montagnes de dettes accumulées par les clubs anglais et espagnols.

"Quand les autres clubs vont à la banque, ils vont au service des prêts; quand nous allons à la banque, c'est au guichet dépôts", a ironisé Uli Hoeness, président du Bayern Munich.

L'Allemagne est protégée des excès par la loi "50+1" qui interdit à quiconque de posséder plus de 50% plus une action d'un club. Impossible de voir débarquer un oligarque russe ou des pétrodollars.

L'équipe d'Allemagne.

Les réactions et l'histoire

Avant ce match, l'attaquant grec Dimitris Salpingidis a donné le ton. "Si vous venez dans nos vestiaires, vous trouverez 22 guerriers, prêts à se battre. En 2004 (l'année du titre à l'Euro), nous avons démontré qu'on pouvait réussir. Ce que nous allons faire, c'est nous battre, et essayer de passer ces quarts."

Après la victoire surprise de l'équipe grecque contre la Russie, le quotidien « Sport Day » a titré « Angela, tenez-vous prête ! ». et les deux buts allemands marqués contre les Pays-Bas sont l'oeuvre de Mario Gomez, qui a un père andalou.

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