L'Histoire du Rugby en Afrique du Sud : Entre Triomphe et Réconciliation

Le rugby en Afrique du Sud est bien plus qu'un simple sport ; il est un symbole de réconciliation, d'espoir et d'unité nationale. L'histoire des matchs entre l'Afrique du Sud et d'autres équipes est riche en symboles, en émotions et en moments mémorables.

Nelson Mandela portant le maillot des Springboks lors de la Coupe du Monde de Rugby 1995

La Coupe du Monde 1995 : Un Tournant Historique

Le 24 juin 1995, les Springboks remportaient leur première Coupe du Monde, un événement qui a transcendé le sport pour devenir un symbole de la nouvelle Afrique du Sud post-apartheid. « Il arrive que le rugby revête les couleurs de l’Histoire, la grande », écrivait Jacques Verdier. Ce jour-là, Nelson Mandela pénétra sur la pelouse de l’Ellis Park Stadium de Johannesburg, vêtu du polo vert au col orange des Springboks, floqué du n°6, pour remettre le trophée Webb-Ellis au capitaine François Pienaar. L’Histoire était en marche.

L'équipe ne comprenait qu’un seul joueur noir, l’ailier Chester Williams. Symbole d’une ouverture, n’était-il pas en fait qu’une caution ? Sur le pré, cette finale, n’atteignit pas les sommets espérés. Jonah Lomu fut muselé par une défense féroce. Les Boks furent surtout bien aidés par l’arbitre Ed Morrisson, comme Ed Bevan en demi-finale contre les Français de Philippe Saint-André. Aucun essai ne fut inscrit. Mais le suspense fut à son comble lors de la prolongation.

RWC 1995 - South Africa V France - Referee denies France a place in the final

Mais l’histoire était en marche, rien ne pouvait détourner les Springboks de leur but ultime.

En organisant la Coupe du monde de rugby à domicile, Nelson Mandela, élu Président quelques moi auparavant, espérait une victoire des Springboks pour réunifier un pays divisé. Pour sa première participation à un Mondial, l'Afrique du Sud se hisse en finale pour défier les All Blacks de Jonah Lomu.

Après un match fermé et un duel du buteur à distance entre Andrew Mehrtens et Joel Stransky, c'est finalement le demi d'ouverture sud-africain qui délivre tout le pays en inscrivant un drop à la 93e minute, permettant à son équipe de soulever sa première Coupe du monde.

Les Barbarians et l'Afrique du Sud : Des Rencontres Épiques

Les rencontres entre l'Afrique du Sud et les Barbarians sont bien plus que de simples matchs de rugby. Elles sont chargées de symboles, d'émotions et d'histoires mémorables. Ces confrontations ont marqué des générations de joueurs et de supporters, laissant une empreinte indélébile dans l'histoire du rugby.

Un Jubilé Collectif : Le Match de 1992 à Lille

Le 31 octobre 1992, à Lille, un match exceptionnel s'est déroulé entre les Barbarians français et les Springboks. Cette rencontre a marqué la fin de carrière de Serge Blanco, considéré comme le "Pelé du rugby". Devant 25 000 spectateurs, ce match était un cocktail de "vieux guerriers" et de jeunes talents, un mélange d'expérience et d'avenir. C'était également la première tournée des Springboks en France depuis 18 ans, un événement symbolique après la fin de l'apartheid.

« Pour notre génération, c’était un événement exceptionnel, reprend Patrice Lagisquet. Nous pensions que nous ne jouerions jamais contre les Springboks. Là, enfin, on les jouait. » Ce jubilé avait des allures de troisième test, la France et l’Afrique du Sud ayant remporté chacune un des deux premiers.

Un drop et quelques pénalités vinrent récompenser la lutte féroce des Benazzi, Rodriguez et autres Loppy. L’arbitre provoquait quelques mouvements d’humeur dans les tribunes et surtout sur le banc sud-africain où l’on pensait qu’il arbitrait un peu trop « à la maison ». Il est vrai qu’il est Basque comme Serge Blanco…

Tout à leur joie de célébrer cette dernière victoire de Serge Blanco, les Barbarians en oublièrent les civilités d’usage et s’attardèrent longuement à l’apéritif. Quand ils arrivèrent au banquet, les Springboks, vexés, avaient déjà quitté les lieux.

Tableau Récapitulatif du Match

Équipe Score
Barbarians français 25
Afrique du Sud 20
Lieu : VILLENEUVE D'ASCQ (Stadium Nord)
Spectateurs : 23 742
Arbitre : M.

Le Match de 1997 à Biarritz : Un Retour aux Sources pour Franck Corrihons

Le troisième match face à ces mêmes Springboks à Biarritz fût un moment fort pour Franck Corrihons. Là, il était sur ses terres basquaises, tout près de Boucau, son port d’attache. « Pour moi, c’était un retour au bercail, explique Franck Corrihons, remis en état de marche, heureux de rejouer sur son terrain d’Aguilera. J’avais travaillé comme agent technique pendant deux ans à l’hôtel du Palais, où nous séjournions. Jamais je n’aurais pensé être un jour client de ce palace. Là, je retrouvais tous mes potes de travail. Enfin, côté sud-africain, Skinstad avait illuminé le terrain. »

Dans la pluie, dans la boue, ce sont pourtant les Barbarians qui firent le spectacle et le score (40-22). « Il n’y a pas eu trop d’envolées, précise Jean-Michel Gonzalez, qui n’avait toujours pas digéré la demi-finale perdue de la Coupe du monde à Durban contre ces mêmes Sud-Africains. On a abordé ce match comme un test. Et on les a tordus en mêlée. »

Alors Vincent Moscato, capitaine d’un soir, l’air grave, allure cérémonieuse, demanda aux 300 convives du banquet de se lever en ce 11 novembre pour une minute de silence. « Les Boks se sont levés les premiers, se souvient Moscato, les autres ont suivi. Fouroux croyait que je n’allais pas le faire.

Ainsi, en 1997, à l’hôtel du Palais, à Biarritz. Tout le monde avait remarqué ces superbes mannequins qui déambulaient dans la majestueuse entrée du Palais, qui a vu défiler tant de stars. Et c’est alors que Karl Lagerfeld se permit très gentiment de l’aborder. « Il m’a posé des questions sur le rugby, qu’il ne connaissait pas, mais il avait conscience que c’était très dur. C’était sympa, car il y avait une certaine naïveté de sa part. » L’entrevue avec Lagerfeld avait beaucoup amusé Jacques Fouroux.

Le Match de 2025 : Les Springboks Déroulent Face aux Barbarians Britanniques

Même si ce n’était pas un match officiel World Rugby, Rassie Erasmus ne prenait pas ce premier rendez-vous annuel à la légère en choisissant d’aligner 14 champions du monde sur la feuille du match. Sur le terrain, la puissance du pack vert et or faisait très vite la différence.

Au retour des vestiaires, Cheslin Kolbe décidait d'accélérer. Avec ses crochets déroutants et sa science des ballons aériens, l'ailier des Springboks posait un casse-tête presque impossible à résoudre pour la défense des Baa-Baas. En l'espace de quelques minutes, et après un carton jaune concédé par Boshier (54e), il était à l'origine de trois essais inscrits par Wessels (48e), Arendse (58e) et De Jager (61e), portant le score à 40-0. Même à 31 ans, l'ancien du Stade toulousain reste la référence mondiale à son poste.

Cette réalisation n'empêchait pas les Sud-Africains de continuer de dérouler et conclure parfaitement leur premier match de 2025 (54-7).

Coupes du Monde : Les Triomphes de l'Afrique du Sud

L'Afrique du Sud a marqué l'histoire du rugby en remportant trois Coupes du Monde, chacune ayant une signification particulière.

2007 : le retour au sommet

Après deux éditions sans titres, l'Afrique du Sud se retrouve une nouvelle fois en finale, mais cette fois contre l'Angleterre. Après avoir battu les Anglais en poule (36-0) les Springboks affrontent une équipe métamorphosée.Comme en 1995, les Boks appliquent le même type du jeu. Un jeu d'avants, avec Bakkies Bothas, Schalk Burger, John Smit, Victor Matfield... tout en s 'appuyant sur un buteur hors pair, Percy Montgomery. Une finale de nouveau fermée, qui se terminera à 15 points à 6 face à une Angleterre éteinte au Stade de France. François Steyn n'a alors que 20 ans et Bryan Habana égale le record de Jonah Lomu, avec huit essais en une édition de Coupe du monde. Il sera élu ensuite meilleur joueur du monde.

2019 : un peu plus dans l'histoire

On dirait que l'histoire ne se répète que tous les 12 ans. Comme à Paris en 2007, les Springboks sont de nouveau en finale contre... le XV de la rose. Les Anglais sont favoris après avoir assommé les All Blacks en demi-finales (19-7).

Fidèles à leur réputation, les Boks se sont appuyés une nouvelle fois sur leurs puissants avants comme Eben Etzebeth (2,03m, 117 kg) qui repoussa les pick-and go anglais. Après un chassé-croisé de buteurs entre Farrell et Pollard, il a fallu attendre l'heure de jeu pour voir Mapimpi inscrire le premier essai de la partie et porter la marque à (25-12) pour les Sud-Africains. Clairement au-dessus physiquement, l'Afrique du Sud enfonça le clou grâce à l'exploit individuel de Cheslin Kolbe (26 ans, 13 sél), qui se faufila entre 4 défenseurs pour verrouiller le score (32-12).

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