Les rencontres entre l'Afrique du Sud et les Barbarians sont bien plus que de simples matchs de rugby. Elles sont chargées de symboles, d'émotions et d'histoires mémorables. Ces confrontations ont marqué des générations de joueurs et de supporters, laissant une empreinte indélébile dans l'histoire du rugby.

Un Jubilé Collectif : Le Match de 1992 à Lille
Le 31 octobre 1992, à Lille, un match exceptionnel s'est déroulé entre les Barbarians français et les Springboks. Cette rencontre a marqué la fin de carrière de Serge Blanco, considéré comme le "Pelé du rugby". Devant 25 000 spectateurs, ce match était un cocktail de "vieux guerriers" et de jeunes talents, un mélange d'expérience et d'avenir. C'était également la première tournée des Springboks en France depuis 18 ans, un événement symbolique après la fin de l'apartheid.
« Pour notre génération, c’était un événement exceptionnel, reprend Patrice Lagisquet. Nous pensions que nous ne jouerions jamais contre les Springboks. Là, enfin, on les jouait. » Ce jubilé avait des allures de troisième test, la France et l’Afrique du Sud ayant remporté chacune un des deux premiers.
Pourtant les choses étaient mal parties pour les copains de Serge Blanco. On avait dit et décidé de se faire d’abord plaisir. De jouer tous les ballons. La première tentative d’ouverture jusqu’à l’aile se solde par un essai… sud-africain. Une passe insouciante et légère de Charvet pour Lagisquet atterrit dans les bras de Small qui s’en alla tranquillement sous les poteaux. Première minute et mauvaise limonade. Heureusement, les anciens en parurent revigorés.
Un Match Riche en Émotions et en Anecdotes
La rencontre fut riche en émotions et en anecdotes. Dès les premières minutes, Serge Blanco s'est blessé, mais ses coéquipiers lui ont demandé de rester sur le terrain. « Le meilleur doping du rugby, disait Laurent Rodriguez dans les vestiaires, c’est l’amitié ! ». Malgré un essai rapide de James Small pour les Springboks, les Barbarians ont su réagir grâce à l'expérience des anciens et à la fougue des jeunes.
Didier Camberabero ne trembla pas. Un drop et quelques pénalités vinrent récompenser la lutte féroce des Benazzi, Rodriguez et autres Loppy.Et puis le Biterrois autrefois chauve et désormais oublié, redonna de ses nouvelles, Didier Camberabero ne trembla pas. Un drop et quelques pénalités vinrent récompenser la lutte féroce des Benazzi, Rodriguez et autres Loppy. Sans parler des Basques et du Landais des fauteuils d’orchestre qui jouaient une partition sans faute dans le combat de près.
L’arbitre provoquait quelques mouvements d’humeur dans les tribunes et surtout sur le banc sud-africain où l’on pensait qu’il arbitrait un peu trop « à la maison ». Il est vrai qu’il est Basque comme Serge Blanco…
L’émotion, on s’en doute, fut aussi au rendez-vous du tour d’honneur de Serge Blanco. Il paraît qu’il s’était blessé dès les premières minutes, et que ses copains lui avaient demandé de ne pas sortir.
Au bout de dix minutes, le temps de faire une biscouette et de dégager un ballon, le pauvre Serge, qui avait les adducteurs en feu, n’était plus en état de marche. « J’ai voulu sortir car je savais que j’étais un poids mort pour l’équipe, raconte Serge. Mais ils n’ont pas voulu. Une piqûre du bon docteur Pêne et il resta jusqu’à la fin, se contentant, tel un gardien de but, de jouer placé et d’encourager ses amis, partis avec le handicap d’un essai de James Small qui dès la 4e minute avait intercepté une passe de Charvet à Lagisquet. « Chacun, alors, a joué à 14,1 pour faire 15, glisse Didier Camberabero, auteur de 20 des 25 points de la victoire de son équipe (25-20). À partir de là, même si c’était très sérieux, on a dévissé le frein à main.
Tout à leur joie de célébrer cette dernière victoire de Serge Blanco, les Barbarians en oublièrent les civilités d’usage et s’attardèrent longuement à l’apéritif. Quand ils arrivèrent au banquet, les Springboks, vexés, avaient déjà quitté les lieux. Dommage, car ils avaient manqué un des plus beaux discours de Jacques Fouroux qui décida, ce soir-là, avec Jean-Patrick Lescarboura, de refaire la Fédération française de rugby, en distribuant les maroquins à ses amis : la Communication à Jean Condom, la Santé publique à Laurent Rodriguez, anesthésiste bien connu sur tous les terrains du monde, et la Culture à Jean-Pierre Rives.
Tableau Récapitulatif du Match
| Équipe | Score |
|---|---|
| Barbarians français | 25 |
| Afrique du Sud | 20 |
Lieu : VILLENEUVE D'ASCQ (StadiumNord).
Spectateurs : 23 742.
Arbitre : M.
Les Souvenirs de Philippe Saint-André Contre les Springboks
Philippe Saint-André, ancien ailier et capitaine de l'équipe de France, a partagé ses souvenirs marquants contre les Springboks. Parmi eux, la victoire avec les Barbarians français en 1992 à Lille et celle avec les Barbarians britanniques en 1994 à Dublin. Il se souvient également de la série de tests victorieux avec l'équipe de France en Afrique du Sud en 1993.
« Quels sont vos meilleurs souvenirs contre les Springboks ?Étonnamment, j'en ai beaucoup. Avec les Barbarians français, on les bat (25-20) pour le dernier match de Serge Blanco (en 1992 à Lille). J'ai un autre souvenir incroyable avec les Barbarians britanniques, avec là aussi une victoire (23-15, en 1994). C'est la seule fois où les supporters étaient derrière moi à Dublin. (Il se marre) Je me souviens bien sûr de la série de tests victorieux avec l'équipe de France en Afrique du Sud en 1993. Sur le premier, on fait match nul (20-20). J'inscris un essai et James Small me met un "shoot" dans la gueule. Puis on gagne d'un point le deuxième (17-18). Un an avant, on s'impose au Parc des Princes (29-16), la première victoire contre eux depuis la fin de l'apartheid.
Le souvenir le plus douloureux reste la défaite en demi-finales de Coupe du monde 1995 à Durban. « Oui, un regret à vie. Ça fait trente ans et je n'ai jamais voulu la revoir. L'arbitre nous refuse trois ou quatre essais. Avant de mourir, leur troisième-ligne Ruben Kruger, lui, a reconnu qu'il n'a jamais aplati son essai. Je ne vais pas dire que c'était un vol manifeste mais cette demi-finale n'a pas été très clean. Notre génération pensait pouvoir être championne du monde et on a été marqués à vie par cette défaite.
Votre carrière internationale s'est conclue par une déroute (10-52) contre ce même adversaire pour les adieux au Parc des Princes le 22 novembre 1997...Une semaine plus tôt, le premier match à Lyon est énorme, on le perd de peu (32-36) en donnant tout ce que l'on a. Puis arrive cette rencontre au Parc des Princes. On n'avait pas récupéré de la rencontre précédente et on joue contre des "golgoths". Je me souviens de l'histoire du contrôle antidopage. Je crois qu'ils avaient eu 18 mecs asthmatiques sur les 22... (Rire.) Avec cette génération, on avait vécu des moments exceptionnels dans ce stade mythique. Quand tu débordais sur l'aile, tu sentais l'haleine du supporter au premier rang. Finir comme ça nous a laissé un goût amer.
Pour PSA, les Springboks, c'était un combat de boxe. « Sur le terrain, j'ai joué en face de James Small (décédé en 2019). Lui, c'était un bulldog, il ne lâchait rien. Je l'adorais. On était potes. On savait qu'on allait s'en mettre plein la gueule durant 80 minutes puis qu'on allait se retrouver à boire une bière le soir. Il était fantasque dans la vie. Pendant le match, il fallait être un chien de la casse contre lui. Mais vu que mon jeu était un peu basé là-dessus, j'aimais bien ça. C'était un combat de boxe contre eux.

Présent dans les tribunes du Stade de France samedi soir (21 h 10), « PSA » va suivre avec attention ce nouveau choc contre les Sud-Africains. « Ça va être électrique sur le terrain, dans les vestiaires et dans les tribunes, dit-il. La défaite (28-29) en quarts de finale de la Coupe du monde 2023 a été une cicatrice pour les joueurs, mais aussi pour tous ceux qui aiment ce sport. Il y a deux ans, on sentait que l'équipe de France avait les capacités de pouvoir être championne du monde devant son public et là encore ça ne s'est pas fait à cause des Sud-Africains. Ce jour-là, ils ont volé le rêve de toute une nation.
Le Match de 1997 à Biarritz : Un Retour aux Sources pour Franck Corrihons
Le troisième match face à ces mêmes Springboks à Biarritz fût un moment fort pour Franck Corrihons. Là, il était sur ses terres basquaises, tout près de Boucau, son port d’attache. « Pour moi, c’était un retour au bercail, explique Franck Corrihons, remis en état de marche, heureux de rejouer sur son terrain d’Aguilera. J’avais travaillé comme agent technique pendant deux ans à l’hôtel du Palais, où nous séjournions. Jamais je n’aurais pensé être un jour client de ce palace. Là, je retrouvais tous mes potes de travail. Enfin, côté sud-africain, Skinstad avait illuminé le terrain. »
Dans la pluie, dans la boue, ce sont pourtant les Barbarians qui firent le spectacle et le score (40-22). « Il n’y a pas eu trop d’envolées, précise Jean-Michel Gonzalez, qui n’avait toujours pas digéré la demi-finale perdue de la Coupe du monde à Durban contre ces mêmes Sud-Africains. On a abordé ce match comme un test. Et on les a tordus en mêlée. »
Alors Vincent Moscato, capitaine d’un soir, l’air grave, allure cérémonieuse, demanda aux 300 convives du banquet de se lever en ce 11 novembre pour une minute de silence. « Les Boks se sont levés les premiers, se souvient Moscato, les autres ont suivi. Fouroux croyait que je n’allais pas le faire.
Moscato et LagerfeldVincent Moscato en convient. Au début, il s’est demandé pourquoi les Barbarians l’avaient invité alors que lui pensait que son style de jeu ne correspondait pas vraiment au style barbarian. Eh bien, il n’avait rien compris. Au contraire, à chaque fois il se conduisit en parfait ambassadeur. Ainsi, en 1997, à l’hôtel du Palais, à Biarritz. Tout le monde avait remarqué ces superbes mannequins qui déambulaient dans la majestueuse entrée du Palais, qui a vu défiler tant de stars. Et c’est alors que Karl Lagerfeld se permit très gentiment de l’aborder. « Il m’a posé des questions sur le rugby, qu’il ne connaissait pas, mais il avait conscience que c’était très dur. C’était sympa, car il y avait une certaine naïveté de sa part. » L’entrevue avec Lagerfeld avait beaucoup amusé Jacques Fouroux.
Même pour un match amical, l’Afrique du Sud veut gagner.
Le Match de 2025 : Les Springboks Déroulent Face aux Barbarians Britanniques
Même si ce n’était pas un match officiel World Rugby, Rassie Erasmus ne prenait pas ce premier rendez-vous annuel à la légère en choisissant d’aligner 14 champions du monde sur la feuille du match. Sur le terrain, la puissance du pack vert et or faisait très vite la différence.
Au retour des vestiaires, Cheslin Kolbe décidait d'accélérer. Avec ses crochets déroutants et sa science des ballons aériens, l'ailier des Springboks posait un casse-tête presque impossible à résoudre pour la défense des Baa-Baas. En l'espace de quelques minutes, et après un carton jaune concédé par Boshier (54e), il était à l'origine de trois essais inscrits par Wessels (48e), Arendse (58e) et De Jager (61e), portant le score à 40-0. Même à 31 ans, l'ancien du Stade toulousain reste la référence mondiale à son poste.
Cette réalisation n'empêchait pas les Sud-Africains de continuer de dérouler et conclure parfaitement leur premier match de 2025 (54-7).
Désormais, trois test-matchs sont prévus pour les champions du monde sud-africains, face à l’Italie (5 et 12 juillet) et la Géorgie (19 juillet). De quoi bien préparer le Rugby Championship 2025, qui débutera en aout.
Le match de rugby le plus violent jamais diffusé en direct
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