Le week-end dernier au Bouscat, dans la proche banlieue bordelaise, Lionel Beauxis et Marie-Alice Yahé, son épouse depuis l'été dernier, ont donné le coup d'envoi de la rencontre France - Angleterre de rugby féminin des moins de 20 ans. C'est une de leurs rares sorties « officielles » ensemble.
Sourires aux lèvres, M. et Mme Beauxis, à la silhouette arrondie en raison d'un heureux événement attendu pour le mois de juin, ont savouré les applaudissements chaleureux du stade Sainte-Germaine. « On en profite avant que le bébé arrive », confie le futur papa.

Lionel Beauxis et Marie-Alice Yahé donnant le coup d'envoi d'un match de rugby féminin. Source: Sud Ouest
Un Couple Équilibré à Bordeaux
Huit mois après leur arrivée en Gironde, le couple a trouvé son équilibre dans la quiétude de Bordeaux. Bien que, aujourd'hui, il n'y ait plus que Lionel sur le terrain, leur vie demeure rythmée par le ballon ovale. L'ouvreur ou l'arrière de l'UBB sera ainsi titulaire demain face au Stade Français, avec qui il fut champion de France en 2007.
Sa première supportrice, au jugement acéré et impitoyable, décortique ses performances : « Ça chauffe parfois à la maison, mais c'est constructif. On essaie aussi de parler d'autre chose que de rugby », raconte Lionel.
« Il est heureux ici dans sa vie et avec nous. Son comportement est un régal et, sur le terrain, il est souvent bon », apprécie Vincent Etcheto, l'entraîneur des lignes arrière de Bordeaux.
Les Épreuves Surmontées
Après sa dernière saison compliquée au Stade toulousain, l'ancien ouvreur du XV de France (20 sélections) a retrouvé son niveau en affrontant les épreuves. Comme le forfait de sa femme pour la Coupe du monde l'été dernier en France à cause d'une énième commotion cérébrale en match, l'obligeant à mettre un terme prématurément à sa carrière.
Un coup dur pour celle qui était alors demie de mêlée et capitaine des Bleues. La charnière mixte de l'ovalie a serré les rangs. « Son monde à lui aussi s'est écroulé en me voyant comme ça, confiait-elle à l'époque. Si Lionel n'avait pas été là, je ne m'en serais pas relevée aussi vite. »
Aujourd'hui, Mme Beauxis est toujours dans les stades, mais en tribunes pour suivre son mari ou pour commenter les matchs du Top 14 pour Canal +.
Cette supportrice des Bleues, qui tweete sa joie après chaque victoire dans le Tournoi féminin, a aussi accepté de devenir la marraine de l'équipe féminine de la Section paloise, qui verra le jour la saison prochaine.
Le Rugby Féminin : Un Engagement Fort
Marie-Alice Yahé en tant que joueuse et Marie-Alice Beauxis comme épouse, cela dépend comment on me voit. J’étais la demi de mêlée et la capitaine de l’équipe de France pendant quatre années. J’ai joué pour quatre clubs différents : Nice, Montpellier, Toulouse et Perpignan.
Elle n’a pas choisie sa fin de carrière. Elle n’y pensait même pas quand c’est arrivé. "Le professeur Decq qui travaille avec la FFR a pris la décision pour moi parce que je ne voulais pas arrêter. Je l’ai détesté à l’époque..."
Marie-Alice Yahé était alors capitaine de l’équipe de France, mais elle s’était écroulée à l’entraînement après avoir reçu un ballon dans la figure sur une passe anodine. Devenue consultante Canal +, l’ancienne joueuse est revenue sur cette fin de carrière anticipée et dictée par une succession de commotion cérébrales dans les colonnes de Midi Olympique.
Elle évoque les premiers signes inquiétants un an avant l’arrêt de sa carrière : "J’ai développé des angoisses, des peurs. Je me souviens du jour où j’ai dû quitter l’hôpital, impossible de monter dans l’ascenseur. Je suis devenue claustrophobe du jour au lendemain."
Malgré des maux de têtes persistants, elle décide de reprendre la saison jusqu’à ce triste entraînement à Marcoussis qui a changé sa vie : "Tout s’est mélangé : "burn out", dépression, sentiment de mal-être permanent. Je ne sortais même pas de la maison pour aller jusqu’à la boîte aux lettres."
La décision du professeur Decq apparaît aujourd’hui comme une évidence : "Je le remercie de tout mon coeur. Je ne sais pas dans quel état je serais aujourd’hui si on ne m’avait pas arrêté. Les médecins ont protégé ma vie de femme et de maman."
Un témoignage poignant mais aussi glaçant alors qu’une étude médicale anglaise démontre que les chocs liés à la pratique du violent ont des conséquences encore plus grave chez les femmes.
"Je pensais que les capteurs étaient faux", commente le professeur Williams dans les colonnes de Rugby Pass pour évoquer le point de départ de son étude sur le rugby féminin après avoir relevé des mesures inquiétantes. La faute à un manque de force dans le cou chez les femmes selon cette étude qui laisse apparaître que la tête des joueuses est balancée sans aucune retenue lors des plaquages, ce que l’on pourrait assimiler à un coup du lapin.
Selon, cette étude, il est possible de muscler le cou pour tenter d’atténuer ce phénomène même si le professeur Williams est catégorique : les femmes seront toujours plus sujettes aux commotions.
"Les chocs à la tête et les commotions cérébrales affectent les femmes d'une manière très différente de celle des hommes […] Les hommes ont plus de muscles et de tissus mous autour du cou que les femmes, ce qui les aide à maintenir leur tête en place. Les femmes ont beaucoup moins de muscles au cou, c'est pourquoi les femmes ne peuvent pas tenir la tête aussi facilement que les hommes.
Après des années à souffrir de lourdes séquelles suite à plusieurs commotions cérébrales, Marie-Alice Yahé va mieux. Comme elle l'explique à "L'Équipe", l'ancienne capitaine de l'équipe de France féminine de rugby s'en est sortie grâce à la photobiomodulation.
C'est un fléau qui touche tous les sportifs de haut niveau, mais certains sports sont beaucoup plus à risque. Depuis plusieurs années maintenant, des chercheurs et des spécialistes tentent d'alerter l'opinion publique sur les risques liés aux commotions cérébrales.
Si certains joueurs se sont ouverts publiquement, à l'image de Carl Hayman, ancien All Blacks de 41 ans frappé par la maladie et qui a décidé de porter plainte contre les instances de son sport, l'ancienne joueuse de rugby Marie-Alice Yahé vient de donner une interview très éclairante sur le sujet.
Ancienne joueuse de haut niveau, demi de mêlée de l'USA Perpignan et capitaine de l'équipe de France féminine, elle a été obligée d'arrêter sa carrière en 2014, à seulement 30 ans, "à cause d'une série de commotions", comme elle l'explique dans une interview accordée à L'Équipe ce mercredi 25 septembre.
Marie-Alice Yahé Consultante Canal +
Aujourd'hui, Mme Beauxis est toujours dans les stades, mais en tribunes pour suivre son mari ou pour commenter les matchs du Top 14 pour Canal +.
Ce dimanche 23 avril 2023, une nouvelle édition du Canal Rugby Club était diffusée sur Canal+. Présentatrice de l’émission depuis sa création, Isabelle Ithurburu n’était pas accompagnée par Sébastien Chabal, comme c’est normalement le cas.
Le départ de l’ancien joueur du XV de France ne devrait cependant être que temporaire. L’émission s’est notamment ouverte sur un récapitulatif des six premiers matchs dans la 23e journée du Top 14.
Isabelle Ithurburu a voulu lancer Marie-Alice Yahé sur le contenu de ce dernier match, mais son interlocutrice s’est, dans un premier temps, contentée de répéter ce qu’elle avait dit. L’équipe de l’émission s’est ensuite projetée sur le match du soir entre Bordeaux-Bègles et La Rochelle, très important dans la course aux playoffs en fin de saison.
Cette édition du Canal Rugby Club , lancée à 20h25, a rassemblé 314 000 téléspectateurs, soit 1,5% du public. La chaîne cryptée se positionne au cinquième rang national sur cet univers.
Interview Marie Alice Yahé
La Rochelle : Capitale de l'Ovalie ?
Deux écrans géants prévus ce samedi soir sur le Vieux-Port, un seul sur la place du Capitole. La Rochelle a déjà pris un petit avantage sur Toulouse avant la finale de Top 14 qui fait frissonner de plaisir toute la France du rugby, du Saint-Pierre-et-Miquelon XV à l’Olympique de Nouméa.
Alors qu’il évoluait encore en Pro D2 jusqu’en 2014, le Stade Rochelais tutoie aujourd’hui les sommets, comme l’attestent ses deux succès consécutifs en Champions Cup (2022 et 2023) acquis chaque fois face au Leinster, le cauchemar irlandais des Toulousains.
Au point de s'afficher comme LA capitale de l’ovalie hexagonale, malgré une population bien moins importante (136.000 habitants dans l’agglomération, contre plus d’un million dans celle de Toulouse) ? « C’est un peu tôt pour le dire, freine l’ancienne capitaine des Bleues Marie-Alice Yahé, désormais consultante sur Canal+, diffuseur du Top 14. La Rochelle est la capitale européenne mais en France, le club n’a pas encore décroché de titre. Il lui manque cette petite marche supplémentaire. »
« Pas la capitale » mais « une place très forte » C’est (encore) une spécificité du rugby : on peut faire la loi sur le continent sans pour autant être reconnu comme le numéro 1 dans son pays.
« Aujourd’hui, être champion de France est plus dur que d’être champion d’Europe, acquiesce Jean-Pierre Elissalde, ancien joueur et entraîneur des Maritimes. Il n’y a plus d’Anglais pour rivaliser, seulement une province irlandaise. Les Ecossais et les Gallois sont des faire-valoir. » Et les Sud-Africains, nouveaux venus en Champions Cup, ont calé en quart de finale…
« Non, La Rochelle n’est pas la capitale, ajoute le fils d’Arnaud Elissalde et le père de Jean-Baptiste, autres figures majeures du club. Ce serait faire injure à tous les autres. Le Stade Français, Biarritz, Béziers ou Lourdes ont été capitales à leur époque. La Rochelle, c’est une place très forte. Au-delà des murailles qui nous servent à résister, il y a une armada pour passer à la conquête. »

La foule à La Rochelle après le retour des joueurs, vainqueurs de leur première Champions Cup, le 29 mai 2022. - Yohan Bonnet / AFP
Toulouse et La Rochelle : Un Duel au Sommet
La bande de costauds menée par Grégory Alldritt, Will Skelton, Uini Atonio et Jonathan Danty a l’habitude de mettre les pieds où elle veut. Et c’est souvent dans la gueule de l’adversaire… Sauf dans celle des Toulousains.
Avant le succès en janvier sur une équipe mixte, sans Dupont ni Julien Marchand (30-7), les Rochelais restaient sur huit défaites face au même adversaire, dont quatre lors de matchs décisifs : demi-finale du Top 14 en 2019 (20-6), barrage l’an dernier (33-28) mais surtout finales de la Champions Cup (22-17) puis du championnat (18-8) en 2021…
« Longtemps, le Stade Toulousain a été la bête noire de La Rochelle, mais les parcours en phase finale de Coupe d’Europe et la victoire cette année à Deflandre, même face à une formation remaniée, comptent, juge Marc Lièvremont, l’ancien sélectionneur du XV de France aujourd’hui consultant sur Canal+. Il est peu probable de voir le même scénario que lors de la finale du Top 14 2021, avec la blessure précoce de Brice Dulin et le match raté de Grégory Alldritt. La Rochelle a payé pour apprendre. »
« Les Rochelais se sont mis à gagner depuis deux ans, et ça change tout, ajoute Marie-Alice Yahé. Ils sont complètement décomplexés, et savent qu’ils peuvent rivaliser avec n’importe quelle équipe. »
L’arrivée d’un buteur fiable (Antoine Hastoy), d’une paire de centres de classe mondiale (Jonathan Danty - Ulupano Seuteni) et la promotion de l’exigeant manager irlandais Ronan O’Gara, encore adjoint en 2021, ont changé la donne.
« Le Stade Toulousain a aussi continué à grandir, avec l’expérience internationale des Dupont, Ntamack, Cros ou encore Ramos qui marche sur l’eau cette saison, poursuit Lièvremont. Mais le duel s’est rééquilibré. »
L’ancien 3e ligne se garde bien de désigner un favori, à la différence de Guy Novès.
« J’ai vu un Stade [Toulousain] royal en demi-finale [contre le Racing 92, 41-14], qui n’a pas donné l’impression de tirer sur la machine, et une équipe de La Rochelle [face à l’Union Bordeaux-Bègles, 24-13] un peu en dedans, fatiguée, pas au niveau atteint en finale de Coupe d’Europe », juge l’ancienne icône d’Ernest-Wallon, qui pèse 12 titres nationaux (deux comme joueur, 10 comme entraîneur) et quatre sacres continentaux.
« Après leur exploit fantastique au Leinster, les Rochelais ont eu quatre jours de fête. Ensuite, c’est très dur pour relancer et remobiliser les joueurs. J’ai passé 40 ans au Stade Toulousain, c’est une équipe qui se transcende sur les phases finales. Et elle a une faim de loup. »
Retiré dans la périphérie de sa Ville rose, l’ancien patron des Bleus n’a forcément rien d’un témoin neutre. Cela ne l’empêche pas de saluer la performance des Maritimes, et d’évoquer une France (du rugby) à deux têtes, comme Amsterdam et La Haye aux Pays-Bas.
« La Rochelle est en train de devenir une capitale. Bon pour Toulouse, ce n’est pas nouveau. Les deux ont beaucoup en commun : un public magnifique, un stade plein tous les week-ends, des présidents posés, intelligents, qui avancent en toute humilité et de manière cohérente [Didier Lacroix côté toulousain, Vincent Merling côte rochelais]. C’est rassurant pour notre sport. Les deux clubs font aussi un gros travail de formation, et ne sont pas détenus par des milliardaires. Je suis ravi de les retrouver en finale. »
« Toulouse et La Rochelle se ressemblent énormément au niveau de l’engouement », relève Marie-Alice Yahé.
Alors oui, la préfecture de Charente-Maritime est bien plus petite, mais aucun autre sport n'y fait de l’ombre au rugby, à la différence de Toulouse avec le TFC et, dans une bien moindre mesure, le Fenix handball.
Ce samedi soir, Alldritt et ses équipiers vont disputer pour la première fois une finale de Top 14 dans une enceinte pleine, puisque les restrictions sanitaires liées au Covid avaient limité la jauge à 14.000 places au Stade de France en 2021.
« La Rochelle n’a jamais vécu ça, or on connaît l’importance du 16e homme pour cette équipe », appuie l’ancienne demi de mêlée.
Si le club décroche le premier Bouclier de Brennus depuis sa création en 1898, plusieurs dizaines de milliers de personnes déferleront sur le Vieux-Port, comme lors des deux sacres européens.
« Et si ce n’est pas cette année, le Stade [Rochelais] finira quand même par gagner le Bouclier, prophétise Jean-Pierre Elissalde. Ce n’est pas fini cette histoire.
Tableau des titres et succès récents
| Équipe | Titres Nationaux | Champions Cup | Autres Succès |
|---|---|---|---|
| Stade Toulousain | 21 | 4 | Nombreux titres et trophées |
| Stade Rochelais | 0 | 2 (2022, 2023) | Montée en Top 14 en 2014 |