L'encéphalopathie traumatique chronique (ETC) est une maladie neurodégénérative qui suscite de plus en plus d'inquiétudes, notamment chez les sportifs pratiquant des disciplines à risque de traumatismes crâniens répétés. Cette affection, longtemps méconnue, est aujourd'hui au cœur de nombreuses recherches et controverses.

Qu'est-ce que l'Encéphalopathie Traumatique Chronique (ETC) ?
L'encéphalopathie traumatique chronique (ETC) est une maladie dégénérative du cerveau causée par des traumatismes crâniens à répétition. Ces traumatismes peuvent inclure des commotions cérébrales, mais aussi des impacts moins violents, souvent appelés impacts sous-commotionnels. Le neurochirurgien Jean Chazal, ancien expert auprès de la Fédération Française de Rugby, donne une image assez claire de cette atteinte : « Le cerveau est mobile à l’intérieur d’une boîte rigide, un peu comme du fromage blanc que l’on secouerait dans une boîte en plastique.
Au début des années 2000, des études menées sur le cerveau d’anciens joueurs de football américains ont permis de découvrir une atteinte cérébrale appelée « encéphalite traumatique » ou chronic traumatic encephalopathy en anglais, abrégée CTE. Il s’agit inflammation progressive du cerveau et d’une atteinte dégénérative, qui se développe plusieurs années après avoir subi une commotion cérébrale. Le diagnostic se fait post-mortem.
Cette atteinte cérébrale est souvent comparée ou rapprochée du « K-O mortel » ou « punchdrunk » syndrome identifiés de longue date chez les boxers professionnels. Connue depuis les années 1920 sous le nom de démence pugilistique (dementia pugilistica) chez les boxeurs, l’ETC est reconnue en 2002 grâce au docteur Bennet Omalu.
Les Sports à Risque
Les sportifs qui reçoivent le plus de coups répétés à la tête sont les rugbymen, les boxeurs, les joueurs de football américain mais les footballeurs et les handballeurs ne sont pas non plus épargnés. "Durant un match de rugby, les joueurs de haut niveau reçoivent en moyenne 77 impacts à la tête, lors d’un match de football environ 10", précise le médecin.
Symptômes de l'Encéphalopathie Traumatique Chronique
Les répercussions de ces coups répétés à la tête sont en général silencieuses pendant des décennies. Ce n’est que bien plus tard, lorsque la personne sportive a plus de 60 ans en général que les symptômes apparaissent.
Elle manifeste alors un léger ralentissement cognitif, accompagné de difficultés à mémoriser les événements récents, de troubles de l’attention, ainsi que des troubles de l’humeur et des modifications du comportement, telles qu’une apathie accrue ou de l’irritabilité. Les symptômes évoluent lentement, souvent sur plusieurs années, et peuvent s’aggraver progressivement jusqu’à entraîner une perte d’autonomie.
"C’est pour cela que l’encéphalopathie chronique post-traumatique évolue vers un syndrome de démence (on l’appelait d’ailleurs avant « dementia pugilistica », la démence pugilistique) avec des caractéristiques similaires à la maladie Alzheimer", souligne le Pr Bayen.
Les symptômes sont aussi multiples que destructeurs : dépression, anxiété, pertes de mémoire, insomnies, impulsivité, hallucinations, agressivité, pensées suicidaires… Côté physique, les victimes décrivent des maux de tête chroniques, des vertiges, une hypersensibilité sensorielle ou encore des troubles moteurs.
Diagnostic de l'ETC
Le diagnostic de l’encéphalopathie traumatique chronique (ETC) n’est pour l’heure pas encore possible chez les personnes vivantes. Seule une autopsie post mortem permet de confirmer l’ETC. Toutefois, des programmes de recherche explorent des pistes prometteuses, comme l’imagerie par tomographie à émission de positrons.
En 2019, des chercheurs ont réussi à différencier les protéines Tau spécifiques de l’ETC de celles de l’Alzheimer, ouvrant une possible voie au diagnostic ante mortem.
Prévention de l'Encéphalopathie Traumatique Chronique chez les Sportifs
Face à une suspicion de commotion cérébrale sportive symptomatique, il existe aujourd’hui un consensus (consensus d’Amsterdam, 2022) avec un protocole à mettre en place. "Il s’agit d’évaluer la gravité d’un choc à la phase initiale chez un sportif grâce à un outil destiné aux non-professionnels de santé (les entraineurs, la famille, les sportifs par exemple) : le CRT6 (Concussion Recognition Tool 6) permet d’examiner et d’interroger le sportif et de détecter ainsi les signes cliniques retrouvés lors d’une commotion cérébrale", indique la spécialiste.
Sur le terrain, il existe un outil diagnostic standardisé et conçu pour une utilisation par les professionnels de santé, le SCAT6 (Sport Concussion Assessment Tool 6), qui inclut des tests neurologique et d’évaluation des fonctions cognitives et qui peut déclencher des consultations et investigations plus poussées si nécessaire. Les fédérations sportives mettent aussi en place des moyens pour prévenir la gravité des chocs, par exemple en renforçant les muscles cervicaux avec des mandibules connectées dans le rugby.
"Les muscles fixateurs de la tête et des épaules, cervicaux antérieurs en particulier permettent d’amoindrir les oscillations de la tête et ondes de choc", explique le médecin. Au niveau des règles, le carton bleu (qui permet de sortir temporairement un joueur du terrain lorsqu'il y a suspicion de commotion cérébrale) incite à ne pas faire certains gestes (tels certains placages).
"Des protocoles de récupération sont prévus aussi, avec des arrêts de travail, du repos puis un reconditionnement progressif à l’effort ce qui permet la récupération cérébrale, en rééquilibrant le système nerveux autonome et en régulant la cascade neuro-métabolique déclenché par l’impact bio-mécanique sur la tête", ajoute le Pr Eléonore Bayen.
La prévention repose également sur la prise en compte des facteurs de risque de démence modifiables, notamment durant la phase silencieuse de la maladie, où le cerveau commence à être affecté sans symptômes apparents. "Les sportifs qui cumulent les commotions cérébrales ont tout intérêt à adopter un style de vie qui permet de renforcer leurs réserves et capital cérébral", indique le Pr Eléonore Bayen.
Elle précise que les facteurs protecteurs (manger de façon saine et équilibrée, avoir des interactions sociales riches, pratiquer une activité physique régulière, éviter le surpoids et le tabac, traiter le diabète, le cholestérol, l’hypertension artérielle, la dépression, s’appareiller en cas de surdité et de troubles visuels) concernent tout le monde afin de préserver la réserve cérébrale et cognitive, mais sont encore plus importants pour les sportifs qui présentent un surrisque traumatique de démence.
Tableau des Facteurs de Risque et de Protection
| Facteurs de Risque | Facteurs de Protection |
|---|---|
| Commotions cérébrales répétées | Alimentation saine et équilibrée |
| Âge avancé | Interactions sociales riches |
| Prédisposition génétique | Activité physique régulière |
| Mauvais état de santé général | Éviter le surpoids et le tabac |
| Traitement du diabète, cholestérol, hypertension, dépression | |
| Appareillage en cas de surdité et de troubles visuels |
Il est crucial de sensibiliser les sportifs, les entraîneurs et le grand public aux risques de l'ETC et de promouvoir des mesures de prévention efficaces pour protéger la santé cérébrale des athlètes.