Dans le monde du football, retirer un numéro de maillot est un geste symbolique fort, une manière pour un club de rendre hommage à un joueur exceptionnel qui a marqué son histoire. Cette pratique, inspirée des sports américains comme la NBA ou la NHL, est devenue de plus en plus courante en Europe et ailleurs. Mais derrière l'hommage se cachent parfois des enjeux marketing et des polémiques.

L'hommage aux Légendes
Pourquoi n’y a-t-il plus de numéro 10 à Naples, de numéro 5 au Bayern Munich, de numéro 9 au FC Nantes ? Parfois, c’est simplement pour célébrer un joueur qui a marqué le club, comme le font les franchises de NBA. Des emblèmes sur lesquels repose l’histoire d’un club. Il fallait trouver un moyen de sanctifier des demi-dieux : Baggio, Cruijff, Maradona, Maldini, etc.
Voici quelques exemples marquants :
- Diego Maradona (Naples, n°10): Ses sept saisons à Naples avaient permis au club de la région de Campanie de remporter deux titres de champion d’Italie et une Coupe UEFA. En effet, le club Italien a décidé de retirer le « 10 », en hommage à Diego Maradona en 2000.
- Paolo Maldini (AC Milan, n°3): Solide défenseur central des Rossoneri, Paolo Maldini a passé l’intégralité de ses 25 années de carrière à porter les couleurs de l’AC Milan. En 2009, après un quart de siècle de bons et loyaux services, durant lequel Paolo Maldini offrit sept titres de champion d’Italie et cinq Ligue des Champions à l’AC Milan, le défenseur italien mettait un terme à sa carrière. En hommage, son iconique n°3 fut retiré à une seule exception : seuls ses enfants seront autorisés à le porter.
- Johan Cruyff (Ajax Amsterdam, n°14): Joueur de l'Ajax Amsterdam de 1964 à 1973, puis de 1981 à 1983 à la fin de sa carrière, l’attaquant néerlandais avait permis à l’Ajax de remporter huit titres de champion des Pays-Bas et trois Coupe des clubs champions européens. Jamais personne n’oubliera son célèbre n°14, dont il était l’un des rares attaquants à le porter.
- Franz Beckenbauer (Bayern Munich, n°5): En guise d’hommage posthume, le Bayern Munich a décidé de retirer le numéro 5 après la mort de Franz Beckenbauer en 2024.

Hommages Posthumes et Soutien
Outre l’empreinte laissée par un joueur dans un club, de nombreux footballeurs ont été frappés par la mort en plein match depuis quelques années ou sont disparus dans des circonstances tragiques.
- Marc-Vivien Foé (Manchester City, n°23): Marc-Vivien Foé est décédé lors d’un match de Coupe des confédérations avec le Cameroun en 2003. Il jouait alors à Manchester City, qui a décidé de retirer le numéro 23 en hommage.
- Emiliano Sala (FC Nantes, n°9): Décédé tragiquement lors d’un accident d’avion en 2019, Emiliano Sala portait le numéro 9 au FC Nantes. Son corps retrouvé deux semaines plus tard et sa mort devenue officielle, le FC Nantes annonçait, dans la foulée, retirer le n°9 du regretté attaquant argentin.
Dans la même logique, certains clubs retirent le numéro 12 en hommage à leurs supporters, considérés comme le "12ème homme". Que ce soit à Fenerbahce, Lens, Feyenoord, Portsmouth, Norwich City, Bayern Munich, Malmö ou au Zénith Saint-Pétersbourg, le numéro 12 à été retiré de l’équipe en hommage aux supporters qui sont le 12ème homme.

Les Exceptions et les Controverses
Si les numéros présentés juste au dessus n’ont plus jamais été portés depuis qu’ils ont été retirés, certains clubs ont pourtant décidé de les réattribuer à d’autres joueurs. C’est le cas par exemple à Lyon où le numéro de Marc-Vivien Foé a été de nombreuses fois redonné alors qu’il est toujours retiré à Manchester City. Retiré pendant quelques années du côté de l’Olympique Lyonnais, le numéro 17 de Marc-Vivien Foé a finalement été redonné et c’est un autre camerounais, Jean II Makoun qui l’a reporté pour la première fois.
Une relégation en troisième division italienne de football avait cependant contraint le club de ressortir le n°10 du placard. Depuis leur remontée en Série B puis en Série A, le n°10 n’a, plus jamais, été porté par un joueur du SSC Naples.
Marketing ou Réel Hommage ?
L’équipe marketing du Stade rennais explique la manœuvre : « Financièrement parlant, on ne gagne rien à retirer le numéro d’un joueur. C’est au niveau de l’image que cela compte. » Quand on regarde le palmarès de l’OM, le Roc et le P’tit vélo passerait donc (pour ne citer que lui) avant le coup de boule de Boli ? Alors comment expliquer ce retrait du 21 et du 28 ? « Ils sont simplement des exemples, tente d’expliquer Paul Dietschy, historien du football. Valbuena est un homme qui reflète bien les valeurs du club. Il s’est battu malgré sa petite taille. Il est allé jusqu’en équipe de France. C’est énorme. La seule explication possible, c’est donc le coup marketing.
Voilà aussi pourquoi il faut relativiser, le 28 de Valbuena, ce n’est pas non plus le 10 de Maradona : « C’est juste le reflet du football actuel. Avant, on ne pouvait pas le faire parce que les numéros étaient limités de 1 à 11. Ce n’est qu’à partir des années 90 que la pratique est devenue possible. La limitation a sauté et le numéro est devenu le symbole de l’individualité. Il n’y a plus de poste, on ne dit plus d’un attaquant droit que c’est un bon 7. Il n’y a plus que des joueurs qui choisissent leur numéro. » À écouter Paul Dietschy, on en ferait donc un peu trop sur ces numéros : « Franchement, qui voudra du numéro 28 ?
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Les Célébrations de Buts et leurs Sanctions
Parallèlement à la tradition des maillots retirés, les célébrations de buts sont également un sujet de débat dans le football moderne. La FIFA a mis en place des règles strictes pour encadrer ces manifestations de joie, afin d'éviter les pertes de temps excessives et les comportements provocateurs.

Officiellement, ce règlement obligeant les arbitres à infliger un carton jaune au joueur fautif a donc pour objectif principal d'empêcher les pertes de temps excessives. L'histoire veut d'ailleurs que ce soit à la suite d'une célébration de but interminable du joueur uruguayen Diego Forlan que cette loi ait été instaurée.
Le 2 juillet 2000, David Trezeguet inscrit le but en or contre l’Italie à la 103e minute, permettant à la France de remporter l’Euro dans la foulée de sa victoire à la Coupe du Monde deux ans plus tôt. Un quart de siècle après, Trezeguet aurait toujours pu célébrer son but de la sorte, mais à ses risques et périls, les règlements étant désormais beaucoup plus stricts aujourd’hui.
Depuis cette date, ces actes sont systématiquement pénalisés par les arbitres, ce qui n’était pas le cas auparavant. S’il n’existe pas à proprement parler de "patient zéro" sur le cas de ces célébrations polémiques, une série d’événements a précipité l’adoption de cette règle au début des années 2000.
Les Messages Personnels et Politiques
Apparue dans les années 1990 en Premier League, on doit la mode de ces tee-shirts à message à l'arrivée de l'opérateur BSkyB, qui offrait à tous les matches une retransmission télévisuelle, incitant les joueurs à préméditer leurs célébrations de but.Le 20 mars 1997, l'attaquant de Liverpool, Robbie Fowler, avait par exemple dévoilé un tee-shirt de soutien aux dockers de Liverpool, alors en grève. Depuis, en Europe et ailleurs, beaucoup lui ont emboîté le pas, règlement ou pas.
Exemples : lors du Mondial 2002, le Sénégalais El-Hadji Diouf avait montré après un but le visage du théologien musulman Ahmadou Bamba. En finale de la Ligue des champions 2007, le Brésilien Kaka avait affiché un « I belong to Jesus ». En 2008, Artur Boruc, le gardien du Celtic Glasgow, avait arboré un « Dieu bénisse le pape ». En janvier 2009, Frédéric Kanouté, attaquant malien du Séville FC, avait dévoilé un tee-shirt de soutien à la Palestine. En décembre 2013, l'Ivoirien Didier Drogba avait rendu hommage à Nelson Mandela... Autant de messages « épouvantails » pour la FIFA, désireuse de neutralité.
« Les messages n'ont pas leur place dans le jeu », répète-t-on régulièrement à la tête de l'instance internationale. Quitte à susciter depuis seize ans d'incessantes polémiques lorsque un joueur est sanctionné après avoir dévoilé un message bienveillant, que ce soit pour célébrer une naissance, rendre hommage à un proche ou à un joueur blessé, malade ou disparu, ou encore pour soutenir une cause noble, telle que la faim dans le monde ou la lutte contre une maladie grave...
Avant le cas Fred Dembi, d'innombrables joueurs en ont fait l'expérience, dont ces quelques exemples marquants : Iniesta en finale de la Coupe du monde 2010, rendant hommage à Dani Jarque, footballeur mort sur le terrain un an plus tôt. Romario dévoilant la trisomie 21 de sa fille en juillet 2011. Zlatan Ibrahimovic exhibant en février 2015 une vingtaine de noms inscrits sur son torse, symbolisant des personnes souffrant de la faim dans le monde, en soutien du Programme alimentaire mondial. Edinson Cavani dévoilant le 30 novembre 2016 un message de soutien au club brésilien de Chapecoense, décimé deux jours plus tôt par le crash de son avion en Colombie.
Un Assouplissement Possible ?
Pour autant, si la règle ne peut être supprimée en raison de tous les excès et dangers qu'elle évite potentiellement, elle pourrait être, selon lui, modifiée : « En tant qu'homme, on ne peut pas rester de marbre face à un joueur comme Fred Dembi qui rend hommage à un copain décédé et qui, plongé dans l'émotion, oublie le règlement, poursuit l'ancien arbitre. En tant qu'homme, j'aurais d'ailleurs aimé que la commission de discipline fasse preuve d'une certaine compréhension, mais je savais qu'ils ne voudraient pas créer de précèdent, sinon il y aura toujours une autre demande pour un autre motif. Mais je pense qu'il faudrait amender la règle en laissant à l'arbitre le choix et la libre appréciation.
En conclusion, le retrait des maillots et les célébrations de buts sont deux aspects du football moderne qui suscitent des débats passionnés. Entre hommage sincère et enjeux marketing, entre respect des règles et expression des émotions, il est clair que ces traditions continueront de faire parler d'elles.