L'histoire du maillot rose du Stade Français : Une révolution dans le rugby

Dans l'histoire du sport en général, peu de clubs ont autant révolutionné leur discipline que le Stade Français. Mieux encore, à l’aube des années 2000, le Stade Français a bouleversé le monde du rugby et inspiré bon nombre d’autres équipes ! C’est peut-être ce qui restera quand on aura tout oublié.

Dans vingt, trente ou quarante ans, la tunique rose sera la trace indélébile de la période où le Stade Français a bouleversé le rugby français. Une (R)évolution perceptible au travers de son blason.

Les origines du Stade Français

1883, « Et si on essayait le rugby ? » Avant de devenir l’un des mastodontes du rugby français, le club de la Capitale fut comme bien souvent à cette époque une association étudiante. À la fin du XIXe siècle, des jeunes parisiens souhaitent se réunir de façon officielle afin de s’adonner à la course à pied.

Au grès des sorties, ils aperçoivent et côtoient leurs homologues britanniques tous pratiquants du rugby. Séduits par la mentalité de cette nouvelle discipline et motivés par l’éternelle rivalité entre les deux peuples, les étudiants décident de créer leur équipe : c’est la naissance du Stade Français.

La dénomination « Stade » étant choisie pour faire référence aux athlètes antiques et l’adjectif « Français » pour marquer leur patriotisme, en sachant qu’ils allaient affronter des Anglais. La « petite » association prend une ampleur inattendue au point de devenir le premier club de l’hexagone à disputer un match international en 1892 puis de rafler 8 boucliers entre 1893 et 1908. Les initiales du club incrustées dans un écusson bleu et rouge, reprenant les couleurs de la ville de Paris. Le premier derby francilien face au Racing Club de France en 1892

L'ère Guazzini et la révolution rose

1992, Guazzini et son éclairante révolution Au début des années 90, le Stade Français est un club plus que centenaire dont la santé vacille. Un ambitieux et jeune président du nom de Max Guazzini (fondateur de la radio NRJ) veut donner un second souffle à cette institution. Il fusionne avec le CASG avant d’entamer une folle remontée vers le plus haut niveau.

La fusion apparait clairement sur le blason du club parisien de 1995 à 2003 avant un retour à une forme plus épurée de 2003 à 2008. Ce côté épuré tranchant avec la révolution entreprise par le créatif entrepreneur parisien sortant le rugby de son côté champêtre et traditionnel.

A la suite de ces folles années, le blason va se parer de la couleur rose et de 3 éclairs symbolisant les trois montées successives du club jusqu’au titre de 1998 (96 groupe B, 97 groupe A2, 98 groupe A1 et bouclier de Brennus). Le premier sacre de la nouvelle ère en 1998

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La genèse du maillot rose

C’est vrai qu’il manquait quelque chose au club de Max Guazzini pour se démarquer. Jusque-là, il jouait encore en rouge et bleu, une teinte finalement assez commune, partagée par d’autres grandes écuries telles que Béziers, Lourdes ou Grenoble. On imagine que le patron flamboyant d’un club atypique voulait absolument surprendre de ce côté-là, aussi.

Choisir une couleur synonyme de la féminité et d’une délicatesse aux antipodes de la virilité triomphante attachée au rugby, c’était une énorme transgression. Max Guazzini tempère : "Non, je vous assure, ce n’était pas prévu de longue date. C’était presque un accident. Mais voilà, l’argenté, ça ne ressort pas sur du tissu. Cela donnait une sorte de gris pas vraiment terrible. Je voyais qu’on ne s’en sortait pas… Et tout d’un coup, j’ai eu l’idée : pourquoi pas rose ? Les gens d’Adidas m’ont dit "OK" et c’est parti comme ça.

Mais attention, une fois séduit par cette couleur, Max Guazzini resta Max Guazzini : "C’est vrai, je suis un peu compliqué. J’ai voulu aller à l’usine pour faire le bon choix. Elle était près d’Arras et j’y ai passé la journée. J’ai examiné plusieurs prototypes, nous mettions plus ou moins d’encre. Et je me souviens, nous étalions les plastrons sur une benne à ordures. "

Après bien des atermoiements, le choix de Max se porta sur une certaine nuance : quelque part entre le rose bonbon, le rose persan et le fuchsia. "Je l’ai montré aux joueurs et ils ont dit oui. Mais je ne voulais le sortir qu’en janvier, comme une surprise. Je n’étais pas au match d’ailleurs, j’ai vu tout ça devant ma télé.

La réaction du public et des joueurs

Ce fameux dimanche appartient déjà à la légende puisque les versions divergent légèrement. Jérôme Fillol se souvient lui d’un coup médiatique bien préparé par son président. " Au bon moment et au bon endroit pour que ça sonne très fort… " Le deuxième ligne Arnaud Marchois évoque, lui, "un vote à main levée, la veille du match. On en parlait vaguement depuis un mois dans les coulisses mais à mon souvenir, tout le monde était d’accord : c’était l’esprit du club.

Ce match-là, les soldats roses l’ont perdu de peu (16-12). Les joueurs de Perpignan avaient surmonté leur surprise pour assurer le succès. À la mi-temps, interviewé à la télévision, le capitaine Bernard Goutta n’avait pas caché sa sidération. Et qu’il pouvait désormais arrêter sa carrière… nous avions trouvé ça très drôle. " Quand il y repense, Max Guazzini cherche à prendre de la hauteur.

Pour lui, une couleur c’est autre chose qu’une simple teinture. L’historien Michel Pastoureau a beaucoup écrit là-dessus : "La couleur est avant tout une idée. L’homme a toujours défini des couleurs honnêtes et d’autres qui ne le sont pas. Les groupes sociaux se distinguent toujours par la couleur.

Quand ce soir-là, les inconditionnels de l’Usap ont découvert les tuniques roses, des injures bien senties sont descendues des tribunes. Jérôme Fillol poursuit : "L’effet de surprise avait été très réussi. Je crois juste qu’à la télévision, les commentateurs avaient annoncé quelques minutes avant le coup d’envoi qu’il risquait d’y avoir quelque chose de nouveau.

Paris face à la bronca perpignanaise. "Nous avions reçu un accueil vraiment charmant du public catalan ", témoigne Jérôme Fillol avec un art consommé de l’antiphrase. "Je me souviens aussi de la tête des joueurs adverses dans les couloirs du vestiaire. Cette tenue leur allait à merveille. Je crois que nous, les joueurs, étions tous d’accord sur le principe : ça faisait partie de l’identité du club, du folklore qui l’accompagnait. Oui, c’était il y a neuf ans. Et c’était déjà une autre époque. il faut imaginer l’incrédulité des spectateurs d’Aimé-Giral, d’autant plus que l’Usap entretenait alors une forte rivalité avec le Stade français. Les deux équipes s’étaient affrontées en finale en 1998 et en 2004 : elles avançaient dans le professionnalisme avec des styles très différents, diamétralement opposés. Les Parisiens cherchaient à surprendre en permanence pour trouver leur place parmi les multiples distractions de la capitale ; les Catalans s’appuyaient sur un soutien populaire ancré dans une tradition séculaire.

La signification du rose

Pour lui, la couleur rose a pris ses attributs actuels au XVIIIe siècle : "Porté par le romantisme, le rose a acquis la symbolique de la tendresse, de la féminité (c’est un rouge atténué, dépouillé de son caractère guerrier), de la douceur (on dit encore "voir la vie en rose"). Avec son versant négatif : la mièvrerie (l’expression "à l’eau de rose" date du XIXe siècle). Un moment, on l’a plaqué sur l’homosexualité avec une intention péjorative."

Neuf ans plus tard, l’ex-patron du club se flatte donc d’avoir réhabilité cette couleur : "Nous voulions dire "Pink is beautiful" comme aux États-Unis, on avait dit "Black is beautiful". Après tout, le pape porte cette couleur deux fois par an. Maintenant, c’est entré dans les mœurs : en Afrique du Sud quand un joueur est élu "homme du match", la semaine suivante, il porte un short rose.

Le succès commercial et l'héritage du rose

Preuve du succès, ses successeurs à la tête du club ont gardé ce fameux rose. À l’époque, Max Guazzini était une mitraillette à idées : la semaine suivante, il allait enchaîner avec un coup colossal en remplissant le Stade de France pour un simple match de championnat. Et Adidas pouvait se frotter les mains.

La marque aux trois bandes allait vendre 20 000 exemplaires de cette tenue encore "bis" mais qui deviendrait vite l’emblème du club. En 2008, les ventes monteraient à 92 000 exemplaires.

Garder la signature Guazzini Une marque de fabrique qui perdure. Et veut conserver l'identité disruptive initiée sous l'ère Guazzini. « On veut s'appuyer sur cet héritage, souligne Loïc Seguin, responsable du merchandising du Stade Français. On aime ce côté décalé et on veut continuer à l'être. »

Avec toujours en tête d'affiche ce rose, qui s'est depuis incrusté sur de nombreuses tuniques du sport (Manchester United, Real Madrid, Juventus...). « On a été nous-même et il se trouve que cela a eu des conséquences, réfléchit Max Guazzini. Maintenant beaucoup de joueurs qui ont posé pour le calendrier des Dieux du Stade, font de la pub. Ils pourraient m'envoyer 10 % ! »

A quelques jours de sa première sortie, le week-end dernier à domicile face au promu Montauban, le Stade Français avait dévoilé ses deux nouvelles tenues. La saison a idéalement débuté pour ce Stade Français qui avait flirté jusqu’au bout lors du dernier exercice avec la ligne de flottaison. Samedi dernier, pour leur première sortie, les Soldats Roses avaient en effet disposé assez nettement (47-24) du promu Montauban, reparti du stade Jean-Bouin avec une petite gifle à l’aube de disputer son tout premier match dans l’élite à domicile, ce samedi contre Lyon.

Le club de la capitale avait dévoilé ces deux nouvelles tenues quelques jours avant le coup d’envoi de cette nouvelle opus du Top 14 dans le cadre d’un événement qui s’était déroulé au Trinquet Village by Poza, où de nombreux supporters des Parisiens ont l’habitude de célébrer les victoires de leur équipe préférée.

On retrouve également les traditionnels trois éclairs sur cette tunique qui affiche la devise « ton destin, être champion » à l’intérieur, tandis que la mention « Paname » apparaît, elle, au dos du col. Comme pour la tenue Home, les trois éclairs, sur la face avant là encore, n’ont pas été oubliés, de même que le soin apporté à l’écusson du club cher à max Guazzini, tissé côté cœur. Ou quand une fois de plus l’ADN et l’histoire du Stade Français font bon ménage.

2018, la vie en rose Vainqueur de son 14e bouclier de Brennus en 2015, le Stade Français connait toutefois des turbulences internes avant le rachat par Hans Peter Wilde en 2018. Cette arrivée aux commandes s’accompagne d’un nouveau logo, proche de celui retravaillé en 2013 mais en version modernisée. En 2015 les Parisiens ont remporté le 14e Brennus 🖊️ Les initiales « SF » historiquement utilisées sont forcément présentes.

Comme un symbole, cette dernière sera portée pour la première fois lors du derby francilien qui oppose le Stade Français au Racing, samedi 18 novembre à 15 heures. Les deux clubs sont les plus anciennes structures du rugby français évoluant en TOP14. À l’intérieur du col, la mention “140 ans d’histoire” rappelle la longévité du club et son importance dans le monde du rugby. Même constat pour le logo, brodé en jacquard sur la poitrine, accompagné des dates 1883-2023.

La tunique Away est déjà disponible à la boutique officielle du Stade Français Paris, sur www.boutiquestade.fr et www.kappa.fr . Elles seront également en vente dans les boutiques in-stadia les jours de match.

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