Le football est bien plus qu'un sport, c'est un pan entier de la culture de certaines villes. Que le club soit rapproché de l'identité de la région comme le FC Barcelone, ou qu'il soit un symbole d'un quartier par rapport à un autre comme Chelsea FC, il est très souvent entièrement intégré dans la vie culturelle des supporters comme des néophytes en matière de ballon rond.
Une belle manière de prouver cette place prédominante du football dans le quotidien de tant de personnes est de se renseigner sur l'histoire des clubs qui composent une ville. On remarquera souvent que plus qu'un simple pan sportif, le club s'inscrit dans une continuité culturelle autant qu'il y participe.
Car le football est un vecteur important de la vie d’un pays. Une victoire peut apporter la liesse et des décisions politiques. Sport roi, le football est un acteur majeur de la société en Europe.
Aujourd'hui, ils sont à la fois de véritables institutions, grandes marques et institutions des villes qui les accueillent. Les clubs font partie de la vitrine d'une ville, mais c'est aussi une partie de leurs divisions ou leurs succès. De leurs histoires, tout simplement.
Si aujourd'hui certains symboles nous semblent tout à fait familiers, nous ne comprenons que rarement leurs véritables significations. Il en est de même pour les blasons des clubs de football qui représentent tous une symbolique bien précise.
Petit zoom sur quelques blasons historiques du football français, en complément d'exemples européens.
L'Olympique de Marseille (OM)
L’Olympique de Marseille aime relooker son logo. Mais dans ces changements, le club marseillais a toujours conservé ses fondamentaux : le bleu et blanc, couleurs de la cité phocéenne, le sigle OM et la devise historique « Droit au but ».
Seule innovation, en 1993 : l’étoile dorée apparaît après la victoire olympienne en Coupe d’Europe face au Milan AC.
Le premier président de l’Olympique de Marseille, René Dufaure de Montmirail, s’est inspiré de son sceau personnel (DM) pour créer le logo originel du club, en entrelaçant les lettres O et M. Il y a ajouté la devise « Droit au but », qui était celle de la fiancée de René Dufaure de Montmirail.
Celle-ci, nommée Marguerite, avait prétendument un « caractère fonceur ». Présente sur le premier logo du club, la devise fut écartée de 1935 à 1986. Depuis, elle est devenue l’un des symboles du club.

AS Saint-Étienne
Sur le blason de l’AS Saint-Étienne figure une étoile située en haut depuis 1993. Celle-ci représente les dix titres de champions de France de l’ASSE (1957, 1964, de 1967 à 1970, de 1974 à 1976, et 1981).
Saint-Étienne est le club qui a remporté le plus de fois le championnat français devant l’OM. C’est pourquoi le club stéphanois a décidé d’ajouter une étoile tricolore bleu-blanc-rouge au-dessus de son logo pour symboliser cet exploit.

Stade de Reims
Avant d’adopter son logo actuel en 1999, le Stade de Reims possédait autrefois un blason représentant une bouteille de champagne sur un ballon de football. Celui-ci a été modifié à cause d’une loi interdisant la promotion de l’alcool : la loi Evin, votée en 1991, qui limite le droit de faire de la publicité pour les boissons alcoolisées.
Le Stade de Reims évoluera alors sans logo pendant huit ans, jusqu’à retrouver celui-ci en 1999.

OGC Nice
Le club azuréen n'avait alors pas changé de logo depuis 1992, ce qui en faisait le plus vieux de l'élite. Afin de s'éviter une fronde, Nice a préalablement consulté ses joueurs, ses partenaires et surtout ses supporters. Pour un résultat assez "traditionnel".
L'aigle héraldique, emblème de la ville, grandit et se pare d'or, pour enserrer un blason rouge et noir. On observe aussi que Nice réapparaît en toutes lettres, alors que la mention "Côte d'Azur" disparaît. Enfin, la date de création du club est visible, précédée d'un mot en niçois, "Despi" (depuis).
Une sorte de retour aux sources, donc, assumé par le club.

Montpellier Hérault Sport Club
Le logo du Montpellier Hérault Sport Club est un cercle rayé de bleu et d’orange mais il n’en a pas toujours été ainsi. En 1989, le maire de la ville Georges Frêche décide que les équipes qui sont subventionnées par la municipalité doivent adopter le bleu et le blanc que l’on retrouve sur le blason de la ville.
Un an plus tard, c’est au tour du Conseil général de l’Hérault de dicter sa loi : il faudra désormais ajouter de l’orange, symbole du soleil que l’on retrouve sur le logo du Conseil général. Montpellier coupe la poire en deux et adopte donc le bleu de la ville et l’orange de l’Hérault sur son blason.

Stade Rennais
Le blason actuel du Stade Rennais a été dessiné en 2002. Il copie celui créé l’année précédente à l’occasion des 100 ans du club, en faisant disparaître la mention « centenaire ».
Au centre du blason, deux hermines se disputent un ballon. Les Rennais ont toujours repris à leur compte ce symbole de l’identité bretonne. La légende raconte que la duchesse Anne de Bretagne aurait pris part à une partie de chasse où la proie était une hermine blanche.
Acculée au bord d’une mare, cernée par les chasseurs, la bête préfère mourir plutôt que de salir sa fourrure. Impressionnée par la noblesse de l’animal, la duchesse épargne l’hermine. Mieux, elle en fait son emblème. Sur le drapeau breton sont représentées les taches noires qui parsèment la fourrure de l’hermine.
Le rouge et noir sont les couleurs du Football Club Rennais, qui a fusionné en 1904 avec le Stade Rennais afin de créer le Stade Rennais Universitaire Club (SRUC).

RC Strasbourg Alsace
Créé en 2006, le logo actuel est une synthèse de tous les précédents. Quatre éléments propres à Strasbourg sont représentés. Le blason de la ville, qui est repris en partie par la bande diagonale rouge, fait son apparition au début des années 1950.
La cigogne (en blanc), intégrée au logo à la même période, est un animal symbolique en Alsace. La cathédrale Notre-Dame apparaît au début des années 1960. C’est le monument historique le plus caractéristique de la ville de Strasbourg.
Le sigle RCS, acronyme de Racing Club de Strasbourg, accompagne le blason du club depuis le début. Il ne l’a quitté qu’au cours des années 1970, quand le club a été rebaptisé Racing Pierrots Strasbourg Meinau (RPSM).

Angers SCO
Le SCO affiche un logo en noir et blanc. Ces deux couleurs se sont imposées au bout de dix ans d’existence sans qu’on en sache réellement la cause. On attribue parfois ce duo à l’architecture de la ville qualifiée de blanche ou noire, selon où l’on se trouve.
Blanche lorsqu’on est devant un bâtiment fait de tuffeau (craie d’Anjou) ou noire lorsqu’on fait référence au schiste, cette pierre sombre que l’on retrouve dans le quartier historique de la cité.

Nîmes Olympique
Emblème de la ville et qui a donné son surnom aux « Crocos », un crocodile figure sur le blason du Nîmes Olympique. En effet, celui-ci est le symbole d’une bataille remportée à l’époque romaine. Après la campagne égyptienne, certains des soldats romains s’installèrent à Nîmes.
Leur victoire à la bataille d’Actium fut alors symbolisée par un crocodile enchaîné à un palmier, une représentation reprise alors sur des pièces de monnaie frappées à Nîmes.

Girondins de Bordeaux
Cette forme devenue emblématique des joueurs de Bordeaux s’appelle un scapulaire. Aujourd’hui, les Girondins sont identifiables avec ce scapulaire.

Toulouse FC
Cette saison, le Toulouse FC arbore un tout nouveau blason inspiré de celui de la ville. Alors que depuis 2001, le « Téfécé » avait opté pour un logo simple avec des bandes mauves et blanches, il revient ici à ses origines, qui datent du XIIe siècle.
Ainsi est représenté un agneau (symbole de force, héritage de la période romaine de la ville) qui porte la croix de Toulouse (ou croix occitane ou croix du Languedoc), avec, en fond, deux bâtiments majeurs de la ville : la basilique Saint-Sernin et le château Narbonnais.

FC Nantes
Le logo des Canaris a fait peau neuve en janvier 2008. Trois projets ont été proposés aux supporters, qui ont voté sur internet (100 000 votes à l’issue de la consultation selon le président Waldemar Kita).
Sont conservées par rapport au précédent : la traditionnelle goélette (le voilier qui figure sur les armoiries de la ville), les étoiles rappelant les 8 titres de champions de France et la date de création du club (1943). Les cinq hermines qui symbolisent la Bretagne font leur retour sur le blason, elles qui avaient disparu depuis 2003.
Le FC Nantes retrouve son nom d’origine : le mot « Atlantique » tombe aux oubliettes.

AS Monaco
L’AS Monaco affiche un logo à bandes rouges et blanches depuis ses débuts. Le club monégasque a tout simplement adopté les couleurs de la Principauté. Elles ont été choisies dès le XIVe siècle par la famille Grimaldi.

Amiens SC
Le logo de l’Amiens SC est inspiré de celui de la ville, avec deux licornes cabrées. La licorne étant un symbole des vertus chevaleresques de pureté et d’attrait pour la beauté et la délicatesse.
Cet animal magique sert de tenant et de support du blason sur les armoiries de la ville. Elle a également donné son nom au stade qui accueille le club.

SM Caen
Le SM Caen arbore sur son logo un Viking depuis 2016. Car les Vikings sont considérés comme étant les ancêtres des Normands. Les Vikings s’étaient installés en Normandie, après avoir remonté la Seine en 841 à bord de leurs drakkars, pillant tout sur leur passage.
« Le pays des Hommes du Nord », qui coïncide avec les limites de la Normandie actuelle, est alors né.
Le Viking n’est apparu sur le logo du Stade Malherbe que depuis trois ans, en remplacement de l’année de création du club. Alors neuf ans plus tard, le club décide de se racheter en refaisant la part belle à l'imagerie viking.
Le bleu et le rouge restent sur le blason, mais un visage d'homme, un guerrier casqué, à la barbe et au regard déterminé, fait son apparition.Inspiré de quelques franchises américaines, ce logo est une petite révolution en France, aucun club professionnel n'ayant opté pour un visage humain comme représentation. Et c'est plutôt un succès auprès du public.
"L’imagerie autour des Vikings, pierre angulaire de la nouvelle identité du SMC, renvoie aux origines normandes du Stade Malherbe, chères aux supporters caennais", se félicite la formation.

En Avant Guingamp (EAG)
Le rouge et le noir, couleurs emblématiques de l’En Avant de Guingamp, ont un sens politique lors de la fondation du club. Créé au début du XXe siècle par un patronage laïc, l’EAG est ancré à gauche du camp républicain.
Ces couleurs font référence au courant politique anticlérical, proche de l’anarcho-syndicalisme. Par ailleurs, le nom « En Avant » rappelle les titres de la presse socialiste, créés à la fin du XIXe siècle : « Vorwärts » en Allemagne, « Avanti ! » en Italie, ou encore « Forward » aux États-Unis.
Sur le logo de l’En Avant de Guingamp figure également un triskell, symbole celtique à trois branches, très présent dans la tradition bretonne. Ce symbole serait synonyme de dynamisme et d’enthousiasme.

Dijon FCO
L’emblème du Dijon FCO met en avant une chouette aux ailes déployées. Celle-ci fait référence à une sculpture de l’église Notre-Dame, sur le contrefort ouest de la chapelle édifiée au XVe siècle par la riche famille Chambellan.
Elle connaît un immense succès car nombre de Dijonnais la caressent de la main gauche en faisant un vœu, comme un porte-bonheur.

Paris Saint-Germain (PSG)
Aujourd’hui, quelle est la signification du logo du PSG ? Si la Tour Eiffel saute aux yeux, la fleur de lys intrigue. En un mot comme en cent, le logo du Paris Saint-Germain est une synthèse visuelle de l’identité double du club : Paris, capitale mondiale, et Saint-Germain-en-Laye, berceau royal.
Né en 1970 de la fusion entre le Paris FC et la section football du Stade Saint-Germanois, le Paris Saint-Germain n’est pas seulement un club de football : c’est le résultat d’un projet politique et symbolique.
Dès ses premières années, le PSG se cherche une image forte. Au centre du blason, la Tour Eiffel rouge s’impose. Symbole mondialement reconnu de Paris, elle donne immédiatement un ancrage clair au club.
Mais c’est en bas du blason que tout se joue pour les initiés : une fleur de lys blanche, stylisée, parfois dorée selon les déclinaisons. Ce symbole héraldique est associé depuis le Moyen Âge à la royauté française. Il fait ici référence à Saint-Germain-en-Laye, ville royale où est né Louis XIV en 1638.
Longtemps, un petit berceau accompagnait d’ailleurs cette fleur sur le logo, renforçant la référence au Roi-Soleil. Avec l’actuel blason adopté en 2013, le berceau a disparu, laissant la fleur de lys occuper seule cette partie inférieure du logo.
La refonte opérée sous l’ère QSI (Qatar Sports Investments) ne laisse aucune place au hasard. Mais la fleur de lys, elle, reste. Elle agit comme un garde-fou visuel, un rappel que le PSG n’est pas une marque parachutée, mais un club enraciné dans une histoire bien plus ancienne que son année de fondation.

Autres exemples européens
Pour une perspective plus large, explorons quelques logos de clubs européens avec des histoires riches :
AS Roma
L'un des plus célèbres sans nul doute, le blason de la Roma, club historique de la capitale italienne, représente une louve allaitant deux nourrissons. Ainsi, le club se revendique de la légende de Remus et Romulus, jetés dans le Tibre par leur oncle.
Les deux jeunes demi-dieux (issus de l'union d'une princesse et du dieu Romain Mars) sont recueillis par une louve. Plus tard, Remus sera tué par son frère Romulus, qui va fonder la cité éternelle et lui donner le nom qu'on lui connaît encore de nos jours.
Dans ce cas-là, l'identité de la ville entière est représentée dans le logo du club. C'est la genèse mythologique de Rome qui est mise en avant. Et pourtant, le logo de la Roma est étonnamment moderne, ayant vécu plusieurs changements notables.
Le plus polémique, la transformation des couleurs du jaune-or à un jaune plus sombre déchaîna les supporters. En effet, les couleurs du club n'ont pas été choisies par hasard et sont un direct hommage à l'empire romain.
Il y a un sens derrière chaque écusson embrassé par les joueurs, en voilà une nouvelle preuve.

Real Madrid
Qui ne connaît pas le fameux sigle surmonté de la couronne royale du “plus grand club du XXe siècle” selon la FIFA ? Personne. Et pourtant, le logo du club a changé avec le pays et la ville.
D’abord bleu et dépourvu de couronne, elle fut ajoutée lorsque le roi Alfonso XIII le patronat. Le mot “réal” en lien direct avec la racine “royale” est aussi un héritage de cette proximité entre la famille royale d’Espagne et “la maison blanche”.
Si les lettres n’ont presque pas été changées, c’est que le club se doit de respecter une certaine tradition. Une institution ne change pas de logo tous les ans, et c’est bien normal. Cependant, les changements de logos sont un des témoins de l’histoire politique de l'Espagne.
C’est aussi pourquoi il n’y a pas de couronne sur le logo de l’autre grand club espagnol, le FC Barcelone. Pour une région qui a longtemps affirmé son séparatisme, ce n’est guère étonnant.

Liverpool FC
Si la culture de la ville marque encore une fois le logo du club des "Reds" avec notamment l'oiseau marin, emblème de la ville, celui-ci porte aussi les stigmates de l'histoire parfois tragique du club.
Ainsi, les deux flammes qui entourent l'oiseau, sont les extrémités du bandeau indiquant la date de création du club. Mais surtout, c'est un hommage direct à la catastrophe d'Hillsborough, un drame qui a marqué tous les amateurs de football des années 90.
Le club de Liverpool s'inspire donc non seulement de la ville mais aussi de sa propre historicité pour revendiquer une identité, une vision du monde.
Le célèbre hymne du club, chanté par ses supporters et qui fait vibrer tous les amateurs de football, le fameux "You'll never walk alone" est un autre symbole qui prouve qu'au-delà du simple football, les clubs représentent bien plus.
Le slogan est d'ailleurs présent en haut du logo, comme un rappel qu'appartenir à un club, c'est faire corps avec une communauté.
