Si vous avez suivi quelques matches de la Coupe du monde de football depuis une petite semaine, vous n'avez pu y échapper. Le logo de la compétition s'invite partout, à chaque début de retransmission, à chaque coupure de publicité et sur chaque ralenti en s'enroulant sur lui-même pour former le chiffre 8.
Huit, un chiffre qui n'a rien d'anodin car il fait référence aux huit stades qui accueillent les rencontres du Mondial. Il y en a beaucoup d'autres pour ce logo qui avait été dévoilé au public il y a trois ans, en mars 2019 en étant projeté sur plusieurs façades de bâtiments à Doha, mais aussi dans d'autres grandes villes dans le monde comme New York, Londres ou Paris.
Il existe une autre symbolique. Les ondulations de l'emblème font directement référence aux dunes désertiques, grandes ou petites lorsqu'elles sont modelées par les vents. Enfin, le symbole qui a été créé par un studio portugais (Unlock) basé à Lisbonne est aussi représentatif du foulard porté dans le monde arabe, notamment en hiver. Cette étoffe blanche affiche des motifs brodés en bordeaux (la couleur du pays et le surnom de l'équipe nationale).

Logo officiel de la Coupe du Monde de la FIFA, Qatar 2022
L'image animée : une source première de la Coupe du Monde
Pour les milliards de téléspectateurs qui regardent la Coupe du monde sur de petits ou grands écrans, celle-ci consiste d’abord et avant tout dans les actions de jeu sur le rectangle vert filmées par les caméras de télévision. L’image animée est à ce titre la première source de la Coupe du monde, longtemps alimentée avec parcimonie par les chaînes de télévision qui ont commencé à retransmettre l’événement à partir de l’édition suisse de 1954.
Jusqu’à cette date, les prises de vue restent de qualité inégale même si, Coupe du monde 1938, le film officiel réalisé par René Lucot (32 minutes) offre un aperçu suggestif des grandes rencontres, des conditions de jeu et de l’environnement, notamment le public, de la troisième édition de la compétition mondiale.
Les images télévisées désormais très largement accessibles grâce à Internet permettent de retrouver, au gré de la qualité de la réalisation et du progrès technique, les rencontres, surtout à partir de la Coupe du monde mexicaine de 1970, première édition retransmise en couleur et qui sacre définitivement le « roi » Pelé.
L’internaute peut retrouver presque instantanément les matchs et les actions qui sont devenues des mythes, tout en rendant compte plus que symboliquement d’un moment des relations internationales, comme le but de Geoff Hurst lors de la finale Angleterre-Allemagne (1966) ou de la mano de Dios de Diego Maradona, lors d’Angleterre-Argentine (1986). Il peut ainsi aborder de visu l’histoire du jeu dans ses dimensions matérielles (pelouse, équipement, ballon), corporelles, techniques et tactiques, arbitrales ou encore dans sa dimension de spectacle masse.
Or, le sujet des archives n’est pas anodin dès qu’il est question de sport et de football. En France, en particulier, le monde sportif n’a pas toujours été soucieux de conserver les traces de ses activités en dehors des trophées, de quelques programmes ou bulletins plus ou moins incomplets.
Trop souvent, les sources se réduisent à l’imprimé - presse généraliste ou sportive - dont l’accès a été grandement facilité par la campagne de numérisation menée par la Bibliothèque Nationale de France sur son site Gallica. De son côté, la Fédération Française de Football (FFF) a ouvert une précieuse médiathèque numérique où l’on peut consulter, outre différents documents photographiques, les procès-verbaux des bureaux tenus par sa direction, ses différents organes dont Football Association et l’hebdomadaire Football dirigé par Marcel Rossini (années 1930).
Ainsi, le fonds versé par la famille de Jacques Georges, ancien président de la FFF et de l’Union des associations Européennes de Football (UEFA), aux Archives nationales du monde du travail de Roubaix propose des documents tout à fait suggestifs sur l’équipe de France, en particulier pendant la Coupe du monde 1966. De même, les archives diplomatiques installées à La Courneuve conservent quelques documents significatifs sur la manière dont les ambassadeurs de France se servent du football pour lire les relations internationales.
Si, dès les années 1930 un Léon Noël à Prague ou un Jean Herbette à Madrid analysent les violences et polémiques footballistiques comme un révélateur des tensions nationales, d’autres font preuve d’une certaine myopie. Ainsi, une seule lettre de l’ambassadeur de France en Uruguay évoque la première Coupe du monde.
C’est le cabinet du ministre Aristide Briand qui a « recommandé » à Gaston Velten, le titulaire du poste, « l’équipe envoyée par la Fédération française de football ». Après avoir commenté les performances des Bleus, éliminés au premier tour, Velten estime que « leur participation aux épreuves du championnat a été excellente de tous points ».
Pour finalement en résumer : « je crois devoir appeler l’attention du Département sur toute l’importance qu’il y a pour nous à pouvoir intervenir en bon style, chaque fois que la chose est possible, chez les peuples sportifs. À côté de notre expansion intellectuelle, il y a là toute un champ d’action qu’il serait regrettable de négliger. » Un jugement qui signale sans doute le rôle d’une telle compétition dans les relations internationales mais qu’aurait pu identifier auparavant Velten.
Rigueur et paix helvétiques aidant, le secrétariat de la FIFA a conservé avec constance et précaution les archives de l’organisation depuis 1932 date de son implantation à Zurich. Auparavant, l’administration de la fédération était installée à Amsterdam au domicile du secrétaire général Carl Hirschman.
Toutefois, les deux éditions suivantes, Italie (1934) et France (1938), n’en disposent pas non plus. La FFF a de son côté conservé quelques pièces d’archives sur la Coupe du monde 1938 (arbitrage, organisation du protocole, presse, prix des billets), mais qui demeurent lacunaires.
Pour autant, les archives FIFA ne restent pas complètement muettes sur les trois premières Coupes du monde. Pour résumer, le chercheur ou la chercheuse désireux de travailler sur l’histoire de la Coupe du monde (et depuis 1991, celle des femmes, sans compter les compétitions de jeunes) doit mener ses investigations dans les dossiers de plus en plus imposants laissés par les comités d’organisation de la Coupe du monde et dans les archives des différentes instances de l’organisation.
Il pourra y comprendre la manière dont la FIFA a conçu sa tradition sportive inventée à partir de 1927-1928, ses préoccupations précoces (reconnaissance du pouvoir politique et bénéfices financiers pour développer ses activités), les débats sur l’organisation des compétitions qualificatives et sur la phase finale et, bien sûr, le déroulement de la compétition elle-même.
Une plongée dans ces archives révèle quelques pépites qui font la joie du chercheur et de la chercheuse, tout en prenant une résonance historique singulière. En voici quelques exemples jusqu’au début des années 1950.
Pour Delaunay, la FIFA doit organiser « tous les quatre ans une Coupe du Monde se disputant par éliminatoires. Elle sera ouverte aux équipes représentatives de toutes les Associations Nationales affiliées à la FIFA ». Un argument plébiscité par le Congrès de la FIFA de 1928 mais qui ne convainc pas les Britanniques.
Cinq ans plus tard, le (relatif) splendide isolement de l’Angleterre en matière de football s’exprime de manière laconique et sans prendre la peine de se justifier. En réponse à une lettre d’invitation à la deuxième Coupe du monde organisée en Italie en 1934, le secrétaire de la Football Association Sir Frederick Wall répond : « J’ai été chargé de vous écrire pour vous dire avec regret que nous ne pouvons accepter l’invitation. »
Le 26 juillet 1943, le lendemain de la déposition de Mussolini par le Grand Conseil du fascisme, Ottorino Barassi, secrétaire de la fédération italienne, informe la FIFA pour « sa tranquillité », que « la Coupe du Monde a été déposée dans le coffre-fort du Credito Italiano et que la clé est en sa possession ».

Jules Rimet, figure emblématique de la création de la Coupe du Monde de Football
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, certaines fédérations voudraient expulser le chauvinisme des stades. Quatre ans avant que Jules Rimet ne signe un opuscule intitulé Le football et le rapprochement des peuples, la fédération suédoise de football propose au Comité exécutif de la FIFA des mesures radicales : « Abolition des hymnes et drapeaux nationaux des pays concurrents de la “Coupe du monde” lors de la présentation sur le terrain de leurs équipes représentatives, restant autorisées, pourtant, l’exécution de marches et chansons caractéristiques de leurs peuples respectifs. »
Pour quel motif ? Cette mesure « a pour but d’éviter que les foules confondent les sentiments de dignité de la patrie avec l’esprit qui préside aux luttes fraternelles du sport ». En effet, le « drapeau qui claque au vent du stade et l’exécution de l’hymne national officiel sont les éléments symboliques qui insufflent le plus dans l’âme populaire l’intolérance pour la défaite et la font considérer comme un affront à la dignité de patrie ». Un vœu non exaucé mais une réflexion malheureusement bien actuelle.
Le logo de la Coupe du Monde 2026
Au cours d'une cérémonie mercredi soir à Los Angeles, la Fifa a dévoilé le logo de la Coupe du monde de football 2026, qui sera organisée par les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. La FIFA a dévoilé mercredi le logo de la Coupe du monde 2026. Chacun sera libre de juger le bon goût de la proposition mais l'instance a révélé un symbole plutôt minimaliste dans son design.
Le trophée du tournoi s'affiche plein centre, au milieu des chiffres 2 et 6. Pour le reste, les chiffres d'une couleur blanche sont situés dans un fond noir. Le logo de la FIFA se trouve lui en dessous du trophée de la Coupe du monde. Pour rappel, pour la première fois de l'histoire, trois pays organiseront le tournoi à l'été 2026: les Etats-Unis, le Canada et le Mexique.
Le logo a été dévoilé mercredi lors d'une cérémonie à Los Angeles, en présence du président Gianni Infantino. Le dirigeant de la Fifa a par ailleurs indiqué que les groupes du premier tour seront organisés sur des bases régionales, afin de limiter les déplacements. "Nous sommes unis pour accueillir le monde et organiser la plus grande, la meilleure et la plus inclusive de toutes les Coupe du Monde", a déclaré Infantino en marge de la cérémonie.
La Fifa a lancé par ailleurs une campagne de lancement "Nous sommes 26". "C'est un cri de ralliement", pour Infantino. Au total, 16 villes hôtes accueilleront les 48 pays de la compétition. Le successeur de l'Argentine sera connu le 19 juillet 2026.
L'évolution des logos de football
L'affiche officielle de la première Coupe du Monde de football

Affiche imprimée de la Coupe du Monde 1930
Le 13 juillet 1930, aux antipodes, débute l’aventure de la Coupe du monde de football. C’est sous l’impulsion de Jules Rimet, président de la FIFA, que cette compétition est créée. Pour l’occasion, l’affiche officielle, signée par l’Uruguayen Guillermo Laborde (1886-1940), est déclinée avec le nom des deux équipes.
Sur les deux tiers supérieurs de l’affiche, Laborde a représenté l’un des gestes les plus spectaculaires du football : un gardien de but qui s’envole pour capter un ballon qui allait en lucarne. Tout le dynamisme de ce mouvement réside dans le cadrage et les éléments simplifiés employés. L’angle droit qui forme le coin supérieur droit des cages est décalé de 20 degrés afin de donner l’illusion d’un cliché pris en contre-plongée.
L’affiche officielle de la première Coupe du monde de football est sans conteste l’œuvre la plus célèbre de Laborde, dont le nom est en général ignoré des supporteurs, même uruguayens. Son dessin, devenu une icône, est repris depuis soixante-dix ans par toutes les publications sur le sujet.
Le choix de l’Uruguay a procédé d’enjeux symboliques (centenaire de cette nation, titres olympiques de son équipe de football), mais aussi pragmatiques : le pays organisateur a accepté d’assumer les frais de séjour des équipes étrangères et a fait construire un stade gigantesque pour l’occasion. La crise de 1929 fait rage, et les arguments économiques ont un certain poids.