Comprendre la Logique Interne du Football : Définition et Application

Chaque dimanche, recevez des idées sur l’analyse du jeu, l’entraînement ou encore l’apprentissage. La connaissance du jeu ne se limite pas au joueur ou à l'observation d'une rencontre de football ; elle émerge des interactions.

Lorsque ces interactions mènent à des coordinations ou une filiation, on peut parler de construction réciproque et simultanée de l’objet et du joueur. En effet, une verbalisation s’appuyant sur des concepts clairement définis facilite la réflexion et l’observation.

En s'appuyant sur des données fiables, il est possible de mener un échange fructueux entre entraîneurs dans un séminaire ou entre joueurs dans un débat.

1. Les Fondamentaux de la Logique Interne au Football

Dans les sports collectifs, l’objet de chacune des actions offensives est de provoquer et d’exploiter un déséquilibre du dispositif adverse afin de marquer un but. Les attaquants doivent s’efforcer de prendre de vitesse la reconstitution par l’équipe opposée d’un équilibre défensif ou d’amener le barrage adverse dans une position critique et de rompre ainsi la dualité à leur avantage.

En football, dans les compétitions de haut niveau, très peu d’actions offensives se concrétisent par un but. On peut faire l’hypothèse que les joueurs qui assurent les tâches défensives limitent l’incertitude par la connaissance de l’état du système attaque / défense, celui-ci étant constitué par la transformation des configurations momentanées l’une dans l’autre et le fait qu’elles s’engendrent l’une l’autre.

Il s’agit bien d’un système, car en l’occurrence celui-ci fonctionne avec un ensemble de principes étroitement dépendants les uns des autres, constituant un tout d’une profonde unité logique. Les attaquants, à l’aide de simulacres, de feintes, de changements brusques de jeu tentent de semer le doute et l’incertitude afin de ne pas permettre aux défenseurs de prévoir et d’anticiper l’action offensive.

Ceci entraîne une circularité des problèmes posés à l’équipe dans ses relations d’opposition avec l’équipe adverse, sur le plan de l’organisation du jeu comme sur le plan de la distribution réelle des joueurs. Ainsi, on vise à créer un déséquilibre favorable pour aller marquer un point.

Cependant, cet équilibre lors d’une montée de la balle est souvent influencé par la concentration des joueurs et leurs centrations sur tel ou tel aspect du jeu pour garder la possession du ballon par exemple. À cet égard, les transitions entre deux configurations momentanées du jeu seront aussi porteuses d’informations notables sur l’évolution du jeu et deviendront des éléments d’observation essentiels pour des décisions appropriées.

Ainsi, les modifications du système d’affrontement peuvent alors se modéliser en concevant une évolution discontinue dans le temps à partir de la mise en relation de cinq critères (Gréhaigne & Caty, 2016) :

  1. positions sur le terrain et volumes de l’espace de jeu effectif (EJE) ;
  2. positions et trajectoires du ballon ;
  3. positions respectives de l’espace de jeu effectif offensif (EJEO) et de l’espace de jeu effectif défensif (EJED) ainsi que leurs dynamiques d’évolution ;
  4. positions de la défense : en barrage ou à la poursuite ;
  5. les expansions ou les compressions de l’EJE dans une suite de configurations.

Enfin, au football, les cibles sont relativement petites aux extrémités d’un grand terrain de 120 mètres de long, d’où l’existence d’un jeu de transition d’un but à l’autre qui occupe plus de 95 % du temps réel de jeu. Ce jeu de transition se déroule essentiellement au milieu du terrain.

À la fois lieu de récupération et de création, cette zone du milieu est l’endroit où la densité des joueurs est la plus importante dans les dispositifs de jeu modernes. Cette dynamique du jeu (Gréhaigne & Godbout, 2012) suggère la pertinence de l’utilisation de la théorie des systèmes dynamiques pour étudier le jeu en relation avec divers concepts et outils d’analyse.

Il faut se rappeler qu’on peut très bien être à l’offensive quand l’équipe adverse possède le ballon mais recule sous la pression. L’importance du temps pendant lequel on est en possession du ballon ne signifie rien si on n’avance pas.

En ce sens, l’organisation d’une équipe représente un ensemble complexe de liens et de règles, qui ont fait preuve de fiabilité et qui ont évolué dans le temps. Cet ensemble peut également être complété par une collection de routines qui, lorsqu’elles sont stabilisées, assurent le bon fonctionnement de l’organisation en « tâche de fond ».

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2. L’Élasticité : Un Concept Clé dans la Dynamique du Football

L’élasticité a été définie à l’origine en physique comme une propriété matérielle rendant compte des propriétés d’un système qui s’adapte aux changements de charge en accumulant ou en dispersant les tensions de manière autonome (CNRTL, 2022). Une image générique d’élasticité peut être illustrée avec un ressort qui se tend et se détend et dont on ne peut pas prévoir le rendement de façon assez stable.

Dans le cas d’une configuration du jeu en sport collectif, le concept d’élasticité n’est pas purement mécanique car les joueurs prennent des décisions qui peuvent perturber la contraction et l’expansion du système attaque / défense. Néanmoins dans les rapports d’opposition, il existe une limite à partir de laquelle la déformation peut rester permanente.

Alors, on parlera plutôt de possibilité d’élasticité qui renvoie à un rapport qui existe dans une compression du jeu sur une surface donnée et une extension possible avec les décisions des joueurs. Cela renvoie bien à la propriété d’un système doté d’une grande souplesse ou flexibilité. Il n’est donc pas question d’application simpliste des modèles de la mécanique, mais plutôt une incorporation progressive de ces connaissances dans et par la pratique à ce cadre d’analyse.

Dans le jeu, le temps est une succession d’instants présents toujours nouveaux. Mouvement, durée et vitesse constituent des éléments qui fondent la réussite en jeu avec le temps comme nécessaire cadre de référence à toute analyse de l’affrontement. Ce modèle dynamique (Gréhaigne & Godbout, 2012) fonctionne dans un espace fini, le terrain, ce qui restreint le champ d’expansion.

En football, l’élasticité du système est illustrée à travers les séries de contractions et d’expansions qui le traversent quand une tension lui est appliquée : une des propriétés de l’affrontement est de présenter une certaine élasticité.

Lorsque le système est en forte expansion, il existe des perturbations considérables, de fortes « vibrations » avec des joueurs en mouvement à des vitesses différentes. En forte compression, le système produit des blocages d’où des difficultés à trouver une réponse adaptée. Aussi, l’élasticité du système produit de l’incertitude et celle-ci devient une notion importante, fondamentalement liée à la composante temporelle.

L’élasticité avec son énergie potentielle ouvre de nouvelles opportunités pour l’optimisation du jeu en permettant, à l’aide des processus cognitifs, de nouvelles transformations qui ne peuvent pas être appliquées aux systèmes trop rigides. Les systèmes élastiques fournissent une certaine tolérance aux retards dans les communications et les décisions.

L’énergie élastique dans une configuration du jeu est constituée par une énergie statique (la position des joueurs) et une énergie dynamique (le mouvement en cours). Au cours du temps, cette énergie évolue principalement avec la variation des déplacements et des distances entre les joueurs.

Le comportement d’un système défensif, quand il a été dévié d’une position d’équilibre par une perturbation, est une indication de la stabilité ou de l’instabilité du rapport d’opposition. Si le système défensif dévie de l’équilibre puis retourne rapidement à sa position initiale après que le facteur qui a causé la déviation a été supprimé, on peut considérer que l’équilibre est stable.

Si la déviation ne disparaît pas, mais continue à augmenter, l’équilibre est instable et l’attaque est, temporairement, dans une configuration favorable. La contraction ou l’expansion sous laquelle l’équilibre stable devient instable est appelée la charge critique pour le système. Si celle-ci persiste, la défense demeure dans une position critique. En effet, un barrage de joueurs continu et pas trop étiré dans la largeur et la profondeur semble une position correcte pour la défensive.

La stabilité d’un système élastique est donc la propriété de ce système à dévier peu d’une position d’équilibre. L’établissement d’un répertoire d’états critiques constitue le problème principal de l’étude de la stabilité de systèmes défense / attaque afin de décrire le mieux possible les affrontements auxquels les joueurs risquent d’être confrontés pour les rendre intelligibles et prévisibles.

Le mouvement des joueurs et du ballon produit des facteurs de déséquilibre ce qui signifie, en particulier, que dans la résolution des contextes évolutifs où les décisions prédominent ceux-ci doivent intégrer les variations possibles dans les initiatives des joueurs. Par exemple, le choix de « pénétrer », « contourner » ou « jouer par-dessus » pour les attaquants n’est pas anodin.

Ces facteurs entraînent des fluctuations, des écarts, des déformations de la forme géométrique instantanée de la configuration du jeu. Cette élasticité peut, aussi, concerner le ballon, en fonction de la quantité d’énergie mise en œuvre pour le propulser, cela induira un déplacement plus ou moins important de la balle.

Il est à noter que l’expression de stabilité des systèmes déformables est parfois utilisée en sport collectif. Le plus souvent, elle renvoie aux schémas tactiques qui sont des dispositifs établis à l’avance dans lesquels les joueurs et le ballon circulent et agissent de façon stéréotypée, conformément aux indications répétées à l’entraînement.

Dans le jeu, le concept de stabilité de systèmes élastiques est étroitement connecté au concept de mouvement. Dans un match, les réseaux de forces ne sont ni neutres ni homogènes. Le jeu est un champ de forces fait d’équilibres et de déséquilibres momentanés où la volonté d’aller de l’avant est contrebalancée par la crainte de perdre le contrôle du ballon.

Cette tension est au cœur de la dynamique du jeu (Gréhaigne & Dietsch, 2015). L’énergie potentielle élastique produit donc des forces qui traversent et déforment la configuration momentanée du jeu faisant ainsi évoluer celui-ci de façon variée.

La trame dynamique de transformation que constitue le jeu est donc assurée, le plus souvent, non par la résistance de chacun de ses constituants, mais par la répartition et l’équilibre des contraintes dans la totalité de l’affrontement. Les rapports d’opposition possèdent bien la faculté de se stabiliser avec le jeu des forces qui s’annihilent, se répartissent ou s’équilibrent en son sein.

Bien sûr en football, la déformation élastique est une déformation réversible. L’espace de jeu effectif se déforme lorsque des forces lui sont appliquées mais il retrouve sa forme et son équilibre quand ces forces ne s’exercent plus. Cependant, cela fonctionne jusqu’à une certaine limite car si les forces dépassent cette limite une rupture devient inévitable.

On considérera que l’élasticité linéaire concerne les petites déformations et, dans ce cas, on parlera d’interaction élastique. Avec de plus grandes déformations, l’élasticité devient non linéaire et parfois le retour à l’équilibre initial devient problématique, voire par nature imprévisible. Un système très stable offre une résistance et une robustesse aux perturbations.

Enfin, la succession des déformations de l’espace de jeu effectif et l’évolution des configurations du jeu ainsi que l’élasticité inhérente aux formes du jeu constituent des indicateurs privilégiés de l’affrontement. Les joueurs ne sont plus conçus comme liés à un espace fixe, mais comme des mobiles occupant l’espace de jeu dans un cadre de potentialités (Fernandez, 2002).

Les principes organisateurs dynamiques peuvent consister à transformer le sens du jeu entre largeur et profondeur, de circuler derrière la première ligne de défense, d’utiliser la diagonale et de tenter d’amener la balle dans le dos de la dernière ligne de défenseurs.

Pour bien appréhender comment fonctionne l’élasticité dans un système, on doit d’abord comprendre comment les configurations du jeu évoluent. Lorsque le système est en forte expansion, il y a des perturbations considérables, de fortes vibrations et des joueurs en mouvement à des vitesses différentes.

Un prélèvement rapide et précis d’informations simples rend possible la réduction d’incertitude. Sur le plan tactique, chaque équipe a dès lors pour objectif de réduire le désordre pour elle tout en l’augmentant pour l’équipe adverse.

La situation de jeu est à entendre comme une donnée structurante pour l’activité. L’activité est le principal moyen de relation du joueur avec le jeu, une prise de contact avec la réalité qui se réalise par des actions au regard des conditions et exigences de la situation et des habitudes du joueur.

3. Transition de Phases et Projet de Jeu

Transition de phases ou jeu de transition, ce concept de transition prend depuis quelques années une place croissante dans la réflexion sur l’action. La transition désigne « un processus de transformation au cours duquel un système passe d’un régime d’équilibre à un autre » (CNRTL, 2020).

La transition n’est donc pas un simple ajustement mais une reconfiguration fondamentale du fonctionnement et de l’organisation du système. Les transitions sont des moments qui présentent un grand intérêt dans un sport comme le football. Les matchs sont gagnés et perdus en fonction de la capacité d’une équipe à conserver une bonne organisation offensive ou défensive dans différentes phases de jeu.

Cependant, l’équilibre et/ou le déséquilibre des rapports d’opposition est souvent influencé par les choix et la densité des joueurs et fréquemment cela se joue balle en quelques fractions de seconde. Une telle situation est, aussi, bien illustrée avec la notion de transition de phases qui, pareillement, acquiert un sens précis qu’au moment de la bascule du jeu entre deux configurations avec, par exemple, un long changement d’aile.

Pour la circonstance, cette rupture souligne la notion de transition par rapport à la phase précédente mais aussi d’une éventuelle transition avec la phase à venir. Continuité et rupture sont au cœur de ces transitions et constituent des aspects importants des influences réciproques entre les phases.

Un projet de jeu est un document permettant de définir la démarche à suivre pour assurer une suite logique à une formation. En football comme dans les autres disciplines sportives, le projet de jeu est indispensable. Avant toute chose, il est important de réfléchir aux valeurs qui vont guider et animer votre projet de jeu.

Par ailleurs, vos priorités en ce qui concerne vos valeurs doivent être organisées. Quand vos valeurs seront opposées, cette hiérarchisation vous aidera à prendre des décisions et donc, à baliser les prochaines actions. Ainsi, si la tolérance est votre principale priorité et l’ambition la seconde, vous n’aurez pas le même type de rapport à l’erreur que si cette dernière était inversée.

Dans notre exemple, vous allez être bien plus tolérant envers les joueurs qui prennent des initiatives et risquent de ne pas réussir ! Il est essentiel d’analyser le cadre et la situation ! L’action menée ne doit pas être dissociée du contexte et doit tenir compte de votre réalité : celle de l’équipe et de son entourage. Elle fixe des contraintes et propose des perspectives, mais avant tout, elle détermine la façon dont l’entraîneur va exprimer ses intentions.

En effet, suivre les intentions de l’entraîneur équivaut à mettre en place des objectifs en fonction des performances individuelles et collectives. Chez les jeunes, cette démarche revient à élaborer le plan d’entraînement du joueur en tenant compte notamment du public.

Pour terminer cette étape, l’entraîneur doit hiérarchiser ses interventions en déterminant les points sur lesquels il est important et urgent de travailler. La question de la mise en place de la phase défensive en tant que principal objectif à maîtriser se posera alors. Celle-ci reste toutefois propre à chacun et à la manière dont il adopte sa stratégie pour mettre en place le projet de jeu.

Pour conduire son projet, le coach devra quotidiennement recenser les difficultés et mobiliser les ressources. Avant chaque séance, par exemple, il sera nécessaire d’identifier l’espace, le dispositif, le temps disponible pour mener à bien son projet.

Par conséquent, l’entraîneur est le gestionnaire du projet de jeu, il doit dynamiser et stimuler en vue d’atteindre les différents objectifs du projet. Pour cela, il faut qu’il soit capable de diriger l’activité du groupe dans son ensemble : les séances, la planification, le suivi…

Pour y parvenir, il est essentiel d’avoir un excellent niveau de connaissances des différents acteurs et de disposer de réseaux de communication. Nous entrons dans une nouvelle phase, celle du planning. Cette planification ne peut être de nature multidimensionnelle et ne doit pas se résumer à un ou plusieurs domaines de compétences.

Il faut que l’entraîneur ait une vision complète de l’activité de son équipe et des procédures qui la composent. En ce qui concerne les contenus des séances, ils sont le fruit des décisions de l’entraîneur par rapport à ce qu’il attend de son équipe au cours de la saison ou pour une rencontre spécifique. Dans le cas des jeunes, ce contenu est le produit du plan d’entraînement.

Pour finir, il faut être vigilant ! L’entraîneur suit en effet ce qu’il met en place et contrôle les écarts. Comme le navigateur qui assiste le pilote pour conduire l’avion à bonne destination, le coach est le vrai régulateur du projet.

L’entraîneur évalue ou apprécie de façon rigoureuse, cohérente et rationnelle l’état, l’évolution et les conséquences des actions sur le fonctionnement de l’équipe. De nombreux outils existent : vidéo, situations de référence, constat et bilan du jeu en compétition. Mais une limite se présente très vite.

En effet, à partir du moment où il y a une relation d’opposition, elle ne peut être que l’image de cette opposition à ce seul moment. Par conséquent, il ne faut pas tirer de conclusions trop vites.

Durant la dernière phase, celle de la conclusion, l’entraîneur évalue les progrès et les acquis. Nous tenons à préciser en conclusion qu’un projet de jeu n’est jamais définitif. De même, on peut élargir ce principe au jeu de l’équipe dans le cadre du projet, il pourrait être trop contraignant de jouer uniquement en attaques placées ou de vouloir tout miser sur les attaques rapides.

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