Dans les matchs ou les courses sportives, nous avons les acteurs principaux qui sont les joueurs ou les pilotes, les arbitres, mais aussi, les commentateurs ! Ces derniers jouent un rôle tout aussi important, ils sont en effet là pour faire vivre le moment de façon encore plus intense ! Commenter les prises, donner leur sensationnel aux plaquages, tout cela requièrt un commentateur né ! Certains commentateurs ont même tellement bien exécuté leur travail qu’ils entrent en quelque sorte dans l’histoire du rugby. Le rugby en France a bénéficié de l'enthousiasme et de la passion de nombreux commentateurs sportifs. Ces voix ont contribué à populariser ce sport, notamment au nord de la Loire.
Le rapport entre le sport et la télévision est celui d'une dépendance réciproque : au départ, le sport est une des sources idéales du direct à la télévision. Il offre le suspens et l'émotion qui font la force de la télévision. Il devient ensuite lui-même dépendant de ce média, qui le fait vivre, notamment financièrement, et de plus en plus à partir des années 1970. Le sport a ses animateurs vedettes : Roger Couderc pour le rugby par exemple.
Mais jusqu'au milieu des années 1970, la télévision laisse relativement peu de moyens au sport (manque de caméramen et de journalistes spécialisés). A la fin des années 1970, l'argent rentre vraiment en jeu dans le lien entre la télévision et le sport. Les sponsors se développent, la vente d'articles de sport est de plus en plus liée aux matchs et aux spectacles sportifs diffusés à la télévision. Les gains tirés des droits de retransmission augmentent les salaires des athlètes. Le service public, exclu du foot, conserve Roland Garros, le Tour de France et le Tournoi des Cinq Nations.
Dans les années 1950, le style de réalisation qui s'impose met en valeur le jeu de façon sobre en donnant la vision d'un spectateur situé sur la tribune centrale. En 1957/58, l'arrivée des nouvelles caméras "HF" sans câbles permet de combiner le direct et la mobilité : c'est utilisé dans les étapes du Tour de France en 1958. A la fin des années 1960, les actions au ralenti, l'inscription des scores et des équipes sur l'image et la couleur font leur apparition comme on le voit lors des Jeux Olympiques de Grenoble en 1968. Dans ce match du Tournoi des Cinq Nations, Pierre Sabbagh utilise ainsi "pour la première fois son crayon électronique" pour montrer la composition des équipes sur l'écran.

Roger Couderc commente le match France-Irlande du tournoi des Cinq Nations
Roger Couderc : Le Seizième Homme du XV de France
Roger Couderc, né le 12 juillet 1918 à Souillac (Lot) et décédé le 25 février 1984 à Lyon, était un journaliste sportif français, spécialiste du rugby à XV. Ses commentaires enthousiastes, à la télévision et à la radio, ont grandement contribué à élargir la popularité du rugby en France. Les joueurs de l’équipe de France le surnommaient « le seizième homme du XV de France ».
On peut retrouver en ligne des vidéos mises en ligne par INA Sport et qui donnent un aperçu des matchs commentés par Roger Couderc, ce dernier avec son très bon suivi du match et ses petites touches d’humour faisait en sorte de capter l’attention du spectateur sans la perdre à aucun moment ! Avant de commenter le rugby, Roger Couderc avait commenté des matchs de catchs et déjà à cette époque, ses commentaires étaient extrêmement appréciés et donner tout un spectre d’émotions aux téléspectateurs. Lorsque vint le moment de commenter des matchs de rugby à XV, il n’avait pas son pareil ! Il était capable de rentrer dans des commentaires et des descriptions qui tenaient tout le monde en haleine, un autre surnom qu’on lui attribuait était « Seigneur du micro » !
Via ses commentaires enthousiastes et enflammés, parfois chauvins mais toujours bon enfant, il contribua largement à populariser le rugby en France. De très nombreux stades et autres complexes sportifs portent aujourd'hui son nom en France.
Roger Couderc est plus qu'un journaliste, il est l'animateur-vedette des matchs de rugby. Il ne fait pas que commenter, il sait aussi soulever l'enthousiasme et mettre en place le suspens : il commence à le faire en évoquant dès le départ les bons joueurs irlandais ou les nouveaux joueurs français. Les caméras sont encore situées dans les tribunes et le cadre très large est plongeant. C'est en effet seulement dans les années 1970 que la multiplication des caméras amène la recherche de nouveaux points de vue (comme derrière les buts), l'idée de filmer les vestiaires et un rythme télévisuel plus nerveux (le spectateur à la place du pilote en Formule 1 par exemple)...
Plus supporteur que commentateur, il prend d’abord le micro à l’occasion des 24 heures du Mans, puis lors de la partie sportive de l’émission «La Tête et les Jambes» animée par Pierre Bellemare. Mais c’est le catch qui lui apporte un début de notoriété. Au début des années 50, à l’Elysée-Montmartre comme à la salle Wagram, sa gouaille et son accent catalan subliment les combats de «L’Ange Blanc» ou du «Bourreau de Béthune».
Chaque samedi, on s’identifie aux Gachassin, Spanghero, Dauga ou Boniface. Roger Couderc apporte une dimension épique au rugby. Sa ferveur, sa bonne humeur, son chauvinisme bienveillant sont contagieux. L’essentiel devient anecdotique, l’anecdotique redevient essentiel.
Lors des matches qu’il commentait, son « Allez les petits » devient vite célèbre même si les « petits » en question - Walter Spanghero ou Benoit Dauga par exemple - était ce qu’on appelle des beaux bébés qui dépassaient allègrement le quintal.
Publicité vivante pour le rugby, Roger Couderc avait un slogan resté comme la plus célèbre des marques d'encouragement : «Allez les petits». Les joueurs du XV de France l'avaient surnommé « le 16ème Homme ».
Roger Couderc commenta les matches de catch, les 24 heures du Mans, la partie sportive de l’émission « La Tête et les Jambes » mais c’est définitivement le rugby qui formera son extraordinaire popularité. Plus supporter que commentateur, il fut logiquement surnommé le 16ème homme. Il vivait intensément - doux euphémisme - les matches. Avec sa gouaille et son enthousiasme, dit Albaladejo, on avait l’impression de l’avoir déjà rencontré quelque part. Il émanait de lui une telle chaleur communicative qu’on se sentait son ami dès la première fois qu’on lui parlait […] Enthousiaste, volubile, débordant de vitalité […] Il avait une propension instinctive à l’exagération sous toutes ses formes […] Il exagérait tout et tout le temps, pas uniquement lorsqu’il commentait.
En mai 1968, l’agitation n’épargne pas l’ORTF et Roger Couderc fait partie, avec Robert Chapatte, Thierry Roland ou Raymond Marcillac de la « charrette » de journaliste virés de la télévision. Couderc part à la radio, à Radio Luxembourg - ancêtre de RTL puis Europe 1 où il commente le rugby. On lui adjoint l’ancien demi d’ouverture de l’équipe de France, Monsieur Drop, Pierre Albaladéjo. Le duo prit ensuite le chemin de la télé à Antenne 2 pour commenter les matches de rugby.
En 1982, il est fait chevalier de la légion d’honneur par celui qu’il a connu dans les rangs de la résistance et qui est devenu président de la république, François Mitterrand. En juin 1983, il commente la finale du championnat de France Béziers-Nice et prend sa retraite. Le 25 février 1984, Roger Couderc, qui a voué sa vie au rugby, décède à Lyon.
Ce film écrit et réalisé par Christophe Duchiron retrace la carrière et la personnalité de ce commentateur atypique dont se souviendra toujours le monde de la télé et du rugby. Témoignages sur Roger Couderc :
- Daniel Bilalian : « Roger Couderc, une forme de religion »
- Fabien Galthié: « quatre rendez-vous par an »
- Philippe Saint-André: «Il mettait en valeur le rugby»
- Philippe Lafon: «un monument du patrimoine culturel français»
Rugby à 15 : France Fidji, commentaire de Roger COUDERC
Le Duo Mythique : Couderc et Albaladejo
À partir de 1968, il forma avec Pierre Albaladejo un tandem de commentateurs (un journaliste et un consultant, une première), tout d'abord à la radio sur Europe 1, puis à la télévision sur Antenne 2 à partir de 1975.
Les anciens se souviennent de Roger Couderc, "le 16ème homme du XV de France", qui fut le meilleur représentant et promoteur du rugby à la télé dans les années 70. Mais pour les quadras, c'est le mythique Pierre Albaladejo, ancien international (qui officiait déjà au côté de Couderc pour les commentaires dans les seventies), qui les réjouissait sur Antenne 2 dans les années 80.
Pierre Salviac, son acolyte au micro, agaçait pour son côté béni oui-oui, toujours moralisateur, tandis qu'Albaladejo, aujourd'hui consultant sur Europe 1, nous faisait rêver les samedi et dimanche de Tournoi avec ses envolées géniales et son ironie mordante soutenues par un fort accent dacquois ("oulala, ça plondge côté frrrangçais !").
Roger Couderc et Pierre Albaladejo commentent le match GALLES-FRANCE le 17 janvier 1975.
En 1971, on lui confie le rugby, en lui adjoignant un consultant qui vient d’officier deux ans durant au côté du journaliste Emile Toulouse : Pierre Albaladejo, ancien demi d'ouverture de l'US Dax et de l'équipe de France. En mettant en place un tandem de commentateurs, Europe no 1 inaugure la formule « un journaliste, un consultant » largement répandue aujourd'hui. De 1971 à 1974, nombre de Français prennent donc l'étrange habitude de regarder les matchs de rugby en coupant le son de leur téléviseur et en allumant la radio pour bénéficier des commentaires de Couderc et d'Albaladejo. Roger s'en amuse, en clamant à l'antenne : « L'équipe de France joue en bleu sur la gauche de votre transistor, l'équipe d'Angleterre en blanc du côté droit… »
L'Ère Moderne : Lartot, Galthié et Yachvili
Aujourd'hui, les duos Lartot/Galthié sur France 2 sont sympas, Eric Bayle et Thomas Lombard sont pros et Bernard Laporte et Jeanpierre ne s'en sortent pas SI mal sur TF1 (on est sympas).
Pour de nombreux amateurs du ballon ovale, la diffusion de la tournée d’automne du XV de France sur TF1, plutôt que sur France Télévisions, a déclenché une émotion inattendue : celle du manque. Le manque de la voix de Matthieu Lartot, le manque du regard de Dimitri Yachvili.
Voici un tableau comparatif des commentateurs de rugby à travers les époques :
| Époque | Commentateurs Emblématiques | Style de Commentaire | Chaîne Principale |
|---|---|---|---|
| Années 70 | Roger Couderc, Pierre Albaladejo | Enthousiaste, passionné, expert | ORTF/Antenne 2 |
| Années 80 | Pierre Albaladejo, Pierre Salviac | Analytique, parfois moralisateur | Antenne 2 |
| Moderne | Mathieu Lartot, Dimitri Yachvili | Expert, complice, émotionnel | France 2 |
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