Le Loft au PSG : Définition et Enjeux d'une Pratique Controversée

Le monde du football professionnel est souvent le théâtre de pratiques opaques et controversées. Parmi celles-ci, le concept de "loft" a fait surface, suscitant l'indignation et soulevant des questions éthiques et juridiques. Cet article se penche sur la définition de cette pratique, en particulier au sein du Paris Saint-Germain (PSG), et explore les enjeux qu'elle soulève.

La mise au ban de l’attaquant par le Paris-Saint-Germain a duré deux mois cet été, dans un contexte de renouvellement, ou pas, de son contrat le liant avec le club de la capitale. Kylian Mbappé placé dans un loft : story immédiate, choux gras de la presse sportive.

En période de transfert, certains clubs placent les joueurs dont ils veulent se séparer dans une réserve dite «loft», sorte de mise au placard adaptée au gazon : plus d’entraînements avec le groupe professionnel, plus de déplacement ni de match… Le club «empêche» le joueur d’exercer «son activité professionnelle dans des conditions normales», et ce joueur ne peut donc plus «envisager d’exécuter son contrat jusqu’à son terme», résume la plainte.

Le footballeur qui veut revenir dans la compétition va donc quitter le club ou, à l’inverse, prolonger son contrat. L’UNFP estime que ces clubs imposent à des joueurs «un isolement brutal et des pressions multiples» pour les pousser à prolonger leur contrat ou au contraire à accepter un transfert - une façon de se séparer d’eux en s’assurant de toucher des indemnités.

Kylian Mbappé, un des joueurs concernés par la pratique du "loft" au PSG. (Source: Onze Mondial)

Qu'est-ce que le "Loft" dans le Football ?

Dans le jargon footballistique, le "loft" désigne une pratique par laquelle un club met à l'écart un joueur, souvent en période de transfert, dans le but de le pousser à quitter le club ou à prolonger son contrat. Cette mise à l'écart se traduit par :

  • L'exclusion des entraînements avec le groupe professionnel.
  • L'absence de participation aux déplacements et aux matchs.
  • Un entraînement à part, souvent avec un coach dédié.

Cette situation est dénoncée comme une forme de harcèlement moral et d'extorsion par l'Union Nationale des Footballeurs et Footballeuses Professionnels (UNFP), le principal syndicat des joueurs en France.

Le Cas Kylian Mbappé au PSG

Le cas de Kylian Mbappé au PSG est emblématique de cette pratique. Le champion du monde a été placé dans un "loft" par le club pendant deux mois, du 19 juin au 19 août 2023, en raison de son refus de prolonger son contrat. Cette situation a suscité une vive polémique et a mis en lumière les pressions exercées sur les joueurs pour qu'ils cèdent aux exigences de leur club.

Les Conséquences Juridiques et les Actions de l'UNFP

L'UNFP considère que la pratique du "loft" constitue une violation des droits des joueurs et une forme d'extorsion. Selon les avocats du syndicat, Julia Minkowski et Léon del Forno, exercer une contrainte morale pour amener une personne à signer ou à résilier un contrat constitue un délit d'extorsion. De plus, les agissements répétés d'un employeur qui entraînent une dégradation des conditions de travail et compromettent l'avenir professionnel du salarié relèvent du harcèlement.

Face à cette situation, l'UNFP a porté plainte contre X le 16 janvier à Paris pour dénoncer les faits de harcèlement moral et d’extorsion des clubs qui mettent délibérément à l’écart certains joueurs dans ces «lofts». Le syndicat accuse également la fédération internationale de participer à cette «extorsion» en imposant «un cadre» qui place le club employeur «en position dominante».

Elles constituent «des infractions pénales», estiment les avocats de l’UNFP, Julia Minkowski et Léon del Forno, dans un communiqué. Exercer «une contrainte morale» pour amener une personne «à consentir à signer un contrat ou à le résilier constitue le délit d’extorsion», ont-ils détaillé. «Les agissements répétés d’un employeur» qui résultent en une «une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits du salarié ou de compromettre son avenir professionnel» relèvent du harcèlement.

Le syndicat accuse notamment la fédération internationale de participer à cette «extorsion» en imposant «un cadre» qui place le club employeur «en position dominante». Un joueur est lié à son club par un contrat à durée déterminée. S’il est transféré avant son terme, le club touche des indemnités de rupture du nouveau club du joueur, ce qui n’est pas le cas si le joueur a achevé son contrat avant de changer.

Oui, estime l’UNFP. Ces pratiques sont même «très largement répandues». Et l’UNFP d’appuyer sa plainte d’une liste d’une cinquantaine de joueurs placés en loft mais qui n’ont pas été associés à la préparation de cette plainte.

L'Ambiance au Sein du "Loft" du PSG

Malgré la situation difficile, les joueurs écartés par le staff technique du PSG sont convaincus de valoir mieux que ceux qui font partie des plans de l’entraineur. Les « indésirables » des champions de France appartiennent au groupe, nommé communément « le loft ». Le terme est par définition péjoratif, mais les intéressés arrivent à s’en accommoder et même à en plaisanter. Selon une information du Parisien, ces éléments qui n’entrent pas dans les petits papiers du staff technique arrivent à bien accepter leur situation. Et il ne s’agit pas seulement de Mbappé, manifestement indifférent aux sanctions prononcées par le club à son encontre. Ça serait aussi le cas des Paredes, Draxler, Diallo, Wijnaldum, Michut et compagnie. Tous se présentent au centre de Poissy avec le sourire et repartent avec la banane également. Une photo publiée sur les réseaux sociaux vient témoigner de cette bonne ambiance.

Même s’ils ont été placés sur la liste des joueurs à transférer, les « lofteurs » ne manquent pas de qualité. Et ils sont même convaincus de pouvoir battre l’équipe-type ou celle des remplaçants du club. Ils auraient même utilisé l’expression « les laver ». On paierait cher pour voir ça.

L'Article 507 de la Charte du Football Français

La LFP, sous pression de l’UNFP, a quelque peu encadré cette fameuse mode du « loft », dont le terme à lui seul, entre une télé-réalité et un Airbnb luxueux, dit beaucoup de notre époque. L’article 507 de la charte de la Ligue stipule ainsi que cette parenthèse doit s’arrêter au 31 août et qu’elle doit « s’effectuer de manière temporaire pour des motifs exclusivement sportifs liés à la gestion de l’effectif. Celle-ci ne doit en aucun cas se prolonger de manière régulière, permanente et définitive s’apparentant à une mise à l’écart du joueur, contraire à l’esprit du texte et du contrat de travail du footballeur professionnel. »

Ici, le « motif exclusivement sportif » est la volonté affichée par la nouvelle direction sportive de travailler avec un noyau dur plus réduit (21 joueurs de champ tout au plus). En revanche, la référence à la dimension contractuelle mérite que l’on s’y attarde. De fait, si tout ce beau monde émarge aujourd’hui dans l’effectif du PSG, c’est avant tout parce que chacun des membres de cette liste a signé un contrat avec le club parisien, qui a même parfois célébré l’accord de manière ostentatoire. Certains étaient même recrutés pour être des titulaires.

Or, le message véhiculé derrière le fait de s’entraîner à part - un coach diplômé doit d’ailleurs leur être attribué - revient à leur filer les coordonnées GPS jusqu’à la porte de sortie. En quelque sorte, le patron punit son employé pour le pousser à s’en aller. Dans l’administration, on parle de mise au placard et aux prud’hommes, l’affaire sera vite jugée. Sauf qu’en football, la vexation est publique, scénarisée. Il ne manque que les caméras et l’épreuve du feu de camp.

Pour le PSG version Campos, que l’on dit plus modeste, plus économe et re-nationalisé, le story-telling est parfait, aussi bien pour les supporters que pour les médias. On siffle la fin de la récré à de vilains garnements qui profitaient de la générosité de leur gentil patron sans apporter grand-chose à leur entreprise. Il était temps qu’ils s’en aillent, en gros. La petite humiliation de ce « loft » conforte le discours d’une institution qui n’a plus peur de sévir et de se faire respecter.

Il faudra ensuite expliquer et gérer leur inévitable retour au 1er septembre, pour ceux qui ne se seront pas laissé effrayer, puisque leur contrat, que les deux parties ont paraphé, le stipule. Luis Campos peut évidemment se réfugier derrière l’inévitable guerre psychologique à laquelle il a dû se livrer pour solder les comptes et épurer des années de folies des grandeurs. Il avait probablement d’autres manières de parvenir à ces fins, notamment en fonctionnant au cas par cas.

Les Devoirs des Clubs Envers les "Loftés"

Les clubs ont toutefois des devoirs envers les « loftés ». L'article 507 de la Charte du football français - qui fait office de convention collective -, indique que les clubs doivent leur permettre d'accéder aux vestiaires, aux infrastructures d'entraînement, à des soins médicaux « éventuellement différents mais de qualité identique ». Ils doivent également leur fournir les équipements « prévus pour tous les joueurs professionnels » et leur proposer des horaires d'entraînement « compatibles avec les autres conditions de préparation et d'entraînement du groupe principal des professionnels, ainsi que respectueux de la santé des joueurs ».

Ce loft doit prendre fin le 1er septembre, date de clôture du marché des transferts.

L'effectif du PSG, un club souvent associé à la pratique du "loft". (Source: Challenges)

Conclusion

La pratique du "loft" dans le football français, et en particulier au PSG, soulève des questions fondamentales sur le respect des droits des joueurs et l'éthique sportive. Si les clubs justifient cette pratique par la nécessité de gérer leur effectif et de se séparer des joueurs indésirables, l'UNFP et d'autres acteurs dénoncent une forme de harcèlement moral et d'extorsion. L'avenir dira si les actions en justice et les réglementations plus strictes permettront de mettre fin à cette pratique controversée.

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