Le 21 mai 1995, en Islande, face à la Croatie, la France décroche son premier titre mondial de l’histoire dans un sport collectif français, grâce aux handballeurs. Cette victoire a marqué le début d'une ère de succès pour le handball français.

L'Émergence des Barjots
Le championnat du monde de handball se déroule pour la première fois en Islande, en mai 1995, et on s’intéresse à l’équipe de France qui depuis trois ans s’est invitée dans le gratin mondial : médaillée de bronze aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992 puis médaillée d’argent au Mondial 1993 en Suède. C’est une équipe joueuse, parfois à la folie, joyeuse et insouciante, labélisée « Les Barjots », ce qui résume bien son état d’esprit… Mais peut-elle faire beaucoup mieux ?
C’est Daniel Costantini qui, depuis dix ans, a patiemment construit cette équipe de France devenue conquérante. Les "Barjots", nom donné à l'équipe de France de handball dans les années 90 en raison du caractère de ses joueurs aussi imprévisible sur le terrain qu'en dehors, ont fêté les vingt ans de leur médaille de bronze décroché aux JO de Barcelone.
En 1992, la France se présente aux Jeux Olympiques de Barcelone comme nation mineure du handball. Lors de son premier mondial à Berlin deux ans plus tôt, elle avait terminé à une anonyme 9e place. "On est arrivé aux Jeux comme des enfants à Eurodisney" confesse Denis Lathoud, arrière gauche de l'époque.
"On avait regardé notre poule et lors d'un stage en Hongrie, on s'était dit : si on fait septième on se rase la tête, on se teint les cheveux en blond" ajoute-t-il. D'emblée, les Bleus s'imposent face à l'Espagne (18-16) et ne s'inclinent que d'un petit but contre la Communauté des états indépendants (23-22) future championne olympique.
En battant pour la première fois l'Allemagne (23-20) puis la Roumanie et l'Egypte, les futurs "Barjots" accèdent aux demi-finales. Chose promise, chose due, la plupart d'entre eux apparaissent face à la Suède cheveux peroxydés mais cela n'empêche pas leur défaite.
Néanmoins, en venant à bout de l'Islande dans le match pour la 3e place, ils décrochent une médaille de bronze historique, propulsant le handball en pleine lumière sur le sol national. Ils tireront de cette distinction leur surnom de "Bronzés" avant de devenir "Barjots" pour leurs grandes gueules, leurs coupes de cheveux farfelues mais aussi leurs soirées mémorables d'après-match.
"Cette équipe a d'abord fait rire, elle a ensuite fait peur" souligne Greg Anquetil, avant de nous rafraîchir la mémoire. "Il y avait quand même les meilleurs joueurs du monde à leurs postes avec Stéphane Stoecklin, Jackson Richardson, Lathoud, Volle, Munier, Quintin, Gardent, Péreux…".
Cette incontrôlable bande de potes "qui n'avait aucune conscience de la rigueur du professionnalisme " dixit Lathoud a confirmé tout son potentiel après Barcelone avec une deuxième place au Mondial 93 avant un sacre historique en 1995. Pour la première fois de l'histoire, une équipe française de sport collectif s'installait sur le toit du Monde.
Les secrets de cette réussite sont multiples. "On s'est forgé tout seul et même arrivés en haut de l'affiche, on n'avait pas cette rigueur, on était juste content d'avoir des résultats ensemble". Pour l'ailier Greg Anquetil "dans cette équipe tout coulait de source" et "l'amitié vache" qui unissait le groupe l'a surpris à son arrivée.
L'ex-international confesse même que "cette équipe marchait sur un fil et ça a parfois vacillé".

Le Parcours Triomphal au Championnat du Monde 1995
L’équipe de France en Islande débute doucement son championnat du monde. Après une victoire sur le Japon (33-20), les Bleus subissent deux défaites, devant la Roumanie (22-23) et l’Allemagne (22-23), puis remportent deux victoires, sur l’Algérie (23-21) et le Danemark (22-21) : ils terminent ainsi 3e, tout juste de quoi se qualifier pour le tableau final, sans grandes garanties d’aller plus loin. Ils ont comme adversaire en 8e de finale l’Espagne, bien renforcée par la naturalisation de Talant Dujshebaev.
À Akureyri, l’expérimenté Denis Lathoud, « barjot en chef », convoque ses coéquipiers à une réunion dans une des salles du petit hôtel en bois où ils logent, sans en parler à leur entraîneur. La réunion est animée, tout le monde parle, critique, reproche, propose. On crève des abcès.
Comme régénérée, l’équipe de France triomphe de l’Espagne (23-20). Derrière Guéric Kervadec (6 buts) et Grégory Anquetil (5), les meilleurs marqueurs, un groupe renaît. « Ce match a été le déclencheur car d’un coup on a commencé à mieux jouer et on a déroulé, se souvenait plus tard Stéphane Stoecklin. Contrairement à notre première semaine, on n’a jamais eu peur ensuite.
En quart de finale, c’est la Suisse qui tombe sous les coups de boutoirs des Français (28-18). Puis ce sont les Allemands en demi-finale (22-20). Dans les vestiaires avant la rencontre, les Bleus étaient sûrs d’eux. Une voix s’était élevée : « Une heure et c’est le titre les gars ! »
En début de rencontre, la défense autour de Pascal Mahé a pris l’ascendant sur les meilleurs Croates, les Iztok Puc, Patrik Ćavar, Goran Perkovac, Zlatko Saračević et Zvonimir Bilić. Bloqués par une défense solidaire, perturbés par Jackson Richardson, ils perdent balle sur balle. Rapidement, les Français ont pris cinq buts d’avance (8-3) et mené 11-6 à la mi-temps. Stoecklin en est déjà à 6 buts sur 7 tirs.
« Je me sentais super bien dans cette finale. Si cela n’avait tenu qu’à moi, j’aurais pris tous les ballons pour shooter, se remémorait Stéphane Stoecklin auteur finalement de huit buts contre les Croates pour un total de 48 buts sur l’ensemble de la compétition. La troupe de Daniel Costantini devenue championne du monde ouvre ainsi la voie de tous les possibles à la France.
L'exemple du Mondial 95 gagné à Reykjavik est à ce titre évocateur. Au bord de l'implosion après les matches de poule, le groupe improvise une réunion dans un café de la capitale islandaise pour tout remettre à plat et aller au bout.
Le 21 mai 1995 à Reykjavik, en Islande, les Barjots du handball entraient en effet dans l’histoire du sport tricolore en devenant la première équipe à décrocher un titre mondial. Ils resteront à jamais les premiers, les Barjots, à décrocher le premier titre mondial dans un sport collectif pour une équipe de France.
En remportant la finale dimanche après-midi face au Qatar (17 h 15, TF1 et beIN), la France deviendrait la première nation dans l'histoire du handball à détenir cinq médailles d'or mondiales (après 1995, 2001, 2009 et 2011). Il y a vingt ans, le 21 mai 1995 à Reykjavik (Islande), les célèbres Barjots ouvraient la voie du succès, aux dépens de la Croatie (23-19).
Les barjots champion du monde de handball en 1995
L'Héritage des Barjots et Reconversion
Vingt ans après leurs premiers exploits, retour sur cette équipe emblématique et son héritage. L’équipe de France de handball a marqué l'histoire en remportant plusieurs titres mondiaux, et l'épopée des Barjots reste gravée dans les mémoires.
Les Barjots ne sont pas nés au pied du mont Esja, ni dans les sources d’eau chaude. Mais c’est bien là, à Reykjavik, qu’ils ont atteint, le 21 mai 1995, le sommet d’une trajectoire pas comme les autres. Les Barjots remportent le premier titre mondial de sport collectif de l'histoire du sport français.
De nombreux joueurs des Barjots ont continué à influencer le monde du handball après leur carrière de joueur. Voici quelques exemples de leurs reconversions :
| Joueur | Reconversion |
|---|---|
| Bruno Martini | Directeur sportif du Paris Saint-Germain Handball |
| Grégory Anquetil | Travaille dans un centre sportif à Montpellier et fait du consulting pour des entreprises |
| Jackson Richardson | Entraîneur adjoint du Chambéry Savoie Handball |
| Laurent Munier | Directeur général du Chambéry Savoie Handball et créateur du Sandball |
| Stéphane Stoecklin | Propriétaire d'un complexe hôtelier à Koh Samui, Thaïlande |
| Thierry Perreux | Conseiller technique de l'entente Villeurbanne-Villefranche et adjoint de Philippe Gardent au PSG Handball |
| Philippe Gardent | Entraîneur du PSG Handball |
| Eric Quintin | Entraîneur de l'équipe de France jeunes (U18) et conseiller technique régional |
| Frédéric Volle | Employé par le district régional à Kelowna, Canada |
| Gaël Monthurel | Entraîneur de l’équipe d’El Jaish, au Qatar |
| Christian Gaudin | Entraîneur du Sélestat AHB |
| Patrick Cazal | Entraîneur de Dunkerque HBGL |
| Denis Lathoud | Ancien entraîneur de Dijon |
| Pascal Mahé | Entraîneur du Chartres Métropole HB 28 (Pro D2) |
| Guéric Kervadec | Responsable d’un centre sportif à Créteil |
| Daniel Costantini | Consultant handball pour de nombreux médias et travaille pour la Ligue Nationale de Handball |

En 2009, avec d’anciens coéquipiers, Laurent Munier crée la brasserie «Les Barjots» située en face du Phare, la salle du Chambéry Savoie Handball.
A l'issue de sa carrière, l’historique ailier droit français fut d’abord responsable de la communication de son club de cœur, Montpellier. Désormais, il travaille dans un centre sportif à Montpellier et fait aussi du consulting pour des entreprises.
Nommé entraîneur adjoint de Mario Cavalli au Chambéry Savoie Handball en 2014, Jackson Richardson devient ensuite entraîneur principal par intérim. Aujourd’hui, celui qui est considéré comme l’un des plus doués de sa génération est à nouveau entraîneur adjoint du club, dans lequel joue son fils, Melvyn.
Entraîneur de Villeurbanne puis de Tremblay en France, l’ancien ailier est ensuite devenu conseiller technique de l'entente Villeurbanne-Villefranche. Il poursuit aujourd’hui l’aventure avec l’un des Barjots, puisqu’il est adjoint de Philippe Gardent au PSG Handball.
Philippe Gardent est l'exemple d'une reconversion sur le banc réussie. Il a d'abord dirigé Chambéry entre 1996 à 2012, remportant un titre de champion de France en 2001. Devenu entraîneur du PSG Handball en juin 2012, il a décroché le titre de champion de France dès sa première saison.
L’ancien ailier des Barjots est l'entraîneur de l'équipe de France jeunes (U18), avec qui il a été Champion d’Europe en août dernier. Il est également conseiller technique régional et directeur du pôle espoirs Provence Alpes.
Devenu sélectionneur du Japon après sa carrière, le Montpelliérain a totalement changé de vie. Il vit désormais à Kelowna, au Canada, où il est employé par le district régional en tant qu'officier, il gère notamment le règlement intérieurs de parcs.
Depuis 2012, Gaël Monthurel entraînait l’équipe d’El Jaish, au Qatar. A chaque fois qu’il voulait quitter le pays, le coach essuyait un refus. Mais avec la présence de journalistes du monde entier lors du Mondial au Qatar, les démarches administratives ont soudainement été réglées en une journée, afin d’éviter toute polémique sur son cas. Enfin de retour en janvier, l’ancien pivot a ensuite mené bénévolement un audit pour le Compiègne Handball Club.
Christian Gaudin a dirigé pendant neuf saisons le Saint-Raphaël VHB. Après un passage au HSV Hambourg, il est désormais entraîneur du Sélestat AHB.
Considéré comme l'un des meilleurs gauchers de la planète, Patrick Cazal est depuis 2011, l’entraîneur de Dunkerque HBGL. Le titre de Champion de France 2013-2014, remporté au terme d’une saison maîtrisée est une consécration pour lui.
Ancien arrière-gauche, Denis Lathoud était entraîneur de Dijon depuis 2006, avant d’être évincé en 2014. «Je suis toujours à la recherche d’un club soit professionnel, soit avec un projet ambitieux» déclarait-il en avril dernier.
Pascal Mahé était capitaine lors de l’épopée des Bleus en 1995. Depuis 2013, il entraîne le Chartres Métropole HB 28 (Pro D2). En janvier dernier, il voyait son fils, Kentin, devenir champion du monde 20 ans après lui.
Surnommé «Le Menhir», l’ancien pivot des Bleus fut directeur sportif de l’US Créteil, avant d’être licencié en 2013. Aujourd’hui, il a repris une licence au sein du club de Marolles-en-Brie (National 3), et est également responsable d’un centre sportif à Créteil.
Daniel Costantini était entraîneur des Bleus lors du sacre, il y a 20 ans. Il est désormais consultant handball pour de nombreux médias, et travaille parallèlement pour le Ligue Nationale de Handball
Décès de Denis Lathoud
Le monde du handball, et plus largement le sport français, est en émoi. Denis Lathoud, un membre emblématique de l’équipe de France de handball connue sous le nom des ‘Barjots’, est décédé à l’âge de 59 ans.
Annoncé par Philippe Bana, président de la Fédération française de handball, cette nouvelle plonge le milieu sportif dans un profond chagrin. Le parcours de Lathoud, tant en tant qu’athlète qu’entraîneur, marque une époque dorée du handball tricolore et laisse un héritage indélébile dans la mémoire collective.
Né le 13 janvier 1966 à Lyon, Denis Lathoud a su tirer parti de sa stature impressionnante de 1,98 m pour briller au poste d’arrière gauche. Sa carrure massive, couplée à une agilité remarquable, lui a permis de devenir l’un des joueurs les plus redoutables sur le terrain.
Après avoir raccroché les crampons, Lathoud a poursuivi sa passion du handball en tant qu’entraîneur, marquant une nouvelle étape dans sa carrière. L’entraîneur du Dijon Bourgogne Handball a transmis son expérience aux jeunes talents, jouant un rôle essentiel dans leur développement. La transition vers le coaching n’est pas toujours facile, mais pour Lathoud, elle est née d’une volonté profonde de transmettre son savoir-faire et sa passion. Son parcours professionnel en tant qu’entraîneur a été jalonné d’expériences enrichissantes, lui permettant de perpétuer l’héritage qu’il a contribué à construire en tant que joueur.
A la suite du décès de Denis Lathoud, le monde entier du handball rend hommage à un athlète qui a marqué l’histoire de ce sport. Des messages de condoléances affluent de la part d’anciens coéquipiers, d’entraîneurs et de jeunes athlètes qui ont eu l’honneur de le connaître et de travailler avec lui. Philippe Bana, président de la Fédération française, a exprimé son chagrin en déclarant : « Denis Lathoud est parti cette nuit. Le roc nous quitte. Repose en paix frère. Tout le handball adresse ses condoléances à sa famille. Ces mots résonnent particulièrement car ils traduisent la valeur humaine que Lathoud représentait. Bien au-delà des terrains, il était apprécié pour son charisme, sa joie de vivre et sa passion pour le sport. Des témoignages de coéquipiers sont nombreux et révèlent l’affection et le respect qu’ils avaient pour Denis Lathoud. Ces témoignages soulignent non seulement ses compétences en tant que joueur, mais aussi les relations interpersonnelles qu’il entretenait. De la victoire aux défaites, il demeurait toujours un pilier de soutien pour son équipe.