Même si elle ne joue que tous les quatre ans, la sélection des Lions britanniques et irlandais reste toujours aussi prestigieuse dans le monde du rugby. Encore aujourd’hui, une sélection avec Lions est un immense honneur, voire plus grand qu’une sélection avec son équipe nationale.
Un son de cloche que l’on a retrouvé récemment dans les mots de Maro Itoje, nommé 47e capitaine de l’histoire des Lions. Un choix de capitaine historique puisque l’Anglais est devenu le premier joueur de couleur à occuper ce poste prestigieux mais qui est resté fidèle à la tradition des Lions puisque le deuxième ligne a été introduit lors d’un repas avec d’anciens capitaines et les coachs actuels.
Une véritable institution en effet qui a vu le jour grâce à deux joueurs anglais de cricket devenus promoteurs sportifs, Arthur Shrewsbury et Alfred Shaw en 1888. Ces 22 rugbymen partirent donc pour une première tournée en Australie et en Nouvelle-Zélande qui aura duré près de 250 jours. La première rencontre se tiendra à Otago et sera remportée par la sélection britannique (8-3) devant 10 000 spectateurs.
Il faudra ensuite attendre 1950 pour voir cette sélection prendre le nom de « Lions » avec la création d’un Comité des tournées.
Ce qui fait la force de ce rendez-vous rugby, comparable là-bas à une Coupe du monde, est sa rareté et son côté symbolique. Tous les quatre ans, une sélection des meilleurs joueurs anglais, gallois, écossais et irlandais est réunie pour aller disputer des test-matchs dans l’hémisphère sud, face aux anciennes colonies que sont l’Afrique du Sud, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande.

Des milliers de supporters se déplacent à l’autre bout du monde pour supporter les Lions. Ici, à Sydney, lors de la victoire face à l’Australie, lors du dernier test-match de la tournée 2013, le 6 juillet 2013.
« Dès le début du XXe siècle, on s’aperçoit que là-bas, il y a des gars qui tiennent la dragée haute aux Britanniques. Donc il y a, dès le départ, un enjeu de suprématie qui se dessine », pose Frédéric Humbert, spécialiste de l’histoire du rugby. Et comme pendant longtemps, les « home nations » (manière d’appeler les quatre provinces constitutives du Royaume-Uni, Angleterre, Ecosse, pays de Galles et Irlande du Nord) ne sont jamais allées jouer dans le sud de manière individuelle, « jusqu’aux années 70, les Lions étaient le seul et unique porte-étendard du rugby britannique dans les anciennes colonies », ajoute-t-il.
Dans les familles de rugbymen à Londres, Cardiff, Edimbourg ou Dublin, elle se transmet de génération en génération, et il n’est plus grand honneur que d’être appelé à en faire partie. Le troisième ligne anglais Neil Back, trois tournées au compteur, se souvient comme si c’était hier de sa première convocation.
« Nous, les Irlandais, on n’aime pas trop les Anglais. On pense qu’ils sont cons parce qu’ils sont un peu fiers et qu’ils ont des grandes gueules. Finalement, on se rend compte qu’ils peuvent être de bons mecs, avec qui on s’entend super bien », nous expose-t-il.
Pour s’en imprégner, on ne saurait que trop vous recommander le documentaire « Living with Lions » réalisé en immersion pendant celle de 97, autour du capitaine d’alors, le mythique deuxième ligne anglais Martin Johnson. Un vrai film culte pour des générations de passionnés.
La première tournée, en 1888, ressemble à un poème épique qui aurait pu être écrit par Homère. Vingt-deux jeunes hommes partis en bateau pour une expédition de huit mois jusqu’en Australie, dont ne revint pas le capitaine de l’équipe, Robert Seddon, noyé quelque part dans ces eaux si lointaines.
« Ce sont des promoteurs de spectacles sportifs qui l’ont organisée, reprend l’historien-collectionneur, membre du conseil scientifique du musée du Rugby à Twickenham et chargé de mission « Devoir de Mémoire » au sein de la FFR. Leur but, c’était de faire de l’entertainment et de vendre des billets. Et de fait, cette tournée n’avait pas été approuvée par la Fédération britannique. »
Tout ça s’est par la suite structuré peu à peu, et le terme de « Lions Britanniques », inspiration des médias, est apparu pour la première fois en 1924. Il deviendra officiel en 1948, avec la création d’un comité ad hoc.
C’est une dernière chose à savoir à propos des Lions : jamais il ne s’agira d’une tournée de fin de saison où l’on joue tranquille en attendant les vacances. Le résultat est aussi important qu’à une Coupe du monde. Question de fierté et de filiation, même si la dernière tournée immaculée commence à dater (1974).
La tournée de 1955 en Afrique du Sud : Une révolution
Ce fut d’abord une révolution technologique. Pour la première fois, en 1955, la délégation s’envola, et non pas s’embarqua, pour une contrée lointaine. Le groupe des Lions, commandé par le jeune deuxième ligne irlandais Robin Thompson (23 ans, Ulster), prit l’avion depuis l’aéroport d’Heathrow pour Johannesburg, via Rome, Le Caire, Khartoum, Nairobi et Salisbury (ex-Harare, au Zimbabwe).
En 1951, les Springboks avaient été surnommés les « Invincibles » après avoir gagné trente matchs sur trente-et-un en tournée en Europe. Et le public sud-africain n’avait plus vu les Lions britanniques depuis dix-sept ans, guerre oblige. Il les attendait avec une excitation sans borne, qui se répercuta tout au long des vingt-cinq matchs du programme.
Malgré le noir et blanc, on perçoit la réalité de ce rugby peut-être moins puissant et rapide que celui d’aujourd’hui mais qui faisait déjà se lever les foules. La modernité de cette tournée fut surtout incarnée par le premier test du 6 août 1955 disputé à Johannesburg, devant 95 000 spectateurs suffoqués par le premier vrai match course-poursuite de l’Histoire.
Ces Lions de 1955 avaient séduit par les attaques de leurs trois-quarts ; auparavant, on n’avait jamais vu une équipe aussi peu jouer au pied. Ces offensives étaient animées par un demi d’ouverture d’exception, le Gallois Cliff Morgan, figure très connue en Grande-Bretagne car il devint journaliste télé après sa carrière, une sorte de Pierre Albaladejo. Il était l’inspirateur du jeu et le meilleur chanteur de la délégation, capable de diriger un chœur en plein aéroport.
Cliff Morgan avait du pouvoir. Il avait demandé, in extremis, la sélection d’un demi de mêlée anglais non international, Dickie Jeeps. Par hasard, les deux hommes avaient joué un match amical ensemble et Morgan avait été conquis par la qualité de sa passe. La fluidité de cette charnière joua un grand rôle dans l’exploit de Johannesburg avec notamment cette série de quatre essais d’affilée, riches d’un Morgan en apesanteur.
Ce fameux exploit fut, de plus, sublimé par la sortie sur blessure du troisième ligne anglais Reg Higgins. Même à quatorze, Morgan choisit de ne pas jouer « petit bras » et continua d’affoler la défense adverse jusqu’à 23-11 à l’heure de jeu. Puis l’altitude fit son effet et les Sud-Africains réussirent à marquer trois essais dont le dernier de Briers.
La tournée révéla une autre figure majeure, un tout jeune ailier irlandais nommé Tony O’Reilly, grand bénéficiaire de ce rugby offensif puisqu’il marqua quinze essais en seizerencontres. Jamais les Lions n’avaient appelé un joueur aussi jeune (19 ans). Il ne comptait que 4sélections pour son pays et balle en main, c’était un bolide.
Pourtant, cette tournée 1955 eut sa face sombre. Son jeune capitaine Robin Thompson se retrouva mis au pilori un an plus tard. Il avait fait l’impensable, à savoir signer un contrat pour le club treiziste de Warrington. L’affaire fit scandale, évidemment.
Il resta donc comme un capitaine maudit d’une des plus belles tournées des Lions.
Les Lions, l'Afrique du Sud et l'Apartheid
Depuis l’introduction du rugby en Afrique du Sud par les Britanniques, ce sport fait partie du patrimoine historique et culturel du pays. Les Sud-Africains sont considérés comme l’une des meilleures équipes nationales au monde grâce à leurs palmarès.
L’histoire du rugby sud-africain est indissociable de la diffusion des pratiques sportives par la matrice coloniale britannique. Inventé selon la légende par le Britannique William Web Ellis, à la Rugby School, en 1823, le rugby débarque en Afrique du Sud au port de la colonie du Cap dans les années 1860.
Pour la population blanche, les sociabilités du rugby relèvent à l'école ou au club d'une pratique de distinction sociale et d'une affirmation de la supériorité raciale. De plus, ce sport s'organise au sein de réseaux sportifs et scolaires distincts et racialisés.
Cette distinction se retrouve sur le plan institutionnel avec la création de fédérations : la South African Rugby Board pour les Blancs en 1889 et la South African Coloured Rugby Football Board en 1887. La mise en place de l'Apartheid, en 1948, exacerbe la fragmentation politique et culturelle du rugby.
Parmi l'arsenal législatif déployé par le gouvernement d'Apartheid, deux lois configurent particulièrement la pratique du rugby. Voté en 1953, le Separate Amenities Act légifère notamment sur l'usage des infrastructures sportives. En 1954, le Bantu Education Act divise le système éducatif en quatre sous-systèmes : Bantu, Indien, « Coloured », Blanc. Elles interdisent la mixité raciale et favorisent les populations blanches.
Mieux, la pratique du rugby s'affirme comme un outil de lutte contre le régime. Sur le plan institutionnel, les communautés noires et métisses s'organisent pour créer en 1966 leur propre fédération, la South African Rugby Union qui promeut la pratique du rugby multiracial.
Néanmoins, les politiques de réconciliation dans le domaine du sport accompagnent l'avènement de la démocratie en 1994, comme le prouve la fusion des deux fédérations antagonistes dès 1992.
Joueurs emblématiques du rugby sud-africain
Eben Etzebeth

Alors qu'il devrait devenir samedi le Sud-Africain le plus capé de l'histoire en rejoignant Victor Matfield et ses 127 sélections, Eben Etzebeth a une place particulière dans l'histoire de la nation arc-en-ciel. Deux Coupes du monde, membre du XV de l'année 2023 et bientôt deux Rugby Championship et un record de capes... Eben Etzebeth est une légende en Afrique du Sud.
Il réalisait une carrière incroyable, il a déjà gagné deux Coupes du Monde, il a été nommé joueur sud-africain de l’année, il peut atteindre 150 sélections... Une longévité aussi saluée par Handre Pollard, l'ouvreur des Boks, dans SA Rugby Mag : "Ce que fait Eben - et ce qu'il continuera à faire parce qu'il ne s'arrêtera pas de sitôt - est incroyable. Je suis très fier d'être associé à lui. Il est l'un des meilleurs sud-africains de tous les temps".
Cheslin Kolbe
Cheslin Kolbe, reconnu pour sa vitesse et son agilité, est devenu une figure de proue dans le rugby moderne. Né le 28 octobre 1993 à Kraaifontein, en Afrique du Sud, Kolbe a surmonté divers défis pour se faire une place parmi les joueurs les plus respectés de sa génération.
Cheslin Kolbe a commencé son chemin sportif à l’école secondaire Hoërskool Brackenfell, où ses aptitudes pour le rugby à XV se sont distinguées. En 2009, il rejoint la formation des jeunes de la Western Province, une étape déterminante dans sa progression. En 2013, il élargit sa palette en intégrant l’équipe sud-africaine de rugby à sept, récoltant une médaille de bronze aux Jeux olympiques de 2016 à Rio de Janeiro.
Durant sa carrière, Cheslin Kolbe a offert des performances spectaculaires qui ont marqué son époque. L’un de ses moments mémorables reste son essai lors de la finale de la Coupe du monde de rugby 2019 contre l’Angleterre. Sa médaille de bronze aux Jeux olympiques de 2016 a mis en lumière sa capacité d’adaptation, cette fois dans le rugby à VII, une variante rapide et exigeante du jeu.
Cheslin Kolbe a apporté une nouvelle perspective au rugby mondial, remettant en cause l’idée que la morphologie est strictement déterminante dans ce sport. Son exemple inspire de nombreux jeunes sportifs, particulièrement en Afrique du Sud.
Au-delà de ses performances de joueur, il demeure un modèle d’engagement et de ténacité. Ses accomplissements et son influence resteront gravés dans l’histoire, montrant que le talent et la volonté peuvent surmonter de nombreux obstacles.
Autres joueurs notables
- Percy Montgomery: Détient le record du plus grand nombre de points inscrits en équipe nationale : 893.
- Bryan Habana: A marqué les esprits lors de la Coupe du monde 2007 en France.
- François Steyn: Champion du monde en 2007, alors qu’il n’avait que 20 ans.
- Tendai Mtawarira: Surnommé « la bête », il compte, à 34 ans, 111 sélections internationales depuis 2008.
Voici quelques faits intéressants au sujet de l’équipe nationale de rugby sud-africaine :
- Barry John des Lions britanniques a été le premier joueur international à être remplacé et ce match a été joué contre les Springboks après l’amendement de la loi en 1968-69, autorisant les changement en cours de match.
- Danie Craven est le président étant resté le plus longtemps en poste au South African Rugby Board - SARB.
- Les joueurs des Springboks qui ont battu les All Blacks quatre fois en un an furent Victor Matfield et Fourie du Preez.
- La première victoire pour les Springboks a été réalisée le 5 septembre 1896 quand ils ont gagné les Lions britanniques au Cap par 5-0.
- Percy Montgomery est le premier Springbok à avoir joué 100 matchs.
- Tom Van Vollenhoven alias Karel Thomas Van Vollenhoven est devenu le premier joueur de rugby sud-africain à marquer un hat trick en Afrique du Sud.
Bien que le temps de l’apartheid soit désormais révolu, le groupe des trente joueurs victorieux lors de la Coupe du monde 2007 est le témoin d’un déséquilibre persistant. En tant que sport le plus pratiqué en Afrique du Sud, le rugby compte 464 477 joueurs affiliés dont 446 821 joueurs masculins et 17 656 joueuses.
En test-match, l’équipe d’Afrique du Sud est imbattable… jusqu’en 1956, que ce soit à l’extérieur ou à domicile.
Les Springboks redeviennent fréquentables avec l’abolition de l’Apartheid le 30 juin 1991.
La tournée des Lions en Afrique du Sud en 1974 et la controverse de l'Apartheid
Il existe un trait commun entre la tournée des Lions britanniques et irlandais qui sillonnaient l'Afrique du Sud en pleine période covid, début juillet 2021, et ceux de leurs prestigieux aînés partis défier les Springboks en 1974, et c'est Eddie Butler, espiègle, qui nous l'avait fait remarquer.
Mais si en 2021, les joueurs tentaient de se préserver d'une pandémie, c'est l'opprobre publique qu'ils voulaient alors éviter : devant leurs quartiers, les manifestations anti-apartheid s'étaient multipliées, les enjoignant de renoncer à leur voyage austral.
Certains en avaient ainsi clamé leur dégoût, comme le Gallois John Taylor, écoeuré par ce qu'il avait vu de l'Afrique du Sud en 1968, lors de la précédente tournée des Lions. Le troisième-ligne avait ensuite refusé d'affronter les Springboks avec Galles en 1969 et finalement boycotté le périple de 1974, imité ensuite par son compatriote Gerald Davies.
Le gouvernement britannique lui-même avait publiquement désavoué ce projet sportif. Il avait demandé à son corps diplomatique en Afrique du Sud de garder ses distances avec les rugbymen quand ils y seraient arrivés. Mais la plupart des Lions s'étaient obstinés, obnubilés par un seul et unique alibi : la quête de la gloire sportive.

Les Lions y seront parvenus, d'ailleurs, ravageant le rugby sud-africain, avec 21 victoires en 22 matches, dont trois succès pour un nul en quatre tests. Ils y auront forgé leur histoire, aussi, entre un surnom, les Invincibles, et une réputation de solidarité absolue, incarnée par leur fameux appel « 99 », ce chiffre qu'ils devaient hurler comme un signe de ralliement pour répondre aux brutalités physiques que les joueurs sud-africains se permettaient parfois.
Avant de former, à la fin des années 1970, la troisième-ligne du Stade Toulousain, encadré par Jean-Claude Skrela et Jean-Pierre Rives, Dugald MacDonald s'y était frotté, à ces Lions.
Il y découvre la photo d'une jeune femme, les deux yeux protégés par des compresses médicales, un étrange sourire douloureux sur les lèvres. Jenefer Shute venait d'être victime de brutalités, parce qu'avec d'autres activistes sud-africains, elle avait interrompu un match de semaine entre les Lions et une sélection des universités du Cap et de Stellenbosch, en pénétrant sur la pelouse du Newlands, bannière anti-apartheid à la main.
C'est ainsi qu'il a remonté la trace de Jenefer Shute. Et du destin de celle qui était alors une jeune étudiante de 17 ans, il a tiré un documentaire, Blindside.
Shute, devenue écrivaine, s'est réconciliée avec cette mémoire, qu'elle nous a dessinée tout en sensibilité. En cet hiver austral 1974, les étudiants essayent donc de suggérer à leur équipe de rugby de ne pas affronter les Lions, mais un vote balaie ce moyen d'action. Les plus décidés fomentent alors autre chose.
Et lors de cet après-midi où l'hiver du Cap cinglait les visages de pluie et de vent, où la pelouse du Newlands n'était que boue humide, tout s'est accéléré. Celle-ci crie : « We're playing with apartheid » (voir photo ci-dessous). Nous jouons avec l'apartheid.
Pour la première fois, sur une pelouse sud-africaine, une rencontre sportive, de la discipline reine, était interrompue par un acte politique.
Il a fini par prendre contre elle une autre de ses classiques mesures de pression : lui confisquer son passeport. Et la résoudre, en 1978, à s'exiler aux États-Unis.
Dugald MacDonald, qui n'en a tiré qu'une certitude : « si les Lions avaient boycotté, le régime aurait été sous pression, oui. Mais en venant, ils ont aussi produit cet effet ! »
Les Lions eux-mêmes avaient d'abord été surpris de voir les spectateurs Coloured et noirs, parqués dans leurs propres gradins, nouvelle dégradation de la ségrégation, les supporter ouvertement.
Il était titulaire lors du deuxième test, au Loftus, à Pretoria. Une déroute, la plus sévère défaite des Boks à l'époque, 28-9 : « Le commentateur l'avait alors décrit comme le match le plus important de l'histoire du rugby sud-africain. Les Lions avaient instillé cette peur dans nos coeurs : ils pouvaient détruire notre crédibilité rugbystique !
Une cathédrale ébranlée et une prise de conscience pour le rugby sud-africain. Son isolement érode peu à peu sa compétitivité.
Circus maximus, la folle histoire des Lions britanniques
L'aura des Lions britanniques, qui peuvent aujourd'hui remporter leur première série de tests face aux All Blacks depuis 1971, s'est bâtie dans la démesure, sur et en dehors des terrains.
Régulièrement, de cerveaux malades naît l'idée de dénaturer ces tournées qui seraient devenues anachroniques parce que trop longues. Mais on ne touche pas comme ça à un roman vieux de cent vingt-neuf ans, comme on ne touche pas au sourire de la Joconde.
Si les Lions perdurent, c'est aussi parce que leur modèle économique ne connaît la crise que de nom. Poétiquement, un journaliste néo-zélandais a écrit que « partout où ils passent, les Lions défèquent de l'argent.»
Gloire à messieurs Shaw et Shrewsbury, qui ont eu l'idée de cette multinationale unique, sans fédération, sans siège, sans hymne. Une équipe qu'aucun président ne pourrait se payer, une création éphémère.
Tout a commencé le 8 mars 1888 quand dix-huit bonshommes montèrent à bord du paquebot Kaikoura, cap sur Dunedin. Ils ne reviendront pas tous. Leur capitaine finira noyé dans les eaux d'Australie. Ils n'étaient pas les rois de la jungle (l'appellation Lion date de 1930), juste des défricheurs, des missionnaires censés porter la bonne parole de l'Empire dans les colonies.
Leur prestige, les Lions l'ont bâti tournée après tournée, exploit après exploit. La pierre blanche, le moment où ce rituel s'est changé en légende, a été posée en 1971 par dix-sept types, dont trois joueurs de première ligne (!), qui remportèrent la tournée de quatre tests chez les All Blacks.
Les tournées d'aujourd'hui ne sont plus aussi rock and roll que celles des années 1970-1980. En 1974, pendant l'escapade triomphale en Afrique du Sud, combien de fois le capitaine Willy-John McBride a été réveillé à 3 heures du matin pour arranger les bidons d'un collègue plus du tout étanche ?