Lille contre Lens, c’est depuis l’après Seconde Guerre mondiale, la grande rivalité footballistique de notre région. Pour de nombreux supporters, c’est LE match de l’année pour les deux clubs. Alors que se profile un nouveau derby du nord entre le Lille OSC et le RC Lens, nous allons explorer l'origine de cette rivalité historique entre les deux entités.

Des patrons d’un côté, les mineurs de l’autre ?
Historiquement, on a tendance à résumer cette rivalité de façon sociologique avec les mineurs qui se trouvaient du côté de Lens, et les patrons de ces mêmes mines dans l’agglomération de Lille. Ce n’est pas tout à fait une légende mais résumer ainsi la rivalité entre les deux entités est un peu simpliste.
Patrick Robert, président de LOSC association, le rappelle : « Pour moi, c’est une fausse idée. Lille était aussi une ville qui comptait beaucoup d’ouvriers de l’industrie sidérurgique ou textile, qui vivaient parfois dans des conditions bien pires que les corons. » On serait davantage sur une rivalité entre industries qu’entre patrons et ouvriers.
Williams Nuytens, sociologue à l’Université d’Artois, abonde : « C’est dans la première moitié du 20e siècle que l’on trouve les souches de la rivalité actuelle : l’industrie charbonnière contre l’industrie textile. Mais tout ça a disparu, le LOSC ne s’appelait d’ailleurs même pas le LOSC ».
Deux événements clés en 1946 et 1948
Un premier événement va vraiment déclencher les hostilités entre le LOSC et le RC Lens. En 1946, les deux clubs sont en haut du classement et s’affrontent. Ce jour-là, une partie du toit du stade va s’effondrer face à un public trop nombreux. Le LOSC l’emportera malgré les réserves posées par les Lensois.
Deux ans plus tard, les Artésiens affrontent les Nordistes lors de la finale de la coupe de France 1948. Le troisième but de Baratte, synonyme de victoire lilloise, arrive en fin de match mais semble entaché d’une faute de l’attaquant selon plusieurs commentateurs. « Ce but fera toujours débat », souffle Patrick Robert. Une première anicroche entre les deux clubs.
Il y en aura d’autres qui vont s’enchaîner pendant des décennies, en D1 puis en L1, au gré des montées et descentes des deux clubs. Côté supporters, la rivalité entre les deux institutions s’intensifie alors.
Le petit contre le gros ?
Elle monte en puissance car les deux clubs s’affrontent plus fréquemment, évidemment. Mais aussi parce que les deux territoires évoluent avec Lille qui s’impose comme la capitale régionale du Nord - Pas-de-Calais puis des Hauts-de-France. « Quand il y a une domination sur le plan économique, culturel, ça se décalque au niveau sportif », note Williams Nuytens.
C’est un fait, la métropole de Lille concentre aujourd’hui les universités, les institutions, de grands sièges d’entreprises. « Après le charbon contre le textile, c’est aujourd’hui le tertiaire contre un secteur en réindustrialisation. L’agglomération Lens-Liévin se restructure mais est quand même en retard par rapport à la MEL », continue le sociologue.

Et tout cela se ressent dans la rivalité. « Quand on pense LOSC, on intègre des éléments qu’on a de la MEL. Quand on pense Lens, on injecte dans la représentation qu’on a du club des éléments qui nous permettent de représenter le territoire : bassin minier, solidarité, esprit de fête, pauvreté… On y met ce qu’on veut, et donc les écarts sociologiques avec », souligne encore Williams Nuytens.
La rivalité est culturelle, pas innée. Elle tient à des images. Comme lorsqu’on loue la ferveur et le nombre de supporters entre les deux clubs. Côté Lensois, on la met systématiquement en avant alors que le territoire est plus petit.
Une autre analyse consiste à voir côté lillois une concurrence dans la ville pour le LOSC côté culture et clubs sportifs. Mais tout est bon pour se mener cette petite guéguerre qui pourrait être bon enfant.
Les derniers derbys entre les deux équipes ont parfois donné lieu à de regrettables débordements. En revanche, pour Patrick Robert, ce qui en découle est sociétal. « C’est malheureusement la société qui évolue dans le mauvais sens. Le football est le reflet de cela et ce n’est pas propre à Lille ou Lens. Jusqu’au début des années 80, tous les supporters étaient mélangés et cela se passait très bien ».
La sécurité sera toutefois renforcée avec un important déploiement de forces de l’ordre. Pourtant, auparavant le derby au sens géographique était un peu plus marqué sur le terrain avec des joueurs issus de la région. C’est moins le cas, même si les joueurs ont conscience de l’importance de ce match pour leurs supporters.
Le milieu du LOSC Benjamin André rebondit également sur l’importance de ce derby : « C’est la supériorité régionale qui est en jeu, lance-t-il. On sait qu’il existe une animosité entre les supporters, même si cela doit rester bon enfant. Perdre un derby, ça fait toujours mal.
Et le coach lillois Paulo Fonseca de conclure : « J’ai connu un Derby à Rome. Je comprends l’environnement, je comprends cette rivalité ».
Lille s'adjuge le DERBY du NORD et REVIENT dans le TOP 5 | 27ème journée - Ligue 1 McDonald's 24/25
L'histoire des derbys en quelques chiffres
Côté terrain, le journaliste Laurent Mazure, auteur de "Lens Data Story", a accepté de nous livrer quelques statistiques sur l'histoire des derbys entre Lille et Lens.
Ce dimanche, "il s'agira du 54e match à Lille selon mes calculs. La plus grosse victoire de Lens à Lille date de 1982 sur le score de 3-0 tandis que la plus grosse victoire de Lille face à Lens à domicile l'a été sur le score de 5-0, par deux fois, en 1950 et en 52. Et pour finir, la petite statistique à retenir : "A chaque fois que Lens marque un but contre son camp, Lens perd. C'est arrivé cinq fois."
Voici un tableau récapitulatif des statistiques clés :
| Statistique | Détails |
|---|---|
| Nombre de matchs à Lille | 54 |
| Plus grosse victoire de Lens à Lille | 3-0 (1982) |
| Plus grosse victoire de Lille à domicile | 5-0 (1950, 1952) |
| Conséquence d'un but contre son camp de Lens | Défaite de Lens (5 fois) |
Paris - Marseille, Lens - Lille, Lyon - Saint Étienne... Il y a des matches comme ça, qui sont particuliers. Qui ont une âme et une saveur différente, une atmosphère spéciale, une rivalité naturelle qui se perpétue de génération en génération.