La ligue trotskyste en France a une histoire riche et complexe, marquée par des scissions, des regroupements et une quête constante de pertinence politique. Cet article explore les moments clés, les figures marquantes et les influences de ce mouvement sur la politique française.

Drapeau de la Quatrième Internationale
Les Débuts et les Scissions (1928-1939)
L'histoire du trotskysme en France commence avec la publication du n°1 de La Lutte de classe en février 1928, issu de Clarté, par Pierre Naville. Cette revue devient la revue théorique mensuelle de l'Opposition de Gauche, puis celle de la Ligue communiste.
En mars 1936, le Parti communiste internationaliste (PCI) est créé par le « groupe Molinier-Frank », à partir des Groupes d'action révolutionnaires (GAR). À la fin de l’été 1936, les trotskystes français scissionnent de nouveau : le groupe Molinier, Frank quitte le POI avec les Jeunesses, recrée le PCI, fonde les Jeunesses communistes internationalistes et republie La Commune.
En octobre 1936, le n°1 de Quatrième Internationale, revue théorique succédant à La Lutte de classe, est publié. En janvier 1939, le 3e Congrès du POI a lieu.
La Période de la Guerre et l'Après-Guerre (1940-1958)
En février 1940, le postier trotskyste Charles Margne est arrêté avec une dizaine de ses camarades du futur CCI. En août 1940, l'ex-POI s'unifie dans un Comité pour la IVe Internationale et publie La Vérité clandestine. D’autres militants trotskystes de l'ex-PCI s’organisent autour de La Seule voie en mars 1942, et ils créeront le Comité communiste internationaliste (CCI) en mars 1943.
En février-mars 1944, le PCI renaît par regroupement du POI, du CCI et du Groupe Octobre. Les partisans de Barta restent à l’écart. En 1945-46, le PCI présente des candidats aux élections législatives. En février 1946, le 2e Congrès du PCI se tient. Le n°1 de La Jeune garde, des Jeunesses communistes internationalistes, est publié en novembre 1946.
Avril 1948 marque la rupture effective de G. Munis et de B. En février 1949, le groupe Socialisme ou Barbarie est créé. En juin 1949, à Renault-Billancourt, le SDR obtient 1283 voix et 7 élus aux élections des délégués du personnel. La Lutte de Classes disparaît en mars 1950.
En août 1951, le IIIe Congrès mondial de la IVe Internationale se tient. Une scission au 8e Congrès du PCI a lieu en juillet 1952, avec deux « congrès » distincts. En janvier 1958, le groupe oppositionnel La Voie communiste est créé au sein du PCF.
Les Années 1960 et 1970: Engagement et Dissolution
En avril 1960, L’UGS participe à la fondation du PSU. En juin 1961, une campagne de solidarité de la IVe Internationale a lieu lors du procès de M. Le VIIe congrès de la IVe Internationale, dit de réunification, a lieu en juin 1963. En juillet 1963, Lyotard et d’autres quittent Socialisme ou Barbarie.
En décembre 1965, Michel Pablo est exclu du CEI de la IVe Internationale et forme la Tendance marxiste révolutionnaire internationale (TMRI). En avril 1966, les militants regroupés autour d’A. sont exclus de l’UEC. En mai 1968, Yvon Rocton contribue à mettre en grève avec occupation l’usine Sud-Aviation à Nantes. En juin 1968, les organisations trotskystes et révolutionnaires (dont VO, le PCI minoritaire, la JCR, l’OCI) sont dissoutes.
Le premier numéro de Rouge, bimensuel d’action communiste, paraît en septembre 1968, puis devient hebdomadaire. En mai 1969, le IXe congrès de la IVe Internationale se tient en Italie. En juillet 1970, le Conseil d’Etat annule le décret de dissolution de l’OCI. Le Secours rouge est créé en octobre 1970. Au printemps 1971, les militants minoritaires de la LC regroupés autour de Rivière et Créach partent ou sont exclus.
La première fête de Lutte Ouvrière a lieu en mai 1971. En février 1972, le militant maoïste Pierre Overney est assassiné devant l’usine Renault. En mars-avril 1972, une grève avec occupation du Joint français a lieu à Saint- Brieuc. En février-Mars 1973, un mouvement lycéen contre la loi Debré a lieu. Michel Varga est exclu des rangs de l’OCI en 1973. En mai 1974, A. Krivine se présente aux élections présidentielles. En décembre 1974, le premier congrès de la LCR a lieu.
En mars 1977, LO, la LCR et l’OCT présentent des listes communes dans 32 villes sous le sigle « Le socialisme. En janvier 1979, le IIIe congrès de la LCR a lieu. En novembre 1979, un congrès extraordinaire de la LCR a lieu.
Les Années 1980 et Après: Diversification et Adaptation
En avril 1981, A. est candidat aux élections présidentielles. En avril 1984, le congrès du PCI exclut les membres du courant animé par Stéphane Just. En avril 1988, la LCR soutient la candidature de Pierre Juquin aux Présidentielles. En octobre 1988, une grande grève des infirmiers et infirmières a lieu. En juillet 1989, le Bicentenaire de la Révolution française est célébré.

Philippe Poutou, figure contemporaine du trotskysme français
En novembre 1991, le MPPT se transforme en Parti des Travailleurs (PT). En 1992, Pedro Carrasquedo et Alexis Corbière sont exclus du PT. En juin 1993, la IVe Internationale est reproclamée par le Centre international de reconstruction. En avril 1995, A. Laguiller obtient 5,40% des voix au premier tour des élections présidentielles. En septembre 1995, les cendres d'Ernest Mandel sont transférées au Père Lachaise. En mars 1996, 300 Africains en situation irrégulière occupent l’église Saint-Ambroise.
En janvier-février 1998, le XIIIe Congrès de la LCR a lieu. En juin 1998, l'assemblée générale constitutive d’ATTAC a lieu. En 1998, la Fondation Copernic est créée. En juin 2000, le XIVe congrès de la LCR vote la fusion/intégration de VDT. En avril 2002, Lionel Jospin est éliminé dès le premier tour des élections présidentielles, et l’extrême gauche trotskyste réalise 10,44% des voix. Aux élections régionales de mars 2004 et européennes de juin 2004, les trotskystes obtiennent de bons résultats.
En janvier 2006, au XVIe congrès de la LCR, une majorité se prononce pour une deuxième candidature O. En avril 2006, Boris Fraenkel se suicide à Paris. En avril 2007, O. Besancenot domine ses compétiteurs à la gauche du PS aux élections présidentielles. En janvier 2008, Pierre Boussel (Pierre Lambert) décède. En mars 2008, les 3 principales organisations trotskystes présentent des candidats dans des dizaines de villes, mais dans la division.
En janvier 2009, la décision est prise de mettre fin à la LCR pour laisser place au NPA. En mars 2009, les trotskystes annoncent leur intention d’aller aux élections européennes divisés.
Le Trotskysme en Bretagne
En Bretagne, jusqu’au printemps 1968, l’étroitesse du nombre des militants révolutionnaires demeura inversement proportionnelle à leur ambition. Parmi ces organisations se distingua la Ligue communiste (LC), créée clandestinement en avril 1969 à Mannheim. La JCR comptait en Bretagne trois sections, Rennes, Nantes et Brest. Elle fut dissoute par un décret présidentiel le 12 juin 1968.
En octobre 1976, on assista à la sortie du premier numéro de Bretagne Rouge, qui devint l’organe de presse régional de la LCR. Arrivé à Saint-Brieuc en octobre 1968, Édouard Renard devint, suite au congrès de fondation au mois d’avril 1969, le visage de la Ligue communiste à l’échelle de la ville.
En 1972, la LC disposait, en plus de Brest, de Rennes et de Nantes, de nouvelles sections militantes à Quimper, Saint-Brieuc, Lorient. Fin 1971, Rennes revendiquait une cinquantaine de militants dans ses différentes cellules. En juillet 1972, on en dénombrait une soixantaine à Rennes. La LC multiplia les apparitions publiques au travers de l’organisation de meetings. Elle diffusait aux portes des entreprises privées et publiques son bulletin La Taupe rouge.
La section rennaise de la LCR vit le nombre de ses militants diminuer jusqu’à atteindre à peine une trentaine de membres en 1975. Investie dans le combat féministe depuis le début des années 1970 « la Ligue » participa à la création du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC). Elle présenta aussi une liste unitaire dans le cadre des élections municipales des 13 et 20 mars 1977 avec Lutte ouvrière et l’Organisation communiste des travailleurs. En septembre 1986, la section de Fougères décida de se dissoudre.
Trotsky et la France
Marc Lazar identifie au moins quatre séjours de Trotsky en France. Lors de son troisième séjour, de novembre 1914 à octobre 1916, Trotsky fréquente des syndicalistes et socialistes hostiles à la guerre et pacifistes convaincus. Lors de son dernier séjour, de juillet 1933 à juin 1935, il prend de nombreux contacts avec ceux que l’on commence à appeler les « trotskistes ». Il se lie également avec des personnes qui ont une sympathie pour lui.
Grâce à l'intervention d'Alexis Leger, Trotsky obtient l'hospitalité en France. Il vit d’abord à Saint-Palais, puis à Barbizon. Après son expulsion, la IVe Internationale est fondée près de Paris en 1938.
Trotsky a apporté une contribution essentielle à la naissance du Parti communiste français. Cependant, la majorité du PCF a choisi Staline et Trotsky n’a pas eu l’influence qu’il espérait.
Les Stratégies et les Divisions
Dans l’histoire du trotskisme, il existe deux stratégies alternatives ou complémentaires : l’autonomie et l’entrisme. En 1934, Trotsky estime qu’en France ses proches doivent entrer à la SFIO. En 1936, les positions trotskistes se renforcent parce qu’elles convergent en partie avec celles de Marceau Pivert. Le deuxième moment fort de l’influence trotskiste en France se situe au lendemain de la guerre, entre 1945 et 1947. Le cas le plus connu est la grève d’avril-mai 1947 chez Renault.
Quand le parti communiste fait le choix de l’union de la gauche et, plus encore, de la participation gouvernementale, il dégage un espace sur sa gauche qui permet à des militants bien organisés de s’exprimer. Le trotskisme a placé les textes marxistes au coeur de sa réflexion. Les écrits de Trotsky formaient la colonne vertébrale du mouvement.
Deux sujets de réflexion obsédaient les trotskistes : la nature de l’URSS et la question de savoir si la révolution est en train d’éclater quelque part. Le trotskisme représentait aussi un espace de relative liberté dans le mouvement communiste à l’époque du stalinisme. La propension à la division et à la scissiparité provient aussi de la longue histoire du trotskisme.
Les Courants du Trotskysme
Les chapelles trotskistes sont variées. Le trotskisme de Lutte ouvrière représente un communisme traditionnel, ouvrier et dogmatique. Le trotskisme de la Ligue révolutionnaire se veut un communisme à visage humain, plus féministe et plus ouvert. Le trotskisme du Parti des travailleurs s’efforce de combiner le marxisme révolutionnaire léniniste et la défense de la république laïque et de l’État social.
Pour les trotskistes, la révolution suppose de disposer d’un parti révolutionnaire. Ils passent leur temps à tenter d’en forger un. Les trotskistes estiment qu'il faut militer dans des « organisations de masse », syndicats et associations, où ils cherchent à faire pénétrer leurs idées. Trotsky a préconisé en 1934 l’entrée des trotskistes au sein des partis sociaux-démocrates, et donc en France au sein de la SFIO.
L'Entrisme et l'Influence
Pierre Lambert a combiné l’existence d’un parti en tant que tel et la politique d’entrisme dans les syndicats et dans le parti socialiste. L’échec politique est patent, mais il y a une réussite dans le domaine des idées et dans certaines actions sociales. Dans le cas de FO, l’influence des trotskistes auprès de Marc Blondel est avérée.
Dans les années 1960-1970, le trotskisme a participé à la socialisation de nombreux jeunes, qui ont exercé ensuite des métiers d’influence. Le trotskisme joue sur deux registres : la fidélité au léninisme et la défense de la démocratie. Pour un certain nombre de communistes, en rupture avec le PCF, il est resté un « sas de décompression ». Le trotskisme a été l’une des structures d’accueil de la révolte des baby-boomers. Parmi ces jeunes gens qui adhèrent, il y avait beaucoup de Juifs.
En conclusion, l'histoire de la ligue trotskyste en France est une saga complexe de luttes idéologiques, de scissions et de tentatives d'influence politique. Malgré ses divisions internes et ses difficultés à atteindre le pouvoir, le trotskysme a laissé une marque indélébile sur le paysage politique et intellectuel français.
ALAIN KRIVINE : LE TROTSKISME PERMANENT
Chronologie des événements clés
| Date | Événement |
|---|---|
| Février 1928 | Publication du n°1 de La Lutte de classe |
| Mars 1936 | Création du Parti communiste internationaliste (PCI) |
| Août 1940 | Unification de l'ex-POI dans un Comité pour la IVe Internationale |
| Février-mars 1944 | Naissance du PCI par regroupement du POI, du CCI et du Groupe Octobre |
| Juillet 1952 | Scission au 8e Congrès du PCI |
| Juin 1968 | Dissolution des organisations trotskystes et révolutionnaires |
| Janvier 2009 | Décision de mettre fin à la LCR pour laisser place au NPA |
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