La saison 2009-2010 de la Ligue des Champions a été l'une des plus captivantes de la décennie, marquée par des performances surprenantes et un dénouement inoubliable. Retour sur cette campagne européenne riche en émotions.
Dans l'Hexagone, le PSG de QSI n'existait pas encore, et l'Olympique lyonnais était sur la fin de son hégémonie. Champions de France sept fois de suite entre 2002 et 2008, les Gones avaient laissé leur couronne aux Girondins de Bordeaux de Laurent Blanc en 2009. Dans la foulée, les deux équipes disputent la Ligue des champions (l'OL, troisième du dernier exercice, ayant brillamment écarté Anderlecht en barrage), en compagnie de l'OM.
Inter Milan - Bayern Munich 2-0 | Finale Ligue des Champions 2009/10 | Résumé en français (TF1)
Un Parcours Épique pour Lyon et Bordeaux
Cette campagne européenne de C1 a été l'une des plus brillantes des années 2000-2010 pour les clubs français, globalement habitués à décevoir dans cette compétition (on excepte l'OL, qui se hissait régulièrement jusqu'en quarts de finale). Les Marseillais sortent dès la phase de poules, terminant troisièmes, à deux points de l'AC Milan (2e) et loin du Real Madrid (1er) dans un groupe, il est vrai, très compliqué.
Quant aux Lyonnais et aux Bordelais, ils nous régalent ! L'OL gagne à Anfield et fait nul face aux Reds de Liverpool à Gerland en marquant à chaque fois en toute fin de match (Lyon finit deuxième, avec 13 points sur 18, à deux longueurs de la Fiorentina). Les Girondins font encore plus grand : placés avec la Juventus de David Trezeguet et le Bayern de Mario Gomez, ils ne perdent aucun match (16 points) et réalisent l'une des trois plus mythiques phases de poules d'un club français dans la compétition. Double victoire face à Munich, succès à la maison devant la Vieille Dame. Bref : exceptionnel !

Cédric Carrasso lors de Bayern Munich - Bordeaux en Ligue des champions, le 3 novembre 2009 (Crédit: Getty Images)
Les joueurs au Scapulaire maîtrisent leur sujet en huitième de finale en écartant l'Olympiakos (1-0 ; 2-1), quand l'OL élimine le Real Madrid de Cristiano Ronaldo pour marquer l'histoire française en Coupe d'Europe. Vous vous souvenez forcément de ce but égalisateur de Miralem Pjanic (1-0 ; 1-1).
Un Quart de Finale Franco-Français Mémorable
Au tour suivant, on peut regarder des énormes chocs comme Bayern-Manchester United et Arsenal-FC Barcelone. Mais, donc, aussi une affiche 100% française entre Lyonnais et Bordelais. Peut-être moins emballant sur le papier, ce duel va en fait être passionnant à tous les niveaux : jeu, suspense, intensité... "Je me souviens du tirage au sort, rembobine aujourd'hui Mathieu Chalmé, latéral droit girondin entre 2007 et 2013. On avait eu deux sentiments : le premier, c'est qu'on ne joue pas la Ligue des champions pour affronter des équipes du même championnat. Et, l'autre, c'est que les deux équipes étaient de niveau à peu près équivalent. Ce qui laissait la place pour passer..."

Les présidents Jean-Michel Aulas (Olympique Lyonnais) et Jean-Louis Triaud (Girondins de Bordeaux) lors du tirage au sort des 1/4 de finale de la Ligue des champions, le 19 mars 2010 à Nyon (Crédit: Getty Images)
Le Match Aller : Une Bataille Intense à Gerland
Première manche à Gerland. Trois jours plus tôt, les Girondins ont vu l'OM de Didier Deschamps les battre en finale de la Coupe de la Ligue (3-1 ; la fameuse soirée du "J'ai pas touché" sauce brésilienne de Brandão).
Et ça part très fort ! La petite phase d'observation ne dure même pas un quart d'heure. Derrière, trois pions en vingt minutes ! Le redoutable Lisandro Lopez place son pied sur un centre de Mathieu Bodmer, consécutif à une imprécision de Mickaël Ciani (1-0, 10e). Absolument clinique de technique et de précision, Yoann Gourcuff fait valser Jérémy Toulalan avant d'envoyer un centre du gauche chirurgical. Et, à cette époque, si Gourcuff était au caviar, Marouane Chamakh était là pour transformer (1-1, 14e). À même pas soixante secondes d'écart, Cesar Dalgado d'un côté, Yoan Gouffran (d'une belle Madjer) de l'autre, faisaient briller Cédric Carrasso et Hugo Lloris (25e).

Aly Cissokho (Lyon) et Yoan Gouffran (Bordeaux) en 1/4 de finale de la Ligue des champions, le 30 mars 2010 (Crédit: Getty Images)
En pleine préparation de sa liste pour partir en Afrique du Sud, Raymond Domenech, en tribune, se régale, ou presque. Quelques minutes plus tard, son gardien, Hugo Lloris effectue une sortie suicidaire sur un centre venu de la gauche. L'international français est sauvé par la maladresse de Chamakh, qui ne cadre pas sa tête. On a ici l'un des premiers tournants de ce quart de finale épique. Et le début des grands regrets girondins. Car deux minutes plus tard, Michel Bastos envoie un missile dans les filets bordelais après que Trémoulinas eut regretté sa petite taille (1,73 m) qui l'a empêché de facilement dégager le cuir (2-1, 32e).
Autres regrets : cette parade magistrale de Lloris devant Chamakh (61e) et cette barre transversale fracassée par Wendel, de volée (70e). Avant que Mathieu Chalmé ne soit sanctionné d'une main dans la surface en se jetant devant une frappe d'Aly Cissokho. "Je contre le ballon, ça me frappe le bras, dit-il aujourd'hui. Au retour, il y a la même situation pour nous, et ce n'est pas sifflé... Sans ce penalty, au retour, à 1-0, on se qualifie."
Lisandro Lopez ne se fait pas prier (3-1, 77e ; 22 buts toutes compétitions confondues pour lui à ce moment de la saison). En à peine quinze minutes, tout a basculé du côté de l'OL. La suspension d'Alou Diarra et la blessure de Marc Planus font très mal à Laurent Blanc et sa bande. Imaginez : Bordeaux encaisse trois buts à Gerland... soit autant que lors de ses huit premières rencontres de C1 !

Lisandro Lopez (Lyon) buteur contre Bordeaux en 1/4 de finale de la Ligue des champions, le 30 mars 2010 (Crédit: Getty Images)
Malgré tout, avec ce sauvetage sur sa ligne de Trémoulinas à l'entrée des arrêts de jeu, avec le jeu produit et avec aussi les cartons jaunes distribués à Lisandro Lopez et Sidney Govou, synonymes de suspension au retour, les Girondins de Bordeaux peuvent croire à un renversement à Chaban-Delmas. En précisant qu'on est encore à l'époque du but compte double à l'extérieur. Un 2-0 en terres girondines, et le dernier carré s'ouvrira.
Le Match Retour : Bordeaux Pousse, Lyon Résiste
Une semaine plus tard, c'est l'ambiance des grands soirs à Bordeaux. C'est tout un peuple qui rêve de voir la génération Chamakh-Gourcuff imiter celle de Giresse-Lacombe, demi-finaliste de C1 en 1985. Il y a du bruit. Beaucoup de bruit. Énormément de bruit. Un premier frisson avec cette tête non cadrée de Gourcuff, sur une action similaire de l'aller avec une nouvelle sortie approximative de Lloris.
39e minute : déjà averti, Aly Cissokho est auteur d'un tacle appuyé sur Wendel. L'arbitre de la rencontre met la main à la poche, puis se ravise, peut-être voyant l'identité du fautif... Derrière, c'est tout Chaban-Delmas qui se lève sur une mine exceptionnelle en demi-volée d'Alou Diarra à trente mètres. Mais, comme pour Wendel, c'est encore la barre qui s'interpose (44e). "L'ambiance, comme souvent dans les grands rendez-vous à Bordeaux, était extraordinaire", veut bien reconnaître Mathieu Chalmé.
Sur le bon chemin, Bordeaux est récompensé juste avant la pause, encore grâce à Chamakh, parfaitement placé pour rentrer un centre de Trémoulinas dévié par Plasil (1-0, 45e). Cris est très proche de commettre l'irréparable sur Chamakh dans la surface (73e) et, surtout, l'OL ne répond absolument pas ! Avec aucun tir cadré dans cette rencontre. Lyon s'en remet au talent de Lloris, une nouvelle fois auteur d'une parade décisive en fin de match sur une tête puissante de Wendel.

Cris et Anthony Reveillere après la qualification de Lyon à Bordeaux en 1/4 de finale de la Ligue des champions, le 7 avril 2010 (Crédit: Getty Images)
"Sur les deux confrontations, la différence s'est surtout faite à l'aller où nous avions fait preuve d'une certaine fébrilité en défense, résume Laurent Blanc en fin de partie à l'époque. Mais je répète que l'expérience ne s'achète pas au supermarché." Ce que Mathieu Chalmé, aujourd'hui entraîneur-adjoint à Annecy (6e de Ligue 2) reconnaît aisément en 2025 : "C'était de la déception. On n'est pas passé loin. Mais Lyon avait eu plus de maturité européenne que nous. On avait un peu loupé notre match aller en encaissant trois buts. Ça nous avait laissé des regrets. Mais c'étaient deux beaux matchs, deux belles équipes. Au retour, on a presque fait le match parfait. Mais il y a eu un grand Lloris en face."
Le rêve est passé pour des Bordelais qui perdront quasiment tout jusqu'à la fin de saison. En plus de la Coupe de la Ligue et de la Ligue des champions, Carrasso et ses coéquipiers terminent sixièmes de Ligue 1 après avoir occupé la tête du classement pendant 21 journées sur 38. L'OL s'offre, de son côté, sa première demi-finale de Ligue des champions de son histoire. Mais les troupes de Jean-Michel Aulas seront impuissantes face au cauchemar Ivica Olic (auteur d'un triplé pour le Bayern au retour à Gerland).
Le Triomphe de l'Inter Milan
Le samedi 22 mai 2010, au stade Santiago-Bernabeu de Madrid, l’Inter Milan triomphe du Bayern Munich (2-0) en finale de la Ligue des champions. L’Inter Milan et la Coupe d’Europe, c’est une vieille histoire d’amour. Dans les années 1960-70, les Nerazzurri ont remporté le trophée deux fois (1964 et 1965) et disputé deux autres finales (1967 et 1972). Mais ensuite l’Inter a laissé la Juventus et l’AC Milan représenter l’Italie au plus haut niveau européen. Mis à part une demi-finale en 2003 (face à l’AC Milan), c’est en 2010 seulement que l’Inter revient vraiment sur le devant de la scène de la Ligue des champions.
L’Inter 2010 est une équipe forgée par le Portugais José Mourinho depuis deux ans, avec des joueurs d’expérience : Cambiasso, Eto’o, Zanetti, Thiago Motta, Lúcio, Pandev, Stanković, Chivu, Muntari, Córdoba, Sneijder, Materazzi, Toldo, Samuel… Une équipe de baroudeurs qui ne s’embarrassent pas spécialement de beau jeu comme lors de la qualification en demi-finale face au FC Barcelone (3-1, 0-1). « Les gens disent que nous avons garé le bus (devant le but) mais ce n’est pas vrai. Nous avons garé l’avion », lâchait, sarcastique, José Mourinho en conférence de presse après la qualification acquise dans la douleur au Camp Nou.
Cette finale, le samedi 22 mai 2010, contre le Bayern Munich à Madrid, l’Inter l’a préparée avec la minutie habituelle de José Mourinho. Peu importe que le match soit décevant en termes de spectacle, posséder le ballon n’est pas gagner. La recette est simple : défense en béton, milieu de terrain en fer, attaque en feu. L’Inter laisse donc le contrôle du ballon au Bayern de Louis Van Gaal, et place des contres avec le trio offensif Sneijder-Eto’o-Milito. L’Argentin Diego Milito, un bon attaquant sans plus à Saragosse et au Genoa, arrivé en Lombardie à l’été 2009 et jusque-là discret, fait de cette finale son jour de gloire.

Diego Milito après son second but face au Bayern Munich.
Le Bayern, privé de Franck Ribéry suspendu après avoir été expulsé en demi-finale, compte sur Arjen Robben mais les quelques déboulés du Néerlandais n’inquiètent guère la défense nerazzuri, pas plus que les tentatives du jeune Thomas Muller. Les Italiens attendent assez tranquillement le bon moment pour finir le boulot : Diego Milito à la 70e minute se joue une nouvelle fois de Van Buyten pour signer un doublé décisif (2-0). Comme Mourinho l’avait envisagé, il suffisait à l’Inter de ne pas prendre de buts et d’en marquer un, ou deux, pour gagner. Élève de Louis Van Gaal à la fin des années 1990 au FC Barcelone, José Mourinho a dépassé le maître.
Vainqueur de sa deuxième Ligue des champions avec deux clubs différents comme Ernst Happel (Feyenoord 1970, Hambourg 1983) et Ottmar Hitzfeld (Dortmund 1997, Bayern 2001) avant lui, il est celui qui transforme en or tout ce qu’il touche. « L’Inter a une histoire pleine de succès, mais qui remontent à loin, dit-il.

José Mourinho retrouve la Coupe d’Europe qu’il avait déjà remportée avec le FC Porto en 2004.
Mais lendemain de la victoire intériste a un goût étrange. Mais Mourinho, lui, n’est pas là. Il est resté à Madrid pour discuter avec la direction du Real en vue de son embauche… Massimo Moratti, dont le père était le président de l’Inter des années 1960, est amer : « Malgré tout, j’ai encore beaucoup d’affection pour Mourinho. Disons les choses ainsi : il s’est comporté comme un mari qui trompe sa femme, mais qui ne veut pas la faire souffrir. Il n’a pas eu le courage de le lui dire et s’est échappé par la fenêtre. » Volontiers cynique, José Mourinho savait que son équipe ne pouvait pas durer, du fait de l’âge de ses joueurs majeurs, ni faire mieux.
Composition des équipes de la finale
| Inter Milan | Bayern Munich |
|---|---|
| 12. Júlio César | 22. Butt |
| 13. Maicon | 21. Lahm |
| 6. Lúcio | 5. Van Buyten |
| 25. Samuel | 6. Demichelis |
| 26. Chivu (Stankovic 68e) | 28. Badstuber |
| 4. Zanetti (cap) | 10. Robben |
| 19. Cambiasso | 17. Van Bommel (cap) |
| 10. Sneijder | 31. Schweinsteiger |
| 9. Eto’o | 8. Hamit Altıntop (Klose 63e) |
| 22. Milito (Materazzi 92e) | 11. Olić (Gomez 74e) |
FC Barcelone vs Manchester United : La Finale Oubliée
Le FC Barcelone a remporté la Ligue des champions, mercredi 27 mai à Rome, en prenant le meilleur sur Manchester United, grâce à des buts de Eto'o et Messi (2-0). Après 1992 et 2006, c'est la troisième victoire en Ligue des champions pour le Barça, qui a dépouillé United de son titre, acquis en 2008.
Malgré un début de match à l'avantage des Red Devils, qui se montraient dangereux sur des frappes de Cristiano Ronaldo, les joueurs de Pep Guardiola ont rapidement pris l'avantage sur leur première occasion du match, à la 10e minute. Plein axe, une accélération d'Iniesta perforait le milieu mancunien, avant qu'Eto'o ne finisse le travail, en se jouant de Ferdinand sur un crochet, puis en trompant Van der Sar d'un pointu astucieux.
Sans être exceptionnels, les Barcelonais se contentaient alors de gérer les rares assauts d'une formation anglaise sevrée de ballons, et incapable de mettre en place son collectif.
Messi Scelle la Victoire, de la Tête
À l'image d'un Ronaldo perdu dans ses arabesques, la formation d'Alex Ferguson échouait à inquiéter la défense adverse, pourtant privée de trois de ses titulaires (Marquez blessé, Alves et Abidal suspendus). Au contraire, la deuxième période commençait sur deux occasions catalanes, avec un déboulé signé Henry, repoussé par Van der Sar (47e), puis un coup franc de Xavi qui frappait le poteau (52e). Le Français, à peine revenu de blessure, tentait à nouveau sa chance en solitaire (65e), avant que Lionel Messi ne délivre les siens... de la tête.
Entre les tours de contrôle Ferdinand et Vidic, le génial argentin (1m69) trouvait la lucarne opposée sur une offrande d'un Xavi toujours aussi impeccable dans son rôle de meneur de jeu. 2-0 à 20 minutes de la fin, les affaires du tenant du titre mancunien semblaient d'autant plus mal engagées que les Red Devils n'avaient rien de renversant à proposer.
Hormis un duel manqué de Ronaldo contre Valdes (71e), Manchester ressemblait à un diable de papier, et c'est même l'emblématique capitaine catalan, Carles Puyol, qui était proche du 3-0, d'abord sur une tête captée par le portier de United (74e), puis sur un ballon cafouillé à la 84e minute.
La 12e Victoire de l'Espagne en C1
Au bout d'une finale un peu décevante, notamment à cause d'un Manchester qui ne s'est jamais remis de l'ouverture du score d'Eto'o, le FC Barcelone enlève la Ligue des champions, ultime récompense d'une saison incroyable qui aura vu les Catalans développer un football non seulement flamboyant mais surtout efficace.
Pour sa première saison en tant qu'entraîneur, Pep Guardiola, déjà vainqueur de la Coupe des clubs champions en tant que joueur en 1992, réalise un formidable triplé, après les victoires dans la Liga et en Coupe d'Espagne. C'est également un aboutissement pour Thierry Henry, décrié l'année dernière, et qui a su s'imposer comme une pièce maîtresse pour remporter le seul titre qui manquait à son palmarès. "Finalement je l'ai gagnée ! J'ai attendu si longtemps. Les cinq dernières minutes ont été les plus longues de ma vie," a réagi le buteur tricolore, cité par l'AFP. "Je sais que nous menions 2 à 0 mais on jouait contre la meilleure équipe du monde" a conclu le natif des Ulis, déjà champion du monde et d'Europe avec la France, mais aussi champion de France avec Monaco et d'Angleterre avec Arsenal.
Pour Manchester, la désillusion est de taille. Le club d'Alex Ferguson concède sa première défaite en finale de la plus grande coupe européenne, et échoue à conserver le prestigieux trophée, performance qui n'a plus été réalisée depuis l'AC Milan en 1989-90.
Avec la victoire du Barça, et après celle de la Seleccion à l'Euro 2008, le football espagnol confirme sa domination continental, avec le 12e succès d'un club ibérique en C1, contre 11 pour l'Angleterre.