L'Action française est née de l'affaire Dreyfus dans une France divisée en deux camps irréconciliables, dans un pays profondément meurtri par l'annexion de l'Alsace-Lorraine et récemment humilié par les événements de Fachoda, dans une atmosphère d'angoisse, de crise et de guerre civile.
Jusqu'à sa mort, Maurras restera obsédé par le souvenir de l'affaire Dreyfus dont les conséquences lui paraissent évidentes : « Au moral la haine de l'esprit militaire, au matériel un désarmement qui attire la guerre comme l'aimant le fer. »
En août 1899, un professeur de philosophie âgé de trente-quatre ans, Henri Vaugeois, et un jeune critique littéraire de vingt-six ans, Maurice Pujo, fondent une revue à couverture grise, qui paraît tous les quinze jours, la Revue de l'Action française.
Ils ne sont royalistes ni l'un ni l'autre, à l'origine, mais ils jugent que la Ligue de la patrie française s'enlise dans l'académisme et ils veulent créer un mouvement plus dynamique. Charles Maurras, qui avait donné en 1898 au journal royaliste La Gazette de France un article retentissant dans lequel il se solidarisait avec le colonel Henry, au lendemain de son suicide, ne tarde pas à rejoindre le petit groupe qui s'est formé autour de la Revue de l'Action française et, à la fin de l'année 1900, la « revue grise » est devenue une revue royaliste.
Pendant plusieurs années, la Revue de l'Action française ne connaît qu'une audience limitée. C'est à partir de 1905 qu'elle prend son essor, sous l'influence de deux événements :
- l'alerte de Tanger (1905), qui, « par ce demi-clair matin » dont parlera Péguy, place brusquement la France en face de la menace allemande, et qui sera suivie par l'alerte d'Agadir en 1911 ;
- le conflit entre le gouvernement et les catholiques à propos de la séparation des Églises et de l'État (1905) et de la crise provoquée par les inventaires.
Un certain nombre d'officiers catholiques, comme Bernard de Vésins ou Robert de Boisfleury, refusent de suivre des ordres contraires à leur foi, donnent leur démission et rejoignent l'Action française.
Dans diverses régions de France, notamment dans l'Ouest, se multiplient les adhésions à la Ligue d'action française qui s'est créée en janvier 1905 et qui apparaît comme le seul mouvement d'opposition catégorique au régime. Maurras, qui est personnellement agnostique, se trouve donc à la tête d'un mouvement qui groupe une forte proportion de catholiques.
À la Ligue d'action française s'ajoutent, en 1906, les « camelots du roi », qui se préoccupent avant tout d'agir dans la rue, et l'Institut d'action française, qui est une entreprise pédagogique avec une chaire Maurice Barrès sur la doctrine nationaliste, une chaire du Syllabus où l'on dénonce le modernisme et le catholicisme libéral, etc.
L'Action Française se distingue par plusieurs aspects:
- Nationalisme Intégral: Théorisé par Charles Maurras, ce nationalisme prône un État fort et centralisé.
- Royalisme: L'Action Française soutient le rétablissement de la monarchie en France.
- Antisémitisme et Antidreyfusisme: Le mouvement est marqué par un fort antisémitisme, exacerbé par l'affaire Dreyfus.
- Influence Intellectuelle: Malgré ses controverses, l'Action Française a exercé une influence considérable sur la droite française.
L’histoire des centres sociaux en France est plus que centenaire. Le premier centre social en France prend forme en 1896, à l’initiative de Marie Gahéry, avec l’appui du Marquis Albert Costa de Beauregard. Il s’implante dans le XIe arrondissement de Paris et reçoit le nom d’Œuvre sociale de Popincourt. Il reprend les postures fondamentales des « settlements », nés à Londres et aux USA à partir de 1884 : face aux injustices subies par les populations laborieuses et les divisions sociales qu’elles génèrent, il s’agit de faire œuvre sociale, et non pas œuvre charitable, c’est-à-dire d’établir, dans les lieux de vie, des liens de coopération émancipatrice entre des personnes de conditions économiques et culturelles différentes.
Pour réussir une telle action, il faut que les « travailleur·euses sociaux » viennent résider dans le quartier populaire et y nouer des relations d’entraides, désintéressées et amicales, avec leurs voisins.
Mercédès le Fer de la Motte prend le relais de Marie Gahéry et crée, en 1903, avec la Ligue de la Patrie Française, l’association La Maison sociale, avec les concours, notamment, de la baronne Inès Piérard et d’Apolline de Gourlet. En peu d’années, elle crée six Maisons sociales à Paris et dans sa banlieue, dont celle de Levallois Perret avec Marie-Jeanne Bassot.
Ce premier réseau novateur ne pourra pas persister, ayant été particulièrement contesté par des forces sociales conservatrices à l’occasion du procès intenté en 1909 par Marie-Jeanne Bassot à l’encontre de ses parents qui l’avaient fait enlever et interner dans un hôpital psychiatrique en Suisse parce qu’ils refusaient son engagement de résidente dans les Maisons sociales.
Quatre anciennes résidentes reconstituent pourtant de nouvelles Maisons sociales dans les quartiers populaires où elles avaient débuté. En 1922, Marie-Jeanne Bassot regroupe en une Fédération des centres sociaux de France (FCSF) les oeuvres sociales françaises partageant les mêmes objectifs. La jeune Fédération peut ainsi se joindre au premier congrès international des « settlements » qui aura lieu quelques mois plus tard à Londres et deviendra l’artisan d’un premier développement des centres sociaux à l’échelle nationale.
MONARCHISTE AU 21è SIÈCLE ? - Entretien avec l'Action Française
Après la seconde guerre mondiale, la généralisation d’une politique familiale, menée notamment par les Caisses d’allocations familiales et les Caisses de la mutualité sociale agricole amène la création de nombreux centres, en ville et dans les campagnes, afin de rendre accessibles aux familles les services médico-sociaux et sociaux institués. En parallèle, la FCSF s’efforce de prolonger l’esprit premier des centres sociaux et l’exprime, en 1952, dans un rapport, corédigé avec le Ministère de la Santé publique et de la Population et réalisé à la demande du Conseil économique et social des Nations Unies. Dans les années 1960, la politique intensive d’urbanisations nouvelles orchestrée par l’Etat et le développement conjoint de mouvements militants résidentiels favorisent l’émergence de nombreux centres sociaux dans ces quartiers nouveaux.
La fonction d’animation sociale locale et globale du centre social, de plus en plus pratiquée par les centres sociaux, se voit confortée en 1971 par la Caisse nationale des Caisses d’allocations familiales (CNAF) qui crée pour cette fonction un agrément du centre social, en lui associant un financement appelé « prestation de service ». En 1984, cet agrément est décentralisé : chaque Caisse d’allocations familiales locale a désormais compétence pour l’attribuer au centre social en fonction du projet social qu’il a élaboré pour les quatre années à venir.
Dans les mêmes années, la Fédération, qui a étendu son appellation pour devenir la Fédération des Centres sociaux et Socioculturels de France (1967), entreprend de réguler la professionnalisation des acteur·ices des centres sociaux. Elle ouvre ses instances délibératives fédérales aux usager·es et aux salarié·es en sus des gestionnaires, en instituant dans ses statuts trois collèges représentatifs (1970). Elle suscite aussi la création d’un syndicat employeur, le Snaecso (1971) et appuie l’instauration d’une convention collective spécifique aux Centres sociaux (1983).
Dans les années 1980, les difficultés économiques et sociales vécues de plus en plus par les populations des zones urbaines ou rurales où sont implantés les centres sociaux, incitent ceux-ci à prendre de nouvelles initiatives, en lien avec de nouvelles politiques, spécifiques ou de droit commun, engagées alors par les pouvoirs publics (Politique de la Ville, RMI/RSA, soutien à la parentalité,etc).
En l’an 2000 à Angers, les centres sociaux et socioculturels adoptent la Charte des centres sociaux et socioculturels qui énonce leurs valeurs de référence et leurs manières d’agir.
Le 6 février 1934, à Paris, une manifestation dominée par les ligues d’extrême droite tourne à l’émeute. Le choc est immense.
La IIIe République, affaiblie, est ébranlée par ces journées qui ont changé l’histoire des droites, mais aussi des gauches, en France. À partir de nouvelles sources et de nouveaux travaux d’historiens, Romain Ducoulombier analyse le cours des événements, les stratégies des acteurs et les conséquences.
Le 6 février 1934, une manifestation dominée par les ligues d’extrême droite tourne à l’émeute place de la Concorde à Paris. Elle a raison d’un gouvernement confié au radical Édouard Daladier le jour même et démissionnaire le lendemain, alors même qu’il a obtenu la confiance des parlementaires par trois votes successifs dans une atmosphère tendue.
Elle n’est pas un coup d’État fasciste, moins encore une révolution, et pourtant elle demeure un symbole, celui du pouvoir de la rue, un drame sanglant et le moment d’une grande peur à gauche, ou mieux parmi les gauches, confrontées à la montée depuis leurs bases militantes de fortes aspirations unitaires.
Elle n’est pas non plus une manifestation isolée, mais le moment paroxystique d’une mobilisation, d’une contestation d’une grande violence, commencée plus tôt et prolongée au-delà - en particulier le 9 puis le 12 février, quand l’initiative passe à gauche -, à tel point qu’il faut sans doute parler des journées de février 1934, plutôt que du seul et fatidique 6 février - c’est du moins l’hypothèse du livre désormais incontournable des historiens Olivier Dard et Jean Philippet, qui paraît pour ce 90e anniversaire, construit notamment à partir des archives inédites de la commission d’enquête parlementaire constituée après les événements.
Le 6 février ne surgit donc pas de rien, ponctue d’une violence d’émeute une crise économique et politique profonde, américaine et allemande avant d’avoir été française, dont les gouvernements qui se succèdent n’ont pas su sortir, et qui se nourrit des scandales et du ressentiment contre le régime de la IIIe République.
D’où surgit le 6 février ? La généalogie de l’événement lui-même, si tant est qu’on peut restituer une causalité certaine à une manifestation par définition instable et imprévisible, est assez claire.
L’hostilité contre les gouvernements élus depuis mai 1932, bâtis sur des coalitions de centre gauche, dites de « néo-cartel », en référence au cartel des gauches de 1924, ne cesse de grandir à droite. Les socialistes n’y participent pas et ces cabinets successifs reposent donc sur le parti radical presque seul.
La priorité, pour les chefs des droites, est d’abord d’éviter un éventuel ralliement des socialistes par la mobilisation dans la rue. Tous considèrent qu’il faut imposer du dehors du Parlement les mesures qu’il semble incapable de prendre.
Des formations politiques nationalistes originales, mouvements et non partis, les ligues, entendent se charger de ce coup de force : elles en sont l’instrument. Nées de l’inadaptation d’une partie de l’opinion française à la structuration de la vie politique par les partis, elles sont à l’origine des rassemblements transpartisans constitués pour atteindre un but ou servir une cause unique.
Leur modèle est l’Action française, groupée autour du journal du même nom et du théoricien du nationalisme intégral, Charles Maurras.
Les Jeunesses patriotes (JP) de Pierre Taittinger, nées d’une scission de la Ligue des patriotes en 1924, dont elles constituaient le service d’ordre, ont un style martial et paramilitaire nourri par un anticommunisme de combat ; mais les effectifs parisiens de ses « groupes mobiles » sont en réalité faibles.
Les Croix-de-Feu, quant à elles, sont destinées à l’origine, en 1927, à rassembler une élite du feu : n’y sont admis que les combattants décorés ; mais sous l’impulsion de son chef, le lieutenant-colonel François de La Rocque, l’organisation a élargi son recrutement à toutes les classes sociales et pris une ampleur nouvelle, animée par une vision rigoureuse d’un ordre civil et moral « français », patriote, sous la direction autoritaire de son chef.
Ni figurants dans les parodies de coup de force, ni mercenaires pour briser les grèves, les Croix-de-Feu ont leur objectif - un régime d’ordre - et veulent choisir leur moment. D’autres organisations, plus récentes, surgissent des tensions du début des années 1930.
C’est le cas de la Solidarité française, financée par le riche patron nationaliste François Coty. Le mouvement rencontre un grand succès initial (il est créé en juin 1933), adopte un style volontiers violent (son noyau militant s’enchemise en bleu et salue le bras tendu « à la romaine »), aspire à un régime autoritaire dans le style mussolinien et voit en Hitler le principal rempart contre Staline - la germanophobie traditionnelle d’un Maurras recule incontestablement au profit de la fascination croissante pour la puissance nazie.
Ces ligues, en dépit de leur dynamisme, n’ont pas d’état-major général, elles ne décident pas d’actions communes « au sommet », alors que la multi-appartenance est plutôt la règle « à la base » - une base impatiente, qui bouillonne : c’est l’une des clefs du 6 février.
Malgré leurs divisions, une peur commune et profonde agite tous ces ligueurs : celle de la liquidation des acquis de la victoire de 1918 et de l’inutilité du sacrifice de la Grande Guerre, qui nourrit une véritable mystique. C’est au sein de la « génération du Feu » que les droites espèrent trouver la relève morale salutaire.
« L’esprit des années trente », selon l’expression consacrée de l’historien Jean Touchard, est habité par l’appel à une réforme radicale de tout ou presque, à un changement nécessaire et urgent : il faut du nouveau, du « néo », c’est le préfixe du moment.
La crise économique mondiale déclenchée aux États-Unis en octobre 1929 touche la France avec un décalage chronologique qui s’explique par la moindre dépendance de l’économie nationale à la croissance américaine. La peur du chômage, qui grimpe, s’ajoute à la mobilisation antifiscale, au sentiment d’impuissance et au naufrage de l’illusion de l’immunité française à la crise.
Plus encore qu’économique, la crise paraît bien davantage morale aux hommes du 6 février, et c’est à l’esprit de 1914, à la « race » française et à la force qu’ils font appel, contre la décadence et la corruption du régime parlementaire.
L’affaire Stavisky est un catalyseur. On manque de place pour retracer le parcours d’Alexandre Stavisky, cet escroc de génie d’origine ukrainienne et juive, mégalomane et flambeur, dont les entreprises frauduleuses changent d’échelle à la fin des années 1920.
L’affaire du Crédit municipal de Bayonne, qui éclate fin 1933, révèle l’ampleur de son réseau de corruption et d’influence. Le gouvernement radical formé par Camille Chautemps en novembre 1933 doit faire face au scandale ; il va être emporté.
Faveurs et compromissions éclatent au grand jour. Pour Camille Chautemps, c’est une catastrophe, qui se transforme en désastre avec le suicide de Stavisky le 8 janvier 1934. Toute la presse, à droite, mais aussi à gauche, soupçonne un assassinat. Les ligueurs sont 4 000 le 11 janvier, selon la police.
Le 27 janvier, le gouvernement démissionne. À ce moment, l’agitation nationaliste gagne la capitale chaque soir, la violence augmente, les manifestants harcèlent la police en jetant à ses agents tout ce qui leur tombe sous la main, puis en se dérobant : à ces « armes par destination » s’ajoutent les habituelles cannes et manches de pioche des Camelots et des JP.
Progressivement, la foule parisienne et populaire des faubourgs, sympathique au mouvement et chauffée à blanc par la presse, se joint aux manifestants. Elle va jouer un rôle déterminant le 6 février.
Le 25 janvier, la branche parisienne de l’Union nationale des combattants (UNC), une puissante association d’anciens combattants proche des droites nationalistes (72 000 membres au total), décide de mobiliser ses groupements. Bien que sa direction soit, elle aussi, éclaboussée par l’affaire Stavisky, son appoint est déterminant pour la suite.
Cette mobilisation continue met les droites en ébullition dans la capitale. Il faut encore un déclencheur : il vient du déplacement forcé du préfet de police Jean Chiappe. À la tête de la police parisienne depuis 1927, bonapartiste et fortuné, Chiappe est détesté par la gauche, et les socialistes font de sa démission la condition d’un éventuel soutien à un gouvernement d’Union nationale dirigé par le radical Édouard Daladier, le successeur présumé de Camille Chautemps.
C’est surtout un ennemi juré des communistes, dont il interdit les manifestations dans la capitale, qu’il étouffe par des arrestations préventives redoutablement efficaces. Ces derniers ne lui ont jamais pardonné la répression brutale des mobilisations contre l’exécution des anarchistes Sacco et Vanzetti en 1927.
Mais l’équation se complique pour Daladier : son sacrifice à la gauche risquerait de le couper de la droite, dont il a besoin pour établir autre chose qu’un simple gouvernement radical, devenu impossible avec le scandale Stavisky. Il doit se décider avant l’investiture. Sans ménagement, Chiappe est muté le 3 février au soir. Daladier, qui doit obtenir la confiance de la Chambre le 6, sait que cette décision ne passera pas sans heurts. Mais personne n’imagine ce qui deviendra « le 6 février ».
L’UNC de la Seine, l’AF, les Croix-de-Feu, les JP et la Confédération générale des contribuables appellent à manifester - sans oublier l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC) communiste, nous y reviendrons. Mais ils convergent tous vers ce moment décisif avec leur propre agenda.
Pierre Taittinger, le chef des JP, se rallie le 5 à l’initiative, en plein accord avec les élus de droite alors nombreux du conseil municipal de Paris, comptant sur la fraternisation avec la police parisienne. La Rocque, lui, a mobilisé ses Croix-de-Feu impatients dans la rue le 5, et le soir même, appelle à manifester le lendemain : c’est la peau du gouvernement Daladier qu’il veut, pour un autre de salut public.
La division des instigateurs de la manifestation du 6 comporte une première conséquence : elle va commencer en plusieurs points de la capitale. Le dispositif policier prévu pour y faire face est massif ; c’est toute la police parisienne, en réalité, qui est mobilisée.
30 000 manifestants sans doute se répandent dans la capitale et c’est un noyau de quelques milliers d’émeutiers au maximum qui joue le premier rôle sur la Concorde. La place devient en effet l’épicentre de l’émeute, pour deux raisons : elle a été négligée dans le dispositif policier initial, au profit de la protection de l’Élysée, de l’Hôtel de Ville, du ministère de l’Intérieur ; plusieurs cortèges, ceux des JP et de la Solidarité française, y sont refoulés, au hasard des blocages et des infiltrations. Ils vont s’y déverser alors que la place est déjà conquise par les manifestants - dès 16 heures - et que le débat d’investiture du gouvernement se prolonge.
C’est donc rive droite que tout se joue, car les cortèges de la rive gauche sont bloqués par les cordons des forces de l’ordre. Dès lors, place de la Concorde, l’agitation menaçante est péniblement contenue par des effectifs policiers en nombre insuffisant.
Les premiers coups de feu, sans doute tirés par des agents en difficulté, poursuivis par la foule exaspérée, retentissent vers 19 h 20. Les premiers morts tombent quelques minutes plus tard, quand les manifestants tentent de franchir le pont de la Concorde. La fusillade déclenchée par la police est nourrie - l’enquête ultérieure le montre.
Vers 22 h 30, une colonne de l’UNC débouche sur la place, est bloquée, repart vers les Champs-Élysées. Les foyers d’agitation se multiplient. Ainsi, le ministère de la Marine est envahi, gagné par un incendie vite maîtrisé. À 23 h 30, une dernière charge des forces de l’ordre reprend le contrôle de la place ; la fusillade reprend de plus belle.
Le journaliste à L’Illustration, Jean Ducrot, interrogé par la commission d’enquête, évoquera une véritable « battue ». Les groupes se dispersent, l’agitation reprend ici et là jusqu’à 2 heures du matin. C’est terminé.
Quinze morts, dont un membre des forces de l’ordre, restent sur le pavé ; quatre autres personnes meurent de leurs blessures dans les semaines, les mois qui suivent. Quant aux blessés, on les dénombre par centaines. Près de la moitié des blessures infligées à la police l’ont été par des jets de projectiles ; parmi les manifestants, 84 personnes sont blessées par balles.
Une conclusion ressort de ces calculs des historiens Olivier Dard et Jean Philippet : la première fusillade de la Concorde, entre 19 h 30 et 20 h, a été particulièrement mortelle, elle a plutôt touché des militants ligueurs, en pointe des violences ; la seconde, légèrement moins meurtrière, frappe des curieux, de simples passants, ou des manifestants opportunistes, gagnés par la fièvre ambiante.
Car la sociologie des victimes met en avant une autre conclusion : le 6 février est le fruit de la révolte des classes moyennes inférieures, pressurées par la crise et par la politique gouvernementale d’austérité, que les ligues ont été capables d’emmener à leur suite.
Le lendemain, par une affiche qui ne fut jamais collée du fait de sa démission, annoncée à 16 heures, Daladier dénonce un « essai de coup d’État » organisé par des « factieux ». Cette interprétation des événements va dominer à gauche.
Les droites espèrent l’émergence d’un homme providentiel ; en lieu et place, Gaston Doumergue, âgé de 71 ans, un « père de la patrie » selon l’expression d’Henri de Kerillis, forme un gouvernement d’Union nationale (le maréchal Pétain y est ministre de la Guerre). Ce nouveau gouvernement ne durera guère : il tombe dès novembre 1934.
Le soir même du 7, de nouveaux affrontements, de moindre ampleur, se produisent. Ils vont se prolonger durant les semaines qui suivent, entre les droites et les gauches. Car l’initiative, désormais, est passée à gauche, en dépit de sa division.
Les droites nationalistes ont bien un projet de « Front national », mais il se heurte bientôt à une fin de non-recevoir de la part de La Rocque. La division entre les communistes ralliés à l’Internationale communiste et les socialistes de la « vieille maison » autour de Léon Blum remonte au congrès de Tours en décembre 1920 : elle est donc déjà ancienne, mais s’est nourrie d’une décennie de rivalités et d’imprécations réciproques.
Au début des années 1930, la situation des deux partis n’est pas bonne. Le Parti communiste est plus que jamais isolé...
Voici une chronologie des événements clés liés à l'Action Française et à l'extrême droite en France :
| Date | Événement |
|---|---|
| 31 décembre | Formation de la Ligue de la patrie française, dans le sillage de l’affaire Dreyfus. Nationaliste et militariste, elle fédère des antidreyfusards, des bonapartistes et des boulangistes. |
| 20 juin | Henri Vaugeois et Maurice Pujo fondent l’Action française (AF). |
| 21 mars | Naissance de L’Action française, l’organe officiel de l’AF, dirigé par Maurras et l’écrivain Léon Daudet (fils d’Alphonse). |
| Novembre | Création des Camelots du roi. Chargés à l’origine de vendre à la criée le journal de l’AF - d’où leur nom - et recrutés principalement parmi les étudiants royalistes, ils constitueront le bras armé de l’organisation. |
| 6 février | Manifestation des ligues d’extrême droite à Paris. |
| 11 octobre | Le maréchal Philippe Pétain, nouveau chef de l’Etat depuis juillet, annonce la « révolution nationale ». |
Cette chronologie met en évidence l'ascension et l'influence de l'Action Française dans le contexte politique et social de la France, ainsi que les événements marquants qui ont jalonné son histoire.
