Traquée par les ayants droit et la justice, la diffusion pirate des rencontres sportives s’est déplacée sur la messagerie chiffrée où les liens sont partagés en toute discrétion. Mais la contre-attaque s’organise déjà. L'ensemble des rencontres de Ligue 1 du week-end ont été encore largement piratées sur les réseaux sociaux, notamment via les canaux illicites de Telegram.

De nombreux groupes de discussion sur Telegram redirigent vers des serveurs de streaming vidéo illégaux.
L'Attrait de Telegram pour le Streaming Illégal
Créé en 2014 par deux frères russes, Nikolaï et Pavel Dourov, Telegram est devenu le nouvel outil des streamers sportifs illégaux. Séduits par la sécurité et la protection des données offertes par l'application, ils y retransmettent gratuitement de nombreux événements (Ligue 1, MMA, NBA...).
Plusieurs canaux étaient disponibles. La plupart des rencontres ont attiré plusieurs milliers de personnes et la rencontre entre Lille et le PSG, en clôture de la journée, a par exemple attiré plus de 50.000 personnes sur un seul canal Telegram illicite. Les autres rencontres attirent le plus souvent un peu moins de 15.000 personnes sur les canaux Telegram. Mais les rencontres de l'Olympique de Marseille restent largement diffusés avec une audience conséquente.
Un Business Illégal Mais Juteux
Car, si les diffusions restent gratuites, un business illégal mais juteux existe derrière ces canaux aux noms farfelus. Les soirs de match, des liens publicitaires pour des conseils en paris sportifs, de la falsification de documents officiels ou des comptes pornographiques fleurissent.
« Je suis payé 7 centimes à l'abonné sur mon canal pour un post publicitaire, détaille Sébastien (*), 50 000 abonnés. Quand j'ai diffusé les combats de Cédric Doumbè, Benoît Saint-Denis et Francis Ngannou, j'ai gagné environ 20 000 € en trois jours. » Une somme ensuite versée via PayPal ou en cryptomonnaie pour « plus de sécurité ».
Plus d'un demi-million de personnes ont suivi sur Telegram, le 7 mars, le combat de MMA Doumbè-Baki diffusé légalement sur DAZN qui n'a pas communiqué son audience, certainement plus confidentielle.
Pourquoi Telegram ?
« Les politiques de Telegram sont simples et nous permettent de diffuser illégalement sans être trop repérés », explique l'un d'entre eux, sous pseudo, qui compte 200 000 abonnés. Tous ont basculé en raison de la fragmentation de l'offre sportive, obligeant à multiplier les abonnements et donc les dépenses.
Cette année encore, les droits de la L1 et des Coupes d'Europe se répartissent entre quatre chaînes : Amazon Prime Video, Canal+, beIN Sports et RMC Sport. Soit 816 € par an pour regarder l'ensemble des compétitions.
Les tarifs prohibitifs pratiqués par le nouveau diffuseur du championnat français DAZN - 29,99 € par mois avec engagement d’un an ou 39,99 € mensuels sans engagement - poussent de nombreux fans de foot à se tourner vers l’illégalité.
Ce lundi matin, certains canaux ayant servis à la diffusion de ces rencontres ont été fermés avec le message: "Ce canal est indisponible suite à une violation de droits d’auteur". La rencontre disponible sur beIN Sports, samedi après-midi, entre Brest et Saint-Etienne a aussi été piratée sur Telegram. Mais l'audience était très faible. beIN Sports possède un nombre d'abonnés assez important.
Tableau Récapitulatif des Sanctions et Conséquences
| Action | Sanction |
|---|---|
| Diffusion non autorisée de contenus protégés | 3 ans d’emprisonnement et 300 000 € d’amende (article L. 335-2 du Code de la propriété intellectuelle) |
| Récidive de consommation de contenus illégaux | Amende pouvant aller jusqu’à 1 500 € |
Les Risques pour les Utilisateurs
Suivre la saison de foot via des flux piratés sur Telegram est une pratique, sans surprise, illégale qui peut donner lieu à des sanctions. « La diffusion non autorisée de contenus protégés par des droits d’auteur, comme les matchs de football, peut exposer les utilisateurs à des sanctions civiles et pénales.
En outre, les détenteurs de droits, comme les ligues de football ou les diffuseurs officiels, peuvent engager des actions civiles contre les utilisateurs pour obtenir réparation du préjudice économique subi. Cela peut inclure des demandes de dommages et intérêts proportionnels aux pertes subies.
Si l’utilisateur récidive, un nouvel avertissement est envoyé. En cas de nouvelle récidive, l’affaire peut être transmise aux autorités judiciaires, qui peuvent infliger une amende pouvant aller jusqu’à 1 500 €.
La Lutte Contre le Piratage
Depuis plusieurs années, la Ligue de football (LFP) mène la fronde contre les diffusions non autorisées de match de football sur des sites pirates. Si certaines diffusions via cette messagerie ont pu être signalées, elles n’ont toutefois pas été coupées. Telegram ne jouant pas le jeu de la modération rapide, indiquait la LFP à nos confrères du Parisien.
Pour les contrer, les diffuseurs et ayants droit font appel à des prestataires de service spécialisés en cybersécurité. Grâce à plusieurs algorithmes, ils détectent les liens frauduleux et les notifient au réseau social. Longtemps sourd aux demandes de retrait des liens, Telegram se plie depuis peu aux requêtes.
Avant la fermeture du live streaming, le pirate reçoit en effet trois avertissements par message privé. De quoi lui laisser le temps de programmer des liens de secours et d'assurer la diffusion.
Depuis 2022, les auteurs des piratages encourent trois ans de prison et 300 000 € d'amende. Mais cette sanction est peu appliquée. Contactée, l'Arcom précise avoir envoyé, en 2022, au procureur de la République « 1 395 dossiers » pour du piratage de contenus sportifs dont « un tiers ont donné lieu à une sanction pécuniaire ».