Les Sœurs Borg : Une Dynastie du Handball Français

Le handball français s'est affirmé comme une discipline où la transmission familiale fonctionne à merveille. Des dynasties de joueurs aux liens uniques entre parents et enfants, le handball est souvent une affaire de famille. À Mios, on fait naître des championnes de hand. Les chiens ne font pas des chats et les handballeuses ne font pas des cyclistes. Ni des surfeuses.

Les sœurs jumelles Enola et Lylou Borg, figures de la jeune garde montante tricolore, ont quitté Mios, leur berceau familial, pour rejoindre respectivement Pessac et Mérignac. Retour sur le parcours exceptionnel de ces deux joueuses, filles d'une légende du handball français.

Un Héritage Familial Fort

Enola et Lylou sont les filles de Myriam Borg-Korfanty, internationale aux 165 sélections entre 1997 à 2008, championne du monde 2003, et de Jean-Charles Borg, lui aussi joueur de haut niveau. La première a joué toute sa carrière à Mios, dans le club fondé en 1970 par Roger Mayonnade. C’était une grande époque, avec une Coupe de France en 2009 et une Coupe d’Europe Challenge en 2011. Les jumelles ont grandi sur un terrain de hand : « Comme notre mère jouait à Mios et que notre père n’était pas toujours présent à cause du hand aussi, raconte Lylou, on la suivait partout. On allait à ses entraînements, aux matchs. Du coup, on a eu le ballon dans les mains très rapidement. On devait avoir 3 ou 4 ans et on adorait regarder notre mère s’entraîner. »

Une anecdote dont se souvient Lylou quand elle était toute petite : « Ma mère sortait parfois du terrain pour nous sermonner. Je me rappelle même m’être fait percuter par Audrey Deroin car j’étais entrée sur le parquet et qu’elle ne m’avait pas vue. »

Formation et Premiers Pas Professionnels

Formées à Mios, les filles de Myriam prennent donc la suite avec panache. Elles ont toutes deux été formées à Mios avant de partir vers l’agglomération bordelaise : Lylou a signé son premier contrat professionnel à Mérignac en première division et Enola joue à Pessac, en D2, là même où jouait sa grand-mère Danièle Garrigue. Enola est arrière gauche et Lylou demi-centre.

Malgré cette possibilité d’évoluer à haut-niveau, vous ne vous consacrez pas qu’au hand. Vous jonglez avec des études aussi.

Lylou: Je fais des études de psychologie parce qu’on ne sait jamais ce qu’il peut arriver dans la vie d’un sportif. Je ne me le souhaite pas, mais, si un jour je me blesse ou que je décide d’arrêter le handball, j’aurais ça à côté.

Enola: On était en galère sur la base arrière alors ma mère a décidé de reprendre une licence et de venir aider l’équipe. Et je crois que ça lui faisait vraiment plaisir de jouer avec nous. C’était vraiment trop bien d’être comme ça, toutes ensemble. Et avec notre père sur le banc en plus !

Lylou: Ce sont des souvenirs que l’on va garder toute la vie. Elle avait dit quand on était petites en riant qu’elle adorerait jouer avec nous. Et c’est arrivé.

La handballeuse Laura Flippes, hypersensible et hyper championne

Lylou et Enola, non seulement vous êtes sœurs, mais aussi jumelles. Un trait dont on vous parle et on vous parlera souvent et longtemps.

Enola: C’est simple on se connait presque par cœur. Ça a toujours été facile de la trouver, ça se voyait que l’on savait jouer ensemble.

Lylou: Nous sommes allées, toutes les deux à Mérignac, pour écouter les propositions du club.

Enola: Moi j’ai préféré aller à Pessac car c’est un club plus familial, qui ressemble à Mios. J’ai aimé l’ambiance, la salle, ce qui m’était proposé. Et ma grand-mère, Danièle Garrigue, a joué à Pessac.

Lylou: Nous, à Mérignac, notre objectif est clairement le maintien. On n’a rien à perdre. On joue les matchs à fond. Pessac tourne bien de son côté et joue le haut de tableau pour le moment.

Enola: On est bien classées, mais nous aussi on cherche d’abord le maintien. C’est le discours que l’on a eu avec le staff en début de saison.

Enola: Moi j’ai vraiment hâte d’être à ce match car il va y avoir toute notre famille présente. Ça me fait rire de jouer contre elle, car de l’extérieur, quand je la regarde, j’ai l’impression de savoir tout ce qu’elle va faire.

Lylou: Ça va être un sacré moment, même si on s’est déjà joué en match de préparation cette saison et que je le l’appréhendais un peu.

Enola: Ah non, mais moi je dis rien sur ma sœur.

Lylou: Moi je vais vous dire elle et elle, elle risque de dire moi.

Enola: C’est vraiment une question difficile… On a des qualités différentes sur le terrain.

Enola: On est très famille.

Enola: Le fait qu’elle se donne toujours à fond.

Consécrations et Reconnaissance

Sélectionnées en équipe de France U20, elles sont donc aujourd’hui championnes du monde. Mieux encore, Lylou a été sacrée meilleur joueuse du tournoi ! Il n’y a rien d’illogique à ça : pendant la compétition, elle a marqué 25 buts et distribué 37 passes décisives.

Lylou Borg : Révélation et Transfert à Metz

« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années. » Ce célèbre adage sied parfaitement à Lylou Borg qui est du genre à brûler les étapes plutôt qu’à prendre son temps pour atteindre le haut niveau. Son année 2024 restera indélébile. Ses premiers pas en Ligue Butagaz Énergie sont remarqués et remarquables avec Mérignac Handball. Elle est même élue révélation de la saison. En juin, elle décroche l’or au Mondial U20 avec les Bleuettes et une certaine Manon Errard. Cette saison, elle confirme toutes les promesses entrevues avec les Foudroyantes qui luttent pour leur maintien parmi l’élite face à Toulon ou Saint-Amand. Elle est même la quatrième meilleure buteuse de LFH avec 59 buts (55,66 % de réussite) et excelle dans l’exercice du jet de 7 mètres (19/21 à 90,47 % de réussite).

Mais elle s’apprête à changer de dimension en rejoignant le club messin, sacré champion de France à 26 reprises. « Je suis impatiente mais aussi un peu stressée de rejoindre le plus grand club français pour les deux prochaines saisons. Je mettrai tout mon cœur dans cette nouvelle étape de ma carrière afin de répondre le plus possible aux attentes et à la confiance qui m’est faite. Ce qui m’a donné envie de rejoindre Metz, c’est l’envie d’évoluer dans ma carrière professionnelle. D’être confrontée et d’apprendre des meilleures joueuses du championnat au quotidien pour essayer de me hisser un jour à leur niveau », a-t-elle déclaré.

Metz Handball vient d’officialiser la signature de la demi-centre Lylou Borg pour deux saisons. A 19 ans, en provenance de Mérignac, la jeune joueuse voit sa carrière s’accélérer. Au Mondial U20 2024 en juin dernier, elle a décroché aux côtés des messines Manon Errard et Emma Tuccella, une incroyable médaille d’or. A l’issue de la compétition, elle était désignée meilleure joueuse (MVP), récompensant ses 25 buts et 37 passes décisives. Une première pour une française.

En fin de contrat avec le club de Mérignac, où joue aussi sa sœur jumelle et autre espoir du handball Enola, elle vient de signer pour le grand club de Metz, 26 fois champion de France et tenant du titre depuis 2022, pour les deux prochaines saisons et une troisième en option. « Avec sa signature, c’est douze mois de tractations qui s’achèvent car nous avions déjà manifesté notre intérêt pour Lylou il y a plus d’un an », indique le président messin Thierry Weizman sur le site du club.

La demi-centre ou arrière originaire de Mios détaille : « En fait, le club m’avait sollicité pour que j’intègre leur centre de formation. Sauf que dans ma tête, ça voulait dire N1 et quitte à jouer à ce niveau je préférais rester à Mios. Et puis Mérignac m’avait proposé un contrat donc je suis allée à Mérignac, jouer en D1. » Ce n’est pas plus compliqué que ça.

Dans son entourage girondin, cette signature n’étonne personne. Comme une suite logique pour la jeune joueuse qui porte Mérignac à bout de buts depuis le début de la saison, dans la difficile bataille du maintien (le club est actuellement avant-dernier). Après seulement 10 journées, elle est 4e meilleure buteuse du championnat avec 60 réalisations. La moyenne d’âge de son équipe n’est que de 20,9 ans mais sur le terrain elle a déjà les épaules d’une meneuse, derrière l’expérimentée capitaine Léa Lignières (29 ans).

« Elle est en capacité, dans les années à venir, de prétendre à une place en équipe de France »

« Elle sort d’une belle première partie de saison avec son club de Mérignac », confirme le Bordelais Emmanuel Mayonnade, entraîneur de Metz et ancien de Mios. Tiens, tiens. Il poursuit : « Elle montre déjà, pour son jeune âge, énormément de très belles aptitudes. La présence du technicien messin, qui avait entraîné la mère des jumelles, l’ancienne internationale Myriam Borg-Korfanty (165 sélections), a-t-elle joué dans le choix pour la Lorraine ? « J’avais reçu une proposition de Paris 92 et une prolongation de Mérignac, répond celle qui a pris des conseils dans son club et son entourage avant de se décider. J’ai un temps envisagé de rester parce que j’avais peur que les gens pensent que je pouvais aller à Metz grâce à ma mère. Puis je me suis dit qu’il fallait que je passe au-dessus, que je pense à ma progression et au fait que j’allais pouvoir côtoyer les meilleures joueuses et le meilleur entraîneur ».

Que disait la mère Myriam, en début de saison, sur cet héritage toujours délicat à porter ? « Tous les choix qu’elles font sont les leurs, pas les nôtres. Aujourd’hui, je suis surtout fière des jeunes femmes qu’elles sont. »

Lylou Borg aura donc la saison pour se préparer au grand départ, le premier loin de chez elle, de sa sœur jumelle, de sa famille, de ses amis. « Je sais que ça va être dur mentalement parce que je n’ai vraiment jamais été séparée de tout cet environnement, admet la jeune femme qui, une fois partie, continuera ses études de psychologie à distance. Mais le challenge de prouver aux autres et à moi-même que j’ai les capacités de me faire ma place à ce niveau me motive vraiment ».

Enola Borg : De Mérignac à Brest

Fille de Myriam Borg-Korfanty, championne du monde avec le duo Tervel-Mariot, et jumelle de Lylou, qui a signé à Metz, Enola Borg vient de s’engager avec le BBH. De quoi pimenter encore une rivalité à part.

Enola Borg, mercredi dernier à la Brest Arena sous les couleurs de Mérignac, vient de parapher un contrat de deux ans avec le Brest Bretagne Handball.

Le BBH officialise sa deuxième recrue, après celle de Camille Depuiset, en annonçant l'arrivée d'Enola Borg, l'arrière gauche de Mérignac, Jeune Révélation Inspirante de D2 la saison passée. Arrivée cet été dans l'élite avec le MHB, Enola Borg avait rejoint sa sœur Lylou, appelée par Sébastien Gardillou pour la double confrontation face à l'Allemagne. Au BBH, elle passera un nouveau cap après une seule saison en Ligue Butagaz Énergie.

Enola à Brest et Lylou à Metz, les matchs entre les deux cadors du Championnat de France seront désormais le lieu d'un véritable duel familial dans les années à venir. Les filles de Myriam Borg-Korfanty, médaillée d'or aux Mondiaux 2003, quittent ainsi toutes deux leur région natale, où elles ont toujours joué.

Dans le communiqué officiel du club, Raphaëlle Tervel loue déjà les qualités de sa jeune recrue : "Nous sommes ravis d’accueillir Enola dans nos rangs la saison prochaine. Cela faisait un moment qu’on la suivait. C’est un profil de joueuse dont nous avons besoin. Elle peut tirer de loin et c’est une excellente défenseuse. C’est une jeune joueuse avec une énorme marge de progression. Le club est très heureux d’annoncer la signature d'Enola BORG (19 ans), en provenance de Mérignac. Championne du monde U20 l'été dernier avec l'Équipe de France, elle a reçu, la saison dernière, le trophée Jeune Révélation Inspirante D2F 2023/2024.

« Je suis très heureuse de rejoindre le BBH pour les deux prochaines saisons. Rejoindre l’un des plus grands clubs français et européens est une étape importante dans ma vie. Je tiens à remercier les dirigeants du club pour la confiance qu’ils m’accordent. Je ferai tout pour être à la hauteur de mes coéquipières. J’ai hâte de rencontrer les supporters à l’Arena. À bientôt. « Nous sommes ravis d’accueillir Enola dans nos rangs la saison prochaine. Cela faisait un moment qu’on la suivait. C’est un profil de joueuse dont nous avons besoin. Elle peut tirer de loin et c’est une excellente défenseuse. C’est une jeune joueuse avec une énorme marge de progression. Nous croyons beaucoup en elle pour les années à venir. « Nous sommes ravis de pouvoir compter la saison prochaine sur la présence d’Enola dans nos rangs. Elle entre parfaitement dans la philosophie qu’on a adoptée depuis quelques saisons maintenant, à savoir consolider petit à petit une base d’internationales françaises, confirmées, jeunes ou futures. Leader de sa génération avec sa soeur jumelle qui va elle rejoindre Metz, Enola a tout d’une grande et elle trouvera chez nous le terreau idéal pour se développer encore et devenir une référence à son poste.

Les Interrogations Autour de Metz Handball

Le recrutement surprise de Lylou Borg pose en tout cas une question par ricochet. Quid de l’avenir de Léna Grandveau qui arrive en fin de contrat en fin de saison, mais souhaite étirer son bail en Moselle ? L’ex-joueuse de Neptunes de Nantes se retrouverait fortement en concurrence au poste de demi-centre, celui qu’elle affectionne le plus, puisque la Hongroise Petra Vamos est également sous contrat jusqu’en juin 2027. À moins qu’Emmanuel Mayonnade ne souhaite, à l’instar d’Olivier Krumbholz, la faire jouer davantage comme arrière droite, comme doublure de Laura Flippes. D’autant plus qu’Emma Jacques a décidé, comme Djazz Chambertin, de quitter le club en juin prochain. Une chose est sûre : le mercato est loin d’être terminé à Metz Handball où la principale interrogation concerne Cléopâtre Darleux, la priorité dans les cages.

Tableau Récapitulatif des Carrières

Joueuse Poste Anciens Clubs Club Actuel Faits Marquants
Lylou Borg Demi-centre Mérignac Handball Metz Handball Championne du monde U20, Meilleure joueuse du tournoi U20, 4e meilleure buteuse de LFH
Enola Borg Arrière gauche Mérignac Handball, Pessac Brest Bretagne Handball Championne du monde U20, Jeune Révélation Inspirante D2F
Myriam Borg-Korfanty - Mios - Internationale Française (165 sélections), Championne du monde 2003

Un Avenir Prometteur

Pour ce qui est source de motivation, la Girondine aura eu sa dose cet hiver. Le 30 octobre dernier, le nouvel encadrement de l’équipe de France féminine dévoilait la première liste pour la préparation de l’Euro (4e place finale). En premier rang des demi-centres, Lylou Borg avait alors découvert son nom. « Je ne m’y attendais pas du tout mais j’étais évidemment contente d’y être, se souvient-elle. Pour le sélectionneur Sébastien Gardillou, qui l’avait vu en grande forme sur le terrain de Nice (13/18 au tir mais défaite 33-31), cette liste était surtout une forme d’encouragement : « Il faut qu’elle profite du temps de jeu qu’elle a à Mérignac pour faire encore grandir ses qualités.

Déjà présente avec l’équipe de France pour la même compétition U18 en 2022, Lylou avait alors inscrit 48 buts et délivré 22 passes décisives alors que la France terminait cinquième. Engagée dans un double projet avec des études de psychologie en marge de sa carrière de sportive professionnelle, Lylou Borg démontre au delà de ses performances sur les terrains qu’elle a la tête sur les épaules. Il n’en faudra pas moins pour relever les défis qui l’attendent à Metz Handball.

tags: #les #soeurs #borg #handball