Les Rapetous: Histoire d'une Première Ligne Mythique du Rugby Français

L'histoire du rugby français est jalonnée de noms et d'équipes qui ont marqué leur époque. Parmi ceux-ci, une première ligne en particulier a su captiver l'attention et susciter l'admiration : "Les Rapetous". Ce surnom, inspiré des célèbres bandits de bande dessinée, désignait le trio composé de Vincent Moscato, Serge Simon et Philippe Gimbert, piliers du Club Athlétique Bègles-Bordeaux (CABBG) dans les années 90.

Retour sur l'épopée de cette première ligne atypique qui a marqué l'histoire du rugby français.

Genèse d'une Légende

Au début des années 90, des joueurs au crâne rasé sévissaient sur les terrains de rugby de l’hexagone. Le rapprochement avec les Rapetou, célèbres bandits de bande dessinée était inévitable. "Comme on était rasés, un journaliste de Sud Ouest (Patrick Espagnet) nous avait appelés ainsi. Comme les trois voleurs. A leur image, on était trapus et rasés. On ne faisait pas les quatre cents coups, mais cela y ressemblait un peu…".

Véritable socle du CA Bègles, les frères Rapetous sont captés ici dans leur attitude favorite, c'est-à-dire liés... Crânes rasés pour l'occasion, Serge Simon, Philippe Gimbert et Vincent Moscato apprécient en bloc ce titre.

La première ligne béglaise était particulièrement crainte pour sa puissance et son caractère bagarreur. Rarement une poignée de joueurs (Vincent Moscato, Serge Simon et Philippe Gimbert) n’a autant occupé l’espace et attiré l’attention en rentrant dans le cerveau de leurs adversaires.

Mais alors que ces derniers occupent le devant de la scène, Gimbert s'est, lui, fait discret.

Le Sacre de 1991

L’engouement était tel que dans la corbeille, il y eut même une petite crise diplomatique entre Jacques Chaban-Delmas et Noël Mamère, les deux édiles. Le CABBG arriva à point pour reprendre, l’espace d’un an, le flambeau, jusqu’à la finale du 1er juin gagnée assez facilement (19-10) contre Toulouse, dans un Parc des Princes plein avec des supporters à damiers bleus et blancs surgis de nulle part dans les tribunes. Depuis la guerre en gros, le foot était devenu dominant avec les Girondins de Bordeaux. Justement, cette année-là, ils étaient englués dans une grave crise qui les enverrait en deuxième division.

Avec comme récompense ultime le Bouclier de Brennus remporté en 1991 19-10 contre Toulouse. Un moment de joie quasi indescriptible devant près de 50 000 spectateurs. L'ouvreur Christophe Reigt passe à l'attaque dans le côté fermé. Bègles mène 13-0 et, malgré deux essais signés Jérôme Cazalbou dans le dernier quart d'heure, ne sera pas rattrapé. Bègles, sacré champion de France en 1991.

Formés au club, l'ailier William Téchoueyres et le troisième-ligne Sébastien Conchy, qui ont débuté ensemble à l'école de rugby, tombent dans les bras l'un de l'autre, submergés d'émotion dans un Parc des Princes étonné par la performance béglaise.

Le président de la République, François Mitterrand, salue l'arrière béglais Philippe Soulé, suivi par le capitaine girondin Bernard Laporte, madame la ministre des Sports, Frédérique Bredin, le président de la FFR, Albert Ferrasse, et son compagnon de route, André Moga, président du CA Bègles.

Moitié mêlée, moitié tortue, le pack girondin digère le ballon pour son demi de mêlée et cornac Bernard Laporte.

La charnière girondine formée par Christophe Reigt et Bernard Laporte, certainement pas la plus cotée du Championnat, a néanmoins su parfaitement gérer le jeu jusqu'au bout. De quoi exulter au lendemain de ce succès qui a renversé tous les pronostics.

La lutte des packs va vite tourner à l'avantage des Bèglais. Le talonneur Patrick Soula, au sol, parvient à servir son demi de mêlée Jérôme Cazalbou. Christophe Mougeot (bandeau) et Vincent Moscato veillent au ras de ce maul.

Tranchant, Jérôme Cazalbou sait aussi distiller le jeu et fixe ici le flanker girondin Sébastien Conchy. On distingue le troisième-ligne aile toulousain Bruno Dalla-Riva et son coéquipier, le pilier droit Claude Portolan.

Le Toulousain Hugues Miorin et le Bèglais Christophe Mougeot sont à la lutte pour capter ce ballon aérien. Jérôme Cazalbou (n°9) et Olivier Marin attendent eux aussi de s'en emparer.

Les internationaux Michel Marfaing, Philippe Rougé-Thomas et Albert Cigagna sont battus. Le flanker bèglais Sébastien Conchy vient de casser la défense toulousaine et se retrouve face à l'arrière Stéphane Ougier.

Grosse épreuve de force en mêlée sous le regard de l'arbitre, M. Patrick Robin. C'est là, dans ces affrontements que les Bèglais vont construire petit à petit leur succès, usant les Toulousains.

Le troisième ligne-aile girondin Michel Courtiols s'évade plein champ et s'en va seul marquer dès la 6e minute. Il s'engouffre dans l'espace qui s'ouvre entre Jean-Marie Cadieu et Michel Marfaing. Le deuxième-ligne Christophe Mougeot, serein, se tient dans son sillage.

Juste avant la mi-temps, Vincent Moscato perce tel un trois-quarts centre la défense toulousaine devant Jérôme Cazalbou. Christophe Mougeot et Jean-Jacques Alibert sont derrière lui. C'est d'ailleurs Mougeot qui héritera de ce ballon d'essai.

La Tortue Béglaise: Une Arme Redoutable

La célèbre tortue béglaise a marqué son époque et les esprits. « Cette tortue béglaise a été bien entendu très travaillée. Elle a été la résultante d’exercices maintes fois répétés à l’entraînement. C’était une belle organisation ».

Ces « tortues », elles ont incarné le sacre des Béglais avec quelques célèbres caricatures de Iturria répliquées sur des tee-shirts. Parfois c’était Michel Courtiols qui s’en extrayait.

Yves Appriou, l’entraîneur, narre : « Quand elles s’ouvraient en leur centre, c’était génial, c’est sûr. Mais on se décalait aussi pour des départs sur les côtés qui étaient très efficaces. Nous nous étions inspirés de certaines phases du grand Béziers. Mais les « tortues » sont nées lors de séances hivernales du lundi soir à la salle Duhourquet. Nous étions dans des locaux réduits, confinés en quelque sorte. Nous avons travaillé sur les appuis au sol qui devaient être très forts, condition sine qua non, puis les liens en haut qui devaient être très serrés et très précis. Je pense que nous avons mis deux saisons pour les mettre au point. À noter que, par la suite, le règlement a été modifié. On ne pouvait plus avancer liés en laissant le ballon derrière. Je voudrais dire qu’on parlait des Rapetous, mais il y avait aussi André Berthozat, si courageux, si actif, il était souvent devant dans nos tortues. L’autre deuxième ligne Mougeot aussi était puissant, et on l’utilisait en touche.

Au tout début de l’aventure, l’entraîneur Yves Appriou avait fait le choix du combat avant tout. Les personnalités avaient épousé facilement la cause. On a parfois parlé d’« un jeu de minimes » pour décrire la façon de jouer de la phalange aux Damiers. « Oui, on avait beaucoup travaillé les ballons portés car on avait compris que ce serait notre point fort. On a pris confiance là-dessus c’est vrai, même si on savait faire autre chose », poursuit Philippe Gimbert.

Philippe Gimbert: L'Homme Discret

International, double champion de France, Philippe Gimbert ne fut pas seulement un membre de la première ligne des Rapetous avec Moscato et Simon mais aussi un grand nom du rugby français.

Portrait de la pilier de l'équipe de France Julie Duval

Mais alors que ces derniers occupent le devant de la scène, Gimbert s'est, lui, fait discret.

25 ans après son dernier match international, Philippe Gimbert est entraîneur, en charge des avants du RC Bassin d'Arcachon, leader de sa poule en Fédérale 2.

Ce retour au jeu lui donne même des idées, lui qui va au stade à l'occasion mais n'a jamais cessé de regarder les matches. A 50 ans, Gimbert se verrait bien revenir dans le circuit professionnel. Et l'ex-pilier donne des gages quant à sa motivation : ce retour en scène au RCBA donc et la vente de ses commerces dans le Médoc.

Comme si les trajectoires de ses compagnons de route lui avaient donné des idées. Mais quand on l'écoute, c'est davantage une histoire de passion incandescente que de mimétisme. Je vis un peu loin de tous et j'ai forcément moins de rapports. Mais on se voit toujours avec plaisir, on s'appelle. Ce qui se passe est génial pour eux. Il le dit tranquillement, comme s'il n'avait pas été surpris. Un sourire : Connaissant Bernard, quand il tente quelque chose, il le réussit la plupart du temps. Parce qu'il y met toutes ses convictions. Un caractère dont l'ex-Rapetou s'est imprégné...

Triste sortie en Bleu alors que huit mois plus tôt, le 1er juin 1991, ces deux-là décrochaient le Brennus en compagnie d'un troisième homme, Serge Simon, dernier élément d'une première ligne mythique - "les Rapetous" - cornaquée par Bernard Laporte.

Détournés depuis 2003 et son départ du poste d'entraîneur des avants du CABBG… Détournés parce qu'il ne les cherchait pas.

L'Héritage des Rapetous

Il est toujours bon de se replonger dans l’histoire. Alors rembobinons-là. Les années ont passé. Qu'importe, les héros n'ont pas quitté la scène, jouant seulement un autre rôle : Vincent Moscato est devenu animateur et acteur, Serge Simon est devenu numéro 2 de la FFR en même temps qu'a été élu Bernard Laporte, leur ex-capitaine. Des hommes incontournables dans le paysage rugbystique français.

De toutes les « équipes de légende », le CA Bègles-Bordeaux Gironde fut sans doute la plus éphémère. Un seul Bouclier, et même pas un Du-Manoir. Aux yeux du grand public, ça n’a duré qu’une saison, et pour le très grand public, ce fut le temps d’une phase finale, lancée par une double confrontation sulfureuse face à Toulon. Elle fut couronnée par ce Bouclier de Brennus, le premier ramené à Bordeaux depuis vingt-deux ans.

La réalité financière pousse alors les béglais à se tourner vers la grande ville, Bordeaux, pour obtenir un nécessaire soutien financier pour tenir son rang. C’est sous cette nouvelle appellation que le club remporte un nouveau titre en 1991 toujours contre le Stade Toulousain au Parc des Princes (19-10).

En juin 2006, les dirigeants du Stade Bordelais - alors en PRO D2 - et du CABBG - en Fédérale 1 -, soutenus par une volonté commune politique et institutionnelle, décident le rapprochement des deux clubs historiques girondins. L’Union Stade Bordelais CA Bordelais Bègles est née. Elle sera présidée pendant une saison par Frédéric Martini, avant l'arrivée de Laurent Marti en 2007. Le club devient en mai 2008 l’Union Bordeaux Bègles.

L'intérêt du public girondin pour l'UBB ne date pas d'hier. Limitée à des chambrées moyennes dans les années PRO D2 (2006-2011) pour ses matchs au stade André Moga à Bègles, l'UBB bat le record d’affluence pour un match de Pro D2 lors du derby contre Agen en 2010 avec 20 158 spectateurs lors d'une unique délocalisation au stade Chaban Delmas.

Quatre ans plus tard l'Union Bordeaux Bègles, de retour en TOP 14, devient le club ayant la plus forte affluence rugby en France. L'UBB attire dès 2014 la plus grande affluence du rugby en France dès 2013, puis en Europe (2015).

Saison après saison depuis 2011 et sa montée en TOP 14, l’Union Bordeaux Bègles ne cesse de progresser et souhaite désormais jouer les premiers rôles. Le club parvient à truster en 2019 la 1ère place du championnat, avant que l’arrêt brutal de la compétition ne soit décidé suite à la crise sanitaire.

Lors de la saison 2022-2023, l'équipe se qualifie de nouveau en phase finale, et parvient à disputer une 3ème demi-finale de TOP 14 de suite.

La rentrée 2023-2024 marque le début d’une nouvelle ère pour l’Union Bordeaux Bègles avec l’arrivée d’un nouveau staff dirigé par Yannick Bru. L’effectif est renforcé avec les signatures du « serial marqueur » des Bleus Damian Penaud, le 3e ligne international japonais Tevita Tatafu, ou encore l’ancien 2e ligne australien Adam Coleman.

Les "enfants" de toujours du club Matthieu Jalibert et Maxime Lamothe sont rejoint par le jeune centre Nicolas Depoortère, rapidement appelé par le XV de France.

750 entreprises partenaires composent l’UBB Business Club. L’UBB Grands Crus et ses 150 acteurs du monde viti-vinicole soutiennent quant à eux le centre de formation, solidement ancré à la 2e place dans l'élite française.

Lorsque le Parc des sports de Bordeaux, futur stade Chaban Delmas est inauguré en 1924, le match d’inauguration oppose... le Stade Bordelais au CA Béglais, les deux clubs qui s'uniront 82 ans plus tard pour former l'Union Bordeaux Bègles.

Le club est fondé en mars 1907, par trois frères : Louis, Delphin, André Loche et Gaston Martin. Impressionnés par un match de rugby auquel ils assistent entre le SBUC et le Stade Toulousain au stade Sainte-Germaine, les quatre hommes décident de créer une nouvelle entité en s’installant dans la commune de Bègles en périphérie de Bordeaux.

Les rugbymen bèglais évoluent tout d'abord dans un pré, rue Léon Paillère à Bordeaux. Très vite le club se met en chasse d’une nouvelle installation. Un grand champ sert alors de prairie pour l'élevage des vaches laitières, son nom est celui de son propriétaire au temps de la Révolution Française : Capitaine Musard... Le lieu des futurs exploits béglais !

Au fil du temps le CAB gravit les échelons et rejoint dès 1913 l’élite nationale, qu’il ne quittera plus jusqu’en 2003. Il rafle alors de nombreux titres du comité Côte-d’Argent.

Le CAB gagne son premier titre de champion de France en 1969 en battant Toulouse 11-9 à Lyon.

A la mort d’André Moga, en décembre 1992, ses fils reprennent le flambeau de la présidence. Après deux saisons creuses, le club est finaliste du challenge Yves Du Manoir en 1995, ce qui lui permet de participer à la première Coupe d’Europe de rugby.

Il passe professionnel et se qualifie lors de la saison 2000-2001 pour le Top 16, le championnat de l'élite du rugby français.

C'est à la fin de cette saison qu’il passe de SAOS en SASP (société anonyme sportive et professionnelle).

Alors que le CABBG était la seule équipe à ne jamais avoir quitté l’élite depuis la fin de la Première Guerre mondiale avec le Stade Toulousain, le CABBG évolue en championnat amateur (Fédérale 1) en 2004 - 2005.

Fondée le 18 juillet 1889, l’Association Sportive du Stade Bordelais (1er club de province) se structure sous la houlette d’ A. Le SBUC restera ensuite en Groupe A jusqu’en 1996.

In June 2006, the leaders of Stade Bordelais-then in PRO D2-and CABBG-in Fédérale 1-supported by a shared political and institutional vision, decided to unite the two historic clubs from Gironde. Thus, Union Stade Bordelais CA Bordelais Bègles was born. It was presided over for one season by Frédéric Martini before Laurent Marti took over in 2007. In May 2008, the club was officially renamed Union Bordeaux Bègles.

The interest of Bordeaux’s public in UBB is nothing new. While attendance was modest during the PRO D2 years (2006-2011) for matches at Stade André Moga in Bègles, UBB broke the PRO D2 attendance record in 2010 during a derby against Agen, attracting 20,158 spectators at Stade Chaban Delmas in a one-time relocation.

Four years later, upon returning to the TOP 14, Union Bordeaux Bègles became the most attended rugby club in France.

Season after season since its promotion to the TOP 14 in 2011, Union Bordeaux Bègles has continued to grow, now aiming for the top spots. In 2019, UBB topped the championship standings before the competition was abruptly halted due to the global health crisis.

The following season, under the leadership of Christophe Urios, the team made history by reaching its first-ever TOP 14 playoffs, advancing to the semi-finals of both the Top 14 and the Champions Cup.

In the 2022-2023 season, the team once again qualified for the playoffs, reaching its third consecutive TOP 14 semi-final.

The 2023-2024 season marked the beginning of a new era for Union Bordeaux Bègles with the arrival of a new coaching staff led by Yannick Bru. The squad was strengthened with key signings, including France’s prolific try-scorer Damian Penaud, Japanese international back-rower Tevita Tatafu, and former Australian second-rower Adam Coleman.

Club stalwarts Matthieu Jalibert and Maxime Lamothe were joined by young center Nicolas Depoortère, who quickly earned a call-up to the French national team.

UBB Business Club comprises 750 partner companies, while UBB Grands Crus, with its 150 wine industry stakeholders, supports the youth academy, which ranks second among elite French rugby clubs.

In June 2024, UBB qualified for the first final in its history.

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