Le football n'est plus seulement un sport d'hommes. De plus en plus de femmes, et notamment des mamans, s'investissent dans ce sport, que ce soit pour le plaisir, pour la compétition, ou pour accompagner leurs enfants.

Des équipes de mamans se forment
Une équipe de football sénior féminine s'est constituée à Bray-sur-Somme. Le but : permettre à des femmes de tout âge de se défouler, mais aussi, et surtout, de se rencontrer. Cette mère de famille fait partie d'une récente équipe féminine de football à Bray-sur-Somme qui joue en championnat à huit depuis trois semaines. Au loisir s'est ajoutée l'envie d'effectuer des compétitions contre des équipes similaires.
De son côté, Isabelle Caron, la doyenne de l'équipe, entame sa deuxième année. Comme sa coéquipière, elle s'est mise au foot grâce à ses enfants. Le but, c'est aussi de "se défouler, d'oublier la semaine, se faire du bien et partager un temps ensemble", tous les lundis. Ces moments, Ana-Isabel les partage aussi avec son fils qui la regarde jouer. Au sein de l'équipe, le niveau est plus ou moins homogène. Seules trois femmes ont déjà joué au football auparavant. Pour elle, il n'est pas frustrant de devoir leur apprendre les bases, au contraire. "On apprend toujours, on se renseigne et on essaie d'apprendre en même temps qu'eux, et c'est ça qui est intéressant", note-t-elle. La coach passe toujours un agréable moment. Par ailleurs, les joueuses se sentent encouragées par leur famille. "J'ai mon mari, tous les dimanches, qui me suit et m'encourage avec mon petit garçon, ajoute Isabelle Caron. Âgée de 50 ans et atteinte de sclérose en plaques, elle veut s'entretenir, "donc ça me fait travailler les jambes, et ça fait énormément de bien à la santé".
Chaque fin d'année, le club de foot de son fils organisait une fête durant laquelle les mères rencontraient les enfants. Ana-Isabel Dartois avait été prévenue : ne surtout pas mettre ses enfants au football pour éviter de passer toute sa vie là-bas. Elle n'a écouté personne, a inscrit son fils Tulio...
Des initiatives pour encourager la participation des mamans
Pour éviter l’isolement, Esther Mbai-Assem a organisé un match de football au terrain du Bel-Air à Quimperlé (Finistère). Un match de foot pour la fête des Mères, c’était le pari d’Esther Mbai-Assem et de son association ITA pour aider le pays de Centrafrique. Au parc du Bel-Air à Quimperlé, l’équipe Centrafrique chante sa victoire contre l’équipe d’Esther, dans un match de football très féminin, très convivial et très… Sans vraiment de règles. On a gagné, on a gagné, on a gagné.
Tous les mercredis après-midi, une quinzaine de mamans ont changé leur quotidien. Elles ne sont plus spectatrices lorsqu'elles posent leur enfant au foot, mais deviennent joueuses. Passer du bord de touche au centre du terrain de foot. C'est le nouveau quotidien des mamans qui déposent leur enfant au club de Veynes (Hautes-Alpes). Depuis un an maintenant, les mères de famille sont elles aussi conviées à un entraînement lorsqu'elles déposent leurs petits.
Une quinzaine d'entre elles se sont prêtées au jeu. Cela représente pour elle une façon de se défouler, sans perdre de temps dans leur journée."En voyant les mamans tous les mercredis au bord du stade à attendre que leurs enfants fassent leur séance, on a eu l'idée de leur proposer une heure de sport pendant que les petits font leur entraînement", raconte leur coach Amélie Pelloux."On fait des circuits training mode renforcement musculaire, à côté des petits ateliers foot et si on est assez nombreuses, on finit avec des petits matchs", complète la coach.
Parmi ces mères de famille, certaines cumulent cette séance de sport avec d'autres dans la semaine. C'est le cas de Marjorie: "Je n'ai jamais été dans le foot à proprement parler. Mais c'est vrai que là, c'est rigolo. Je vois mes enfants faire, j'ai toujours été sportive donc ça ne me dérange pas." Et elle assure en souriant qu'elle connaît un peu mieux ce sport à présent: "Je suis toujours sur les stades de foot donc forcément on comprend mieux les règles et on est plus adeptes à regarder des matchs de foot à la maison."
Pour d'autres, cet entraînement est bien le seul dans une semaine bien remplie. Audrey a par exemple cinq enfants, fans de foot. Elle ne rate aucune séance. "J'ai pris ma journée pour mes enfants donc je suis là tous les mercredis. Ça nous fait du bien, moi je ne fais pas de sport régulièrement, je n'ai pas trop le temps pour moi alors là, j'en profite", déclare-t-elle.
Ce moment sportif est aussi l'occasion de mieux se connaître entre mamans. "Il y a des mamans de Veynes et d'Aspres-sur-Buëch qu'on ne connaît pas, du coup, on rencontre plus de personnes", précise Cécilia, maman de deux petits footballeurs. Les enfants gardent un œil sur leur maman avec qui ils partagent plus de moments. C'est le cas pour Liam, qui au bord du terrain ne lâche pas sa maman du regard.

Les Reines du foot : Un exemple inspirant
Les Reines du foot, une équipe de femmes de plus de 50 ans, sont venues défier les mamans des joueuses du club PPFF, samedi à Pau au stade des Bleuets. Face à ces dames qui, pour la plupart, n’avaient jamais été aperçues balle au pied, se trouvait une équipe redoutable : les Reines du foot. Cette équipe de « mamies » âgées de 52 à 73 ans, créée en 2022 à Trémolat en Dordogne à l’initiative de Karine van den Eynde, sillonne les stades de France pour promouvoir le sport féminin et aider les dames d’un certain âge à reprendre confiance en elles.
« Je n’ai pas inventé le concept, j’ai lu dans un livre qu’il existait en Afrique du Sud une équipe de femmes de notre âge. Je me suis dit qu’il fallait le faire en Dordogne », explique cette Flamande qui vit en Périgord depuis une quinzaine d’années. Le concept a vite séduit, que ce soit des femmes (elles sont une trentaine dans l’équipe) ou bien des institutionnels. La belle histoire des Reines du foot les a conduites jusqu’au Mondial des mamies, en avril 2025, en Afrique du Sud justement. Les mamans du PPFF ont une grande complicité.
Cette ancienne légende du foot français, pensionnaire de l’équipe de France de foot féminine dans les années 80, avait dû se faire violence avant de prendre son courage à deux mains et de contacter Karine, qui montait son équipe. « J’ai eu du mal à franchir le pas car j’ai des prothèses à la hanche, au genou… Karine m’a dit ‘’tu viens et on verra bien’’. » C’est justement là où réside la force de ce collectif : aider à s’accepter, s’aimer à nouveau, là où la société délaisse totalement les femmes de plus de 50 ans.
« Les femmes seniors, elles sont où dans la société ? Nulle part. Dès que tu as des rides, plus personne ne te prend en photo. Nous, on n’est pas complexées. On est comme on est, et on y va ! Et c’est joli aussi, c’est un message important », note Karine. « On le fait surtout pour sortir toutes ces femmes qui sont dans la détresse, la dépression, l’isolement… Ça fait tellement de bien d’être sur une pelouse. Dans un groupe, on s’épanouit, on change complètement notre mentalité ! », sourit Maryse.
Partout où les Reines du foot passent, « on nous dit qu’on dégage une joie de vivre, une convivialité, un esprit d’équipe assez exceptionnels à notre âge ! Et puis, gare à la vivacité des mamies ! Les jeunettes de Pau en ont fait les frais samedi, après une rencontre perdue 2 buts à 1 mais dont la visée, on l’aura compris, dépassait très largement le cadre d’un match de football. « Quand l’une des coaches de nos filles nous a proposé de jouer ce match, même si on ne joue pas au foot, on ne pouvait pas faire autrement que dire oui ! », souligne Tori Viroulaud Fagbemi.
Avec quatre autres mamans, elles forment un groupe soudé qui se côtoie dans les gradins du stade des Bleuets depuis environ trois ans. « Deux minutes avant, on ne savait pas qui allait prendre quel poste. On s’est fait quelques passes, les contrôles on ne savait pas comment faire… », détaille Pénélope Delgrange. « On s’est dit qu’on allait faire honneur à nos filles, et surtout éviter de se faire chambrer ! », complète Tori. Cette expérience leur donnera-t-elle envie de se motiver à monter une équipe de mamans ? Pas sûr. « Moi j’ai trois enfants. Le samedi tout entier est consacré à leurs activités, je ne sais pas quand j’aurais le temps… », répond Pénélope. « Le but, c’est pourtant justement de prendre du temps pour vous ! », objecte une des mamies.
Le soutien de la Fédération Française de Football
Depuis 2023, un protocole permet aux Bleues et au staff de faire venir leurs enfants en bas âge pendant les compétitions. Constance Picaud à son arrivée à Clairefontaine, au centre national du football, en 2023. Une présence en tout cas qui ravit les joueuses. Ou plutôt les "taties", comme elles se surnomment. "Dès que les enfants sont dans la salle, dans la pièce c'est une autre ambiance qui se met en place", sourit Océane Inconnu.
À Heiden, la SeeAllee sépare le jardin d'été du camp de base des Bleues. Un lieu très fréquenté par Océane Inconnu et Anaë, un an, la compagne et la fille de Constance Picaud. Comme en 2024, lors des Jeux olympiques à Paris, elles suivent les traces de la gardienne de but des Bleues pendant toute la compétition. Avant d'ajouter : "Etre présente avec Constance, c'est génial ! Cela lui permet de ne pas rater plein de choses avec Anaë.
La principale intéressée, Constance Picaud, avoue volontiers qu'il aurait été impensable de venir en Suisse sans sa fille : "C'est vraiment essentiel. Si on fait le compte, si nous allons au bout, nous pourrions être parties plus de 40 jours, préparation incluse. Depuis 2023, un protocole a en effet été mis en place entre les joueuses et la Fédération française de football, acté sous Corinne Diacre et appliqué pour la première fois avec Hervé Renard. À Heiden, l'hôtel est à quelques mètres à pied de celui des Bleues. "Ce n'était pas trop facile au début, mais avec la présence d'un enfant, cela aide. Avec ma compagne, c'est assez clair : c'est elle qui me dit quand je peux venir, pour ne pas venir interférer dans les moments de groupe.
Ce qu'a confirmé Constance Picaud en conférence de presse, il y a de cela quelques jours. "Cela ne change rien par rapport au groupe, je suis là pour l'équipe de France, pour m'entraîner. Simplement, quand il y a une heure de libre, je me permets de les voir dans notre hôtel sans déranger le groupe. Et il n'y a pas que les joueuses qui bénéficient de ce protocole : c'est également le cas du staff technique, comme Sabrina Viguier, entraîneure adjointe, ainsi que l'attachée de presse Laura Goutry, maman d'un petit Théo depuis huit mois.
"La question s'est posée naturellement, les joueuses en ont parlé avec la Fédération, glisse-t-elle à franceinfo. Le président Diallo et le vice-président Aulas ont accédé à cette demande pour être intégrée au protocole joueuses. Quand on parle d'un bébé, cela devenait une condition essentielle...".
"Dès que les enfants sont dans la salle, dans la pièce c'est une autre ambiance qui se met en place", sourit Océane Inconnu. Ma fille va vers tout le monde, passe dans les bras de tout le monde. Elle vit sa meilleure vie, c'est génial !" "On est des tatas gâtés", confirme en plaisantant Sandie Toletti. Une expérience inédite pour les accompagnants. "Sur une compétition, c'est enrichissant : elle a le côté sportif, moi j'ai l'autre côté plutôt sympa. On est là à tous les matches, toutes les victoires, les défaites aussi quand il y en a..., souligne Océane Inconnu. Ce que j'aime, c'est quand Anaë est aux matches. Pour ma fille, c'est top, elle va dans les stades avec son petit casque antibruit, à faire la fête à agiter les drapeaux... Elle ne s'en souviendra peut-être pas, mais ce sont des souvenirs incroyables, qu'on enregistre et qu'on garde pour après.
Amel Majri et Constance Picaud peuvent toutes deux être accompagnées par leurs filles respectives lors des rassemblements en équipe de France. Le protocole de la FFF permet à Constance Picaud et à Amel Majri de profiter de leurs filles durant la compétition. Les membres du staff peuvent également passer du temps avec leurs enfants. Mis en place sous Corinne Diacre en 2023, poursuivi sous l'ère Hervé Renard, le dispositif permettant aux joueuses d'avoir leur(s) enfant(s) auprès d'elles en équipe de France a évidemment été prolongé avec Laurent Bonadei. Le protocole est inscrit dans la convention qui lie les joueuses à la FFF, comme précisé par la Fédération.
Pour cet Euro, Amel Majri, maman d'une petite Maryam de 3 ans, et Constance Picaud, maman d'Anaë, 1 an, sont concernées. La FFF prend en charge le déplacement, l'hébergement et la restauration d'un accompagnant ainsi que de l'enfant jusqu'à ses 3 ans. Pour Majri, il s'agit d'une nounou tandis que la compagne de Picaud est présente à Heiden, en Suisse, où les Bleues sont basées. « Pour une athlète, avoir son enfant à ses côtés, ça fait du bien mentalement, confiait en milieu de semaine passée Majri, également accompagnée par le père de sa fille durant la compétition. On est rassurée. La Fédération gère vraiment bien les choses. Elle peut nous accompagner tout le temps, la nounou peut être présente constamment. Par rapport au camp de base, on a notre coin à nous et eux sont juste à côté (les familles sont logées dans un hôtel à quelques mètres). Mais on a la possibilité de partager des repas avec elles, tout est fait pour qu'on soit dans les meilleures conditions tout en respectant le cadre que l'équipe doit avoir. » Le staff bénéficie également du protocole La présence des enfants est d'ailleurs très appréciée par les autres joueuses à l'image de Melween N'Dongala qui se réjouit de pouvoir passer des moments avec les deux fillettes : « Ça fait du bien de les voir courir partout, jouer, crier, tomber », plaisantait la défenseuse du Paris FC. « Quand les séances d'entraînement sont dures, on retrouve l'enfant, ça fait du bien », a ajouté Majri. À noter que le protocole s'applique aussi aux membres du staff : ainsi Sabrina Viguier, l'adjointe de Bonadei, est accompagnée de sa fille, tandis que l'attachée de presse peut également profiter de son fils âgé de 8 mois sur ses moments off.
Les pionnières Amel Majri et Constance Picaud comptent bien faire des petits et des petites. "Peut-être que ce sera notre tour un jour, on ne sait pas", glisse malicieusement Sakina Karchaoui. "C'est hyper important que de telles choses évoluent dans ce monde-là qui est quand même assez particulier", conclut Océane Inconnu. "On est dans un stade dans notre vie où on ne devrait pas avoir à choisir entre vie personnelle et vie professionnelle.
Tableau récapitulatif des initiatives
| Initiative | Lieu | Objectif |
|---|---|---|
| Équipe de football sénior féminine | Bray-sur-Somme | Se défouler, se rencontrer, compétition |
| Match de football pour la fête des Mères | Quimperlé (Finistère) | Aider le pays de Centrafrique, lutter contre l'isolement |
| Entraînements pour les mamans | Veynes (Hautes-Alpes) | Se défouler pendant l'entraînement des enfants |
| Les Reines du foot | Trémolat (Dordogne) | Promouvoir le sport féminin, aider les femmes de plus de 50 ans à reprendre confiance en elles |
| Protocole FFF | Équipe de France | Permettre aux joueuses et au staff d'être accompagnées de leurs enfants |