Les Frères Karabatic: Une Biographie de Légendes du Handball Français

Les frères Karabatic ont marqué l'histoire du handball français, laissant une empreinte indélébile grâce à leurs performances exceptionnelles et leur palmarès impressionnant. Leur parcours, riche en émotions et en succès, est une source d'inspiration pour de nombreux jeunes sportifs.

L'ascension d'une légende: Nikola Karabatic

Nikola Karabatic, né en Serbie, en ex-Yougoslavie, est considéré comme l'un des plus grands joueurs de handball de tous les temps. Il est plus qu’un simple athlète : il est une légende vivante auréolée de titres et de records. Triple champion olympique, quadruple champion du monde, quadruple champion d’Europe, il est l’athlète le plus titré de l’histoire du handball avec 11 médailles d’or. Son talent, sa détermination et son esprit de compétition l'ont propulsé au sommet de sa discipline. Alors que sa carrière a pris fin avec les Jeux Olympiques de Paris en 2024, un diptyque nous plonge dans les racines d’un géant.

Les Débuts en France

Retour en 1985, en France, où tout commence. Fraîchement arrivé dans ce pays qu’il apprécie pour son accueil, Branko espère bientôt y faire venir sa famille. Branko, ancien gardien de l’équipe nationale yougoslave, devient entraîneur du club de handball de l’AS Robert Saussu. Rigoureux et exigeant, il impose une préparation physique intense et fait rapidement progresser l’équipe.

Nikola : « Je me suis toujours considéré Yougoslave, le pays s’appelait encore la Yougoslavie quand je suis né et je suis très fier de mes origines. Mais Luka et moi, dès notre enfance, on s’est sentis Français par notre culture, tout ce qu’on avait appris. Notre vie familiale nous a appris à nous adapter à l’environnement dans lequel on vivait.

Chez les Karabatic, le handball débute avec le père, Branko, originaire de Trogir, en Croatie, à qui le livre est dédié. Handballeur lui aussi, gardien de but de l'équipe nationale de Yougoslavie à 42 reprises. Il s'est installé en France, en Alsace, en 1984, avant de déménager dans le sud de la France, à Frontignan, au début des années 1990. Il est décédé le 11 mai 2011 à l'âge de 55 ans, des suites d'une longue maladie.

Un esprit de famille et de compétition

Nikola : « Les enfants imitent les parents. Notre père était entraîneur du club de hand à Strasbourg puis prof de sport à l’école quand on est descendus vivre à Frontignan, dans l’Hérault. Notre mère [Radmila, médecin de formation, NDLR] pratiquait le sport pour le plaisir. Elle jouait au tennis et à plein d’autres jeux. On regardait aussi beaucoup de sport à la télé.

Luka : « Mes premiers souvenirs, c’est vraiment cette notion de plaisir, de m’amuser comme un fou quand je suis sur le terrain. On avait le virus du sport en nous.

Luka : C’est ce qu’on a voulu raconter dans la BD, cet héritage familial, le fait de comprendre tout ce qui s’est passé pour nos parents. Tout ce qu’on a vécu provient de l’éducation que nos parents nous ont donnée, de leur trajectoire, le fait qu’ils aient émigré en France… On voulait rendre fiers nos parents, c’était notre leitmotiv, réussir pour leur montrer qu’ils avaient pris la bonne décision. Ce n’était pas facile de tout abandonner, de laisser leur famille en ex-Yougoslavie. C’est devenu un vrai moteur pour nous, une source profonde de motivation.

Luka : Notre père était fier de sa naturalisation française. On sentait chez lui cette envie de s’intégrer par le travail, la culture, la langue. À la maison, il nous parlait français alors que notre maman parlait davantage en serbo-croate. Il était fier d’être ici, dans ce pays qui possède une aura particulière.

Nikola : À part notre dernier titre européen en Allemagne l’hiver dernier, je dirais la victoire aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021, parce que c’est la compétition ultime. Et plus encore parce qu’on restait sur une médaille d’argent à Rio. Avoir pris cette revanche sur le Danemark, gagner sous les yeux de la famille, des enfants qui étaient petits… Un titre olympique te fait entrer dans l’histoire, pas simplement celle du handball français ou international, celle du sport mondial. Tu appartiens à la case de ceux qui ont gagné la médaille d’or olympique. C’est pour cela que tu vis quand tu es athlète de haut niveau.

Luka : Une ferveur inoubliable. On a été encouragés comme on ne l’avait jamais été, c’était incroyable.

Nikola : Les athlètes au village olympique, les bénévoles, les fans : malgré la galère sportive, tout le monde était derrière nous, voulait prendre une photo, avait un mot sympa.

Luka Karabatic: L'ombre et la lumière

Bien que souvent éclipsé par son frère aîné, Luka Karabatic a également connu une carrière remarquable. Il collectionne 33 titres en clubs et 5 médailles internationales avec l'équipe de France. Son parcours est marqué par sa détermination et son esprit d'équipe. Il n’a jamais eu une once de jalousie face à la réussite précoce de Niko, même si j’étais le plus jeune. Chez nous, il était naturel de s’entraider, de se soutenir ; nos parents étaient très attachés à ça. Quand mon frère gagnait, j’avais l’impression que c’était moi. Il m’a beaucoup inspiré, et même impliqué dans ses premières victoires.

Nikola, vous vouliez lui mettre le pied à l’étrier ?

Nikola Karabatic : Oui, en quelque sorte, même si Luka a eu sa propre trajectoire dans le sport [avant de se fixer sur le handball à 19 ans, il était l’un des grands espoirs du tennis français, NDLR]. On était ses plus grands supporters. Dès que je le pouvais, j’allais le voir sur les tournois ; il y a toujours eu une saine émulation entre nous. Mes parents m’ont légué ce rôle de grand frère. Quand Luka est revenu au hand, je l’ai encore davantage pris à cœur parce que je connaissais le chemin, le premier contrat pro, l’adaptation à un club, une équipe...

Luka : Le passage au hand s’est fait quasiment du jour au lendemain. Ce n’était pas une décision facile à prendre, cela faisait plus de dix ans que je pratiquais le tennis de manière intensive, c’était toute ma vie.

Une Fratrie Indissociable

Leur histoire est-elle indissociable à ce point, n’y a-t-il jamais eu concurrence ou rivalité entre vous ?

Luka Karabatic : Sur des trucs comme des jeux de société, des jeux vidéo, sans doute (rires). Mais c’est tout.

Depuis 2015, les deux frangins partageaient le même vestiaire, de l'équipe de France de hand à leur club du PSG, sis au stade Pierre-de-Coubertin (Paris 16e). Sauf que Nikola a décidé de raccrocher après les Jeux de Paris. « Je ne vais pas vous mentir, je ressens un vide, c'est clair, résume Luka en touillant son café crème. On est passé de huit heures par jour ensemble à zéro. Il m'a fallu digérer cette absence… Mais je sais qu'il est heureux d'avoir arrêté, de pouvoir entamer cette deuxième vie. Je suis content de le voir comme ça. »

Nikola l'écoute, décroche un sourire du coin des lèvres, mâtiné d'émotion. L'aîné des frères Karabatic, des airs de vieux sage devant son thé à la menthe, se délecte de ces jours nouveaux dans sa carrière : « Pour l'instant, la retraite se passe bien. Je dois juste apprendre à gérer mon nouvel agenda, les sollicitations nouvelles. Trier entre ce qui a du sens et ce qui n'en a pas. »

L'Affaire des Paris Truqués

Il y en a pourtant une, mentale celle-là, qui manque à l'appel. Une affaire assez triste, pour laquelle les frères Karabatic ont été condamnés et ont donc payé devant la justice. Le 10 juillet 2015, ils ont été reconnus coupables d'escroquerie par le tribunal de Montpellier pour une histoire de paris sportifs liés à un match datant de mai 2012, qui opposait Cesson et Montpellier, leur club à l'époque. Ils ont été condamnés en appel en 2017 et ont écopé tous les deux de deux mois de prison avec sursis et de 10 000 euros d'amende.

Il y a fort à parier que ce sombre épisode, qu'ils ne souhaitent plus aborder, les a un peu plus soudés.

Héritage et Transmission

Luka : Quand on fait des séances de dédicace, c’est génial. Les gamins se reconnaissent dans les petits handballeurs qu’on était. Si ça peut créer des vocations, leur donner envie en plus des stages qu’on organise déjà pour eux, ce sera gagné.

Luka : L’année dernière, avec notre fonds de dotation, on a aidé à la rénovation d’un gymnase, d’un sol. Jamais je n’aurais pensé avoir un impact là-dessus, on était super fiers de l’avoir fait. On va continuer, on veut redonner au handball tout ce qu’il nous a apporté.

Nikola : À la base, c’est un sport de préau, personne n’a cette reconnaissance-là. C’est une fierté immense.

Des projets, on en a plein, mais le plus ambitieux, ce serait la conception de salles intercommunales pour que tout le monde puisse se mettre au sport.

Ces victoires, nous les devons à nos entraîneurs, aux joueurs qui nous ont inspirés et à ceux que nous avons côtoyés, aux équipes qui nous ont fait vibrer et à celles qui nous ont poussés à progresser. Nous les devons aussi aux salles de nos débuts et bien sûr à nos parents, qui comptent tant. Nous les devons, enfin, à tous ceux avec qui nous avons partagé un bout de chemin.

À travers le récit des coulisses de nos carrières, nous avons voulu à la fois leur rendre hommage et transmettre aux plus jeunes notre passion pour le handball, ce sport magnifique.

Luka : Moi, ce que j'aimerais, c'est qu'on puisse s'identifier à un élément de notre parcours. Ce serait super. Qu'un lecteur, au fil des pages, se serve de notre histoire à tous les deux pour se dire : “Ah, mais moi aussi !” Comme lorsque j'ai écrit un message pour mon frère sur Instagram, au moment de sa retraite. Beaucoup de personnes m'ont ensuite écrit pour me remercier car elles avaient, elles aussi, ressenti des choses similaires à un certain moment de leur vie.

Palmarès combiné des frères Karabatic

Type de Titre Nikola Karabatic Luka Karabatic
Titres en clubs 61 33
Médailles internationales 11 d'or 5
Meilleur joueur du monde 3 0

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