Les Français Volants de Paris : Une Histoire de Hockey sur Glace Semée d'Embûches

Créé avant la Seconde Guerre mondiale par l'ex-capitaine tricolore Jacques Lacarrière, le club des Français Volants de Paris est rapidement devenu l’une des grandes attractions du hockey sur glace français.

Jacques Lacarrière, fondateur des Français Volants. Source: Wikipedia

Parce qu’il jouait régulièrement dans la grande patinoire du Vel’d’Hiv (parfois devant plus de 10 000 spectateurs !) contre des professionnels canadiens qui renforçaient également le Racing-club de France, les Rapides de Paris et le Stade Français.

Malheureusement, après la fin de la guerre et le départ des renforts étrangers, les hockeyeurs franciliens, privés d’adversaires spectaculaires et livrés à eux-mêmes, ont connu ensuite une longue traversée du désert.

Du coup, les clubs corporatifs de hockey qui s’affrontaient dans l’ancien Vel’d’Hiv, ont presque tous disparu et les joueurs français encore motivés furent contraints de trouver des patinoires de repli en s’entrainant notamment dans la patinoire « Fédérale » de Boulogne-Billancourt lors de son ouverture en 1955.

Faute de trouver une nouvelle piste de glace pour l’héberger seul et en permanence - sans avoir à se partager les heures de glace avec les clubs de hockey adverses et ceux du patinage artistique - les Français Volants se sont volontairement mis en « hibernation » avec un retrait momentané du championnat élite jusqu’en 1964.

L’occasion inespérée de retrouver tout à la fois son lustre d’antan, un nouveau fief permanent et une remontée rapide au sommet du championnat de France fut, au bout de vingt ans d’attente, l’inauguration du nouveau Palais Omnisports de Paris-Bercy en 1984.

En effet, les Français Volants, soutenus désormais par de nombreux sponsors (Nike, Carrera, NRJ, Merlin-Plage, Vidéo-Bis, France-Patinoires, Thomson, Europe 1, POPB) ont pu enfin trouver un véritable point d’encrage digne de ce nom et revenir au premier plan.

Preuve de ce retour en grâce aux yeux du grand public, quelques mois seulement après leur installation quai de Bercy, les « Volants » furent invités au journal télévisé de 13 heures sur TF1 animé par le célèbre présentateur Yves Mourousi.

Pourtant, aujourd’hui, les Français Volants, qui avaient bénéficié d’une nouvelle exposition médiatique très importante à cette époque, n’ont pas pu conserver longtemps leur prestige et ils sont retombés une fois de plus dans un relatif anonymat en évoluant désormais modestement en Division 2.

Alors, comment expliquer cette chute soudaine ? Que s’est-il passé pendant cette trentaine d’années passées et comment le hockey sur glace français a-t-il pu perdre une fois encore son Paris ? Car le corollaire fut la perte de son pouvoir attractif dans notre sport et aux yeux de la presse sportive nationale.

Dès son ouverture en 1984, tout le monde pensait que le Palais Omnisports de Paris-Bercy deviendrait à coup sûr la grande « vitrine » du hockey sur glace français. Sa magnifique patinoire, pouvant accueillir jusqu’à 14 000 spectateurs, allait permettre à cette discipline, affirmait-on dans les médias, de prendre enfin un essor décisif.

Mais pour cela, les responsables du POPB et les dirigeants du club de hockey parisien avaient mis dès le départ une condition sportive impérative : que les Français Volants deviennent rapidement champions de France.

A force de répéter sans cesse cet argument, tout le monde y avait cru, même les plus réticents qui reprochèrent pendant longtemps au club parisien son comportement un peu trop tapageur et le monopole quasi-permanent qu’il exerçait dans les médias nationaux.

Toutefois, après l’ouverture du POPB la nouvelle Coupe Magnus que je venais juste de créer et qui était tant convoitée, ne cessa de glisser avec perversité entre les doigts des joueurs de la capitale dirigés, à l’époque, par des entraîneurs visiblement pas tous à la hauteur de la tâche. C’est ce qui explique que l’on vit passer comme un véritable défilé de mode : Mike Fedorko (avec son célèbre chapeau), Paul Lang, Gaétan Clavet puis André Peloffy.

Il faut reconnaître que ce dernier, ancien capitaine des Tricolores, qui était à la fois entraîneur et joueur, eut quand même le grand mérite de réussir à décrocher enfin avec ses coéquipiers le titre de champion de France tant attendu au mois d’avril 1989.

En effet, entre-temps Andy Dickson, le directeur du POPB, qui voulait se débarrasser des sports d’équipe jugés trop peu rentables comme le basket et le hockey (malgré ses dénégations publiques), trouva mille prétextes pour obliger les Français Volants à jouer pratiquement tous leurs matches de la Nationale A, soit sur d’autres patinoires de la banlieue parisienne, soit sur la petite piste annexe de Bercy dont la capacité maximale était de trois cents places !

« Nous sommes les palestiniens du hockey », se lamentait à nouveau le président Thierry Lacarrière en utilisant cette fameuse métaphore car il voyait son équipe être de nouveau sans cesse ballottée de patinoire en patinoire.

C’est ainsi par exemple qu’au mois de décembre 1986, une bonne centaine d’amateurs de hockey parisiens attendaient bien sagement l’ouverture des portes de la patinoire de Colombes, un samedi soir à 20 heures, pour assister à un match annoncé uniquement par le bouche-à-oreille entre les Français Volants et Villard-de-Lans.

En fait, aucune affiche n’avait été apposée par les dirigeants des Volants dans toute la région parisienne tant est si bien que finalement il s’avéra que la patinoire de Colombes n’avait jamais prévue d’organiser le match ce soir-là !

En désespoir de cause, les spectateurs et les journalistes laissés ainsi à l’abandon devant l’entrée de la patinoire, tentèrent de savoir par téléphone si ce match tant attendu n’allait pas avoir lieu finalement à Boulogne, à Asnières, voire à Courbevoie mais lors de tous ces appels personne n’était au courant.

D’autant qu’à l’époque internet et les réseaux sociaux n’existaient pas encore.

Pourtant l’argument avancé par les responsables du POPB selon lequel le hockey n’attirait pas assez de spectateurs pour être rentable sur la grande piste de Bercy était faux.

Sans atteindre l’ampleur du succès phénoménal que connut le hockey sur glace dans l’ancien Vel’d’hiv au cours des années d’avant-guerre, les Français Volants commencèrent à jouer à Bercy devant exactement 3785 spectateurs, puis 4419 lors du deuxième match, 6980 au troisième et enfin 11 198 lors du fameux match contre Saint-Gervais le samedi 7 décembre 1985.

Mais Andy Dickson avait fait un choix sans appel puisqu’il déclara un jour : « L’organisation d’un match de hockey sur glace dans la grande salle de Bercy nous coûte de l’argent, au minimum 50 000 francs, alors qu’un concert de Michel Sardou par exemple nous rapporte au contraire environ 500 000 francs... ».

C’est ce qui explique que le sacre tant espéré des Français Volants de Paris en 1989 se déroula presque à huis clos.

Cette deuxième manche décisive, que j’ai eu l’occasion de commenter à la télévision tout en faisant le compte-rendu dans le journal L’Equipe, eut lieu en effet dans la banlieue parisienne sur la patinoire de Colombes où la quantité restreinte des places (800) limita considérablement le nombre d’amateurs qui désiraient assister à ce qui allait être pourtant le troisième couronnement des Français Volants après ceux de 1936 et 1938.

A défaut d’un véritable feu d’artifice, qui aurait permis au hockey français de conquérir enfin une plus grande audience, les Français Volants eurent seulement droit à une petite fête de famille...

Cette lamentable conclusion, qui avait beaucoup déçu les nombreux partenaires des Volants, devait annoncer la fin de la présence de l’équipe parisienne dans l’élite du hockey hexagonal.

« C’est une question d’honneur et d’amour propre, dit-il. Je préfère saborder mon équipe avant qu’il soit trop tard plutôt que d’aller vers un inévitable dépôt de bilan et de demander ensuite à la ville de Paris d’éponger nos dettes.

Le club des Français Volants, créé par mon père, il y a cinquante ans, a une trop grande histoire pour utiliser de tels procédés et finir aussi lamentablement.

Aujourd’hui, plus de 30 ans après leur sacre, les Volants attendent encore une nouvelle occasion de retrouver leur standing passé dans le championnat élite de la Ligue Magnus.

Lors des élections à la mairie de Paris en 2001, le candidat de droite Philippe Séguin, avait donné un fol espoir à tous les passionnés de hockey sur glace qui souhaitaient retrouver une vitrine de notre sport dans la capitale puisqu’il avait promis de construire une nouvelle patinoire de 5000 places dans le 13e arrondissement en cas de succès.

Mais c’est finalement le candidat de gauche Bertrand Delanoë qui remporta l’élection et ce dernier ne reprit pas ce projet à son compte.

Par ailleurs, Anne Hidalgo, qui lui a succédé à l’hôtel de ville en 2014, est restée également …de glace.

Pour couronner le tout, le club des Français Volants, qui a la particularité de regrouper dans une même association le patinage artistique et le hockey, est victime actuellement de fortes turbulences internes.

En effet, le nouveau président général du club, Pierre Thauron, et le responsable de la section du hockey, Fabien Merel (nommé récemment par le comité directeur), devront gérer au mieux prochainement le projet de scission définitive des deux disciplines après 88 ans de vie commune.

Une scission dont ils ne sont pas a priori opposés si elle est concertée et bien préparée en amont avec l'aval de la ville de Paris et de l'AccorHotelsArena.

Car l’ancien gardien de but tricolore Eddy Ferhi (41 ans) et plusieurs membres parisiens ont pour objectif la création d’un nouveau club de hockey totalement autonome dans la capitale.

Cantonnés dans la petite patinoire de Bercy, les Français Volants de Paris tentent de survivre financièrement.

Concernant le club des Français Volants, le nouveau président, qui doit gérer cette fois des sommes autrement plus dérisoires sans commune mesure, explique son problème actuel : « La subvention de la mairie de Paris est de 80 000 euros pour notre club omnisports qui regroupe le hockey sur glace et le patinage.

La section du hockey ponctionne à elle seule 72 000 euros grâce à un effort collectif. Mais 70 % de cette somme va uniquement à l’équipe senior de la Division 2 pour pouvoir la maintenir à flot !

Comme nous avons très peu de partenaires (à hauteur de 20 000 euros), le budget global de nos séniors est donc de 108 000 euros. Comment faire pour pouvoir fonctionner avec si petit budget en Division 2 ? «

Le président qui lance, avec ses déclarations sans filtre totalement assumées, un sacré palet dans la mare, regrette également qu’il n’y ait plus d’interaction, autrement dit de contacts plus étroits, entre les trois entités qui forment la section hockey sur glace des Français Volants à savoir : la Division 2, le hockey mineur et le hockey loisir.

Mais l’entraîneur méritant des Français Volants a-t-il une perspective vraiment réaliste ? « Le club des Français Volant a impérativement besoin de rester en Division 2 pour pouvoir garder son aura, explique Jérôme Pourtanel.

Il y a encore de l’espoir. Mais, je reconnais que notre situation est très difficile avec un très petit budget. Il faut savoir que nos joueurs sont tous des amateurs car ils ne sont pas rémunérés !

Nos deux renforts étrangers, le russe Oleg Kusmin et le tchèque Jan Safar, ne sont pas payés non plus !

L’ex-gardien international, qui est resté fidèle au club parisien, m’a confié visiblement désabusé : « Cela fait plus de 30 ans que la situation est inquiétante pour les Français Volants.

Pascal Papaux ne fait que découvrir un problème récurrent. Pour parler trivialement, dans la région parisienne, c’est le bordel concernant le hockey ! Tous les clubs ne font plus que du loisir.

Ceci dit, il faut souligner que notre club est quand même le seul qui peut se vanter de n’avoir jamais déposé son bilan ! Malheureusement, les Volants n’ont pas d’outil de travail, ils sont juste dans une arrière-boutique.

Dans ces conditions, il est presque impossible de trouver des partenaires et des mécènes car le club n’a rien à vendre. Il n’a plus aucune visibilité ! Avec 300 spectateurs dans la petite patinoire de Bercy, il y a aucune médiatisation possible.

Par ailleurs, depuis l’élection de Bertrand Delanoë en 2001 comme maire de Paris, il n’est plus question de construire une nouvelle patinoire. Bref, que ce soit l’actuel président du club omnisports des Français Volants Christophe Carrez, ou pour Pascal Papaux le président de la section du hockey sur glace, l’affaire est entendue.

Ils doivent se résigner à végéter éternellement dans la petite patinoire Sonja Henie. Pour l’anecdote, c’est le nom d’une célèbre patineuse et actrice norvégienne qui fut triple championne olympique et dix fois championne de monde.

Concernant l’équipe de hockey sur glace des Français « Volants », pour rester dans le domaine aéronautique, c’est un véritable « crash » qui est à redouter cette fois dans les prochains mois.

« L’arrêt dans la Division 2 est envisagée très sérieusement, me confirme Pascal Papaux. La construction d’une nouvelle patinoire dans Paris n’est plus malheureusement dans l’air du temps.

C’est très regrettable car je pensais naïvement qu’avec l’installation du club de basket-ball dans l’Arena Adidas à la porte de la Chapelle, on aurait pu penser à l’installation d’une piste de glace dans la Halle Carpentier où se trouvaient jusqu’ici les basketteurs.

Là-bas il y a une surface beaucoup plus importante. Mais, il faut se faire une raison, de l’héritage historique des Français Volants, il ne reste plus désormais que le nom puisque seuls nos mineurs resteront confinés dans la cave de Bercy.

Dans ces conditions, comment voulez-vous avoir un réel esprit d’appartenance pour nos joueurs et aussi pour nos supporters dans un club aussi exigu et mal en point ?

En 1998, Jean de Gaulle, le député du 12e arrondissement et adjoint au maire de Paris, suggéra de profiter du départ de la foire du Trône pour construire une nouvelle patinoire sur la pelouse de Reuilly dans le bois de Vincennes.

Habitué aux promesses en l’air, Thierry Lacarrière, le président des Français Volants, ne se fit guère d’illusion.

D’autant que sept ans auparavant, Jacques Chirac, alors maire de Paris, avait déjà annoncé en 1991 son intention de créer une grande patinoire de 3000 places dans le 13e arrondissement de Paris.

Dans un article du journal Le Figaro, publié en 1998, la construction éventuelle d’une nouvelle patinoire fut également évoquée, mais cette fois dans le centre sportif Pailleron dans le 19e arrondissement.

En réponse, Thierry Lacarrière, visiblement résigné, déclara avec philosophie : « Si ses dimensions sont assez grandes, Pailleron nous permettra de renaître.

Je rappelle qu’un grand espoir était encore né au début des années 2000 concernant le club de hockey sur glace des Français Volants de Paris.

En effet, Philippe Séguin, qui avait effectué un long séjour au Québec, réussit le tour de force en 1989 de faire venir à l’époque la grande star canadienne Bob Gainey dans le modeste club de hockey d’Epinal, la ville dont il était le premier magistrat.

Or, l’ancien maire de la cité vosgienne, qui aimait visiblement beaucoup le hockey sur glace depuis son voyage au Canada (où il avait soutenu le mouvement souverainiste québécois), se porta candidat pour diriger la mairie de Paris lors des élections en 2001.

Dans son programme politique Philippe Séguin avait la ferme intention de faire construire très rapidement une nouvelle patinoire dans la capitale pouvant contenir entre 5000 et 8000 spectateurs.

Il avait ajouté : « Si je suis élu maire, je tenterai de passer un accord de partenariat avec l’équipe des Canadiens de Montréal pour aider à la renaissance du hockey sur glace dans la capitale française !

Lors d’un de mes reportages à Epinal, dix ans après être déjà venu dans la cité des images pour voir à l’œuvre l’ancien capitaine des Canadiens de Montréal, j’ai rencontré à nouveau Philippe Seguin devenu le médiatique président du RPR.

Lors d’une interview pour le journal L’Equipe, il m’avait confié : « Ne vous inquiétez pas, si je suis élu à Paris, je ferais tout ce qu’il faut pour doter la capitale d’une autre grande patinoire car elle en a besoin pour accueillir ses clubs de sports de glace.

Je suis convaincu qu’une discipline aussi spectaculaire que le hockey trouveras un large public.

Malheureusement, victime de divisions internes dans son propre parti politique, Philippe Seguin ne fut pas assez fédérateur et il ne put se faire élire à la Mairie de Paris.

De plus, son adversaire, Bertrand Delanoë, puis ensuite Anne Hidalgo, ne reprirent pas à leur compte ce projet de nouvelle patinoire tant espéré.

Les titres nationaux de hockey mineur des Français Volants

  • Champion de France juniors (U22 Elite) : 1967, 1974
  • Champion de France juniors (U22 Excellence) : 2013
  • Champion de France cadets (U18) : 1971, 1972, 1981, 1993, 1994
  • Champion de France minimes (U15): 1971, 1991

L'histoire des Français Volants est indissociable de celle de la famille Lacarrière. Jacques a fondé le club, son premier fils Philippe a été joueur et entraîneur et son deuxième fils, Thierry, a occupé le poste de président.

Tout commence en 1933. Jacques Lacarrière, alors joueur, crée le club des Français Volants à partir de la section hockey du Racing. Il choisit ce nom, qui est le sobriquet donné par les Britanniques, Flying Frenchman, aux sélections tricolores venant régulièrement jouer à Londres en avion à cette époque.

Le succès est immédiat, avec la quête de deux titres nationaux en 1936 et 1938. Après une première disparition en 1948, le club parisien retrouve le Championnat de France en 1965 et glane un 3e titre national en 1989 avant d'abandonner le hockey senior pour se concentrer sur les jeunes.

Présidents du club

  • Jacques Lacarrière (1933)
  • Michel Cucherat (1975)
  • Thierry Lacarrière (1979)
  • Patrice Martin (2004)
  • Stéphan Clout (2006)

Évolution dans le championnat de France

  • Ligue Magnus (1933 à 1948)
  • Ligue Magnus (1964 à 1976)
  • Division 1 (1977 à 1978)
  • Ligue Magnus (1978 à 1980)

Reportage 8 Mont Blanc: Annecy vs Français Volants

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