Les All Blacks, joueurs de l’équipe nationale de rugby de Nouvelle-Zélande, constituent une véritable légende du sport. Dès sa création à la fin du XIXème siècle, la sélection enchaîne rapidement les victoires grâce à leur jeu spectaculaire axé sur la puissance physique des contacts et la vitesse d’exécution des passes. La création de grands événements internationaux au cours du XXème siècle leur permet d’affronter régulièrement les autres sélections nationales et de se démarquer comme étant la nation du rugby par excellence.
Le XV de France affronte la Nouvelle-Zélande, ce vendredi soir (21 h 15), au Stade de France, en ouverture de la Coupe du monde de rugby. Les Bleus voudront frapper d’entrée face aux All Blacks.
Pourquoi les All Blacks sont si forts 🏉 Coupe du monde de rugby 2023
La Genèse d'une Équipe et d'une Couleur Emblématique
L’histoire des All Blacks commence réellement en 1905 avec leur première tournée internationale sous le nom de « The Originals ». Lors de cette tournée en Grande-Bretagne, en France et aux États-Unis, l’équipe remporta 34 de ses 35 rencontres, affirmant rapidement sa place sur la scène internationale. À l’époque, ces joueurs qui venaient souvent de milieux modestes, pratiquaient le rugby sans en faire leur profession.
Le nom « All Blacks » naît à cette époque. Son origine remonte à 1893, lorsque la Nouvelle-Zélande inaugure un équipement entièrement noir, orné d’un col et de boutons blancs, marquant le début d’une tradition qui ne s’est plus jamais démentie. À l’arrivée des rugbymen, le premier demande au second la couleur de leur uniforme. Le joueur répond alors « Nous sommes tout en noir » .
En effet, l'équipe de rugby à XV de Nouvelle-Zélande fait corps avec sa tenue depuis la mythique tournée de 1905-06. Cette saison-là, les joueurs néo-zélandais quittent pour la première fois leur continent pour évoluer en Grande-Bretagne en 1905 puis en France et en Amérique du Nord en 1906. Ce sont les quotidiens britanniques, en plein essor, qui vont populariser l'expression de "All Blacks" dans leurs comptes-rendus.
En 1955, un joueur de cette première tournée explique que le terme de "All Blacks" est né... d'une erreur typographique. Mais plus que la qualité du jeu, c'est bel et bien la nature de la couleur qui semble avoir été à l'origine de ce surnom. Ce ne serait pas illogique puisqu'en 1905, les Néo-Zélandais jouent déjà en noir depuis une dizaine d'année. Depuis, cette couleur ne les a jamais quittés, à quelques exceptions près, lors de Coupes du monde. En 1995, les Blacks avaient joué en blanc contre l'Ecosse.

Les All Blacks effectuant le haka avant un match. Image: Wikimedia Commons
Le Noir, Plus qu'une Couleur : Un Hommage à la Culture Maori
Certains journalistes sportifs font porter le deuil de leurs adversaires aux All Blacks en alléguant que le noir symboliserait la tristesse ou la mort des équipes adverses. Cette interprétation, si elle prête à sensation, ne résiste pas à l’examen historique. En réalité, le choix de la couleur noire répond à un hommage profond à la culture maorie. Chez les Maoris, le noir représente la vie, la fécondité et l’élément primordial du monde, Te Pō, avant la création .
Le terme All Blacks lui-même est devenu une marque déposée, tant l’identité visuelle de l’équipe est forte. C’est la seule équipe de rugby à évoluer le plus souvent en noir aussi bien à domicile qu’à l’extérieur, créant une impression d’uniformité absolue sur le terrain. Lorsqu’à l’issue de la guerre du haka, les All Blacks se tiennent en ligne, le contraste du noir sur le vert du terrain et le rouge des stades renforce l’impact visuel et émotionnel pour l’adversaire.
Cette intemporalité se lit dans la persistance du design : près de 130 ans après sa création, aucun nouveau coloris n’a remplacé le noir traditionnel pour les grandes rencontres.
La Création d'une Équipe Maori
À partir de la moitié du XIXème siècle, le territoire de Nouvelle-Zélande est colonisé par l’Empire Britannique. Cette colonisation permet de répandre progressivement le rugby sur un territoire qui ne connait pas encore cette discipline. Le rugby, pratiqué à l’époque exclusivement par les militaires britanniques, va vite trouver sa place dans la culture maorie où l’engagement physique est au cœur de l’identité.
Dans les années suivantes, on voit ainsi rapidement la création des premiers clubs de rugby dont le Nelson RFC en 1868 puis le Wellington RFU en 1879.
Une première équipe pour représenter la Nouvelle-Zélande nommée « Les Maoris » est créée en 1884. Elle se déplace en Australie pour une première tournée et remporte ses 8 premiers matchs. Composé initialement de joueurs à majorité maorie et de quelques joueurs d’ascendance européenne, l’équipe effraie par sa mêlée surpuissante et remporte de nombreux matches dans les années suivantes totalisant 79 victoires pour 107 matchs.
L’équipe finit par affronter les sélections britanniques : l’Angleterre, le Pays de Galles contre qui elle perd et l’Irlande qu’elle défait 13 à 4.
Une sélection nationale officielle est créée dans les années suivantes et rassemble surtout des joueurs d’ascendance européenne. En 1903 a lieu la première tournée officielle de l’équipe néo-zélandaise en Australie. L’équipe remporte à cette occasion la totalité de ses 10 matchs.
Les "Maoris néo-zélandais"
La postérité oublie souvent les vrais précurseurs. Plus personne ne connaît Joe Warbrick. C’est pourtant lui qui regroupa 22 Maoris, dont ses quatre frères, et quatre « coloniaux ». Direction l’Angleterre. En cette année 1884, il n’est pas encore question de All Blacks - il faudra attendre vingt ans et la tournée des « Originals » pour cela -, encore moins de sélection nationale - la Nouvelle-Zélande ne devient un dominion indépendant qu’en 1907.
Ces « Maoris néo-zélandais » enchaîneront pourtant 79 victoires pour 23 défaites et 5 nuls. C’est ainsi que Warbrick et ses 25 compagnons ont commencé à placer « le Pays au long nuage blanc » sur la mappemonde à l’aide du ballon ovale.
Le rugby raconte-t-il la Nouvelle-Zélande ou la Nouvelle-Zélande s’est-elle en partie construite par le rugby ? Dans cette nouvelle variation de l’œuf et de la poule, rarement une sélection sportive n’a à ce point fait corps avec son pays, son histoire.
Les All Blacks à Travers les Époques
Elle affronte ainsi l’Écosse puis l’Irlande et l’Angleterre, équipes qu’elle défait, mais perd contre le Pays de Galles 3 à 0. Elle rencontre enfin à Paris le 1er janvier 1906, le XV de France qu’elle balaye 38 à 8.
Le public européen a ainsi l’occasion de découvrir le jeu néo-zélandais qui est à l’époque caractérisé par une redoutable rapidité des passes aussi bien entre avants qu’entre arrières.
Le monde du rugby est à l’arrêt pendant la Première Guerre mondiale. Plusieurs internationaux néo-zélandais s’engagent dans le conflit et treize d’entre eux tombent au champ d’honneur.
À la sortie de la guerre, les Néo-Zélandais remportent en 1919 le Trophée Impérial, tournoi entre nations du Commonwealth, avec leur équipe militaire.
En 1924, l’équipe néo-zélandaise appelée à l’époque les « Invincibles » fait une 2ème tournée en Europe qui s’avère être un exploit car elle remporte ses 32 matchs dont ceux face aux « Cinq nations ». Les hommes du Pacifique enfoncent leurs adversaires à chaque mêlée avec une formation en 2-3-2 et transmettent le ballon sur les extérieurs à destination de leurs redoutables trois-quarts James Parker et Georges Nepia.
Une Décroissance Éphémère Face à l’Émergence d’Autres Nations
Les All Blacks connaissent une baisse de performance au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Après une première défaite chez eux en Nouvelle-Zélande en 1937 par les Sud-Africains, aussi surnommés Springboks, ces derniers réitèrent l’exploit à domicile en 1949 avec quatre victoires d’affilé : 15-11, 12-6, 9-3 et 11-8.
La décennie des années 1950 permet de voir une lutte acharnée entre l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande qui se disputent le titre de meilleure équipe mondiale. Dominés dans les premières années par les Boks, les All Blacks se vengent en 1956 en remportant trois des quatre test matchs.
De son côté l’équipe de France s’améliore et bat pour la première fois en 1954 les All Blacks lors d’une nouvelle tournée en Europe avec un seul essai, inscrit par le capitaine français Jean Prat qui permet aux Tricolores de gagner 3 à 0.
En 1960, lors d’une nouvelle tournée en Afrique du Sud, les lois sur l’apartheid empêchent les joueurs d’ascendance maori de venir jouer en Afrique du Sud. Les deux équipes se neutralisent avec chacune 2 victoires.
Une nouvelle tournée européenne a lieu en 1963 : 34 matchs joués pendant 4 mois entre les All Blacks et des équipes européennes dont des équipes nationales. L’équipe néo-zélandaise menée par le capitaine Wilson Whineray ne subit pendant cette tournée qu’une défaite face au club gallois Newport RFC 3-0, et remporte les 33 autres rencontres dont celles face aux équipes nationales du Tournoi des Cinq Nations.
L’année 1979 permet de voir la première victoire de la France face aux Blacks en Nouvelle-Zélande.
Les All Blacks Lors des Grands Événements Internationaux
Les All Blacks s’imposent également lors des grands événements internationaux. Ainsi, l’organisation de la 1ère Coupe du monde en 1987 leur est confiée et se déroule à Auckland, ville la plus peuplée de Nouvelle-Zélande.
Les Néo-Zélandais rentrent fort dès le match d’ouverture où ils écrasent l’Italie 70 à 6. Ils dominent largement leurs adversaires lors des phases suivantes et se retrouvent en finale face à la France qu’ils battent logiquement 29-9 malgré un essai du demi de mêlée Pierre Berbizier à la fin du match.
Les Français effectuent en 1994 une tournée de dix matchs, dont deux matchs contre l’équipe nationale de Nouvelle-Zélande. Les Tricolores remportent largement le 1er test le 26 juin à Christchurch en humiliant les All Blacks 22-8. Lors du 2ème test le 3 juillet suivant, dans un match très serré, les Néo-Zélandais prennent l’avantage mais c’est dans les derniers instants que le XV de France fait basculer la rencontre. En effet, une relance des 22 mètres de Phillipe Saint-André, transmise collectivement et conclue par Jean-Luc Sadourny permet à l’équipe de France de marquer l’illustre « essai du bout du monde » ou « try of the century » et de remporter pour la première fois une série de tests contre les Kiwis.
La Nouvelle-Zélande perd la Coupe du monde 1995 en finale face à l’Afrique du Sud qui gagne à domicile 15-12. Les joueurs néo-zélandais Jonah Lomu et Marc Ellis sont désignés co-meilleurs marqueurs du tournoi avec 7 essais chacun. Mais des polémiques émergent après le tournoi à la suite de la possible intoxication alimentaire des joueurs néo-zélandais.
La Coupe du monde 2011 a lieu en Nouvelle-Zélande. Comme un retour aux sources, 24 ans après l’organisation de la première coupe du monde au pays du rugby, dont les habitants sont profondément attachés à ce sport venu d’Angleterre à la fin du XIXe siècle.
Si la victoire du XV de France sur l'Australie en demi-finale (30-24), grâce à un essai somptueux de Serge Blanco à la dernière minute, reste dans les esprits, le triomphe des All Blacks ne souffre pas la contestation.
Les All Blacks se sont également qualifiés sans peine face à l’Irlande (46-14) au cours d’un match à sens unique, malgré le baroud d’honneur du XV du Trèfle dans les dernières minutes.
Les All Blacks : Plus Qu'une Équipe, une Identité Nationale
Les All Blacks de Nouvelle-Zélande représentent une équipe marquante dans le rugby international. Leur parcours, empreint de traditions, exploits notables et records impressionnants, a contribué à en faire un acteur incontournable dans le monde du rugby à XV.
En 1924, la tournée des « Invincibles » renforce leur position en restant invaincue, consolidant leur image dans l’histoire du rugby. Plus tard, avec la professionnalisation de ce sport en 1995, l’équipe a amorcé une transition réussie.
Les All Blacks ont su marquer leur empreinte dans les tournois internationaux de premier plan. Trois victoires en Coupe du Monde (1987, 2011, 2015) témoignent de cette constance.
Au-delà du sport, l’équipe incarne des principes comme l’humilité, la cohésion et le respect. En Nouvelle-Zélande, le rugby dépasse le simple cadre du sport pour devenir une part essentielle de l’identité nationale. L’équipe des All Blacks joue un rôle fédérateur, rassemblant un public large et contribuant à alimenter un fort sentiment de fierté collective.
Jonah Lomu, figure emblématique, a marqué la Coupe du Monde 1995 par sa puissance et son style révolutionnaire en tant qu’ailier.
Les All Blacks se démarquent par leur perpétuelle capacité d’adaptation. Sous la direction d’entraîneurs comme Graham Henry ou Steve Hansen, l’équipe a intégré des techniques modernes et les sciences du sport pour améliorer constamment les préparatifs physiques et mentaux de ses membres.
Les confrontations avec des équipes comme l’Afrique du Sud, l’Angleterre ou l’Australie font aussi partie intégrante de leur histoire.
À mesure que le rugby évolue et que le calendrier international devient plus exigeant, les All Blacks cherchent à relever ces nouvelles difficultés. L’équipe continuera d’allier respect des racines et créativité afin de rester dans l’élite du rugby mondial.
La trajectoire des All Blacks illustre comment une équipe peut marquer profondément un sport, non seulement grâce à ses victoires, mais surtout par les valeurs qu’elle véhicule et l’héritage qu’elle construit.
Les All Blacks performent le haka avant le match de Rugby Championship face à l’Argentine, à Mendoza, le 8 juillet 2023.
Les All Blacks. Rien que de prononcer leur nom fait trembler la plupart de leurs adversaires.