Depuis le rachat du PSG par le Qatar, le club de la capitale est au centre de toutes les critiques et des débats. Mais quelles sont les critiques légitimes et quels sont les fantasmes autour du club et de ses relations avec l’émirat ? C’est ce que nous allons analyser dans cet article en abordant les questions de propriété, d’image, de sponsoring, de santé, de football féminin et de soft power.
Lorsque l’on demande à Didier Domi, ancien joueur du Paris Saint-Germain, ce que représente le PSG pour lui, la réponse est claire : “C’est la fierté de représenter une des plus belles villes du monde et toute la région parisienne”. C’est très certainement la même analyse qui a poussé le Qatar à racheter le club francilien en 2011.
Le sacre du Paris Saint-Germain, qui a brillamment remporté la Ligue des champions de football - pour la première fois de son histoire - quatorze ans après le rachat du club par le Qatar, n’a pas forcément fait les gros titres de la presse généraliste du petit émirat le lendemain. Le 1er juin, le quotidien Al-Watan lui consacre un petit encadré en première page. De même pour le journal Al-Sharq et le quotidien Al-Arab. C’est le site situé à Doha, Al-Raya, qui lui accorde le plus de visibilité, avec un bandeau barré par ce titre très évocateur : “Le Qatar conduit Paris à la gloire européenne”.
Mais il s’agissait là d’un miroir déformant, car, toutes les fins de semaine, la plupart de ces journaux impriment un supplément sport ; et tous, ce week-end, ont mis la victoire du PSG en couverture. En insistant sur la performance des joueurs et de leur entraîneur, Luis Enrique, mais aussi, et surtout, sur le rôle du Qatar, de son émir et du président du PSG, Nasser Al-Khelaïfi, dans cette victoire. “Symbole de réussite et d’excellence” Al-Watan, lui, publie tous les jours un supplément sport. Dans son numéro du 2 juin, il s’extasie sur cette soirée du 31 mai, qui a vu le Paris Saint-Germain étriller l’Inter Milan cinq buts à zéro. Une “symphonie parisienne historique” qui vient de loin : Le triomphe du PSG en finale de la Ligue des champions 2025 consacre l’aboutissement d’un projet sportif ambitieux, construit dans la durée.
En s’imposant 5-0 face à l’Inter Milan à Munich, le club parisien a remporté pour la première fois de son histoire la plus prestigieuse compétition européenne. Il devient ainsi le deuxième club français à remporter la Ligue des champions, après l’Olympique de Marseille en 1993.
Cette victoire reflète les effets d’une stratégie d’investissement délibérée du Qatar, où le sport joue un rôle croissant. L’acquisition du PSG par Qatar Sports Investments (QSI) en 2011 s’inscrit dans une logique de diversification extraterritoriale, visant à réallouer une partie des excédents générés par les hydrocarbures vers des secteurs plus diversifiés. Le club représente un actif de diversification combinant rendement économique (droits TV, sponsoring, billetterie, valorisation de marque) et exposition dans un marché mature et porteur. Et c’est un succès.
Plus généralement, l’investissement qatari dans le PSG s’inscrit dans une stratégie de soft power fondée sur la détention d’actifs à forte visibilité internationale. Le club sert de vecteur d’influence, en offrant au Qatar une plateforme pour projeter son image dans l’espace médiatique et symbolique européen. Avec cette victoire, Doha active un levier d’influence fondé non seulement sur la notoriété, mais aussi sur l’affect.
Les investissements du Golfe dans le football européen suivent des modalités différentes mais des objectifs similaires. Abu Dhabi a ouvert la voie avec le rachat de Manchester City en 2008. L’Arabie saoudite a opté pour une stratégie plus intégrée autour du Public Investment Fund, en rachetant Newcastle en 2021 et en développant la Saudi Pro League. A chaque fois, comme pour le Qatar, le football est mobilisé comme levier de diversification économique et d’acquisition d’actifs à forte visibilité.
Dans un contexte où le sport constitue, notamment dans le Golfe, un levier diplomatique à part entière, le football français présente un potentiel d’attractivité encore largement mobilisable. Pour attirer les investissements (et espérer que d’autres clubs français tutoient les sommets européens), plusieurs ajustements seront nécessaires. Des droits TV relativement modestes limitent la visibilité sur les revenus récurrents, un critère décisif pour tout investisseur. À cela s’ajoutent des infrastructures inégales, qui freinent le développement commercial des clubs, ainsi qu’une gouvernance encore perfectible, marquée par une répartition floue des responsabilités et un degré de professionnalisation disparate.
Dans ce paysage, le PSG fait figure d’exception, soutenu par un actionnaire à la vision proto-souveraine. Cette singularité lui assure des moyens financiers et une capacité d’engagement stratégique sans équivalent dans le championnat. En retour, la victoire du PSG illustre la pertinence des stratégies golfiques d’influence par le sport.
Sports : le soccer, au cœur de la stratégie diplomatique du Qatar
Qui est vraiment propriétaire du PSG ?
Arrêtons-nous déjà sur cette phrase souvent utilisée : “Qatar a racheté le PSG” afin d’éclaircir un point souvent méconnu. Qui est vraiment propriétaire du PSG ? Le Paris Saint-Germain est détenu majoritairement par Qatar Sports Investments (QSI). Cette structure est un fonds d’investissement créé en 2005 et basé à Doha. Il s’agit d’une filiale de l'Autorité des investissements du Qatar (Qatar Investment Authority, QIA), le fonds souverain du Qatar.
Pour faire simple, QIA est un fonds qui investit dans des actifs tous secteurs confondus et QSI fait de même, mais en se spécialisant dans l’univers du sport. QSI a donc acquis 70% des parts du PSG en 2011, puis les 30% restants l’année suivante. Enfin, en 2023, Le PSG a annoncé la vente de 12,5 % de ses parts au fonds d'investissement américain Arctos Sports Partners. En conclusion, si le Qatar n’est pas le “propriétaire direct” du PSG, il l’est, indirectement, à travers son fonds d’investissement spécialisé dans le sport : QSI. Aussi, et depuis 2023, QSI n’est plus propriétaire du PSG qu’à hauteur de 87,5%.
Le PSG est-il invisible au Qatar ?
On entend souvent qu’au Qatar, le PSG est invisible et que les Qataris n’ont pas grand intérêt concernant le club de la capitale française. Selon Miguel Heitor, directeur du développement de la Qatar Stars League, “Le Qatar bénéficie de l’expérience française du PSG. Cela facilite le développement du réseau et de la performance d’un point de vue footballistique, mais aussi pour les Qataris eux-mêmes”.
En quoi le PSG est-il important pour les Qataris eux-mêmes ? À travers la PSG Academy, le club organise des évènements réguliers et des programmes sociaux à destination des personnes en difficultés comme les jeunes en situation de handicap ou encore dans des camps de réfugiés. En conclusion, le PSG se positionne au Qatar comme un acteur de référence dans l’univers du sport, mais également de l’éducation et des actions sociales.
Les tournées du PSG sont-elles uniquement au Qatar ?
Comme nous l’avons vu plus haut, le PSG est majoritairement détenu par QSI, le fonds d’investissement souverain du Qatar. Ce qui explique le nombre important de partenaires commerciaux et sponsors provenant de l'émirat : Qatar Airways, QNB, Visit Qatar ou encore Ooredoo. Comme pour tout contrat de sponsoring et de collaboration commerciale, il existe des contreparties à respecter, notamment en termes d’image et de représentation, comme des opérations marketing avec des joueurs du PSG au sein de ces entreprises qui ont investi dans le club.
Aussi, et toujours parce que le propriétaire indirect du PSG est le Qatar, le club peut bénéficier des meilleures infrastructures sportives du pays. Pour ces deux raisons, le PSG se rend régulièrement au Qatar pour des tournées et des stages de pré-saison et de mi-saison. Néanmoins, rappelons que le PSG est un club à dimension internationale et qu’il ne peut uniquement se concentrer sur un pays ou une région pour développer sa notoriété.
Aussi, depuis 2011, le club a participé à plusieurs éditions de l'International Champions Cup, aux États-Unis, a effectué trois tournées estivales en Chine (2014, 2018, et 2019), une au Japon (2022) et s’est également rendu dans d’autres pays comme le Canada, l’Autriche, l’Allemagne, la Suède ou encore le Maroc. En conclusion, le PSG se rend souvent au Qatar, mais pas seulement. Comme tout club de renommée mondiale, le club voyage à travers le monde entier pour y réaliser ses stages et tournées.
Où sont prises les décisions concernant le PSG ?
Si l’orientation globale et à long terme du Paris Saint-Germain est pensée en haut lieu à Doha, les décisions stratégiques et opérationnelles sont prises à Paris, au siège du club. Les grandes décisions stratégiques sont prises par QSI et par l’intermédiaire de son président, Nasser al-Khelaïfi. Celui-ci ne se rend que rarement à Doha et partage son temps entre Paris (principalement) et Londres. En conclusion, nous sommes donc très loin du fantasme du PSG géré depuis le Qatar.
Les joueurs du PSG se soignent-ils uniquement au Qatar ?
Comme le dit sans l’ombre d’un doute le directeur technique de la PSG Academy dans la péninsule arabique, Cyril Klosek : “Il n’y a aucun équivalent au Qatar à travers le monde en termes d’infrastructures de football”. En effet, les infrastructures sportives à Doha sont tout simplement impressionnantes. Et parmi des infrastructures, on retrouve Aspetar. Il s’agit d’un hôpital du sport de renommée mondiale. Peut-être le meilleur au monde. Aspetar est un partenaire du PSG.
Ce qui implique qu’un joueur parisien blessé sérieusement va être suivi par Aspetar et réaliser une partie de sa rééducation au Qatar. En conclusion, il est vrai que les joueurs du PSG se font soigner à Doha. Néanmoins, ce ne sont pas les seuls, car l’hôpital suit les joueurs de nombreux clubs à travers le monde.

Infrastructures sportives au Qatar
Le PSG s’intéresse-t-il au football féminin au Qatar ?
À travers la PSG Academy au Qatar, le club mise beaucoup sur le football féminin. Il recrute des coachs diplômés et est à l’origine de la création d’une ligue des académies. Grâce à son partenariat avec la Qatar Foundation, acteur important pour le développement du football féminin dans le pays, le PSG est un précurseur sur le sujet.
Aya Aljurdi, responsable de la section féminine de la PSG Academy, le confirme : “PSG offre autant aux garçons qu’aux filles ici. Parfois même plus pour les filles ! Les professionnelles du PSG sont déjà venues au Qatar et ont participé à des entrainements avec les jeunes de l’Academy. Le club fait vraiment beaucoup pour les filles”. En conclusion, le PSG, en France comme au Qatar, investit beaucoup dans le football féminin.
Le Qatar vendra-t-il le PSG après leur Coupe du Monde ?
On a longtemps entendu que le Qatar se séparerait du club après avoir obtenu l’organisation de la Coupe du Monde. Puis, après la Coupe du Monde. Pourtant, QSI est toujours propriétaire du club et toujours ambitieux à moyen et long terme. En conclusion, et malgré la vente de 12.5% des parts du club en 2023, QSI, et par extension le Qatar, demeurent ambitieux pour l’avenir du club.
L’achat du PSG répond-il à une stratégie de soft power ?
Le soft power est la stratégie d’influence qu’un État met en place afin d’orienter les relations internationales en sa faveur. Le Qatar a développé sa stratégie de soft power pour plusieurs raisons : le pays dispose d’une petite superficie et d’une population relativement faible, ce qui l’empêche de s’imposer régionalement et mondialement grâce à sa démographie, contrairement, par exemple, à son voisin saoudien. Autre raison qui explique la stratégie de soft power de l’émirat : l’économie qatarienne tire sa richesse des hydrocarbures qui représentaient en 2022 37% du PIB réel et 87% des exportations. Ces hydrocarbures ne sont pas inépuisables. Le Qatar investit donc, à travers ses fonds souverains, afin de préparer l’avenir.
Le 17 décembre, le Paris-Saint-Germain tentera d'aller chercher un sixième titre en 2025 lors de la finale de la Coupe intercontinentale, pour laquelle il est d'ores et déjà qualifié. Ce sera chez son actionnaire majoritaire, à Doha. Déjà organisateur l'édition 2024, qui avait vu le Real Madrid s'imposer, le Qatar va de nouveau recevoir la Coupe intercontinentale de la FIFA en décembre prochain. En tant que vainqueur de la Ligue des champions 2025, le Paris-Saint-Germain est directement qualifié pour la finale de l'épreuve qui se déroulera à Doha le 17 décembre. Le club de la capitale tentera d'y décrocher le sixième titre de son année civile (Trophée des champions, Coupe de France, Ligue 1, Ligue des champions, Supercoupe d'Europe). En attendant, cinq autres clubs, tous vainqueurs de la Ligue des champions dans leur confédération, disputeront un mini-tournoi pour déterminer lequel affrontera le PSG : le CF Cruz Azul (Mexique), le Pyramids FC (Égypte), Auckland City (Nouvelle-Zélande), Al Ahli (Arabie saoudite) et le vainqueur de la Copa Libertadores 2025 (finale le 29 novembre à Lima, au Pérou). Ces équipes auront entre deux et trois matches à disputer avant d'arriver en finale.