Le Sporting Union Agenais (SUA), affectueusement surnommé "le Petit Bleu", est bien plus qu'un simple club de rugby. C'est une institution, un symbole de fierté et d'identité pour la ville d'Agen et sa région. L'histoire du SUA est riche en émotions, en victoires mémorables et en figures emblématiques qui ont marqué le rugby français.

Le stade Armandie, lieu emblématique du SU Agen.
Les Années de Gloire : Des Titres Historiques
Le SUA a remporté huit boucliers de Brennus, ce qui en fait l'un des clubs les plus titrés de France. Revivons quelques-unes de ces conquêtes mémorables :
1962 : Un Titre Conquis avec Foi
En 1961, Pierre Lacroix, l’international montois d’origine Lot-et-Garonnaise, signe une mutation pour le Sporting. Il pouvait s’appuyer sur une troisième ligne exceptionnelle : Michel Sitjar, Franco Zani et Louis Echavé. Pierre Lacroix prétendait qu’il n’aurait rien été sans ces trois gaillards. Derrière, Jean-Claude Hiquet, Henri Garcia ou le junior Claude Salères lançaient parfaitement l’ailier Serge Méricq, et Jean-Pierre Razat était un arrière offensif toujours prêt à relancer. Parvenir en finale avait été un exploit terni par l’expulsion du pilier Marius Lagiewski en demi-finale face aux avants dacquois. Béziers était le grand favori, mais Agen avait la foi. Mené au score, Sitjar avait mis une pénalité sur le poteau. À quelques minutes de la fin, Razat contrait un drop de l’arrière Dedieu. Zani relançait, Salères déplaçait au pied vers Méricq qui plongeait dans l’en-but. Cet essai, contesté par le capitaine Danos, a fait couler beaucoup d’encre. Mais Agen était champion de France pour la troisième fois (après 1930 et 1945).
1976 : La Revanche Face à Béziers
Quatorze ans plus tard, le 23 mai 1976, Agen retrouvait Béziers en finale. L’ASB, déjà championne en 74 et 75, se présentait pour un troisième Bouclier de Brennus consécutif. La lutte promettait d’être chaude devant, et elle le fut ! Le suspense était permanent. À dix minutes de la fin, Béziers menait 10 à 7. Henry Cazaubon claquait le drop synonyme de prolongations. Les deux équipes redoublaient d’ardeur mais rien n’était marqué. On partait pour trente nouvelles minutes. À la 108e, Daniel Dubroca plaquait Henri Cantoni avant qu’il ne puisse dégager. M. Messan sifflait la pénalité que Jean-Michel Mazas s’empressait de convertir. Agen était Champion de France.
1984 : Une Finale Cruelle
Huit ans après, les deux clubs se retrouvaient en finale. Le match était finalement très équilibré, 12 à 12 à la fin du temps réglementaire, 21 à 21 à la fin des prolongations. La finale ne pouvait pas se rejouer et après d’interminables palabres, il était décidé que le titre 1984 serait attribué aux tirs au but. L’égalité était en effet parfaite : 1 essai, 1 transformation, 4 pénalités et 1 drop de chaque côté. Bernard Delbreil, Viviès, Delage côté Agen, Medina, Fort et Escande côté Béziers. Bernard Viviès était le dernier buteur agenais et sa tentative passait à côté.
1988 : Le Sacre de la Maturité
La finale du championnat de France remportée par Agen, face à Tarbes est restée célèbre pour son score minimaliste (9-3) et l’absence d’essai. Ce 28 mai 1988, Daniel Dubroca soulevait le Brennus au Parc des Princes avant de lui faire prendre le train pour Agen. Pour la huitième fois de son histoire, le plus célèbre des boucliers débarquait aux Quatre-Bouls pour la dernière fois de son histoire, avant d’être célébré comme il se doit à travers toute la cité lot-et-garonnaise et notamment au comptoir du Café de la poste. La fête a été plus inoubliable pour cette équipe de rêve. Daniel Dubroca, Laurent Seigne, Dominique Erbani, Jacques Gratton, Philippe Benetton, Pierre Berbizier, Pierre Montlaur, Philippe Sella et Philippe Bérot sont autant de noms qui résonnent toujours dans l’histoire du rugby français.
Aujourd’hui, on parlerait d’une équipe de « Galactiques », d’une constellation de stars que l’on pourrait comparer au Biarritz olympique du début des années 2000 ou au Toulon de Boudjellal et Laporte. Daniel Dubroca, chef de meute de cette armada agenaise, se souvient de cette saison et de l’avant match de la finale : « Agen était alors la grosse écurie du championnat. Nous avions été finalistes en 1984 et 1986 et nous allions presque toujours en demi-finales. En 1988, nous ne pouvions pas laisser passer cette occasion. C’était le titre de la maturité. Nous commencions à prendre de l’âge et on ne savait pas si nous aurions une autre occasion. Cela n’avait pas été un beau match mais c’est la dernière fois que le nom d’Agen a été inscrit sur le Brennus.

L'équipe du SU Agen, championne de France en 1988.
Une Culture Rugby Profondément Enracinée
La pratique du rugby à Agen remonte au tout début du XXe siècle, époque à laquelle Alfred Armandie découvre cette nouveauté venue d'Angleterre. Agen s'en est emparé, l'équipe du SUA est rapidement devenue l'une des meilleures de France, le rugby devenant alors un élément de fierté, identitaire. Cette dévotion au ballon ovale et au SUA ne s'est jamais démentie. 111 ans après sa création, le club évolue toujours dans l'élite, en Top 14, et reste l'un des clubs les plus titrés de France (huit boucliers de Brennus).
Le club, présidé par Jean-François Fonteneau, s'inscrit dans l'élite et dans la durée. Dans le cadre de ce rayonnement, une soirée rugby est organisée le 12 avril à 19 h 30 à la Maison de la Nouvelle-Aquitaine, par le club du SUA et le SUA association (chargé de la formation des 6-22 ans, et présidé par Pierre-Etienne Bord). Objectif : réunir les Agenais et Lot-et-Garonnais de Paris, mettre en avant le SUA et ses valeurs, récupérer des soutiens pour la filière formation. Une belle occasion d'affirmer une fierté, celle d'évoluer au plus haut niveau, dans une ambiance conviviale - le buffet sera préparé par le célèbre chef agenais Michel Dussau.
Le SUA génère d'importantes retombées économiques, et fait rayonner l'image de la ville dans la France entière.
Academia : L'Excellence de la Formation Agenaise
Academia, le centre de formation du SUA, a été élu «meilleur centre de formation» du Top 14. Pour être le meilleur centre de formation, il faut des résultats sportifs, des infrastructures mais aussi des projets pédagogiques et des résultats au baccalauréat. Il faut exceller partout. C'est ce savoir-faire agenais qui permet d'amener les jeunes au plus haut niveau à l'image, par exemple, de Loïc Hocquet et Gauthier Maravat, deux garçons passés par Valence d'Agen.
Philippe Sella, président d'Academia, témoigne : «Il y a un véritable savoir-faire, ici, à «Agen même», dans cette ville qui sent le rugby ».
Les Figures Emblématiques du SUA
De nombreux joueurs ont marqué l'histoire du SUA. Parmi eux, on peut citer :
- Pierre Lacroix
- Michel Sitjar
- Franco Zani
- Louis Echavé
- Jean-Claude Hiquet
- Henri Garcia
- Claude Salères
- Serge Méricq
- Jean-Pierre Razat
- Daniel Dubroca
- Philippe Sella
- Pierre Berbizier
- Philippe Bérot
- Dominique Erbani
- Jacques Gratton
- Laurent Seigne
- Philippe Benetton
Ces joueurs, par leur talent et leur engagement, ont contribué à faire du SUA un club légendaire.
Les Défis Actuels et l'Avenir du Club
Malgré les difficultés rencontrées ces dernières années, le SUA reste un club emblématique du rugby français. Les supporters, fidèles et passionnés, continuent de soutenir leur équipe et d'espérer des jours meilleurs. Le club s'efforce de se reconstruire, en s'appuyant sur sa formation et sur les valeurs qui ont fait sa force.
L'ancien demi de mêlée et préparateur physique du club Mathieu Barreau dénonce les brebis galeuses de l'effectif, le vieux guerrier irlandais Dave Ryan, se demande si son corps de 35 ans supportera encore une saison de rugby, il ne s'imagine pas jouer ailleurs qu'à Agen et voudrait pour sa fin que les joueurs puissent se regarder dans les yeux.
Philippe Sella en appelle à la fraternité.
Le SUA, malgré les moments difficiles, continue de faire vibrer la ville d'Agen et de porter haut les couleurs du rugby lot-et-garonnais.