Le Style Papillon au Hockey : Une Histoire de Gardiens Passionnés

Les gardiens de but en hockey sur glace occupent une place particulière, auréolée de mystère et de superstition. Souvent perçus comme froids et taciturnes, ils incarnent une force mentale et une concentration exceptionnelles, essentielles pour gérer la pression constante des matchs.

Dans cet article, nous plongeons au cœur de l'univers des gardiens, de leurs débuts à leurs aspirations professionnelles, en explorant notamment l'évolution du style papillon et son impact sur le jeu.

Des Débuts Divers et Passionnés

Pour certains, le hockey est une évidence dès le départ, un véritable héritage familial. Quentin Papillon en est l'illustration parfaite :

“J’ai commencé le hockey à 3 ans et demi. Mes parents étaient supporters, ils allaient voir tous les matchs [de Rouen]. Mon père a également joué en loisirs. Tout petit nous allions également à la patinoire publique, j’avais les patinettes."

L’influence familiale ne s’arrête pas là : plusieurs joueurs expliquent avoir suivi les traces de leurs frères aînés. C’est le cas d’Isaac Charpentier et de Clément Ginier. J’ai donc suivi le même chemin qu’eux”. Parfois, ce sont même les sœurs qui inspirent.

Ronan Quemener, par exemple, raconte une anecdote pleine de tendresse : “J’ai commencé à 3 ans et demi / 4 ans à Meudon. Parce que ma sœur faisait du patinage artistique. Et j’ai dit à mes parents que je voulais faire la même chose pour les garçons. Du coup ils m’ont inscrit à l’école de hockey.

Pour d’autres, la passion du hockey est née après avoir assisté à un match. Le Lyonnais Sydney David-Thivent partage un souvenir similaire : “J’ai débuté à l’âge de 4 ans par le biais de ma nourrice qui nous avait emmené voir, un match mon frère et moi, un samedi soir pour nous faire découvrir le sport et nous proposer une activité le week-end.

Olivier Richard, lui, se remémore : “J’ai commencé le hockey à 6 ans à Angers, mon père avait joué au hockey en loisirs lorsqu’il était plus jeune et le club commençait à attirer de plus en plus de spectateurs notamment des enfants. Mes parents nous ont amenés, mon frère et moi, voir un match de minimes, je crois bien que c’était Angers-Nantes.

Dans certains cas, la découverte du hockey a été totalement fortuite, dans des villes qui vibrent pourtant pour ce sport. C’est ce que raconte Florian Gourdin : “J’allais me balader avec mon père un samedi matin au parc à côté de l’ancienne patinoire [de Gap] qui était donc ouverte sur le côté, il s’avérait qu’il y avait un tournoi et cela faisait du bruit. Mon père m’y a amené, on a regardé et de là j’ai voulu m’inscrire au hockey pour essayer.

Enfin, pour d’autres comme Tom Aubrun, le choix du hockey résulte d’un contexte local particulier. Originaire de Chamonix, il explique : “J’ai commencé à l’âge de 4 ans, parce qu’à Chamonix il y a assez peu d’offres en termes de sports collectifs, il y a surtout du ski.

Le Choix du Poste de Gardien

Le choix de devenir gardien ne s’est pas fait d’emblée pour tous les joueurs interrogés. Pour Quentin Papillon, cette envie est née d’une observation simple :

“Je suis devenu gardien vers l’âge de 7 ans. À cet âge-là je me suis rendu compte que les joueurs sortaient, ils n’étaient pas souvent sur la glace alors que le gardien lui jouait tout le temps. En plus, notre gardien d’alors n’était pas très bon."

Chez d’autres, comme Sydney David-Thivent, le poste de gardien s’est imposé dès le départ, presque comme une vocation : “J’ai toujours voulu être gardien. Après l’école de glace, dès qu’il a été question de choisir son poste, j’ai choisi gardien.

Devenu entraîneur, il revient sur le moment clé qui l’a conduit à embrasser le rôle de gardien de but, une décision guidée par une proposition de son coach et une aspiration naturelle : “J’étais joueur depuis environ 2 ans [à Courbevoie] et je me sentais en pleine progression (…). Je suis devenu un des meilleurs patineurs de mon équipe. Mon coach est venu me voir en me disant qu’il cherchait un gardien et que cela serait gardien ou joueur. (…) Comme je savais très bien patiner, j’ai tout de suite pris du plaisir. J’ai commencé le hockey un peu tard, j’ai dû être gardien vers 9 ou 10 ans.

“Au fond de moi je savais que je voulais être gardien. Olivier Richard raconte que cette passion pour le poste était née dès le départ, avant même d’enfiler les patins : “[à l’issue du 1e match auquel Olivier et son frère ont assisté] Nous voulions (…) tous les deux jouer gardien ! (…) Je voulais y aller direct, mais le club m’a obligé à apprendre à patiner. À l’âge de 8 ans j’alternais encore les deux entraînements gardien et joueur et vers 9 ans je suis devenu gardien. Je voulais tout le temps être gardien, même lorsque je jouais au foot dans la cour de l’école, j’étais gardien.

Un récit qui trouve un écho chez Clément Ginier : “Je pense que c’est encore à cause de mon frère. Quand on jouait dehors, il me mettait toujours dans les buts.

Pour certains jeunes joueurs, l’équipement des gardiens a joué un rôle crucial dans leur décision. Clément Ginier se souvient : “Je trouvais ça très beau l’équipement. L’aspect esthétique a beaucoup contribué”. Marek Rączka partage ce sentiment : “Je voyais les gardiens avec leur équipement. Je les trouvais très beaux.

Pour d’autres, c’est l’importance du rôle qui les a attirés. Tom Aubrun raconte : “Assez rapidement j’ai été attiré par le poste de gardien par l’équipement flashy et par l’importance du poste. J’ai demandé pendant des années à essayer le poste, j’étais défenseur au départ et je me débrouillais plutôt pas mal, le coach ne voulait pas me faire essayer.

Florian Hardy partage une expérience similaire : “Je devais avoir 7 ans et il manquait dans mon club un gardien dans la catégorie au-dessus de la mienne. Des entraîneurs sont venus demander si des joueurs étaient intéressés. J’ai entendu qu’il y avait la possibilité de jouer des matchs.

Quant à Henri-Corentin Buysse, son histoire est encore plus originale : “Le poste de gardien c’est un pur hasard. Notre patinoire à Amiens était en travaux du coup on s’entraînait sur un terrain de roller hockey en face de chez moi. Au premier rassemblement d’équipe en U7 les deux entraîneurs ont posé la question aux enfants pour savoir qui voulait aller dans le but. Un de mes meilleurs copains a levé la main. Du coup moi aussi. Sauf que je n’avais pas entendu la question ! Du coup je me suis retrouvé dans la cage. Dix minutes plus tard, les entraîneurs ont à nouveau demandé aux joueurs, et là, la moitié de l’équipe voulait y aller. Mais moi je n’avais plus envie !

Malgré les défis financiers liés au coût de l’équipement, la plupart des joueurs interrogés soulignent le soutien précieux de leurs proches. Clément Ginier confie : “Évidemment je peux remercier mes parents qui avaient le budget pour parce qu’à l’époque cela coûtait très cher”.

Malgré les sacrifices, les gardiens interrogés ne regrettent pas leur choix.

L'Aspiration au Hockey Professionnel

Le hockey professionnel est souvent un rêve d’enfance pour les jeunes gardiens. Quentin Papillon partage cette aspiration précoce :

“Lorsqu’on est jeune et qu’on commence à réfléchir à ce qu’on veut devenir plus tard, je crois que j’ai toujours voulu devenir professionnel."

À Nowy Targ, Marek Rączka a grandi dans une culture où le hockey était omniprésent : “Depuis tout petit je voulais être professionnel. On avait tout pour (à Nowy Targ) : c’est une ville de montagne et l’hiver, il n’y avait que le hockey à cette période-là. On y jouait tous : dans la rue, partout. On ne voulait faire que ça. Maintenant on ne voit plus cela, tous les autres sports sont proposés.

À l’inverse, Isaac Charpentier admet que cette ambition est venue plus tardivement : “Jamais lorsque j’étais petit je me suis dit que j’allais faire du hockey au niveau professionnel. Ça n’a jamais été un rêve d’enfant.”

Cependant, son talent naturel a orienté son parcours : “J’étais tout le temps surclassé, je ne jouais jamais avec ma catégorie d’âge et à mes 17 ans je jouais déjà avec les adultes en D3.

Les clubs réputés pour leur formation ont souvent joué un rôle clé dans l’éclosion des jeunes talents. Produit de la formation rouennaise, Quentin Papillon se souvient : “J’ai toujours été assez bon. J’étais surclassé. Je m’entraînais avec ma catégorie et puis j’enchaînais avec la catégorie du dessus.

Natif de Courbevoie, Franck Constantin a quitté son Île-de-France natale pour rejoindre les Hautes-Alpes : “Je suis parti à l’âge de 15 ans à Briançon pour jouer les U17. Je suis resté jusqu’en U20. Je suis ensuite parti faire mon junior à Chamonix et également l’équipe sénior.

Moins connu du grand public mais tout aussi formateur que les grandes structures, le HC74 (entente entre les clubs de Chamonix, Mont-Blanc et Morzine-Avoriaz) a permis l’éclosion de nombreux talents, dont Lucas Mugnier. Originaire de Chamonix, celui-ci explique que son passage vers le monde professionnel s’est fait progressivement : “(…) un processus qui est venu petit à petit, ce n’est pas un déclic.”

C’est en intégrant les entraînements avec l’équipe fanion qu’il a ressenti que son parcours prenait une tournure plus sérieuse : “lorsque j’ai commencé à faire des entraînements avec la Magnus à l’âge de 15 ou 16 ans”. Son ascension s’est ensuite poursuivie en devenant back-up de Richard Sabol à 19 ans chez les Pionniers. Pour trouver une place de titulaire, il a choisi de descendre en division inférieure, jouant pour Morzine-Avoriaz en D2 puis en D1 pendant quatre saisons.

Ayant commencé le hockey à Angers, Olivier Richard a bénéficié d’un encadrement de qualité dès ses débuts : “Les gardiens de l’équipe professionnelle donnaient un entraînement spécifique par semaine. J’ai eu la chance d’être entraîné par Lucas Normandon, Peter Aubry, Andrej Hočevar, Florian Hardy ou encore Ville Koivula”.

Il justifie le choix familial et personnel de rejoindre le Mont-Blanc (et par extension le HC74) : “(…) mes parents ont trouvé que l’atmosphère et la relation avec les cours étaient meilleurs au Mont-Blanc. J’ai donc passé 2 ans là-bas où j’étais en internat, c’est comme ça que j’ai pu toucher un peu à la Magnus avec Chamonix, à la D1 avec Mont-Blanc et un peu avec l’équipe de France [junior]”.

L'Évolution du Style Papillon

Le style papillon, popularisé par Patrick Roy, a révolutionné la façon dont les gardiens jouent au hockey. Cette technique, où le gardien tombe sur ses genoux pour bloquer les tirs bas tout en gardant le haut du corps droit pour couvrir le filet, est devenue la forme dominante de gardiennage dans le monde entier.

Le style papillon est une technique où le gardien tombe sur ses genoux pour bloquer les tirs bas tout en gardant le haut du corps droit pour couvrir le filet.

Selon les statistiques de l’époque, environ 70% des buts étaient, il est vrai, marqués à ras de la glace. Dans le jargon du hockey, le «butterfly» a remplacé le «stand-up» (position debout).

Aujourd’hui, les gardiens de but sont devenus plus complets parce que les tireurs ont su, avec le temps, trouver les lucarnes plus souvent. «Tous les gardiens sont maintenant capables d'effectuer des glissades en position papillon, ce qui leur permet, après un arrêt en papillon, auquel il laisse un rebond, de se déplacer à genoux et d'être encore en face du lancer suivant pour effectuer un arrêt, complète Fabrice Lhenry. La souplesse soutient tout cet équilibre car les gardiens, qui mesurent en majorité autour de 1,90m, font preuve aujourd’hui d’une agilité de chat en dépit de leur haute stature.

Tableau I. Alternatives d’un gardien de but au football (cf. Gréhaigne & Taïana, 1988).
Attitudes de l’attaquantAlternatives du gardien
L’attaquant avance en conduite de balle dans l’axe.Le gardien attend que l’attaquant pousse un peu loin sa balle pour sortir.Le gardien attend qu’il dribble ou frappe.
L’attaquant avance en conduite de balle excentrée.Le gardien ferme l’angle de tir.Le gardien sort à sa rencontre.
L’attaquant, dos au but, va se retourner et frapper d’assez près.Le gardien sort pour le contrer dès qu’il s’est retourné.Le gardien joue sur sa vitesse d’intervention (« intervention réflexe »).
L’attaquant va reprendre la balle de la tête ou du pied.Le gardien sort pour dégager le ballon.Le gardien n’a pas pu sortir, donc ferme l’angle et s’en remet à une « intervention réflexe ».
L’attaquant va tirer de loin (au-delà de la surface de réparation).Le gardien reste proche de sa ligne de but et se prépare à intervenir.Le gardien, s’il est avancé, se replie vite en cas de tir lobé, flottant.

En essayant de se renouveler en permanence, il a réussi à durer jusqu’à l’âge de 42 ans (sa retraite a été annoncée en janvier) en se remettant en cause en permanence comme a su se réinventer le Français Cristobal Huet qui, à presque 40 ans, reste très compétitif.

L'évolution des gardiens de but de la LNH (et son importance)

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