Les jours de finale sont des jours de peu de mots, mais le match entre la France et l'Argentine a été une rencontre mémorable. Chaque joueur vient avec son expérience, son vécu, ses cicatrices, ses apprentissages. Certains ont en eux de gérer leurs émotions dans ces moments, de garder confiance et foi, voir leur feu grandir quand celui de l’adversaire s’éteint petit à petit. Rester calme dans tous les rebondissements, rester les yeux vers la coupe, croire fermement en son destin.
Une Finale se joue avant, longtemps avant. Elle s’est jouée au Maracana, à Rosario, à Bondy, à Moscou, à Nice et partout où chacun des 22 acteurs a construit le footballeur qu’il est devenu.

C’est précisément ce qui rend l’Argentine si dangereuse. Leur diez, de sa frappe contre le Mexique, à sa prestation légendaire en demi-finale, n’a fait que renforcer leur foi. Ses apôtres, De Paul en tête, sont montés en puissance.
Stratégies et Flexibilité
Dans une finale la stratégie est au service de la foi. Elle doit être suffisamment simple pour se passer comme prévu, et se passer comme prévu pour apporter de la confiance dès l’entame de match. Pour entretenir ce rêve qu’ils ont depuis gamin. L’Argentine, comme la France, tire sa compétitivité de sa flexibilité.
La flexibilité d’un sélectionneur interventionniste et efficace sur la compétition, après deux premiers matchs de poules ratés dans la sélection du XI. Le choix de s’adapter avec une défense à 5 face aux Pays-Bas était pertinent, tout comme celui de répondre à la domination croate au cœur du jeu en alignant 4 milieux de terrain. Face à la France, chacune des deux options présenterait des bénéfices, mais le XI aligné contre la Croatie est structurellement le plus dangereux pour nos Bleus.
L’Argentine bouge au rythme de Messi. Au-delà d’être Maradonien sur ce tournoi, le pibe de Rosario sait lire et apporter ce que le match demande de lui. Par exemple décrocher pour redonner de la possession à son équipe, quand la domination croate se renforçait de l’entrejeu.
L’Équipe de France sous Didier Deschamps a souvent eu le contrôle des matchs, moins souvent le contrôle du ballon. Depuis deux matchs (Angleterre et Maroc), elle ne contrôle plus grand chose, elle survie. Elle s’accroche à un mélange de talent, résilience, expérience et efficience dans les deux surfaces, dont le Real Madrid nous rappelle l’importance chaque saison en Ligue des Champions.
Si l’on devait faire l’état des forces en présence, il ne serait en l’état pas favorable aux Bleus. Notre adversaire en finale presse (beaucoup) mieux, aidé par un Messi qui prend sa petite part, quand Alvarez court pour deux. Leur bloc médian est plus compact.
Comment récupérer le contrôle du match ?
Hormis changement improbable dans le XI, les ajustements défensifs tactiques seront des rustines. Nous ne pouvons pas presser haut sans qu’il y ait plus à y perdre qu’à gagner. Il faudra prendre le contrôle de cette finale par la possession, un inédit dans l’histoire de Deschamps avec la Coupe du Monde, alors que nos Bleus n’ont pas su garder le ballon en deuxième mi-temps contre l’Angleterre et le Maroc.
A l’image du premier but français contre le Maroc, la présence axiale de Kylian Mbappé a monopolisé 5 joueurs marocains, dont Hakimi, et libéré de l’espace pour Théo Hernandez. La France devra sur cette finale continuer à capitaliser sur l’aimant Mbappé.

En sortie ou phase initiale, les fixations de Mbappé et les prises à 2 fréquentes sur le bondynois rendent difficile la pression adverse. L’Argentine est très agressive pour coulisser et défendre les couloirs. La connexion Dembélé / Griezmann évoquée précédemment aura du mal à exister.
Les dégâts de Wout Weghorst contre l’Argentine sont tout sauf un hasard. En deux buts il a appuyé sur les 2 principaux points faibles des centraux argentins. C’était pointé comme la faiblesse de la liste de Scaloni : l’absence de joueur menaçant dans la largeur.
Contre le Maroc, les Bleus se sont souvent retrouvés en infériorité numérique au cœur du jeu, face au carré intérieur marocain, fixé dans l’axe avant d’être mis en difficulté par la largeur à droite des Marocains. Un tel scénario ne se reproduira pas dimanche. Les dynamiques de l’Argentine dans les couloirs se sont limitées au « give and go » d’Acuna à gauche, à la profondeur de Molina à droite.
Pour cette Finale, une stratégie défensive pertinente passera par mieux fermer le jeu intérieur que face au Maroc et orienter le jeu argentin vers les couloirs. La profondeur dans le dos des latéraux d’Alvarez n’est pas un défi insoluble pour nos défenseurs centraux.
La France aura besoin d’un ailier droit (Dembélé) défendant comme un relayeur droit sur ce match pour fermer l’axe aux argentins. La défense se la surface, notre ancre ? Nous l’avions anticipé avant le Maroc, la France allait souffrir sur son côté droit. Comme espéré c’est sa défense de la surface qui l’a sauvé. Prestation pléthorique de Konaté, replis parfaits de Griezmann pour gérer les projections dans la surface d’Amallah.
POL ARG : a première vue, la défense de la surface face aux argentins parait être un défi moins grand que face au Maroc. La France fait peur, Mbappé fait peur ; c’est notre principale force.
Quand Didier Deschamps a su sortir Olivier Giroud au bon moment face au Maroc, Gareth Southgate a tardé 30 minutes de trop pour faire rentrer Rashford, sans parler de la sortie de Saka. La France ne meurt jamais, quelques erreurs des sélectionneurs adverses la laisse en vie, et Deschamps ne rate jamais sa cible.
Amis français, c’est en suivant ce chemin là que nous allons gagner. Cette équipe de France n'est plus à un paradoxe près. Pendant plus d'une heure, elle entrait dans l'histoire de la Coupe du monde comme l'adversaire le plus pauvre en finale, au cours d'un match à sens unique où elle n'avait pas réussi à frapper au but. Une heure et demie plus tard, elle a choisi une autre porte pour faire de cet après-midi qatarienne un moment de légende.
Et puisqu'elle pousse le paradoxe jusqu'au bout, cette équipe qui a tant brillé par sa capacité à souffrir sans rompre a fini par céder lors de la séance de tirs au but.
Analyse Tactique de Scaloni
Scaloni exploite les faiblesses du bloc français. Mais que s'est-il passé jusqu'à la 68e minute et ce premier tir, une tête timide Kolo Muani ? Les Bleus n'avaient même pas réussi à toucher un seul ballon dans la surface argentine. L'explication ne peut pas être uniquement structurelle tant leur déchet technique et, surtout, leur manque d'impact physique ont sauté aux yeux, comme si le virus présent depuis une semaine dans le groupe continuait de faire effet et que seuls les Argentins avaient intégré la faible propension arbitrale à sortir des cartons dans cette compétition.
Mais sur le plan tactique, Lionel Scaloni avait préparé un coup, comme à chaque tour de ce Mondial, en alignant un troisième offensif, Di Maria, à gauche de son 4-3-3. Tous les adversaires des Bleus ont réussi à avancer sur le terrain, du fait d'un pressing toujours aussi peu coordonné et surtout d'une animation défensive singulière où une ligne de 3 (Mbappé-Giroud et Griezmann lorsqu'il sort) peut être éliminée en une première passe et donner à Tchouaméni et Rabiot des zones immenses à couvrir.
Mais les Français compensaient en se regroupant ensuite dans leur surface. Plutôt qu'ajouter un joueur à la construction donc, le sélectionneur de l'Argentine a donné une solution offensive supplémentaire pour menacer toute la largeur. Et pouvoir renverser dans le dernier tiers à l'opposé du côté de Messi.
Résumé France-Argentine 2022
Les Bleus ont gagné un paquet de matches en tenant leur surface pour défendre, même lorsqu'ils ne le choisissent pas, comme dimanche. Mais rester près de son but c'est aussi s'exposer à une frappe déviée, une saute de concentration ou un penalty, comme celui concédé par Dembélé à la 21e. À cet instant pourtant, neufs joueurs de champ français sont dans la surface.
Fautif, Dembélé n'a d'ailleurs pas été plus en réussite avec le ballon, incarnant avec Griezmann et Theo l'immense déchet technique après la récupération du ballon. Les Français ont été inexistants sur les contres et retrouvé les mêmes problèmes que face au Maroc : contrairement à 2018, Griezmann ne peut plus jouer son rôle précieux en transition du fait de sa position plus reculée et d'une hauteur de récupération très basse. Ajoutez-y les difficultés de Giroud à exister sur ces phases et son incapacité à tenir le ballon. Les Argentins ont pu se focaliser sur Mbappé sans crainte.
Le Tournant du Match
Didier Deschamps a vite réagi. Kolo Muani et Thuram ont remplacé Dembélé et Giroud avant la mi-temps. Mais la physionomie n'a pas changé tout de suite, puisqu'il a fallu une bonne demi-heure avant que les Bleus sortent la tête de l'eau. Malgré ses jambes et sa volonté, l'ancien Nantais a d'abord touché ses ballons bas et excentré l'obligeant, comme Thuram, à faire des différences loin du but, parfois dos au jeu, souvent en infériorité numérique. Pas l'idéal pour ces attaquants.
Puis, la sortie de Di Maria pour le défensif Acuña (64e) a retiré une menace offensive à l'Argentine. La double entrée de Camavinga, arrière gauche, et Coman (71e) a non seulement donné des jambes fraîches aux Bleus et l'ajout de deux joueurs capables d'éliminer balle au pied plus bas sur le terrain. Elle a aussi permis le replacement de Kolo Muani en pointe, en deux temps puisqu'il a d'abord été envoyé sur le côté gauche avant de permuter avec Thuram.
Il restait alors peu d'espoirs pour l'équipe de France mais quelques forces. Pour l'aspect rationnel ou tactique, elle disposait d'une cible aérienne, en duel avec le latéral, pour avancer (Thuram) ; d'un dribbleur explosif de l'autre côté (Coman) ; et deux flèches devant.
Pour l'irrationnel, il restait la volonté des quelques joueurs qui y croyaient encore et de ceux déjà habitués à faire l'histoire. Mbappé a converti le penalty provoqué par Kolo Muani sur une attaque rapide dans la profondeur puis, soudain, les contrôles sont devenus meilleurs, les duels plus souvent gagnés, rappelant qu'un but marqué peut être le plus efficace des coachings. Une récupération plus haute sur Messi de Coman et une conclusion géniale de Mbappé ont emmené la finale en prolongations.
Le match s'est alors ouvert et les atouts des Bleus sur transition auraient pu faire la différence. Ils ont d'abord failli lui coûter la défaite puisque le 4-4-2 ressemblait à un 4-2-4, que le tonique Camavinga ne pouvait plus seulement défendre en avançant à son poste inhabituel de latéral gauche et que l'Argentine avait retrouvé de la fraîcheur.
Analyse des Décisions Arbitrales
La vingt-deuxième finale de Coupe du monde se joue pour la première fois une semaine avant Noël, le 18 décembre 2022, dans la banlieue de Doha, au Qatar. C’est la première fois que les deux sélections se retrouvent en finale. C’est aussi la première fois qu’un arbitre polonais dirige la dernière rencontre de cet évènement.
Avant le match, gros plan sur Szymon Marciniak qui fait le toss entre Lionel Messi et Hugo Lloris. Szymon Marciniak [a] déjà dirigé les deux équipes durant ce tournoi : lors de la victoire de l’Albiceleste en huitièmes de finale contre l’Australie (2-1) et, auparavant, celle des Bleus aux dépens du Danemark en phase de groupes (2-1).
Le jour-même de la finale, un deuxième article dresse une comparaison avec une star de l’arbitrage au début du 21e siècle : « Crâne chauve, charisme, sévérité avec les joueurs : Szymon Marciniak est un clone de Pierluigi Collina, le responsable des arbitres de la FIFA, qui l’a désigné pour diriger la dernière rencontre de ce Mondial.
Avant le coup d’envoi, alors que le délégué n’a pas encore baissé son bras. Szymon Marciniak discute avec Olivier Giroud, qui lui donne une tape sur l’épaule.
Voici quelques exemples de décisions arbitrales pendant le match:
- 20 secondes : petite faute d’Adrien Rabiot sur Rodrigo De Paul.
- 1’38 : faute de Rodrigo De Paul sur Rabiot, il le pousse alors que le ballon est déjà parti. M. Marciniak siffle, se rapproche du joueur en courant et vient réprimander l’Argentin.
- 3’ : contact aérien sur lequel Upamecano utilise son coude sur la tête de Messi. L’Argentin reste au sol. M. Marciniak siffle la faute.
- 7’ : petite faute d’Alvarez sur Rabiot sifflée par M. Marciniak.
- 8’ : après un corner, Giroud pousse Romero dans la surface de réparation. M. Marciniak fait d’abord un geste du bras pour dire qu’il n’y a pas de faute. Puis, il siffle une faute sur le portier français Hugo Lloris.
- 20’ : Après avoir réussi un crochet sur Dembélé, Di Maria entre dans la surface de réparation française et tombe après un potentiel contact avec le joueur français, qui semble en retard. M. Marciniak est bien placé et siffle sans hésiter le pénalty.
- 23’ : Messi converti le pénalty.
- 25’ : Griezmann râle pour une faute non sifflée auprès de Szymon Marciniak qui va le voir pour justifier sa décision (il est beaucoup dans la communication avec les joueurs).
- 32’ : bon tacle glissé d’Upamecano sur Messi, il prend le ballon. M. Marciniak montre le ballon pour signifier qu’il n’y a pas de faute.
En conclusion, l'analyse du match France-Argentine révèle une confrontation riche en stratégies, en émotions et en moments décisifs. Les choix tactiques des entraîneurs, les performances individuelles des joueurs clés et les décisions arbitrales ont tous contribué à façonner cette finale mémorable de la Coupe du Monde.
| Équipe | Buts marqués | Possession de balle | Tirs cadrés |
|---|---|---|---|
| France | 3 | 43% | 5 |
| Argentine | 3 | 57% | 10 |