
Le handball, souvent perçu comme un sport d'équipe dynamique et rapide, suscite parfois la question de savoir s'il peut être considéré comme un sport de combat. Pour comprendre cette perspective, il est essentiel d'explorer l'histoire du handball, son évolution en France et les témoignages de ceux qui l'ont vécu au plus haut niveau.
Les Origines du Handball
Les historiens divergent quant à la date et au lieu de naissance du handball. On cite 1898 au Danemark, 1915 en Allemagne, 1919 aux États-Unis. Si la pratique du hand à 7 semble répandue dans les pays nordiques dans les années 1920, c'est néanmoins dans sa version allemande, à 11 contre 11 sur un terrain de foot, qu'il s'impose et naît officiellement avec la création de la Fédération internationale, à l'occasion des Jeux d'Amsterdam où il est sport de démonstration.
Le handball est donc allemand, c'est pourquoi l'on écrit handball et non hand-ball et l'on prononce handballe et non handbôle (à l'anglosaxonne). Loin de ces origines germano-nordiques, la presse française du début du début du XXe siècle utilise le terme handball (ou hand-ball), à propos de… rugby.
Le mot handball apparaît pour désigner un sport où l'on se passe un ballon avec les mimines dans l'Auto du 18 juin 1927, qui rend compte d'une rencontre entre les équipes féminines d'Autriche et d'Allemagne : «Ce sport prend une grande extension et il représente le vrai sport de la femme qui lui permet d'employer sa force, son agilité, sa finesse et sa souplesse.» La presse disait la même chose du basket quelques années plus tôt.
Dès 1929, l'Humanité appelle à pratiquer le handball dans le cadre de la Fédération sportive du travail. En cette année 1929, le quotidien communiste se fait prosélyte du handball. Pour le quotidien communiste, le handball devient un sport de combat politique.
Malgré tous les efforts de l'Humanité, «le handball est encore presqu'inexistant en France, aussi bien dans les fédérations bourgeoises qu'à la FSGT (Fédération sportive et gymnique du travail qui a succédé à la FST)», constate le Populaire du 6 juillet 1936. Pourtant, le journal pare de toutes les vertus ce sport «plus complet que le football ; toutes les parties du corps étant mises en mouvement ; il demande autant de vitesse et de souplesse que le basket mais exige plus de rigueur que celui-ci. D'autre part, il ne peut donner naissance à des brutalités comme le rugby et souvent le football».
D'origine allemande, le handball trouve naturellement sa place aux Jeux olympiques de Berlin. Petit à petit, le handball trace sa voie en France. L'Intransigeant du 29 août 1986 indique que la France s'affilie à la Fédération internationale.
Après l'Humanité, à la fin des années 20, c'est le Figaro qui se charge de la promotion du handball à la fin des années 30. Les Jeux universitaires se déroulent à Paris en août, le hand figure au programme. Le Figaro du 23 annonce qu'un «France-Allemagne est prévu à Colombes : en handball, sport inconnu chez nous et dans lequel, crânement les nôtres rencontreront les tenants du titre olympique. Crânement mais sans illusions, encore que les premières leçons reçues de nos voisins d'outre Rhin aient prouvé que ce sport correspond parfaitement au tempérament français.»
C'est en 1940 que le handball fait son entrée à l'école, ainsi que l'écrit l'Œuvre, du 8 octobre : «La commission technique de l'USEP (sport scolaire), toujours soucieuse de satisfaire les goûts de la jeunesse scolaire et post-scolaire tout en procurant à celle-ci les moyens de se développer physiquement dans le sport, a élaboré au cours de sa dernière réunion un règlement se rapportant au jeu de balle à mains, ou handball. Nous ne pouvons que nous en réjouir. La balle à main est un jeu simple à la portée de tous les sportifs des deux sexes.»
Petit à petit, le handball quitte ses bastions alsaciens et essaime un peu partout en France. Le premier match officiel à Montélimar se déroule en mars 1941. En novembre 1941, le handball débarque à Lyon avec la création d'une section dédiée au sein du doyen des clubs de la ville, le FCL.
Le Journal du 4 novembre se fend même d'un petit poème en hommage«au petit dernier» des sports français. Puis loue un sport qui, à tout instant, «est l'occasion de départs en flèche splendides, de combinaisons très astucieuses. Pratiqué par des équipes en forme et qui en connaissent les possibilités entières, le handball est aussi emballant pour les spectateurs et pour les acteurs eux-mêmes. Il n'est pas dangereux mais toute virilité n'en est cependant point exclue.»
Le 31 décembre 1941, le Midi socialiste annonce «l'inauguration d'un nouveau sport à Toulouse, le handball, sport éducatif parfait». Le handball a fini par s'imposer comme un vrai sport, pas particulièrement adapté aux femmes comme la presse le suggérait dans les années 1920.
L'Aube du 3 juin 1948 signale que Paris va accueillir une demi-finale de la coupe du monde entre la Suède et la Suisse. Le journal précise qu'«en handball, la Suède, qui n'a pas connu la défaite en matches internationaux depuis 1945, partira favorite. Les Suédois sont passés maîtres dans cette spécialité extrêmement athlétique. Ils possèdent des éléments de grande valeur qui pratiquent un jeu rapide et précis et qui sont servis par des moyens physiques remarquables. La moyenne de taille des handballeurs suédois est de 1,87 m.» (Les Suédois l'emporteront 8-4 et rencontreront le Danemark en finale).
Suite de l'histoire. Le handball disparaît des Jeux après ceux de Berlin. En 1954, le sept apparaît en compétition officielle (Mondial en Suède). Plus technique, plus rapide, plus spectaculaire, il mettra à peine dix ans pour détrôner le onze. Ce dernier disparaît définitivement de la scène internationale en 1966. En 1972, à Munich, le sept est inscrit au programme des Jeux Olympiques pour les hommes puis, pour les femmes aux Jeux de Montréal en 1976.
Domination Française et Europeanocentrisme
La France, notamment parce que la discipline est largement pratiquée en milieu scolaire, est devenue la nation ultradominante du handball international depuis le premier de ses six titres mondiaux en 1995, même si, battue vendredi en demi-finale du championnat du monde par le Danemark, elle n'est plus ni championne du monde, ni championne d'Europe, ni championne olympique en titre, ce qui n'était pas arrivé depuis 2008. Le sport est resté très européanocentré.
Qu'il se pratique à onze ou sept, le titre mondial n'a jamais quitté le Vieux continent, trusté par la France et les pays de l'Est et du Nord, à l'exception de deux escapades en Espagne en 2005 et 2013. Le championnat du monde 2019, qui s'achève dimanche n'a pas repoussé les frontières du handball: les demi-finales opposaient le Danemark à la France et l'Allemagne à la Norvège.

Bruno Martini : Un Champion et sa Vision du Handball
Bruno Martini est l'un des plus grands gardiens de l'histoire du handball français. Détenteur de deux titres de champion du monde avec les Bleus en 1995 et 2001, il a aussi remporté au cours de sa carrière de nombreux titres nationaux et européens dans les clubs où il a joué.
Fort de plus 200 sélections en équipe de France, il relate de l'intérieur l'incroyable aventure des « Barjots », qui offrirent à la France son premier titre mondial, ainsi que l'épopée qu'il vécut avec la génération des « Costauds ». Entre rage de vaincre et besoin de se prouver sa propre valeur, Bruno Martini nous dévoile les coulisses du sport de haut niveau.
D’emblée dans son livre, Bruno Martini annonce la couleur : « Le handball n’a jamais été un jeu pour moi. Ça allait bien au-delà. Le hand fut un combat, contre des adversaires mais surtout contre moi-même. » Le ton est donné, honnête et humble. Le récit d’une vie sportive portée par la rage de vaincre et l’esprit de compétition.
Dans votre récit, on découvre que l’histoire de l’équipe de France n’est pas faite que de camaraderie ou de fraternité. Ressentiez-vous le besoin de faire quelques mises au point, au-delà de la légende officielle ? « Je voulais juste témoigner de ce que j’ai vécu, de la façon la plus transparente possible. Dans ce récit, je ne m’épargne pas, et donc il ne s’agissait pas d’édulcorer la vérité. Autour d’une équipe de sport collectif championne du monde, il se bâtit fatalement une fantasmagorie ; une légende chevaleresque. Cela n’est pas faux sur le fond, mais cela reste une histoire humaine, avec ses tensions, ses heurts, ses rivalités, ses trahisons… Cette vie m’a appris que le très haut niveau sportif était excessif en tout, avec de bons et de mauvais côtés. Une aventure humaine peut être exaltante, on ne lui demande pas pour autant d’être idyllique. »
On découvre que le handball a été pour vous un hasard du destin, plus qu’une réelle vocation… « C’est vrai. J’avais commencé par le rugby, mais c’est mon professeur de sport au collège qui, voyant que j’avais atteint 1,80 m à 11 ans et que j’étais gaucher, m’a suggéré de pratiquer le handball. D’abord en sport scolaire, puis en club, j’ai trouvé une discipline qui était tout sauf un jeu pour moi. J’ai toujours été obsédé par la rage de vaincre, de progresser, de réussir. Cette détermination absolue a été mon moteur, bien plus que le handball lui-même. Quand on est joueur, on répond à des questions, on évoque le match qui vient ou qui se termine, mais on n’a pas l’occasion de livrer ses pensées. Oui, j’ai vécu le hand comme un combat, que j’ai livré contre des adversaires, mais surtout contre moi-même, je pense. »
Comment expliquez-vous cette réussite ? « Il y a notamment un système de détection et de formation, avec une implication forte des clubs, qui fonctionne bien. Au-delà des performances de l’équipe de France, on le constate avec la réussite des clubs au niveau européen. Cette qualité de formation engendre un cercle vertueux. Notre championnat attire de bons joueurs étrangers qui participent, eux aussi, à la qualité de l’ensemble du haut niveau. Et puis, il faut bien le dire, on a eu du bol, avec trois générations dorées, une par décennie : celle née en 66-67, puis ceux de 76-77, et enfin ceux d’aujourd’hui, 96-97. Enfin, chaque génération a eu ses perles rares, de Jackson Richardon à Nikola Karabatic, de Greg Anquetil à Thierry Omeyer… »
A la fin de votre livre, vous effleurez le sujet de votre avenir, que vous ne voyez pas nécessairement dans le handball… « Pour l’heure, ce sont quelques idées plus que des projets. J’ai 48 ans, ma vie est rythmée par le handball depuis plus de tente-cinq ans. Je suis heureux dans mon rôle de manager général au Paris SG, mais comme tout le monde je pense, il m’arrive de me projeter, d’envisager la suite. Je veux savoir si je peux réussir au-delà du sport. Quoi qu’il arrive, et quel que soit le domaine, je sais que la motivation et la rage de vaincre m’habitent encore. »
Bruno Martini raconte une page d’histoire du sport français, dont il a été un acteur majeur. La lumière, mais aussi la part d’ombre ; les joies et les fêlures. Paroles de champion.
Parcours de Bruno Martini:
- Né le 3 juillet 1970 à Salon-de-Provence.
- Professionnel de 1989 à 2007.
- Champion du monde avec les Bleus en 1995 et en 2001.
Le Handball : Un Sport de Combat ?
L'intensité physique, la nécessité de se surpasser et la dimension stratégique du handball peuvent justifier cette appellation. Le témoignage de Bruno Martini, qui décrit le handball comme un combat contre soi-même, renforce cette idée.
Que ce soit dans les duels physiques, la pression psychologique ou la quête de l'excellence, le handball exige des joueurs une combativité constante.
6-0 defence tactic system 2 | Handball at school | IHF Education Centre
