Le basket-ball, bien plus qu'un simple sport, est un phénomène culturel et social. Regardée et imitée partout dans le monde, la ligue exalte le rêve américain de la méritocratie. Des histoires sociales édifiantes aux enjeux économiques colossaux, en passant par les anecdotes marquantes, plongeons au cœur de ce sport passionnant.

L'Ascension Spectaculaire de la NBA
Bienvenue dans la ligue professionnelle de basket américaine, où la valeur cumulée des trente équipes, ou « franchises » (36,3 milliards d’euros), dépasse aujourd’hui le produit intérieur brut (PIB) du Mali, du Sénégal et du Burkina Faso réunis. Grâce à la stratégie échafaudée par M. David Stern, commissaire de l’association de 1984 à 2014, qui a misé sur la vedettisation des joueurs et sur l’exhibition de leurs trajectoires sociales, l’argent a coulé à flots : les recettes annuelles des franchises NBA sont passées de 150 millions d’euros au début des années 1980 à 5,5 milliards en 2016.
« Venez de nulle part » ; « Ici, vous serez jugés sur vos actes, pas sur vos croyances ou votre allure » ; « Le ballon devrait rebondir pour tout le monde », assènent les spots de l’équipementier Nike, dont les 110 milliards de dollars de capitalisation boursière doivent beaucoup au ballon orange.
Les Origines Sociales et le Rêve Américain
L’Amérique raffole d’histoires sociales édifiantes. Et le basket-ball la gâte. Un vendeur de rue nigérian sans papiers en Grèce - Giannis Antetokounmpo - qui apprend à jouer en 2007 et devient dix ans plus tard l’un des meilleurs joueurs de la ligue. L’athlète le plus petit du circuit - Isaiah Thomas, 1,75 mètre - qui devient candidat au titre de meilleur joueur de l’année en 2017. Assis sur son lit dans une chambre bien rangée, un gamin noir contemple le drapeau de son équipe fétiche, les Knicks de New York.
Pourtant, derrière ces success stories se cache une réalité plus nuancée. En 2013, une autre recherche venait corroborer cette conclusion. « Les données chiffrées, écrit le statisticien Seth Stephens-Davidowitz, suggèrent que le contexte socio-économique dans lequel les futurs joueurs ont grandi est bien plus déterminant que la soif de revanche sociale (…). Le chercheur énumère les compétences non cognitives dont le bon développement dépend du contexte socio-économique dans lequel les joueurs ont grandi : la persévérance, l’autorégulation, la confiance en soi, mais aussi la taille, l’adresse, la force physique ou les réflexes.
« Les enfants pauvres de l’Amérique contemporaine ont une nutrition bien au-dessous des seuils minimaux, ce qui affecte forcément leur croissance. Ils affichent des taux de mortalité infantile supérieurs et de plus bas poids moyens à la naissance, poursuit le statisticien. En 2016, une étude parue dans la revue scientifique en ligne eLife a en effet confirmé que les Américains gagnaient davantage en largeur qu’en hauteur : en cent ans, l’Américain moyen a dégringolé de la 3e à la 37e place des plus grands habitants de la planète (1,70 mètre en 1914, 1,76 mètre en 2016). Les habitants des États-Unis sont même, d’après cette étude, la population qui a le moins grandi depuis un siècle, en raison de l’accroissement des inégalités et de la dégradation de l’alimentation (3).
Le Basket-ball Universitaire et les Défis de la Détection
Pour arriver au gymnase des Stars, une équipe amateur, il faut passer sous un pont métallique qui coupe la 83e Rue. « Personne ne s’aventure sous ce viaduc, raconte M. Terrence Hood. C’est la ligne de démarcation entre deux territoires rivaux. » Il est le fondateur et l’entraîneur d’une équipe qui concourt dans le circuit de l’Amateur Athletic Union (AAU), une ligue d’été gérée par les équipementiers où s’affrontent les meilleurs adolescents du pays, souvent encore lycéens.
Il nous accueille en montrant, désolé, un terrain de basket au sol lézardé à l’entrée du parc Avalon : « Les cercles ont été enlevés des panneaux afin d’éviter les rassemblements propices au crime. Du coup, les gamins d’ici n’ont nulle part où jouer. » Avec 762 homicides en 2016, contre 600 pour Los Angeles et New York réunies, Chicago bat tous les records de criminalité.
Pour les joueurs des Chicago Stars, il va falloir jouer finement et s’économiser. Car les camps sont payants, sans compter les frais de voyage. Et l’inscription de l’équipe coûte à elle seule 700 dollars. Faut-il être né avec des ressources suffisantes pour souscrire aux exigences de la vie d’un athlète professionnel ? « Ça fait mal, mais je pense que oui », répond « coach T ».
L’ultime objectif de M. Hood est de permettre à ses joueurs d’être repérés, dans le but de se voir proposer une bourse universitaire. Pour cela, ils doivent exceller individuellement sur le terrain, se montrer bagarreurs et… avoir eu de bonnes notes tout au long de leur scolarité (6). « C’est cela qui a changé par rapport à mon époque : il faut désormais être bon en basket et bon à l’école. Si vous n’avez pas de bonnes notes, ça peut vous barrer la route pour obtenir une bourse. Comme l’écrivait Earvin « Magic » Johnson, membre de la célèbre dream team (7) de 1992, « les chances d’arriver en NBA sont infimes (8) ».
En 2016, environ 0,01 % des quelque 500 000 joueurs masculins de lycée ont atterri dans la prestigieuse ligue.
Diversité et Identité Culturelle
À sa création, en 1946, la NBA était interdite aux joueurs noirs. En 2017, ceux-ci représentent 74 % des troupes du championnat. « Il y a une scission dans ce milieu. Le basket universitaire est assimilé à un basket “blanc” et le basket NBA, aux Noirs. En un siècle, ce sport inventé par les Blancs est devenu un marqueur culturel très important de la minorité afro-américaine, résume le chercheur français Yann Descamps, auteur de la thèse « Am I black enough for you ? » (La Sorbonne, 2015).
Dans l’Indiana bat le cœur du basket-ball des pionniers : blanc, chrétien et rural. Ce sport rudimentaire fut inventé en 1891, par un professeur de gymnastique de l’université de Springfield (Massachusetts), au sein de la Young Men’s Christian Association (YMCA). James Naismith cherchait une activité physique pour ses étudiants pendant les hivers rigoureux, entre les saisons de football et de base-ball. Le basket-ball est initialement un sport de salle où l’on jette des balles dans des paniers de pêche suspendus à 3,05 mètres. À partir du Nord-Est américain, les missionnaires de la YMCA exportèrent ce jeu sur toute la planète.
Le Rire Jaune : Anecdotes et Réflexions
Xavier Vaution, directeur du service NBA de beIN Sports, partage une réflexion sur le long terme. « Je n’ai pas tous les tenants et aboutissants et je ne veux pas être un donneur de leçons mais j’aimerais que les relations entre les deux clubs soient meilleures. Pourquoi pas un jour voir un seul et même club à Charleville ? Avec, comme à Lyon, une section filles et une autre garçons. Je pense que ce serait plus intelligent. Tout le monde devrait tirer dans le même sens. » Il a beau en plaisanter, c’est un rire jaune qui s’affiche sur son visage.
Il y a donc une forme de logique à le retrouver au micro pour faire vivre les exploits des James Harden, Stephen Curry et autres grandes stars du basket américain. « C’est ce que j’ai toujours voulu faire », concède-t-il.
Le Cinéma et le Basket : Une Affinité Naturelle
Le haut du panier du cinéma français a débarqué un matin d'avril sur le parquet de la Hoops Factory d'Aubervilliers, et tout semblait parfaitement normal à tout le monde. Normal parce que Pierre Niney et François Civil viennent ici de temps en temps pour des petits matches en toute discrétion. Entre les deux acteurs, sur le parquet comme sur les plateaux, l'amitié prend toujours le pas sur la compétition.
Ils se rappellent leurs nuits d'avant, affalés sur le canapé à enchaîner les fins de play-offs NBA à la gloire des Warriors de Golden State. « Très vite, dans notre histoire d'amitié, on s'est retrouvés sur un terrain de basket, ce sport a été important dans notre histoire. »
Niney : François, c'est Westbrook. Il est très athlétique, très dynamique, il rentre dans la raquette... Inarrêtable. À Jemmapes (un terrain de basket de rue dans le Xe arrondissement parisien), on l'appelle "La Flèche". (Il éclate de rire.)
Civil : Sachez que je regarde tout. Tous les matins, j'ai ma highlight YouTube. Je suis sa saison de près, extraordinaire. Tu l'as vu jouer, Pierre, non ?
Niney : Oui, au All-Star Game français. Mais est-ce que ça compte ? Je suis les meilleures actions sur les comptes Instagram basket, ou House of Highlights, mais maintenant que j'ai des enfants... Avant, je regardais carrément les matches en multiécran.
Civil : Il a des lignes de stats complètement folles. 5 x 5 ! Batum l'avait fait, mais en rookie first season, c'est fou. Ça veut dire minimum 5 points, 5 rebonds, 5 passes, 5 contres, 5 interceptions. Il a failli le claquer deux matches d'affilée. Il est parti pour être stratosphérique.
Civil : Moi, ça part de mon tee-shirt (il l'exhibe fièrement). Dennis Rodman !
Niney : Très, très bancal Dennis ! L'ami des dictateurs, Kim Jong-un et compagnie...
Civil : (Il rit.) Bon, il est tellement iconoclaste ! Tim Duncan, Tony Parker évidemment...
Niney : Moi, j'ai eu le poster de Parker dans ma chambre pendant si longtemps... Steve Nash, Stephen Curry, Jason Williams avec ses elbow passes dans le dos... Je peux regarder ses highlights pendant des heures pour m'endormir. Je suis plus sensible à l'élégance dans le jeu qu'à des stats monumentales type LeBron, donc je me tourne plus vers le profil des passeurs type Doncic.
Finalement, Niney et Civil partagent une passion commune pour le basket, qu'ils transposent dans leur amitié et leur travail au cinéma.
L'Incident Inoubliable : Pistons vs. Pacers (2004)
Ça a débuté comme ça. Un simple match de saison régulière, comme il y a en beaucoup chaque soir, dans une saison NBA. Cette rencontre va entrer dans l’histoire de la NBA, par la mauvaise porte, en devenant la pire bagarre de tous les temps. Un tel cauchemar ne part pas seulement d’une seule et unique étincelle. Pour comprendre cette bagarre, il faut revenir à la source : la relation entre les Pistons et les Pacers.
Le soir du match, les bilans sont contrastés. Les Pistons ne sont pas au mieux (4 victoires en 7 matches) car Larry Brown a été absent après une opération et Ben Wallace a, lui aussi, manqué des matches pour un deuil familial. Les Pacers, eux, sont plus en forme avec 6 victoires pour 2 défaites, mais ils comptent de nombreux absents : Reggie Miller, Anthony Johnson, Jeff Foster, Jonathan Bender et Scot Pollard. Une seule constante reste : la rivalité est forte. Les joueurs des deux franchises ne s’apprécient pas.
C’est donc le vendredi 19 novembre que les deux formations se retrouvent, à 20 heures, au Palace d’Auburn Hills, depuis détruit. 22 076 personnes assistent à la rencontre, arbitrée par le trio Ron Garretson, Tim Donaghy, Tommy Nunez, et diffusée sur ESPN.
Mais avant l’explosion finale, il y avait eu deux alertes. Rip Hamilton avait donné un coup de coude dans le dos à Jamaal Tinsley. Les arbitres n’ont rien sifflé, mais le banc des Pacers l’a très bien vu. Ensuite, à moins de 90 secondes du terme, Ben Wallace frappe Ron Artest, alors que ce dernier allait au panier. Là encore, les arbitres ne voient rien à redire.
Quand soudain, Artest reçoit un gobelet sur le visage. Furieux et déterminé, Artest monte les gradins pour aller agresser le spectateur qui lui a lancé le projectile. Dans la précipitation et la colère, il se trompe de cible. Il frappe Michael Ryan, alors que c’est John Green qui a lancé le gobelet. Green est d’ailleurs celui qui l’attrape par derrière pour le maîtriser.
Stephen Jackson n’est pas loin puisqu’il monte aussi parmi les spectateurs et envoie une droite à un fan. La sécurité du Palace est dépassée. Scène surréaliste, Larry Brown prend le micro de la table de marque pour adresser à un message à toute la salle. « S’il vous plaît, arrêtez. Laissez les joueurs tranquilles !
Après le chaos, les Pacers rejoignent les vestiaires. Pour y aller, il faut passer sous le tunnel, devant les fans des Pistons, qui en profitent pour bombarder les vainqueurs du soir de gobelets, bouteilles et autres objets. Des crachats sont aussi lancés.
Dès le samedi 20 novembre, la ligue se penche sur cette soirée, peut-être la pire de son histoire en terme d’image. David Stern y va de son communiqué et annonce la couleur : il ne veut pas traîner pour prendre des sanctions.
Sanctions et Conséquences
En effet, les sanctions sont énormes : au total, 146 matches pour près de 10 millions de dollars de salaire en moins pour les joueurs concernés. Dans le détail, cela donne 73 matches de saison et 13 de playoffs pour Artest, soit 86 matches et presque 5 millions de dollars. Stephen Jackson est suspendu 30 matches, Jermaine O’Neal 25 rencontres qui seront ramenées ensuite à 15.
Ce week-end, probablement le plus long de la carrière de David Stern, change la ligue pour toujours. Des règles sont mises en place pour que les joueurs évitent d’aller dans les tribunes, que les fans soient mieux surveillés et que la sécurité plus renforcée.
De plus, outre la bagarre, qui n’était pas la première dans l’histoire de la ligue, c’est bien l’attitude des spectateurs qui va choquer David Stern. “On avait le sentiment qu’il fallait protéger ce que je dirais être la barrière entre les fans et les joueurs”, explique l’ancien patron de la ligue à The Athletic, quinze ans après. “On ne peut pas laisser une bagarre aller dans les tribunes. Ce n’est pas possible. On doit s’occuper du comportement des fans, mais aussi les protéger, qu’ils ne soient pas menacés. Ils sont les mieux placés dans le monde du sport, et ne doivent pas être mis en danger par des coups.
Pour boucler la boucle, Artest deviendra pote avec Green huit ans après. L’histoire de la ligue ne sera jamais plus là-même depuis cette sombre soirée, et ce match qui, faut-il le rappeler, n’a jamais terminé.
| Joueur | Équipe | Sanction |
|---|---|---|
| Ron Artest | Pacers | 73 matchs de saison régulière + 13 matchs de playoffs |
| Stephen Jackson | Pacers | 30 matchs |
| Jermaine O'Neal | Pacers | 25 matchs (réduits à 15) |
| Ben Wallace | Pistons | 1 match |
| John Green (Spectateur) | N/A | 30 jours de prison, 500 dollars d'amende |
Cet incident a marqué un tournant dans l'histoire de la NBA, conduisant à des mesures de sécurité renforcées et à une prise de conscience accrue de la nécessité de protéger l'image du sport.
Les 40 meilleures actions de Kobe Bryant au cours de sa carrière en NBA !
tags: #le #basketball #le #rire #jaune