Laurent Pokou a marqué sa génération et est reconnu comme l'un des plus grands attaquants de l'histoire du football ivoirien. Cependant, sa carrière n'a jamais atteint les sommets qu'elle méritait.

Jeunesse et débuts
Né à Treichville, un quartier populaire d'Abidjan, le jeune Laurent se passionne très vite pour le football, malgré les réticences de son père. Il fait ses débuts de footballeur dans sa ville natale, chez les jeunes de l’ASEC, mais doit suivre sa famille qui s'installe à Bouaké.
S'il quitte l’école pour se consacrer à sa passion, il doit travailler pour vivre. Très vite remarqué, il signe à 17 ans son premier contrat à l’USFRAN.
Revenu aussi sec dans son club formateur, il brille de mille feux sur tous les terrains du continent africain. Il se constitue un très beau palmarès avec le club phare du pays, en remportant trois titres de champion ainsi que six coupes nationales.
Révélation à la Coupe d'Afrique des Nations (CAN)
Le sélectionneur de l'équipe nationale de l'époque, le français Paul Gévandon, est convaincu de son immense talent et l'emmène à la CAN 1968 en Éthiopie. C'est lors de cette compétition que l'attaquant va se révéler au monde entier.
Il y obtient une belle troisième place, et un surnom: "l’homme d’Asmara", pour un fait d’arme lors de la demi-finale contre le Ghana, le 19 janvier 1968. Alors que les Éléphants sont menés 2 buts à 1, il se déchaîne et inscrit deux pions en à peine cinq minutes de jeu.
Complètement survolté, il élimine les défenseurs des "Black Stars" les uns après les autres, et les laisse médusés par tant d’adresse. La Côte d’Ivoire mène alors 3 buts à 2, mais ça ne suffira malheureusement pas. Le match se finit sur une victoire du Ghana par 4 buts à 3. Sa légende naît de cette défaite pleine de panache.
Pokou inscrit son sixième but lors du tournoi, ce qui lui permet de devenir meilleur buteur de la compétition. Il récidive avec huit autres réalisations lors de l’édition soudanaise de 1970, après avoir inscrit un quintuplé face à l’Éthiopie, explosée 6 buts à 1. La légende est en marche.

Logiquement courtisé par les clubs français les plus prestigieux, Pokou quitte la Côte d’Ivoire sur le tard, en décembre 1973, retenu longtemps par le puissant président de la République de Côte d’Ivoire Félix Houphouët-Boigny, qui souhaitait conserver ce joyau sur le territoire national.
C'est le Roi Pelé en personne qui lui avait conseillé de tenter sa chance à l’étranger avec ce message: "J’ai trouvé mon successeur. Il s’appelle Laurent Pokou. Il n’a qu’un défaut, il n’est pas Brésilien."
Passage en France et surnom de "Duc de Bretagne"
C'est donc à Rennes qu'il débarque et devient le premier joueur ivoirien à quitter le pays pour jouer dans une division professionnelle, lui qui avait toujours joué sous licence amateur en Côte d’Ivoire.
Il fait ses débuts sous ses nouvelles couleurs face à Troyes, le 6 janvier 1974, et inscrit d’emblée son premier but, au cours d’une victoire déjà crucial sur le score étriqué de 2 buts à 1. Quinze jours plus tard, il fait son entrée pour la première fois au stade de la route de Lorient face à l'Olympique Lyonnais, et se distingue une seconde fois en étant l’unique buteur de la rencontre.
Pour sa première saison, il contribue au maintien de son club en inscrivant 8 buts en 14 rencontres. Il enchaîne les réalisations, ridiculise toutes les défenses, et permet aux Rennais d’éviter la relégation.
Lors de sa seconde saison, l'attaquant ivoirien confirme en trouvant le chemin des filets à 14 reprises. Ainsi il devient le meilleur buteur rennais, insuffisant cependant pour se maintenir le club phare de Bretagne en Première Division. Malgré la relégation, l’attaquant ivoirien reste chez les Rouge et Noir. Et ça, les supporters rennais ne l’oublieront jamais.
En plus de ses buts sur le terrain, sa loyauté lui vaudra le surnom nobiliaire de "Duc de Bretagne", soufflé par le journaliste Jacques Etienne et depuis passé à la postérité. Buteur prolifique, son début de saison en D2 est époustouflant, avec dix-sept buts marqués lors de ses onze premiers matchs.
Il se distingue en inscrivant un quadruplé lors d’une large victoire face au FC Rouen (5 buts à 0). Malheureusement, lors d’une rencontre face à Châteauroux, sa saison s’arrête prématurément, victime d’une grave blessure au genou dans un choc avec le gardien castelroussin Raymond Olejnik.
Fin de carrière et reconversion
Nous sommes déjà en 1977. À 30 ans, "l’homme d’Asmara" quitte la Bretagne, direction l'AS Nancy-Lorraine, où Michel Platini se réjouit de l’avoir comme coéquipier. L’attaquant ne parviendra pourtant jamais à y donner sa pleine mesure, victime d’une maladie parasitaire.
En septembre 1978, il décide de revenir à ses premiers amours en Bretagne avec le Stade Rennais, le "club de sa vie" selon ses propres termes. Ce retour ne dure malheureusement que quelques mois.
Décembre 1978, il insulte et frappe l'arbitre lors d'un match de coupe de France, et écope de six mois de suspension en appel. Le jugement parait plutôt sévère et relativement rare. Quelques années plus tôt, le brésilien Jairzinho, qui évoluait à Marseille, avait écopé d’un an de suspension, pour avoir mis un coup de tête à un juge de touche.
Écœuré, il rentre en Côte d’Ivoire, et raccroche les crampons avec l’ASEC Abidjan. Avant de mettre un terme à sa carrière de footballeur, il participe à une dernière Coupe d’Afrique des nations, en 1980.
Dès son retour, il se lance dans le secteur du textile. Laurent Pokou reste tout de même dans le monde du football en entraînant deux clubs ivoiriens (ASEC Mimosas et RS Anyama). Puis il intègre la fédération ivoirienne et devient ambassadeur de la FIFA. Il a aussi été ambassadeur d’une association humanitaire appelée "SOS Villages d’Enfants".
Laurent Pokou by Mbaye
