La rivalité entre l'Olympique de Marseille (OM) et le Paris Saint-Germain (PSG) est un des points d'orgue du football français. Bien que poussée artificiellement au début des années 1990, elle s'est ancrée pour devenir l'un des points d'orgue du football français. Elle a donné lieu à d'innombrables épisodes mémorables. Parfois savoureux, drôles, émouvants ou révoltants, ces chapitres ont écrit l'histoire d'une rivalité oscillant toujours entre passion et déraison.
Ces dernières années, l'écart entre les deux équipes s'est creusé et le contexte sécuritaire a poussé les acteurs à faire preuve de mesure. La passion en a souffert. Le projet de Frank McCourt à Marseille, qui vise ouvertement à « concurrencer le PSG », promet de redonner toute son ampleur au « derby de la France », comme le surnomme Bernard Lama.
À deux jours du clasico, l'OM et le PSG fourbissent leurs armes, en silence et dans le confort cloîtré de la Commanderie et du camp des Loges. Les supporteurs des deux camps se toisent sur les réseaux sociaux ou à la machine à café, mais ils n'auront pas le plaisir d'un face-à-face qui fait aussi la beauté de cette opposition.
Nous avons réuni 10 acteurs de ces débats atypiques. Chacun nous raconte un souvenir marquant.
⚡️ L'HISTOIRE du Classique PSG - OM
Récits et Anecdotes Mémorables
20 DÉCEMBRE 1992 : « TAPIE VOULAIT QU'ON LEUR MARCHE DESSUS »
Jean-Marc Ferreri (OM) : « Impossible d'oublier ce match au Parc en où on s'impose 1-0. C'était super chaud avant l e ma t c h . On sentait une grosse tension entre dirigeants. Bernard Tapie nous avait bien conditionnés dans le vestiaire en nous demandant de leur marcher dessus. Et avec nos bestiaux comme Di Meco, Casoni ou Boli, il suffisait de dire ça pour qu'ils sortent les muscles. Les limites avaient été dépassées. Le plus fou, c'est qu'il y avait des internationaux dans les deux équipes. Sur la pelouse, c'était quasiment toute l'équipe de France qui jouait.

29 MAI 1993 : « OBLIGÉ D'ALLER CALMER LE PUBLIC »
Patrick Colleter (PSG) : « C'était quelques jours au Vélodrome après la victoire de l'OM en Coup e d e s c lu b s champions. Les supporteurs parisiens étaient comme des fous dans leur tribune. Ils jetaient des objets sur la pelouse au point que l'arbitre avait stoppé la rencontre. On était allés voir nos supporteurs pour leur demander de se calmer. C'était n'importe quoi. Au lieu de jouer, on parlait avec des mecs. On a fini par reprendre la rencontre mais ce n'était plus la même chose. On a perdu 3-1. Vraiment pas un bon souvenir. »

11 AVRIL 1995 : « JE ME SUIS CHAMBRÉ AVEC LUIS »
Marcel Dib (OM) : « On avait perdu cette demi-finale de Coupe de France au Parc (2-0). Sur les côtés, on avait Libbra qui faisait la misère à Patrick Colleter. Et de l'autre Ginola qui faisait autant souffrir Joël Cantona. A un moment, ce dernier craque et tacle durement Ginola sous les yeux de Luis Fernandez, sur son banc. Luis se met à hurler devant Joël que cela ne se fait pas de jouer comme cela. Je me suis alors précipité sur lui en lui disant : Luis, t'es gonflé ! Tu jouais exactement comme ça ! T'as jamais été un mec technique ! Il m'a regardé et il s'est marré. »
28 NOVEMBRE 1998 : « J'AI REÇU 2 000 BALLES DE TENNIS SUR LA TÊTE »
Bernard Lama (PSG) : « En 1992, au Parc, j'avais été marqué par la violence du match. On avait perdu 1-0. J'avais ensuite fait des déclarations qui avaient été sorties de leur contexte, qui me valaient de belles réceptions à Marseille. J'avais dit que les Marseillais s'étaient comportés comme des voyous. Ensuite, chaque fois que j'allais dans le Sud, même à Martigues, c'était chaud. On me jetait toute sorte d'objets. Un jour, j'ai failli prendre un trousseau de clés dans la tête. Le plus marquant, c'était en 1998, au Vélodrome (0-0). Ce jour-là, j'ai reçu 2 000 balles de tennis sur la tête ! Ça ne m'a pas touché. Dès que l'arbitre a donné le coup d'envoi, tout le virage s'est mis à lancer des balles sur le terrain. Je n'ai jamais eu peur de jouer, mais c'était parfois chaud. »
15 FÉVRIER 2000 : « UNE BAGARRE ENTRE LES DEUX LEROY »
Eric Rabesandratana (PSG) : « Il y a eu une bagarre entre les deux Leroy. Ils en sont venus aux mains après un tacle de Jérôme sur Laurent. C'était assez ahurissant pour nous sur le terrain de les voir tous les deux se taper dessus, parce qu'ils avaient joué ensemble à Paris et que c'étaient deux gentils mecs. Et en plus, ils ont le même nom ! Certes, ils avaient deux gros caractères, mais c'était complètement surréaliste. Moi et quelques autres, on est venu les séparer. Ils ne sont pas restés fâchés. Il n'y avait pas de raison, parce qu'ils s'entendaient bien. »

10 NOVEMBRE 2004 : « AVEC ANIGO, ON S'EST ENGUEULÉS COMME DES POISSONNIERS »
Jérôme Alonzo (PSG) : « Le PSG venait de gagner les sept derniers clasicos. Avant le match de Coupe de la Ligue, on m'avait demandé comment je voyais le match et j'avais répondu : A leur place, je ne serais pas tranquille. Je pense qu'ils nous craignent. A la sortie de mon échauffement, José Anigo, que je connaissais depuis très longtemps, m'avait mis un sacré coup de pression. Alors que j'allais lui faire la bise, il m'avait interpellé : Oh, Alonzo ! Ferme-là un peu dans les journaux. On n'a peur de personne ici ! On craint dégun !. Je ne me suis pas laissé faire et c'est monté. On s'est engueulés comme deux poissonniers sur le Vieux-Port et on avait été séparés. Ça m'avait un peu perturbés en première mi-temps mais après, ça m'avait tellement énervé que j'avais fini fort et on avait gagné 3-2. On s'est recroisés souvent et il y a beaucoup d'affection entre nous. Il n'a pas oublié que j'étais le gardien de l'OM quand le club est remonté en D 1, en 1996. »

16 OCTOBRE 2005 : « J'ÉTAIS ARRIVÉ UN PEU AMOCHÉ »
Vikash Dhorasoo (PSG) : « Avant le match au Vélodrome (victoire de l'OM 1-0), quelqu'un avait renversé de l'ammoniaque dans notre vestiaire. Bien évidemment, d'après les Marseillais, c'était accidentel… C'était irrespirable. On avait dû se changer sous la tribune. Ce match était aussi spécial pour moi, parce que le mercredi, on s'était qualifiés pour la Coupe du monde en battant Chypre avec l'équipe de France. Tous les soirs avant le match, j'avais eu des amis chez moi et on avait bu des coups. J'étais arrivé un peu amoché… L'après-midi, j'ai fait une sieste de cinq heures ! Avec tout ça, j'étais sorti blessé. Le bus parisien avait été caillassé après le match. Roschdy Zem, qui voyageait avec nous, était en panique alors qu'aucun joueur n'y prêtait attention, parce que c'était comme ça à chaque fois qu'on venait à Marseille. »
5 MARS 2006 : « LE PARC A APPLAUDI LES MINOTS »
Bernard Mendy (PSG) : « J'étais malade comme un chien le jour où l'OM a envoyé les minots au Parc, parce que ses supporteurs ne pouvaient pas se déplacer. J'avais vomi avant le match et j'avais vraiment mal joué. Toute l'équipe était passée au travers, on ne savait pas trop comment se situer par rapport à ces jeunes de l'équipe réserve marseillaise. Ils étaient remontés à bloc, et nous, on pensait qu'on allait gagner facilement. A la fin, après le 0-0, le Parc a applaudi les minots. Nous, on est rentrés sous une grosse bronca. On s'est fait allumer par les supporteurs et les médias toute la semaine. »
10 SEPTEMBRE 2006 : « AVEC NIANG, ON DÉBRIEFAIT AVEC UNE CIGARETTE »
Sammy Traoré (PSG) : « Ce soir là, j'avais marché sur le tendon d'Achille de Mamadou Niang. On était proches, on se connaissait de longue date. Il me dit : Oh, Sammy, tu fais quoi, on est potes !. Je lui réponds : Désolé, frère, mais je suis obligé, c'est le derby. Après le match, comme d'habitude, ça ne nous a pas empêchés de nous retrouver pour fumer une cigarette. J'avais mon coin au Parc et lui sa salle au Vélodrome. C'était un peu caché. On se retrouvait et on débriefait le match en fumant. Il y avait de l'engagement, mais ce n'était pas comme dans les années 1990. C'était plutôt du côté des dirigeants que ça se passait. José Anigo avait interdit aux Marseillais de nous serrer la main, même si on était amis avec certains. »
27 FÉVRIER 2013 : « BARTON VOULAIT FAIRE CRAQUER IBRA »
Elie Baup (OM) : « Cela a toujours été des matchs avec une grosse pression à l'extérieur. En 2013, au Parc des Princes (2-0), j'ai bien senti que l'Anglais Joey Barton avait décidé de faire craquer Ibrahimovic. Il s'était mis cette mission en tête. Tout le monde a vu qu'à un moment, il a mimé la longueur de son nez. Mais il n'a pas arrêté de lui parler pour essayer de le provoquer et le faire sortir de ses gonds. Joey Barton avait ce métier-là. Mais Ibrahimovic avait aussi de l'expérience et il a préféré en rigoler. Et il a marqué deux buts. »

Quand la rivalité dégénère: L'affaire des bananes contre Joseph-Antoine Bell
La rivalité peut sentir mauvais. Très mauvais, même, quand on repense à ce qu'elle a engendré entre l'OM et Bordeaux. À l'acmé de l'antagonisme, une scène pathétique a pris corps sur la pelouse du stade Vélodrome. Le 14 avril 1990, après des semaines et des mois d'invectives, les Olympiens recevaient les Girondins (2-0). Et l'irréparable s'est produit durant l'échauffement, quand des milliers de supporters situés en pesages Sud ont visé leur ancienne idole, Joseph-Antoine Bell, en lui balançant... des bananes.
"J'étais préparé, se rappelle aujourd'hui le félin gardien, du haut de ses 67 ans. Le jour du match, on était à l'hôtel à Vitrolles. Au JT de 13h de TF1, ils avaient montré un sac de 50kg de bananes retiré du Vélodrome par la police. J'étais surpris, mais préparé. Je n'ai pas eu besoin de savoir que c'était dirigé, le chef d'orchestre, il est décédé aujourd'hui, c'était Bernard Tapie. Si un dirigeant était allé voir les supporters pour leur dire de ne pas le faire, cela ne se serait pas passé."
Le "plan anti-bananes" et la saisie matinale, prévus par les fins limiers de la police, comme le racontait Le Provençal le jour du match, n'ont pas suffi pour éviter ce lamentable jet. "C'était pourtant un joueur adulé à Marseille et ça reste, pour moi, l'un des plus grands gardiens de l'histoire du club, rembobine l'ancien Ultra. C'était une star, ici ! Quand il va à Bordeaux, ça ne plaît pas trop. Je me suis dit : 'Quel traître !' Ses paroles ont entraîné ce geste grandement regrettable. On n'en est pas fier. Je comprends que ce soit une blessure pour lui.

Alain Giresse et la Rivalité OM-Bordeaux
Alain Giresse, ancien joueur de l’OM et de Bordeaux, partage son point de vue sur la rivalité entre ces deux clubs :
« Rien du tout, sinon une rivalité sportive normale. J’ai commencé à jouer contre le grand OM de Magnusson, Skoblar, Bonnel qui dominait le foot français. Nous perdions et il n’y avait rien de particulier. »
« J’ai commencé à jouer contre le grand OM de Magnusson, Skoblar, Bonnel qui dominait le foot français. Nous perdions et il n’y avait rien de particulier. »
« La rivalité est sportive, elle existe aussi à travers les présidents Bez et Tapie, c’est parti avec eux… Je ne suis pas un élément déclencheur. Les présidents étaient faits pour ne pas s’entendre, mais entre les deux clubs, il y a eu beaucoup d’échanges de joueurs. »
« La forteresse imprenable pour les Marseillais qui focalise chaque année les fans bordelais ; chaque club a une histoire et l’environnement rappelle aux joueurs nouveaux, aux dirigeants nouveaux ce que représente ce match-là, qui ne peut pas être banalisé. Les supporters ne transigent pas là-dessus : mobilisation générale. La saison dernière, les Girondins n’étaient pas bons mais ils ont eu une réaction. Même la grande armada de 1991 n’a pas gagné à Bordeaux. »
France-Pays-Bas à l'Euro 2000 : Le Match que Personne ne Voulait Gagner?
En évoquant Pays-Bas - France, troisième sortie des Bleus à l'Euro 2000, on devine encore les sentiments mêlés de Bernard Lama. Ce jour-là, à Amsterdam, le gardien dispute, à trente-sept ans, son dernier match officiel avec l'équipe de France et sent autour de lui une ambiance particulière.
«On ne voulait pas être dans le tableau des Italiens. Dans le vestiaire, je l'ai ressenti... C'était chaud de les jouer, c'étaient les adversaires les plus redoutables donc autant les avoir à la fin plutôt qu'en cours de compétition...»
Au coup d'envoi, les deux équipes sont qualifiées. Une victoire ou un nul assurent aux hommes de Roger Lemerre la première place et une possible demi-finale contre l'Italie, qui sait depuis la veille qu'elle jouera contre la Roumanie en quarts. Pour les Néerlandais, co-organisateurs, ce serait alors un exil en Belgique, sans retour avant la finale, vécu comme un drame.
«Quel que soit le sérieux des gars à l'entraînement, seul un match leur donne le rythme et on ne voulait lâcher personne sur le banc.» Les Bleus alignent ainsi les cinq joueurs de champ pas encore utilisés : Christian Karembeu, Frank Leboeuf, Robert Pirès, Johan Micoud alternative frustrée à Zinédine Zidane, puisque Lemerre ne veut pas les associer, à l'inverse d'un Michel Hidalgo avec Michel Platini et Alain Giresse. Et David Trezeguet qui traîne sa peine depuis le début du tournoi.
«Je me suis jamais considéré comme un coiffeur, tranche Lama. Ce n'est pas un terme acceptable. On voit bien, encore aujourd'hui, l'importance des remplaçants, mais aussi des remplaçants des remplaçants. Une compétition internationale ne se dispute jamais avec seulement onze bonhommes.»
«Il y a eu un moment de doute de la part du staff parce qu'ils ne savaient pas ce que je voulais faire, éclaire ce dernier. J'ai demandé rendez-vous au coach et lui ai dit que j'allais jouer. C'est moi qui ai pris la décision. J'ai mis fin à leur questionnement.»
«Ce n'était pas un caprice. En 1998, Barthez n'avait jamais joué de compétition internationale. Je pensais que ça pouvait être dangereux pour Fabien et pour moi que je joue. J'aurais pu me planter, planter l'équipe, faire un très grand match et, quelle que soit ma prestation, ç'aurait pu rompre un équilibre psychologique qui était quand même fragile. Ce n'était pas une bonne chose.»
«Ce n'était plus le même contexte. On avait gagné en 1998. On avait plus de certitudes. Fabien était rodé et j'estimais que je pouvais jouer sans perturbations. Je devais jouer parce que, comme en 1998, j'étais en pleine bourre, j'avais fini meilleur gardien du pays, aidé le PSG à se qualifier pour la Ligue des champions et je pense que j'étais le meilleur, mais les choix étaient faits... J'avais aussi plus de recul, j'avais accompli mon rêve de gagner la Coupe du monde, j'étais arrivé au bout de mon chemin. Et j'avais quand même besoin de jouer ce match pour montrer que j'étais encore là, parce que je cherchais un club.»
«Il faut arrêter de dire que le match ne comptait pas pour grand-chose, coupe le gardien calmement. Un match international compte toujours. D'accord ? Ce match-là permet de maintenir tout son groupe en état. Il est très important. Ce n'est pas un match quelconque. Chaque match a sa vérité.»
Celle des cinquante premières minutes (2-1 pour les Bleus), enthousiasmantes et parfois flamboyantes techniquement, est claire : il n'y aurait pas plus belle finale que France A contre France B. «On avait été pas mal !, sourit Pirès. Elle avait fière allure, cette équipe B !»
Elle a sans doute manqué de rythme et d'automatismes défensifs pour résister aux Pays-Bas, qui l'emportent 3-2. «Ça n'avait pas marqué, parce que le contenu était très intéressant, ce match n'a rien remis en cause.» Lama est toujours partagé. «Ç'a été un très beau match, pas désagréable à jouer, les Néerlandais voulaient absolument gagner, donc j'ai eu du boulot, mais je ne l'ai pas aimé personnellement. Parce qu'on a perdu et que je n'aime pas perdre. J'étais énervé et frustré d'avoir encaissé trois buts... Mais content parce qu'on était qualifiés. On avait fait le boulot qu'il fallait, sans balancer le match. On était là pour gagner l'Euro. On sait que ça passe parfois, pour un joueur, par le fait de ne pas jouer, et par une défaite en cours de route. Le truc, c'est de perdre le bon match, si l'on peut dire.»
Dans le compte rendu de L'Équipe, quatre joueurs retiennent l'attention de Vincent Duluc : le premier buteur Dugarry «décidément candidat à autre chose», Wiltord et «la qualité de ses appels et de sa prise de balle», Pirès, «milieu relayeur à l'ancienne, sobre et appliqué, travailleur et précis», et Trezeguet qui «a marqué, mais il semble mieux adapté, à ce niveau, à une situation nettement dominatrice». On en reparlera...
Ci-dessous vous trouverez la feuille de match de cette rencontre:
| Équipe | Joueurs | Sélectionneur |
|---|---|---|
| FRANCE | Lama - Karembeu, Leboeuf, Desailly (cap.), Candela - Dugarry (Djorkaeff, 68e), Vieira (Deschamps, 90e), Micoud, Pirès - Trezeguet, Wiltord (Anelka, 80e). | R. Lemerre |
| PAYS-BAS | Westerveld - Bosvelt, Stam, F. De Boer (cap.), Numan - Overmars (Van Vossen, 89e), Cocu, Davids, Zenden - Kluivert (Makaay, 60e), Bergkamp (Winter, 78e). | F. Joseph |