Le club de La Voulte-sur-Rhône, une petite ville d'Ardèche, a marqué l'histoire du rugby français. Son parcours exceptionnel en 1970, couronné par un titre de champion de France, reste gravé dans les mémoires. Cet article retrace cette épopée, en explorant les figures emblématiques, les moments clés et l'impact de l'usine Rhône-Poulenc sur le club.

Le Sacre de 1970 : Un Exploit Inoubliable
En mai 1970, La Voulte-sur-Rhône réalise un parcours exceptionnel. Le 17 mai 1970, en finale à Toulouse, les Ardéchois s'imposent contre Montferrand sur le score de 3 à 0 grâce à un essai de Renaud Vialar. L'équipe de La Voulte est sacrée championne de France.
Quelques jours plus tard, le 19 mai, l'entraîneur Jean Liénard, les frères Camberabero, Guy et Lilian, et tous les autres joueurs sont accueillis en Ardèche par près de 20 000 personnes. Avec le bouclier de Brennus, ils réalisent un défilé triomphal dans les rues de la ville.
Cette année là, le club voultain s'extirpe difficilement des phases de poule pour jouer les phases finales… au bout du chemin, Toulouse et la finale du Championnat remportée 3-0 face à Montferrand, dans le sillon d'une charnière landaise, reine de l'Ardèche, composée par Lilian et Guy, « les Cambé Tyrossais » ou « les lutins de La Voulte ».
Vainqueurs de Montferrand en finale (3-0), les frères Cambérabéro et l'entraîneur Jean Liénard reviennent à La Voulte triomphants. Le retour en Ardèche est phénoménal, même si les joueurs le retardent, fêtant la victoire à Toulouse.
De retour à La Voulte le lundi de pentecôte, la foule attend ses héros : « Les décapotables étaient là pour nous faire traverser la ville bondée qui nous acclamait. Après cela a été très dur pour mon frère et moi car nous étions invités partout pour fêter ce titre… je crois que j'ai du dormir 4H en huit jours… mais ce sont des souvenirs fantastiques ».
1969-1970 Résumé Finale La Voulte - AS Montferrand, championnat de France de rugby à XV
Jean Liénard : L'Architecte de la Victoire
Et les travailleurs venus à La Voulte pour trouver un gagne pain firent, en 1970, monter la mayonnaise préparée par l'entraîneur Jean Liénard pour un véritable festin : « cela a été une saison magnifique mais le véritable exploit a eu lieu en demi face à Agen, grandissime favori de l'épreuve.
Il fallait un homme providentiel pour forger ce destin, il s’appelait Jean Palix, directeur général de l’usine Rhône-Poulenc, le vrai père du La Voulte Sportif. Rampa était finalement un président plus « conventionnel », assez en phase avec son époque : un homme d’affaires généreux, qui embauchait chez lui et donnait des coups de pouce à ceux qui voulaient se lancer.
« Il nous donnait les moyens de réussir. J’ai monté des cabinets d’assurance, indirectement, je lui dois beaucoup, il m’a donné le sens des valeurs nécessaires. Ce titre de 1970 on l’a aussi interprété comme la rencontre d’un club, d’un président, et d’un entraîneur : Jean Liénard, figure truculente et meneur d’hommes.
Aux plus jeunes, on rappellera qu’il était le père spirituel de Jacques Fouroux, ce n’est pas peu dire. Lors des entraînements, il programmait des séances de joug qui traversaient le terrain. Il avait le charme canaille de ces coachs qui ne sombraient pas dans un esthétisme naïf ou hypocrite : « Il reste le grand entraîneur du club, la référence absolue. Un fort en gueule ? Oui, mais bienveillant et charismatique. Je l’ai toujours vouvoyé, détaille Averous. Il était très complémentaire de Rampa, on ne pouvait les dissocier. »
Guy Cambérabéro ne risque pas non plus d’oublier ce mentor : « Il savait s’adapter à ses hommes, à leurs caractéristiques. Il savait aussi leur parler. » Nous avions rencontré bien plus tard Liénard alors qu’il était à Grenoble.
Les Frères Cambérabéro : L'Âme du Club
Les frères Cambérabéro, Lilian et Guy, sont des figures de proue de La Voulte.
« Lorsque nous sommes arrivés, La Voulte jouait en Deuxième division, mais c'était déjà une belle formation. Guy était International C en arrivant et a donc débuté directement en Equipe 1, moi j'ai gagné ma place au fur et à mesure. Et dès notre première saison, nous montons ».
Lilian Cambérabéro, indissociable de son frère Guy, est l'un des grands joueurs de rugby français des années 1960. Demi de mêlée, avec "la passe la plus longue du monde" à l'époque, il était la plupart du temps associé à son frangin, demi d'ouverture. Ils ont fait les grandes heures du XV de France, avec le premier Grand chelem de l'histoire des Bleus en 1968, et de leur club ardéchois de la Voulte, avec un bouclier de Brennus, récompense du champion de France, en 1970.
Et en bon demi de mêlée malin, Lilian met un terme à sa carrière juste après ce titre, comme il avait prit congé du XV de France, deux ans plus tôt au terme du Grand Chelem tricolore de l'histoire en 68 : « Je ne pouvais pas mieux terminer. »

Rhône-Poulenc : Le Soutien Industriel
Mais dans les années 50 et 60, les joueurs ne signaient pas dans une équipe pour la gloire ovalique, mais pour vivre. « Nous venions dans un club pour le travail avant tout. Et à La Voulte tous les rugbymen, et tous les sportifs en général travaillaient dans l'usine Rhône-Poulenc » se souvient l'homme.
La Voultesur-Rhône, bourgade, s’est permis de fréquenter l’élite pendant trente-cinq ans. Derrière cette réussite, il y avait un atout majeur, c’est vrai : l’usine de textile artificiel Rhône-Poulenc, un paquebot industriel qui a compté jusqu’à 1 200 employés. Il produisait la rayonne qu’achetait Michelin pour l’entoilage de ses pneus. À La Voulte, Rhône-Poulenc était propriétaire de la piscine, du Stade, de la moitié des maisons. La société employait aussi les joueurs évidemment.
« 80 % de l’effectif travaillait à l’usine, avec des horaires adaptées pour pouvoir s’entraîner. Indirectement, La Voulte était l’un des premiers clubs professionnels de l’Histoire. Et ceux qui ne travaillaient pas à Rhône-Poulenc, étaient liés à la société parce qu’ils étaient commerçants et qu’on leur achetait des fournitures ou parce qu’ils étaient petits chefs d’entreprise et qu’ils devenaient sous-traitants. »
C’est Jean Palix qui a fait venir les deux frères Cambérabéro à La Voulte en 1955. « Le médecin du club, le docteur Delvecchi qui était Bayonnais passait ses vacances sur la côte landaise, il se renseignait sur les joueurs du cru. On lui avait parlé de nous qui jouions à Tyrosse, il a signalé notre existence à Jean Palix. »
Le patron embaucha les deux « Cambé » à l’usine et même leur père, Robert. Le système fonctionnait ainsi. Avec tous ces renforts du Sud-Ouest, La Voulte devint un petit bastion abonné aux phases finales, trois fois demi-finaliste (1959, 1965, 1970). Pas une escouade brillante ou impériale, mais un commando industrieux et difficile à manoeuvrer.
Mais dans une région ou le tissu économique n'était pas le plus vivace, ce que la prestigieuse entreprise avait apporté au club, elle le reprit en s'éclipsant, annonçant un déclin progressif d'un Champion de France. « Le club a réussit à se qualifier constamment jusqu'en 74, mais les problèmes du club ont été précédés par ceux de l'usine. Elle est passée de 2.500 employés en 1964-1965 à 35 dans les années 80, et comme elle ne fournissait plus de travail, le club n'attirait plus de joueurs… il y avait bien sur moyen de caser un ou deux joueurs dans les petites entreprises de la région, mais plus comme pouvait le faire la grande entreprise, et petit à petit, La Voulte a décliné » concède l'ancien demi de mêlée international, l'air triste.
L'Héritage et l'Avenir
Aujourd'hui en Fédérale 2, La Voulte tente de survivre, et vise une montée qui ne lui est pas impossible au regard de l'effectif et de la motivation des décideurs comme l'apprécie beaucoup Lilian Cambérabéro : « l'équipe dirigeante, menée par Jean-Louis Reyes fait du très bon travail, mettant l'état d'esprit en avant, restant ainsi dans la ligne directrice qui a toujours été celle du club… et je crois qu'ils ne sont pas loin de monter ».
« Il est difficile de voire le club descendre et descendre encore… Mais ce qui me rassure et maintien l'espoir, est que La Voulte reste fédérateur, que ce soit pour les joueurs ou pour les supporters ». Si les valeurs de son club de cœur restent immuables, l'espoir perdure… les bonnes âmes et les bonnes volontés sont légions dans la région, et le passage des Journées des Ambassadeurs dans le Comité Drôme Ardèche pourrait permettre de montrer que le passé n'est pas une page qui se tourne et s'oublie, mais bien un opus qui se relit, ou même se réécrit…
Palmarès de La Voulte
| Année | Événement | Résultat |
|---|---|---|
| 1959 | Championnat de France | Demi-finale |
| 1965 | Championnat de France | Demi-finale |
| 1970 | Championnat de France | Champion |
Pour ce énième renouveau, le club compte s'appuyer sur des entraîneurs compétents pour mener le LVR vers de nouveaux horizons. Bruno Ranchon sera entraîneur des avants en charge de l'équipe première avec une certaine philosophie du rugbyqu'il a déjà présenté aux joueurs déjà présents au club. "Nous allons vivre ensemble une aventure humaine. Pour cela vous allez devoir faire preuve d'une rigueur nécessaire et obligatoire, le rugby se pratique avec 90 % de physique et avec le ballon, c'est une manière de progresser en s'amusant et en jouant. D'autant que nous allons disposer d'une vidéo à chaque match pour analyser et créer des fiches de stats individuelles et collectives."
Gaëtan Aubert sera entraîneur des arrières en charge de la première, Joan Martinez, entraîneur des avants en charge de l'équipe réserve le dimanche et Tony Faugeron entraîneur de la réserve en charge des arrières. Voilà pour la partie terrain. et pour mener à bien ces projets, d'autres hommes avec d'autres missions seront de la partie. Siouda Mehdi, arbitre du club, aura en charge de l'accompagnement du projet sportif pour les prochaines saisons tandis Que Louis Zancanaro, joueur, as'occupera de la coordination sportive. Dans le cadre du programme "Campus 2023", Wilfried Adjahouinou a rejoint le club comme apprenti et il prépare un diplôme de management des associations sportives. À ce jour le club dispose d'un effectif de 59 joueurs dont 40 de la saison dernière qui ont confirmé leur présence. S'ajouteront une dizaine d'autres dont le retour est attendu au club ainsi que des rugbymen en provenance de divisions supérieures à celle dans laquelle le club va évoluer et dont la mutation est en cours.
Un fait, un seul. La Voulte, commune de l’Ardèche demeure la plus petite localité jamais sacrée championne de France. On parle ici du Bouclier de Brennus, le vrai, pas d’un titre de série régionale. Une victoire 3-0 en 1970 contre l’AS Montferrand au Stadium de Toulouse.
Peu de cités doivent à ce point leur notoriété à un club sportif. La Voulte était un vrai trésor de l’Ovalie, une ville minuscule mais représentée lors des deux premiers grands chelems du XV de France avec les célèbres frères Cambérabéro et Jean-Claude Noble, couronnés en 1968 ; puis Jacques Fouroux* et Jean-Luc Averous, couronnés en 1977. Maurice Lira puissant troisième ligne a aussi fréquenté l’équipe de France dans les années 60. Didier Cambérabéro le sera dans les années 80.
Cette finale 1970 n’eut rien d’un sommet. Avec une modestie qui l’honore, Guy Cambérabéro est le premier à le reconnaître : « On ne se prenait pas pour le Grand Lourdes, on savait qu’on n’avait pas les moyens de surclasser nos adversaires. Nous étions les petits, les modestes pas forcément attendus à ce niveau. On se contentait de la victoire, même avec des scores étroits. On faisait ce qu’on pouvait, et notre entraîneur mettait parfois des troisième ligne au centre. »
Ce n’était pas le passeport des attaques déployées de cent mètres. Le plus incroyable, c’est que ce jour-là, Guy, maître artilleur avait tout manqué au pied sous le ciel gris toulousain : « Je peux le dire maintenant, puisqu’on a gagné. La pelouse du Stadium de Toulouse n’avait pas été tondue. L’herbe faisait vingt centimètres, c’était lamentable, on ne pouvait pas botter, d’autant plus que nous n’avions pas de sable pour placer le ballon. Si nos adversaires avaient tout passé, je n’aurais rien dit. »
Un collectif sans talent offensif supérieur, un pack sérieux et dur au mal, mais sans puissance remarquable : ce « La Voulte 1970 » n’était pas un épouvantail. Toute la DrômeArdèche était venue le soutenir via deux trains spéciaux, un supporter nous a même assuré qu’un fanatique avait amené son troupeau de chèvres (on demande confirmation).
« L’euphorie qui a suivi en fut d’autant plus forte, d’autant plus que c’était une année compliquée, le club s’était qualifié de justesse, se souvient Jean-Luc Averous alors espoir et supporter. Nous avions douze blessés en début de saison, dont mon frère Lilian. Nous avions très mal commencé, mais en décembre, nous avions fait un repas avec le président et l’entraîneur pour mettre les choses au point. Et puis nous sommes allés à Chalon pour passer une après-midi horrible, sous la pluie Nous avons gagné et tout s’est enchaîné.
Les Voultains expliquent souvent que le grand match de la phase finale, ce fut la demie gagnée à Bordeaux face à Agen, archi-favori. 9-3, combat dantesque marqué par la férocité des Agenais contrariés. « Un match que nous avons fini à quatorze car Michel Savitzky avait pris un mauvais coup, croyez-moi ce n’était évident. Mais on ne s’était pas affolés » ajoute Guy Cambérabéro.
La Voulte était clairement un « Petit Poucet ». Mais un Petit Poucet qui a dîné très longtemps à la table des ogres. La Voultesur-Rhône, bourgade, s’est permis de fréquenter l’élite pendant trente-cinq ans.

Sur la base du système Palix, le club échappa à l’image du club usine pour muscler sa formation. La preuve avec ses titres Reichel et cadets du début des années 80, le LVS continuait à fédérer l’Ardèche alors que depuis 1976 Rhône-Poulenc n’en finissait pas de décliner jusqu’à la fermeture complète. « J’ai vu des ouvriers venir chez mes parents en pleurant. Mais les conventions collectives étaient quand même assez protectrices. Pour le rugby en revanche… » Jean-Luc Averous a vu un tout un monde s’écrouler.
Il a vu aussi le LVS vire une dernière période dorée avec ce succès extraordinaire de 1981 sur le terrain du grand Béziers qui n’avait plus perdu à domicile depuis onze ans. Les « Cambé » étaient encore à la charnière, mais ils s’appelaient désormais Gilles et Didier. « On a aussi battu les Biterrois chez nous au match retour. Je jouais encore, j’ai quand même évolué avec les deux générations de Cambérabéro… En 81, nous étions devenus un petit Stade toulousain, très mobile, on jouait tous les coups très vite. » Les « Cambé » juniors partirent ensuite faire le bonheur de… Béziers.
Puis, peu à peu, le LVS fut aspiré vers les profondeurs jusqu’à la fusion de 2010 avec Valence (une autre histoire à raconter) et la création d’un autre club voultain reparti du plus bas niveau. Parmi les internationaux récents, le Rochelais Kevin Gourdon porte encore la terre voultaine accrochée à ses crampons.
Mais le LVS de Palix et de Rampa n’est plus qu’un lointain souvenir, témoin du temps béni des trente glorieuses, nous y avons pensé ces derniers temps avec les débats sur la réindustrialisation de la France. Mais Rhone-Poulenc n’existe plus, pas sous ce nom-là en tout cas. On dit Rhodia désormais ou Aventis et le rugby n’est plus une priorité.
On se figurait que La Voulte était une ville industrielle stigmatisée par le déclin. On a découvert un village, perché avec un château magnifique « La Boule d’or », des places et des platanes, un Rhône majestueux, comme un rappel de la beauté des passes de Lilian Cambérabéro ou de l’inspiration d’André Laréal sur l’essai de la finale. Rappels doux-amers d’un rugby qu’on ne revivra plus par ici, hélas, c’est sûr.
Avant, peut-être, de changer de mains en fin de saison, le bouclier de Brennus va quitter Toulouse en fin de semaine. Direction… La Voulte ! Il sera présenté samedi au stade Battandier-Lukowiak, pour fêter les cinquante ans (plus deux) du titre décroché par les Ardéchois face à l’ASM (3-0). Programmée en mai 2020, la célébration du bouclier ramené en Ardèche en 1970 a été décalée deux fois en raison de la crise sanitaire, pour enfin se tenir cette saison.
La célébration débutera par un défilé qui partira de la place du marché, en présence des champions de France 1970 : Roger Cance, André Laréal, Nicolas Degrégorio, Paul Digonnet, André Faillon, André Dubouet, Renaud Vialar, Lionel Vialar, Serge Degueurce, André Roux et Max Répellin.
Plus de cent vingt adhérents
La journée se poursuivra ensuite au stade, à l’occasion d’un tournoi de moins de 12 ans, réunissant huit clubs de Drôme et d’Ardèche. Il est organisé par le LVR (La Voulte Rugby), nouveau club créé au moment de la fusion entre Valence et le LVS (La Voulte Sportif), en 2010, entente qui a ensuite fusionné en 2016 avec Romans pour devenir le VRDR.
L’Amicale des anciens, et l’un de ses dirigeants, Jean Alcalde, a d’ailleurs également elle aussi évolué. Dénommée au départ Amicale des anciens de 1970, elle se nomme maintenant l’Amicale des anciens du LVS, et comptent maintenant cent vingt adhérents. " Nous nous réunissons une fois par an pour l’Assemblée générale, explique Jean Alcalde. Nous essayons aussi d’aller voir un match de Top 14. Mais notre amicale garde le même principe : aider les gamins de l’école de rugby." L’après-midi débutera par un lâcher de ballons bleus et blancs. La journée se terminera autour d’un bon repas et d’un gâteau de taille confectionné spécialement pour l’occasion.
La Voulte, sacré champion de France 1970. (L'Équipe)
Pour les besoins d'un reportage en amont de cette finale, le photographe associe les avants voultains (Noble, Faillon, De Gregorio et Savitsky) aux desperados de western. La tension monte à El Paso...(L'Équipe)
