Dans la seule patinoire d'Afrique de l'Est, située à Nairobi, les "Lions de la Glace" nourrissent un rêve ambitieux : participer aux Jeux olympiques. Cette équipe nationale du Kenya a été acceptée fin 2024 dans la Fédération internationale de hockey sur glace, devenant ainsi la cinquième sélection africaine à y être affiliée.

« C'est un grand pas vers notre objectif d'aller aux Jeux olympiques. Nous avons été très enthousiastes de voir la croissance, les petits pas, tout le travail qui a porté ses fruits. Et cela nous donne de l’espoir. Cela nous montre que nous faisons ce qu’il faut et que nous allons arriver là où nous voulons aller », se félicite Benjamin Mburu, le capitaine des « Lions ».
Le hockey sur glace existe depuis 2006 au Kenya, lorsqu’un groupe d’expatriés canadiens a doté d’équipements la seule patinoire de la région, nichée au deuxième étage d’un hôtel cossu de la capitale d’un pays plus connu pour ses marathoniens. La plupart des joueurs ont appris le sport perchés sur des rollers, mais ils évoluent vite, selon Tim Colby, leur coach canadien de 61 ans. Comparé à ses compatriotes, « ils ne prennent rien pour acquis », souligne-t-il fièrement. « C’est une vraie équipe, une équipe solide. Ce n’est pas juste un feu de paille », ajoute-t-il.
Un premier titre local et l'affiliation à l'IIHF
Cette improbable équipe nationale kényane de hockey sur glace célèbre son premier titre d’une ligue amicale face à des joueurs amateurs issus de contrées plus froides. Une victoire qui suit de près un autre triomphe du groupe, qui a rejoint l’année dernière la fédération internationale de hockey sur glace (IIHF), dans un « pas énorme », selon son capitaine, vers son objectif: les Jeux olympiques.
« Cela nous montre que nous faisons ce qu’il faut et que nous arriverons là où nous voulons aller », déclare à l’AFP Benjamin Mburu, 30 ans.
Si les adversaires se font rares, l'équipe a pu remporter son premier titre dans une ligue amicale face à des joueurs amateurs issus de contrées plus froide. « Ils sont très bons, très rapides » affirme Jennifer Mariko Thompson, une joueuse des Hyènes de Howe, venue des États-Unis pour jouer dans cette ligue.

Kenya : le hockey brise la glace
Les défis de la pratique du hockey sur glace au Kenya
Malgré sa popularité croissante, la pratique du hockey sur glace sous l’équateur, n’est pas sans défis. Le premier étant qu’elle est énergivore. L’équipe nationale ne peut se permettre plus de deux entraînements sur glace par semaine, coûtant chacun l’équivalent de 90 euros et pratique, le reste du temps, sur rollers ou sur gazon.
La seule arène de la région a une surface d’un quart de la taille d’une patinoire olympique, tandis que jusqu’à l’arrivée de sponsors et de dons, les joueurs devaient se partager les équipements.
Les dons payent aujourd’hui la participation aux rencontres de l’équipe, qui espère trouver les financements pour participer à la première compétition inter-africaine de hockey sur glace prévue en juin en Afrique du Sud. Mais ni les sportifs, ni leur entraîneur, ne sont payés, souligne le capitaine, qui gagne sa vie en tant qu’architecte.
« Le temps de glace coûte assez cher ici. C’est notre principal défi », explique Carol Joseph, 28 ans, actuellement la seule joueuse de l’équipe. Dans un sport de contact, ce n’était pas sans difficulté, observe-t-elle. « Mais l’équipe est très solidaire (...) Et tu continues et tu n’abandonnes jamais », ajoute-t-elle, espérant en inspirer d’autres, pour former une équipe féminine.
Le hockey sur glace s'étend en Afrique et dans le monde
En octobre dernier, un nouveau membre a rejoint la famille du hockey sur glace : le Kenya, qui est devenu le cinquième pays africain - après l’Algérie, le Maroc, l’Afrique du Sud et la Tunisie - à rejoindre l’IIHF. Un acte fort quant à la capacité et l’ambition de la Fédération internationale d’implanter son sport dans de nouveaux territoires.
L'IIHF compte 84 fédérations membres. Pour être membre actif, il y a des conditions à remplir, dont la présence de patinoires. Beaucoup s’en construisent. Il y a eu un gros boom en Chine avant les Jeux. On a inauguré une patinoire en Indonésie, il y en a aussi aux Philippines, en Thaïlande… Il commence à y avoir du hockey partout. Dans le nord de l’Afrique, il y a deux patinoires au Maroc. Les pays du Golfe s’y mettent, il y a trois ou quatre patinoires aux Émirats, le Koweït en a construit deux. Les Jeux asiatiques d’hiver auront lieu en Arabie saoudite en 2029. C’est vraiment un sport qui s’étend un peu partout.
Tableau des Membres Africains de l'IIHF
| Pays | Année d'Adhésion à l'IIHF |
|---|---|
| Algérie | [Année d'Adhésion Algérie] |
| Maroc | [Année d'Adhésion Maroc] |
| Afrique du Sud | [Année d'Adhésion Afrique du Sud] |
| Tunisie | [Année d'Adhésion Tunisie] |
| Kenya | 2024 |
Le capitaine concède, sourire en coin, avoir dû « s'habituer » à l’air refroidi par la glace sur laquelle il glisse, tire, et dribble des adversaires américains et canadiens. Sans regret. « C’est addictif. Quand on est sur la glace, c’est comme si on était dans un monde complètement différent », déclare-t-il.

La formation de la nouvelle génération
En outre, l’entrée à la patinoire - à environ dix euros - est pour beaucoup inaccessible. Certains « Lions de la Glace » se rendent alors régulièrement sur un parking du quartier d’affaires de Nairobi, où ils entraînent les plus jeunes.
Par un dimanche ensoleillé deux jours après la victoire kényane, ils sont une dizaine à s’affronter chaussés de rollers, crosse à la main, sous le regard de curieux. Certains seront ensuite amenés sur la patinoire, et ont même participé à la ligue amicale.
« On peut voir la faim de réussite » chez les enfants, souligne M. Mburu, lui-même repéré sur ce parking.