Just Fontaine, né le 18 août 1933 à Marrakech (Maroc) et décédé le 28 février 2023, est une figure emblématique du football français. Son nom est synonyme de records impressionnants, de buts spectaculaires et d'une carrière malheureusement écourtée par les blessures.
Il était l’une des dernières légendes de la grande époque du Stade de Reims encore en vie. Comme Raymond Kopa ou Roger Piantoni, il est de ces joueurs qui marquent les esprits et restent dans les mémoires.

Né en août 1933 à Marrakech, Just Fontaine, dit « Justo », fait ses débuts en pro à l’USM Casablanca avec qui il remporte notamment un titre de Champion du Maroc en 1952. L’attaquant rejoint ensuite Nice avec qui il soulève deux trophées : une Coupe de France et un championnat (1954 et 1956).
Un Parcours Exceptionnel en Club
Transféré de la French Riviera à Reims en 1956 pour pallier au départ de Raymond Kopa pour le Real Madrid, Just Fontaine remporte le doublé Coupe-Championnat et est couronné roi des buteurs (34 buts pour 26 matchs) en 1958. Il s'octroie de nouveau la D1 en 1960 et dispute la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions en 1959 perdue face au grand Real Madrid (2 buts à 0).
Au total, il plante 122 buts en six saisons, dont une pratiquement passée à soigner une grave blessure à la jambe. Fontaine s'offre un dernier titre de champion de France avec les champenois en 1962. En tout, ce joueur d'instinct a planté 164 réalisations en 200 rencontres de Première division (soit une moyenne de 0,825 but par match) et a terminé à deux reprises meilleur buteur du championnat en 1958 et 1960, ainsi que deux fois dauphin en 1957 et 1959.
- Championnat de France 1956 (OGC Nice), 1958, 1960 et 1962 (Stade de Reims)
- Championnat du Maroc 1952 (USM Casablanca)
- Championnat d'Afrique du Nord 1952 (USM Casablanca)
- Coupe de France 1954 (OGC Nice) et 1958 (Stade de Reims)
- Challenge des Champions 1958 et 1960 (Stade de Reims)
La Coupe du Monde 1958: Une Légende est Née
La même année, l’épopée suédoise avec les Bleus et son association inédite avec Raymond Kopa font franchir un cap à « Justo » qui inscrit treize buts en six matchs, avec en point d’orgue, un quadruplé lors de la petite finale remportée face à l’Allemagne, qui restera dans les mémoires. Ce record, qualifié « d’imbattable » par certains, n’a pour l’instant jamais été égalé, seuls Sandor Kocsis (11 buts en 1954) et Gerd Müller (10 en 1970) l’ayant approché…

En moins de trois semaines et six matches, du 8 au 28 juin 1958, de Norrköping à Göteborg, Just Fontaine va écrire sa légende et celle des Bleus en marquant treize buts en phase finale de Coupe du monde. Un record sans doute imbattable pour celui qui vient de s'éteindre à 89 ans.
Pour la petite anecdote, Fontaine n’était même pas censé être titulaire au début de la compétition mais son entente avec Kopa et Piantoni avait poussé le sélectionneur de l’époque à revoir ses plans.
Les Matchs de la Légende
- France-Paraguay (7-3) : trois buts avec les chaussures d'un remplaçant. Obnubilée par Raymond Kopa, la défense paraguayenne oublie Just Fontaine qui s'offre un triplé (24e, 30e, 68e) pour l'entrée des Bleus dans le tournoi.
- Yougoslavie-France (3-2) : doublé mais énervé. Malgré un doublé de Fontaine (4e, 85e), dont une merveille de lob pour revenir à 2-2, la France s'incline sur le fil (2-3, 87e) lors de la 2e journée.
- France-Écosse (2-1) : un but « so French, so chic ». Buteur sur un caviar de « Justo » (22e), Raymond Kopa apprécie sa complicité sur le terrain comme en dehors avec son compagnon de chambre.
- France-Irlande du Nord (4-0) : deux buts et la prédiction de Harry Greg. Malheureux lors de la première période (barre à la 24e minute) de ce quart de finale, Fontaine trompe deux fois (56e, 64e) le gardien de Manchester United Harry Gregg.
- France-Brésil (2-5) : et Gilmar s'incline pour la première fois. En égalisant sur un service de Kopa (1-1, 9e), Fontaine est le tout premier joueur à battre Gilmar, qui soulignera « sa grande classe ».
- France-Allemagne (6-3) : et quatre pour finir ! Grâce à son quadruplé (15e, 36e, 77e, 89e), le feu follet Fontaine et ses treize buts au total effacent le record du Hongrois Sandor Kocsis (11 buts en 1954).
13 buts : le record mythique de Just Fontaine en Coupe du Monde ⚽ | Archive INA
Un Bilan Exceptionnel en Équipe de France
Lors de sa première cape internationale le 17 décembre 1953, il plante trois buts face au Luxembourg (8 buts à 0). Jusqu'en 1960, il marque 30 pions en seulement 21 sélections (1,43 buts par match), avec en point d'orgue l'épopée de la Coupe du Monde 1958 en Suède où il termine meilleur buteur du tournoi avec 13 buts en seulement six rencontres, sans tirer une seule fois les penaltys.
L'attaquant de Reims (1956-1962), passé auparavant par l'OGC Nice (1953-1956) et l'US Marocaine (1950-53), 3eme du Ballon d'Or France Football en 1958, achèvera sa carrière internationale avec un splendide total de 30 buts en seulement 21 sélections entre 1953 et 1960 (des débuts en fanfare avec un triplé lors de sa première sélection contre le Luxembourg), ce qui lui confère le meilleur ratio de l'histoire de l'équipe de France (1,43) loin devant Michel Platini (0,57, Mbappé est à 0,55).

Une Carrière d'Entraîneur et un Héritage Durable
Deux fois meilleur artificier de Division 1 (34 buts en 1957-58 et 28 pions en 1959-60), dont il possède la 4eme meilleure moyenne de buts pour des éléments ayant inscrit au moins 100 réalisations (164 buts soit 0,82 par match, derrière Ibrahimovic, Rohr et Skoblar), Just Fontaine se sera ensuite mué en entraineur. Deux petits matchs comme sélectionneur des Bleus en 1967, coach du Paris-Saint-Germain de 1973 à 1976, un club qu'il fait monter en première division en 1974, et sélectionneur du Maroc à la fin des années 1970 (1979-1981).
Distinctions individuelles
- Officier de la Légion d'Honneur
- Meilleur buteur de la Coupe du monde 1958 (13 buts, record)
- Meilleur buteur de la Coupe d'Europe des clubs champions 1959 (10 buts)
- Meilleur buteur de Division 1 1958 (34 buts)
- Meilleur buteur de Division 1 1960 (28 buts)
- Nommé au Fifa 100 (2008)
- Elu joueur français des 50 dernières années par l'UEFA (2004)
- Trophée spécial de l'UNFP 2008
Malgré tout, il garde une place éternelle parmi les légendes de la coupe du Monde grâce à un record que lui-même a qualifié de "gag grandiose". En 2014, l'ancienne gloire des Tricolores avait d'ailleurs reçu un Soulier d'Or symbolique pour son record, au Brésil.