La paire française de beach-volley, composée de Lézana Placette et Alexia Richard, a marqué les esprits lors des Jeux olympiques de Paris. Cependant, derrière les performances sportives se cache une réalité financière précaire.
« Non non, nous ne jouerons pas nues ». C’est ce qu’Alexia Richard et Lézana Placette ont écrit sur leurs pancartes. Drôle de slogan, mais révélateur d'une situation alarmante. Ces slogans sont ceux d'Alexia Richard, 29 ans, et Lézana Placette, 27 ans, partenaires de beach-volley au sein de l'équipe de France.
Les deux femmes sont deux joueuses françaises de beach-volley. L’été dernier, elles ont participé aux Jeux olympiques, au stade de la Tour Eiffel. On a joué dans l'un des plus beaux sites olympiques [au pied de la Tour Eiffel] et la billetterie pour notre discipline a été prise d'assaut.
Mais rien n’y fait, elles ont toujours des problèmes de sponsors. Voilà dix ans qu’elles n’en n’ont pas. Leurs difficultés financières sont telles qu’elles doivent payer elles-mêmes les vestes officielles ou leurs billets d’avion pour aller aux compétitions.
Même si Alexia Richard et Lézana Placette peuvent s'appuyer sur leurs deux principaux supports tout au long de la saison, que sont la Fédération française de beach-volley et l'Armée (avec qui elles ont un contrat militaire), ne pas avoir un contrat avec un équipementier personnel reste un gros désavantage. "Nous ne sommes pas les plus à plaindre, mais nous sommes loin du professionnalisme que notre mode de vie engendre. Et cela fait dix ans que l'on n'a pas d'équipementier privé pour nous", remarque Alexia.
En compétition [hors prises en charge fédérale], on doit payer l'hébergement, la nourriture et les vols, pour des destinations à l'autre bout du monde comme Dubaï ou les Philippines.
Alors pour essayer de gagner en visibilité (et peut-être toucher une marque ou deux au passage), leur agent, Jean-Louis Cazes a eu une idée étonnante. Les deux joueuses ont posé, il y a quelques semaines, sur un rond-point… nues. Seulement cachées derrière deux pancartes, sur lesquelles était écrite leur revendication : « Non non, nous ne jouerons pas nues ».
Le 7 juin dernier, les deux joueuses se sont dévêtues sur un rond-point, près du Creps (Centre de ressources d'expertise et de performance sportive) de Toulouse (Occitanie), avec en guise d'accessoires deux pancartes pour y afficher leurs revendications. "On est resté 10-15 minutes postées, raconte Alexia Richard. Après des mois et des mois de recherches, elles ont donc tenté ce "coup de comm".
Sur les réseaux sociaux, Alexia Richard, aviatrice dans l’armée de l’air quand elle n’est pas sur un terrain, témoigne. « Je n’ai jamais vu les gens faire autant de tours de rond-point » lâche-t-elle dans un sourire. Elle et sa coéquipière regrettent de devoir adopter un mode de vie « d’influenceuses » pour être suivies par des sponsors, alors qu’elles sont sportives de haut niveau.
Derrière cette absence d'équipementier, Alexia Richard déplore l'effet des réseaux sociaux sur le marché des sponsors : "Aujourd'hui, on voit des sportifs qui ont un bon niveau national au mieux, et qui sont sponsorisés par des marques parce qu'ils ont 30, 40, 50, voire 100 000 followers. Nous, nous ne sommes pas des influenceuses et cela réduit de fait nos chances.
Un peu plus d'un mois après avoir lancé l'initiative, la vidéo a permis d'ouvrir quelques pistes. "Nous avons été contactées par des équipementiers et des entreprises. On attend des réponses dans les prochaines semaines", affirme Alexia Richard, confiante. Surtout, la volleyeuse a été touchée par la large mobilisation. "Certaines personnes nous ont dit qu'elles ne pouvaient pas nous soutenir financièrement, mais qu'elles nous soutenaient et qu'elles allaient partager le post et en parler autour d'elles. Ce soutien nous a fait chaud au cœur", confie-t-elle.
Pourtant, elles ont réussi un petit exploit cet été : avant les Jeux de Paris, aucune paire de beach-volleyeuses françaises n’avait participé à cette compétition depuis 24 ans.
Elles avaient marqué leur sport en préférant jouer en short et non en bikini.
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« Avant les Jeux, la France était portée par le sport grâce à l'accueil des Jeux de Paris, rappelle Lézana Placette. Et on pensait, qu'avec la visibilité des Jeux, on serait un peu plus dans la lumière avant et après Paris 2024. Mais, on a senti un essoufflement après l'euphorie des Jeux au niveau des sponsors.
Avec leurs pancartes revendicatives, Alexia Richard et Lézana Placette espèrent faire réagir et trouver définitivement un sponsor.
Elles ne sont pas les seules à connaître ce genre de difficultés. Certains membres de l’équipe nationale britannique de plongeon, dont Jack Laugher, avaient avoué être inscrits sur Onlyfans, une plateforme où pour voir les photos de ses fans (souvent explicites, parfois pornographiques), il faut payer.

Alexia Richard (à gauche) et Lézana Placette (à droite). Source: Le Monde.