Gertrude Bell et l'histoire de Manchester City : Du Cricket au Football et au-delà

Dans les plaines de l’Irak, le sable dessine les contours d’une femme au double profil. Côté pile : Al Khatun, la lady. Côté face : l’espionne. Gertrude Bell, née en 1868 dans une riche famille d’industriels établie dans le nord-est de l’Angleterre, est à la fois archéologue, exploratrice et diplomate.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, sur les cendres de l’Empire ottoman, elle est chargée par le gouvernement britannique d’organiser les territoires de Mésopotamie que la couronne a pris sous mandat. Gertrude Bell dessine les frontières de l’Irak moderne.

Gertrude Bell en tenue arabe

Les débuts de Manchester City : Du cricket au football

L'histoire de Manchester City est riche et variée, commençant par des racines modestes et évoluant vers une reconnaissance mondiale. En 1880, St Mark's (West Gorton) est fondé afin de lutter contre la violence entre gangs et l'alcoolisme parmi les hommes du quartier d'East Manchester. Le club est dirigé par deux paroissiens, William Beastow et Thomas Goodbehre.

Beastow, qui avait suggéré de former une équipe de cricket au Révérend, décide qu'il fallait monter un club de football afin que les paroissiens sportifs restent occupés durant les mois d'hiver. En 1887, le club est renommé Ardwick AFC, nom du quartier où le club évolue, et rejoint la Seconde Division en 1891.

Manchester City : Le boss final du foot anglais.

Les défis et les triomphes de Manchester City

Il faut dire que ça traficote à tout va autour du Manchester City. Le capitaine, Billy Meredith, est une gloire du football. Derrière lui, il y a toute une équipe, tout un club et toute une ville. Hélas, devant Billy Meredith il y a la tentation de la victoire facile : il se fait prendre après avoir payé ses adversaires afin de gagner le match.

Le coup est rude pour Manchester City : dix-sept joueurs sont suspendus, dont Billy Meredith, le capitaine. Pire encore, toujours en 1906 : le rival, le Manchester United atteint l’élite du foot anglais !

Dans les années 30, Manchester City atteint deux années de suite la finale de la FA Cup, finale perdue contre Everton en 1933 et une gagnée contre Portsmouth en 1934. Les Sky Blues remportent leur premier titre de champion en 1937. Malheureusement, ils sont relégués la saison suivante: c'est l'unique fois dans l'histoire anglaise que le champion en titre était relégué de l'élite.

Dans les années 50, l'équipe est inspirée par un système tactique connu sous le nom de "Revie Plan" (du nom du joueur Ron Devie, qui tenait le rôle le plus important dans ce système) et atteint la finale de la Cup deux années de suite, en 1955 et 1956, à croire que City et la FA Cup est une vraie histoire d'amour. Et comme dans les années 30, les Citizens perdent la première, contre Newcastle UTD, avant de remporter la seconde. Cette finale de 1956 est l'une des plus belles jamais disputées.

Plusieurs exploits ont eu lieu : sous les ordres de Joe Mercer, une équipe de Man City composée de légendes comme Mike Summerbee et Colin Bell remporte le championnat en 1967/68. La victoire se décroche lors de l'ultime journée contre Newcastle. Les Skyblues remporte ensuite plusieurs trophées, tel que la FA Cup en 1969, avant d'obtenir son premier succès européen en remportant la Coupe des Coupes en 1970, en battant le Górnik Zabrze 2 buts à 1 à Vienne.

Manchester City remporte également la Coupe de la ligue cette saison là et devient la seconde équipe anglaise à remporter un trophée européen et national la même année. L'équipe continue de courir après les honneurs durant les années 1970, finissant à un seul petit point du champion à deux reprises.

L'un des matchs les plus incroyables de Man City est le dernier match de la saison 1973-1974 contre le rival de toujours, Manchester United, qui était obligé de gagner pour rester en première division. Le Skyblue et ancien joueur de Man Utd Denis Law marque d' une petite talonnade le but de la victoire 1 but à 0 à Old Trafford et confirme donc la relégation des Red Devils. Après cette sublime décennie suit une période de déclin.

Le club est relégué deux fois passant à chaque fois deux saisons à l' étage du dessous (1983-85 et 1987-89). Un répit malheureusement momentané puisque le porte monnaie du club, durant les quinze années qui suivent, n' en finit plus de faner.

L'ère moderne et les nouveaux propriétaires

Le Abu Dhabi United Group devient propriétaire de Manchester City et transforme cette équipe afin de rivaliser avec le "Big Four" anglais. Les nouveaux propriétaires frappent très vite un grand coup en achetant la star brésilienne du Real Madrid, Robinho, pour 32,5 millions de livres, battant le record britannique en matière de transfert.

Objectif plus que remplis en 2012 avec un premier titre national depuis 1968 conquis au nez et à la barbe du rival de Manchester United après une incroyable épopée en Premier League.

Equipe de Manchester City en 2012: Hart, Kompany, Y.

Million Dollar Arm : Du cricket au baseball

Au printemps 2014, Disney sortait "Million Dollar Arm", un film basé sur une histoire vraie, celle des deux premiers indiens à devenir des joueurs professionnels de baseball, au terme d’un reality show. JB Bernstein est un agent sportif qui a géré de grands noms dont Barry Bonds. Mais en 2007, son cabinet est en crise.

C’est alors que lui vient une idée : trouver au pays du cricket un lanceur de baseball. Un soir, alors qu’il regarde un match de NBA, il y voit Yao Ming. Ce joueur chinois a permis, à l’époque, à la NBA de percer dans le marché chinois. Plus tard, le même soir, il tombe sur un match indien de cricket diffusé par ESPN. Et là, c’est la révélation.

Voyant des lanceurs de cricket lancer à 93 mph et se rappelant de l’exemple Yao Ming, il lui vient l’idée de trouver la future star du baseball en Inde. L’Inde offre un marché potentiel d’un milliard d’individus au baseball nord-américain. Pour arriver à ses fins, il lance, avec son partenaire Ash Vasudevan, un concept : faire d’une simple détection un show TV.

Manchester City : Le boss final du foot anglais.

L’émission de télé-réalité se nomme « Million Dollar Arm » et débute en novembre 2007. Il permet, jusqu’en mars 2008, à 37.000 indiens de rêver gagner la récompense ultime du concours : un million de dollars pour celui qui alignera trois lancers consécutifs à au moins 90mph. Au fil des épisodes, le niveau va se révéler très décevant.

Peu de participants atteignent des vitesses acceptables pour un lanceur de baseball prometteur. Et à la surprise générale, ce ne sont pas des joueurs de cricket qui vont finalement remporter le concours mais deux lanceurs de javelot de la ville de Lucknow.

Lors d’une finale réunissant les 30 meilleurs, à laquelle l’expérimenté scout Ray Poitevint participe, Rinku Singh remporte le concours avec une balle à 89 mph. Il n’obtient pas le million de dollars mais repart tout de même avec 100.000 dollars, une somme exceptionnel pour celui qui travaille avec son père, modeste conducteur de camion dans l’Inde rurale.

Si Rinku Singh a joué au cricket dans sa jeunesse, il a surtout excellé au javelot où il a été médaillé au niveau national en junior. Quant à Dinesh Patel, il gagna la médaille d’or au National School Games en 2006, toujours au javelot.

La transformation des lanceurs de javelot en joueurs de baseball

Bernstein les loges dans son appartement avec Deepesh Solanki, un des rares passionnés indiens de baseball, qui assure le rôle d’interprète. Ils sont pris en main à l’Université de Southern California par l’ancien Major Leaguer et coach au sein des prestigieux Trojans, Tom House.

Tom House a lancé 8 saisons, de 1971 à 1978, en MLB au sein des Atlanta Braves, des Boston Red Sox et des Seattle Mariners. Puis, obtenant plusieurs diplômes à l’université notamment en psychologie, il devient coach. Un coach reconnu à la fois pour ses méthodes inhabituelles et novatrices mais aussi efficaces.

Nolan Ryan, dont House fut le pitching coach chez les Texas Rangers, reconnut son influence positive sur ses performances en le remerciant lors de son discours d’introduction au Hall of Fame. Il fut également coach au sein des Houston Astros, des San Diego Padres et des Chiba Lotte Marines. Il coache également des quaterbacks de la NFL. Parmi eux, Tim Elbow et Tom Brady.

Tom House semble plus qu’indiqué pour transformer deux néophytes venant de la campagne indienne en prometteurs joueurs de baseball. Alors que les joueurs des Trojans s’entraînent 2 à 3 heures par jour, Singh et Patel travaillent leur baseball durant 6 à 7 heures quotidiennement.

Tout en travaillant leur apprentissage du baseball et leur motion de lanceur, ils subissent un régime hyperprotéiné et un entraînement physique qui les transforment. En novembre 2008, les deux indiens passent deux essais en Arizona devant les recruteurs de quasiment toutes les équipes de la MLB.

Si le premier n’est pas concluant, le second va se révéler être une réussite, les deux joueurs lançant à plus de 90 mph chacun. Les deux compères débutent en Gulf Coast League en 2009. Le 4 juillet, Singh entre en jeu en 7ème manche pour devenir le premier joueur indien à disputer un match professionnel de baseball aux États-Unis. Patel devient le second en 8ème manche.

Les carrières de Rinku Singh et Dinesh Patel

Le 13 juillet, Singh remporte son premier match en retirant le seul batteur qui lui fait face et termine sa saison avec un record de 1-2 pour 5.84 d’ERA en 11 rencontres. L’année suivante, ses stats en GCL (13 matchs, record 2-0, ERA 2.61) le conduisent en Class A Short Season avec les State College Spikes en New York Penn-League.

En 2011, il enchaîne la Dominican Summer League, la Gulf Coast League et la New York-Penn League avant d’être promu en Class A au sein de la Southern Atlantic League avec les West Virginia Power. À l’issue de sa saison américaine, il rejoint une nouvelle fois l’ABL avec les Adélaïde Bite, faisant parti de la World All Star Team du 2011 ABL All Star Game.

En 2012, il est de retour avec les Power où il lance dans 39 matchs pour 72 manches, un record de 3-1 et 65 strikeouts. Malheureusement, une blessure au bras le conduit à rater les saison 2013 et 2014, arrêtant sa prometteuse progression. Il a subi en 2014 une intervention chirurgicale Tommy John et les Pirates espèrent le voir revenir en 2015.

Au final, Singh obtient en Ligues Mineures un record de 10-6 avec 2.99 d’ERA, un WHIP de 1.256 en 147.1 manches et 126 strikeouts contre 41 bases sur balles. Patel n’aura pas le même chemin au sein des Mineures. Si sa saison 2009 est brillante avec un record de 1-0 pour 1.42 d’ERA en 6.1 manches, le releveur connaît une saison 2010 catastrophique avec 8.59 d’ERA en 7.1 manches lancées. Il est libéré par les Pirates en décembre 2010.

Il retourne alors en Inde pour finir ses études afin de devenir professeur. Parallèlement, il enseigne le baseball à des enfants de Delhi, prépare les jeunes de son village pour la seconde saison de Million Dollar Arm et reprend le javelot de haut niveau.

L'impact de Million Dollar Arm

Quand à JB Bernstein et ses associés, ils ont repris le chemin de l’Inde pour deux nouvelles éditions de Million Dollar Arm. La seconde a vu la victoire d’un autre lanceur de javelot, Gaurav Nehra, sur 100.000 participants, qui est allé s’entraîner à l’académie MLB en Chine avant de revenir en Inde pour y intégrer les forces de police, une opportunité qu’il ne pouvait manquer.

La troisième saison a commencé cet automne et l’objectif est d’atteindre les 500.000 participants. Le film est sorti en mai 2014. Produit par Disney, il fait parti de la longue liste des films sportifs des studios du père de Mickey Mouse.

Si le film est bien entendu romancé, comme toute fiction, il colle cependant assez bien à l’histoire véritable de JB Bernstein. Quelques noms ont été changé (Deepesh Solanki devenant Amit Rohan par exemple) mais les faits majeurs ou certains détails ont été conservés, donnant beaucoup de réalisme à la fiction.

Ainsi, la manière dont Bernstein a du travailler en Inde, pays où la corruption est importante et les contrats vus différemment qu’aux États-Unis. Le film montre également l’histoire d’amour entre Bernstein et sa locataire, Brenda, infirmière. Ce qui pourrait apparaître comme une partie inventée est en fait la réalité.

Tout comme son changement de philosophie de vie au contact de ses deux protégés. Ces derniers sont montrés d’ailleurs comme deux ingénus découvrant une société occidentale à mille lieux de leur village de l’Uttar Pradesh dans le nord de l’Inde.

Si le film n’est pas un chef d’œuvre du niveau des Field of Dreams, Moneyball (Le Stratège) ou The Natural (le Meilleur), il tient la comparaison avec de beaux films comme The Rookie ou 42.

La question de la transition du cricket au baseball

L’expérience « Million Dollar Arm » a finalement remis au goût du jour la question : peut-on adapter un joueur de cricket au baseball (ou inversement) ? Régulièrement, la réponse est non. En effet, que ce soit au lancer, à la batte ou au fielding, les mécaniques sont différentes.

De même que l’espace utilisé amène ces deux jeux, aux origines communes, à des spécificités importantes. Néanmoins, ces origines communes permettent certainement à faciliter la transition, notamment au niveau du fielding ou de la batte. Mais la mécanique du lanceur semble trop éloigné d’un sport à un autre.

Ne serait-ce parce qu’au cricket, le lanceur arrive en courant, là où le baseball est statique sur son monticule. Dans l’histoire de ces deux sports, il existe quand même une période où il était facile de passer de l’un à l’autre. C’était au 19ème siècle.

En effet, le cricket fut longtemps, le sport national américain. Les colons britanniques y jouant depuis plus d’un siècle dans le nouveau monde, tout comme au rounders, autre sport de batte en vogue à l’époque aux États-Unis comme en Angleterre.

La jeune Amérique va très tôt se réapproprier ces deux jeux pour en bâtir de nouveaux jusqu’à ce qu’Alexander Cartwright, en 1845, unifie finalement, sans le savoir, ce mouvement en créant le baseball moderne à travers les Knickerbocker Rules. Jim Creighton, comme de nombreux joueurs de l’époque, excelle au cricket et au baseball.

Si les deux sports ont déjà leur spécificité, le baseball n’est pas encore celui que nous connaissons. Il ressemble à un jeu de balle donnée où la défense est la notion dominante. Les frappes sont plus nombreuses. Ce qui le rapproche du cricket. Ce n’est donc pas étonnant de voir des joueurs exceller dans les deux disciplines.

Les compétences requises et les défis géographiques

L’évolution du sport de haut niveau conduit à minorer aujourd’hui ces aspects. Si les frappes sont toujours plus nombreuses en cricket, le bowling (équivalent du pitching baseball au cricket) sert aussi à éliminer l’adversaire. Le lanceur en cricket peut donc user, comme en baseball, d’effets pour tromper le batteur.

Les frappes étant, on l’a dit, plus nombreuses, la difficulté est surtout de bien frapper la balle pour garantir un maximum de points lors de son passage à la batte. Tous les aspects du jeu, en baseball comme en cricket, deviennent d’une importance égale car la moindre erreur peut coûter la victoire.

D’ailleurs, le cricket demande les mêmes qualités que le baseball : la vision, la coordination vision-mains, les réflexes, la vitesse, l’endurance, la puissance, la maîtrise des bases techniques et, bien entendu, le mental.

Même s’il diffère du baseball, le duel entre le serveur (autre nom du lanceur en cricket) et le batteur (batsman) est le cœur du jeu, particulièrement au cricket puisque cet affrontement a lieu au milieu du terrain. L’aspect tactique est identique. La simple puissance ou vitesse ne suffit pas.

Même s’il semble difficile à un « cricketeer » confirmé de passer au baseball, et inversement, on peut imaginer qu’un individu pratiquant les deux sports en même temps pourrait très bien acquérir de vraies compétences dans les deux sports. Serait-ce vrai à un niveau professionnel, ou du moins dans le haut niveau amateur ou universitaire par exemple ?

Il est compliqué de répondre à la question car ces deux sports ont grandi dans des zones géographiques différentes, le baseball reléguant le cricket américain à la marge. Aujourd’hui, le seul pays où baseball et cricket professionnels coexistent est l’Australie.

Mais le cricket est le sport numéro 1 dans ce pays alors que le baseball professionnel n’y existe que depuis 2010. Ailleurs, cricket et baseball coexistent sur les mêmes continents mais jamais au sein des mêmes pays, pas dans le haut niveau en tout cas.

Le baseball s’installe dans l’Asie extrême-orientale tandis que le cricket domine le sous-continent indien. Le baseball prospère dans une partie des Caraïbes (Cuba, République Dominicaine, Puerto Rico) tandis que les Caraïbes du Commonwealth forment les West Indies, l’une des puissances du cricket mondial.

Les athlètes multidisciplinaires et la culture sportive

Néanmoins, l’histoire compte de nombreux athlètes ayant excellé dans plusieurs disciplines au haut niveau voir en professionnel. Le plus connu au baseball étant Bo Jackson, star de la NFL et de la MLB.

La difficulté n’est pas spécialement de passer d’un sport à un autre. Cela dépend des compétences de l’athlète mais aussi de la culture sportive de son pays. Il est assez simple pour un américain de pratiquer à haut niveau baseball, football américain, basketball et hockey dès son plus jeune âge.

Un anglais pourra en faire de même avec le cricket, le football et le rugby. Mais un indien aura du mal à viser cela en pratiquant le cricket et le baseball. Idem pour un américain avec le baseball et le cricket.

La prise de risque est trop importante, le résultat trop aléatoire. À ce titre, Million Dollar Arm est un vrai tour de force car il permet à des indiens d’atteindre le niveau professionnel dans un sport à l’état embryonnaire dans leur pays.


| Sport | Pays Dominants ||------------------|-------------------------------------------------------------------------------------------------------------|| Baseball | États-Unis, Caraïbes (Cuba, République Dominicaine, Puerto Rico), Asie extrême-orientale || Cricket | Australie, Sous-continent indien, Caraïbes du Commonwealth (West Indies) |

tags: #joueuse #cricket #bell