Le Joueur Premium au Rugby : Définition et Enjeux

Le monde du rugby professionnel est en constante évolution, avec des enjeux financiers et sportifs de plus en plus importants. Parmi les nombreux aspects qui régissent ce sport, la notion de "joueur premium" occupe une place particulière. Cet article se propose d'explorer cette définition, ainsi que les mécanismes qui l'entourent, tels que le salary cap et les joueurs issus des filières de formation françaises (JIFF).

Le Salary Cap : Un Dispositif de Plafonnement Salarial

Le salary cap a été instauré en 2010 par la Ligue Nationale de Rugby (LNR) sur le fondement de l'article L. 132-2 du Code du sport. Il s'agit d'un dispositif de plafonnement de la masse salariale des clubs de rugby professionnels français. Le contrôle du respect du salary cap est assuré par le "Salary Cap Manager" de la LNR.

Retour sur le transfert de Cheslin Kolbe du Stade Toulousain au RC Toulon en 2021 qui avait mis en lumière le dispositif du salary cap, dispositif de plafonnement de la masse salariale des clubs de rugby professionnels français. Bien que les deux clubs concernés aient été sanctionnés financièrement, la LNR n'avait pas retenu de dépassement du salary cap.

En août 2021, l'ailier sud-africain Cheslin Kolbe, alors sous contrat avec le Stade Toulousain jusqu'en 2023, demande une revalorisation salariale que le club refuse. Les deux clubs s'entendent sur une indemnité de transfert de 2 millions d'euros versée par Toulon à Toulouse. A l'époque, l'indemnité de transfert n'entre pas dans le calcul du salary cap.

Pour la détermination du Montant Total et du Terme du contrat visés ci-dessus, il sera pris en compte le dernier contrat ou avenant du joueur homologué par la Commission Juridique ou la LNR lors de la saison précédant la conclusion de la convention de mutation anticipée. Sont exclues du Montant Total toutes les primes autres que celles d’éthique et d’assiduité, ainsi que toute autre somme ou avantage notamment toute rémunération au titre des droits d’image.

Les Controverses et les Limites du Salary Cap

Depuis son introduction en 2010, le salary cap est ainsi régulièrement bafoué, donnant lieu à des sanctions plus ou moins virulentes, des passe-droits et des contournements. Officiellement, la mise en place du salary cap répond à un besoin de justice : il ne faut pas que les clubs avec de gros budgets puissent acheter plus de grands joueurs et donc gagner davantage par rapport aux clubs à petit budget. Un argument particulièrement spécieux.

Si des clubs sont assez doués pour avoir de nombreux spectateurs, vendre beaucoup de produits dérivés et attirer des sponsors, pourquoi les brider et les limiter par rapport aux clubs qui ne parviennent pas à faire ces efforts de développement ? Le salary cap repose surtout sur la jalousie, celle des clubs qui ne gagnent pas face aux clubs qui gagnent et sur le nivellement par le bas. Preuve en est la saison actuelle.

Le Stade français Paris a le deuxième budget national (45,3 M€) et pourtant il joue son maintien. Le Castres olympique dispose lui du 12e budget sur 14 clubs (26,5 M€), ce qui ne l’empêche pas de jouer des finales et de gagner un titre tous les 10 ans. Si on prend les 20 dernières années (2004-2024), Paris a gagné 3 fois et Castres 2 fois, avec 4 finales pour les deux clubs. Bordeaux (UBB) dispose du 6e budget (34,1 M€), a été finaliste en 2024 et est actuellement deuxième du Top 14.

Lors de la saison 2013/2014, Toulon, qui a réussi l’exploit d’être trois fois de suite champion d’Europe, n’avait que le 4e budget du Top 14, avec 23,6 M€. Le club fut pourtant premier de la phase de poule. Montpellier fut deuxième, avec le 6e budget. Il n’y a donc pas de rapport entre budget des clubs et résultats obtenus.

Cette masse salariale ne tient pas compte des clubs en déficit régulier qui sont subventionnés par des mécènes aux poches larges, le Castres olympique (laboratoires Pierre Fabre), le Stade français Paris (Hans-Peter Wirld), Toulon (Bernard Lemaître) ne peuvent survivre que par le financement de leur mécène.

Le salaire est un prix, le prix auquel un employeur « achète » un employé. Si les salaires des joueurs de rugby sont bloqués, quelles peuvent être les conséquences à moyen et long terme ? La première c’est que les clubs pourvoyeurs de joueurs internationaux ne pourront pas disposer de doublures. Ils devront faire jouer davantage leurs internationaux, entraînant plus de fatigue et donc plus de blessures.

Autre problème, comme il sera difficile de baisser les salaires des joueurs stars, ce sont les joueurs moins connus qui seront payés moins. Et donc des écarts de salaires plus grands entre les top joueurs et les autres, causant une injustice provoquée par une mesure anti-économique. On peut également imaginer que les grands clubs auront moins d’internationaux.

Or, les internationaux ne jouent que 8 matchs maximum par saison avec le XV de France (Tournoi des VI nations et tournée d’automne). Les automatismes et les liaisons humaines et techniques sont donc essentiellement acquis en club. Si les internationaux ne peuvent plus jouer ensemble en club, c’est donc l’équipe nationale qui sera pénalisée.

Enfin, si les salaires sont bloqués, les clubs ne pourront plus embaucher de joueurs étrangers de prestige. Les clubs français sont en concurrence avec leurs homologues japonais, australiens, néo-zélandais. Peut-être un jour américains. Moins de joueurs prestigieux, c’est moins d’attrait pour le Top 14, donc moins de rentrées financières, notamment de droits télévisés et donc moins de finance pour les clubs.

Moins de joueurs étrangers de qualité c’est aussi une perte pour les joueurs français qui apprennent à leur contact. Quand Toulon fut trois fois d’affilé champion d’Europe (2013, 2014, 2015), le RCT comptait dans ses rangs des stars internationales, comme Johnny Wilkinson, qui ont contribué à former les joueurs français toulonnais par le partage d’expérience.

C’est aussi le risque que les clubs français soient moins bons sur la scène européenne, alors que, depuis 2021, c’est toujours un club français qui s’est imposé. Les pays du Golfe se positionnent pour organiser la coupe du monde de rugby 2035. Les États-Unis veulent également devenir une grande nation du rugby. Ils organiseront la coupe du monde 2031 et des mouvements financiers se mettent en place dans les clubs.

Dans n’importe quelle entreprise il paraîtrait absurde d’opérer un blocage des salaires. Pourquoi ne pas bloquer les salaires de la BNP pour que la SG puisse lui faire une meilleure concurrence ? Les clubs de rugby sont des entreprises comme les autres, avec des contraintes économiques et des clients (les supporters) qu’il faut satisfaire.

Les JIFF : Joueurs Issus des Filières de Formation Françaises

La Ligue nationale de rugby a adopté le 2 avril une réforme visant à imposer aux équipes professionnelles un quota, de 50 % en 2010-2011 puis de 70 % en 2011-2012, de joueurs dits « issus des filières de formation françaises » afin de renforcer la compétitivité de l'équipe de France et préserver l'identité des clubs. Selon vous, est-ce conforme au droit européen ?

Nous relevons tout d'abord que la définition du « joueur issu des filières de formation françaises », aussi appelé JIFF, ne comprend aucun critère lié à la nationalité des joueurs. Il n'y a donc pas discrimination. Mais les critères du JIFF ou ceux des joueurs formés localement, selon la formulation du football, peuvent néanmoins poser problème.

La liberté de circulation des travailleurs est un principe et les accords européens, d'association, de coopération ou de partenariat, avec des pays tiers interdisent la discrimination en raison de la nationalité en matière d'emploi. Ce sont l'arrêt Bosman du 15 décembre 1995 de la Cour de justice des Communautés européennes et l'arrêt Malaja du Conseil d'Etat du 30 décembre 2002, du nom d'une basketteuse polonaise que nous avons défendue.

Le droit communautaire et cette jurisprudence ne posent pas d'obligations spécifiques, telles des années de présence dans un club. Il ne faudrait pas que les étrangers se voient barrer l'accès des clubs en raison des critères de formation. C'est une question de proportion.

Le football est plus en règle que le rugby. La Commission européenne a validé en mai 2008 les règlements de l'UEFA sur les « home grown players » qui prévoient que les joueurs formés localement sont au nombre de 8 joueurs sur un effectif de 25 joueurs. En rugby, la proportion de 70 % de JIFF est sans doute excessive.

Données JIFF pour la saison 2025/2026

Fond incitatif à partager (4 M€ pour le TOP 14 et 3M€ pour la PRO D2) si 14 JIFF(*) au minimum par feuille de match. Voici club par club, les données JIFF pour la saison 2025/2026.

  • XXX : indique les clubs avec un nombre trop élevé de joueurs non JIFF (13 maxi pour chaque club, 14 pour les promus qui se maintiennent et 15 pour les promus).
  • (5) Point de règlement : Les clubs dressent une liste de joueurs habilités à jouer en pro, cette liste comporte au maximum 13 joueurs non-jiff qu'ils soient pro, espoir, joker médical ou joueur supplémentaire. Un joueur additionnel ou joker XV de France non-jiff n'est pas compté dans les 13 non-jiff maxi.
  • JXX : indique les journées doublons sans les joueurs retenus pour le XV de France, voir convention LNR/FFR. Le nombre de JIFF pris en compte sera augmenté, pour les clubs concernés, du nombre de joueurs JIFF retenus pour le XV de France.
  • XXx : Le nombre en exposant indique le nombre de joueurs JIFF retenus avec le XV de France pour cette journée.
  • XXx : Le nombre en exposant indique le nombre de joueurs JIFF retenus avec France 7 pour cette journée.
  • XXx : Le nombre en exposant indique le nombre de joueurs JIFF retenus avec France U20 et qui ont plus de 10 matchs en pro pour cette journée.

La Stratégie de Fabien Galthié et l'Équipe de France

Le staff des Bleus annoncera en début de semaine prochaine la liste des 42 joueurs du XV de France retenus pour préparer la tournée de novembre, selon une méthodologie précise et éprouvée depuis la prise de fonction de Fabien Galthié après la Coupe du monde 2019. Comme pour ses compositions d’équipe.

Avant chaque rassemblement du XV de France, c’est toujours l’excitation qui prédomine au moment où Fabien Galthié communique sa fameuse liste des joueurs retenus. Celle-ci est forcément disséquée, débattue et critiquée… Parfois même par plusieurs millions de "sélectionneurs".

Déjà, le technicien a toujours clamé et défendu sa volonté de s’appuyer sur des listes de 42 hommes pour bénéficier d’un confort de travail efficace. Et optimal selon lui. L’idée ? C’est, entre les blessures ou les joueurs à ménager, d’avoir l’assurance d’effectuer des oppositions à quinze contre quinze du côté de Marcoussis, lors des séances à haute intensité chères à Galthié.

Voilà pourquoi, malgré une réduction à 34 éléments lors du Tournoi des 6 Nations 2024 au bout d’âpres négociations avec la LNR et les clubs, il s’est battu pour revenir à la situation originelle. Et il a obtenu gain de cause pour préparer la tournée de novembre à venir.

En clair, l’été dernier, l’encadrement tricolore a dressé une liste de vingt "premium" (Wardi, Baille, Mauvaka, Marchand, Atonio, Flament, Meafou, R. Taofifenua, Cros, Alldritt, Ollivon, Jelonch, Dupont, Le Garrec, Ntamack, Jalibert, Fickou, Moefana, Penaud et Ramos). Outre l’apport de "crédits salary cap", ces derniers jouissent d’un statut particulier et d’un aménagement en termes de gestion tout au long de la saison.

Ils seront notamment, comme l’a déjà expliqué Fabien Galthié, dispensés de la tournée d’été en Nouvelle-Zélande en 2025. Pour le reste, le groupe des Bleus est bâti selon un modèle éprouvé depuis près de cinq ans. À chaque fois, les membres du staff dressent un ranking (de un à cinq), qui est amené à bouger très régulièrement.

Voilà qui leur permet aujourd’hui de suivre de près plus de soixante-dix joueurs de Top et Pro D2 (l’expérience a montré que le sélectionneur ne s’interdisait pas d’aller puiser dans l’antichambre de l’élite). À titre d’exemple, pour les plus gros fournisseurs, seize à dix-sept Toulousains et treize ou quatorze Bordelais ont été actuellement identifiés par l’encadrement bleu.

À savoir que, chaque lundi, les membres de la "garde rapprochée" font tous leur propre liste de 42, avant de les mettre en commun. Il s’agit de Fabien Galthié, William Servat, Patrick Arlettaz, Laurent Sempéré, Shaun Edwards, ainsi que le directeur de la performance Nicolas Jeanjean, dont l’avis est évidemment important au vu des données physiques remontées par les clubs.

Pour remettre dans le contexte actuel, c’est lors de son séminaire à Pau durant la semaine du 23 au 28 septembre que le staff tricolore a dressé sa première liste des 42. L’autre constante chez Fabien Galthié, c’est qu’il connaît sa composition d’équipe très tôt.

Une volonté de sa part, pour travailler sur des certitudes et accélérer les prises de repères collectives. Ainsi, au jeu des chasubles des titulaires et des remplaçants, le futur XV de départ est en général aligné dès le premier entraînement à haute intensité du rassemblement.

Même lors d’une compétition comme le Tournoi des 6 Nations, où les rencontres s’enchaînent, la logique est la même, dans le sens où les joueurs connaissent la composition dès le début de semaine. Mais il faut aussi reconnaître que Galthié a su également y appliquer quelques entorses et dévier de sa ligne de conduite lorsqu’il en a ressenti le besoin.

Ainsi, en octobre 2020, Arthur Retière devait être titulaire à l’aile contre l’Irlande, comme il en avait été décidé en interne. Au-delà, et même si sa méthode a quasiment toujours été respectée, laissant à la presse et donc au grand public le loisir de découvrir rapidement l’équipe qui va être alignée, le staff tricolore avait effectué un virage aussi radical que temporaire au milieu du Tournoi 2024.

Cela avait alors permis de rebattre les cartes et de relancer l’émulation dans le groupe. Enfin, au cours de son premier mandat, le sélectionneur avait aussi considéré que sa formation était trop friable dans la dernière ligne droite d’un match et que la grande majorité des défaites s’étaient dessinées dans les ultimes minutes.

Il avait donc fait une priorité de renforcer son banc de touche, et la responsabilisation de ses remplaçants, annonçant même que l’encadrement démarrait par les fameux "finisseurs" à l’instant d’acter une composition.

La première chose qui a été faite : travailler avec le staff pour donner du sens à leur mission. Je prends l’exemple des OKR car ce qui est très marquant dans le discours de Fabien Galthié c’est cette recherche de cohérence et de continuité. Pas question de changer de cap à la première défaite, son mode de fonctionnement est d’avoir une vision claire et de s’y tenir.

Néanmoins il précise qu’il est possible d’évoluer : il a par exemple fait le choix de développer 2 groupes de joueurs : le groupe Premium qui participe aux grandes compétitions, et un groupe orienté Développement ou Incubation, ce qui n’était pas forcément son choix de départ.

Ce qui est intéressant c’est que Fabien Galthié va dans les clubs pour expliquer aux 120 joueurs qui font partie de sa liste de prospects quels sont ces indicateurs, comment les mesurer et quels sont les niveaux attendus (bien sûr il ne précise pas ces éléments détaillés dans l’interview). Les joueurs ont 1 an à partir de maintenant pour préparer l’échéance de la coupe du monde et savent quelles sont les caractéristiques qu’ils doivent développer pour être éligible à l’aventure.

Pour ceux qui suivent le rugby, ils auront certainement noté que Fabien Galthié “invente” de nouveaux mots. Ce dernier n’est pas commun dans le monde du sport. La définition du sélectionneur de la fulgurance est la capacité à traverser le terrain (des 22 mètres français aux 22 mètres adverses en moins de 22 secondes). Il considère que dans son sport, cette transition rapide augmente les chances de marquer des essais et donc de gagner le match.

Plutôt que de confier l’ensemble du leadership à un seul capitaine, ils nomment une équipe de cadres, dont va être issu le capitaine.

France A : Une Nouvelle Équipe pour Développer les Talents

France A voit le jour et disputera son premier match contre l’Angleterre le 21 juin 2025, avant la tournée en Nouvelle-Zélande. Fini « France Développement », place à « France A ».

Cette « nouvelle équipe », qui ne donne pas droit à une sélection, disputera un match amical contre l’Angleterre (16h15) le 21 juin 2025 à l’Allianz Stadium (ex-Twickenham). Soit le même week-end que les demi-finales du Top 14.

À l’issue du week-end des barrages du Top 14 (14-15 juin), Fabien Galthié va convoquer un groupe de 28 joueurs. Le staff n’aura pas à disposition tous les joueurs et ils souhaitent commencer à préparer cette tournée avec les joueurs qui ont été libérés par leur club parce qu’ils ne sont plus engagés en championnat.

Après cette rencontre, un nouveau groupe - cette fois-ci de 42 - où ne figureront pas les joueurs Premium mais aussi les finalistes du Top 14 sera dévoilé par le sélectionneur nationale. Tout ce beau monde s’envolera quelques jours après pour la Nouvelle-Zélande.

« Cette équipe de France a été créée avec différents objectifs. Le premier, c’est l’idée pour nos staffs d’augmenter l’expérience collective de nos joueurs. Aujourd’hui, nous avons une population de joueurs qui n’est pas forcément sollicitée régulièrement par le XV de France masculin et qui n’est plus en âge, parce que trop vieille, pour jouer avec les U20. C’est une belle opportunité donnée à ces joueurs d’avoir du temps de jeu, de s’aguerrir au projet de jeu de l’équipe de France », explique Jean-Marc Lhermet, vice-président de la FFR, sur le site de la Fédération.

« Il peut y avoir des joueurs qui sont des joueurs habituels du XV masculin, mais qui ne sont plus en lice dans le championnat de France. Il peut aussi y avoir des joueurs plus jeunes qui sont de fort potentiel et qui n’ont pas forcément la possibilité, au regard des enjeux, de jouer pendant le Tournoi des Six Nations par exemple, mais qui peuvent avoir du temps de jeu dans l’environnement XV de France. C’est aussi une opportunité donnée au staff de tester des nouvelles combinaisons ou de nouvelles méthodes … C’est une vraie antichambre.

France A a un autre objectif : « accompagner le développement du rugby mondial ».

Conférence " Le Management du Sport" avec Fabien Galthié - partie 1

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