Le football en Iran est bien plus qu'un simple sport ; il est profondément ancré dans la société et souvent lié aux enjeux politiques du pays. Les joueurs de football iraniens, en particulier ceux qui atteignent la célébrité, se retrouvent souvent au centre de l'attention, oscillant entre leur rôle d'athlètes et leur potentiel d'influence sociale et politique.
LE RÉGIME IRANIEN PEUT-IL S'EFFONDRER ?
Ali Daei : Une légende du football iranien
Ali Daei, né le 21 mars 1969 à Ardabil, est une figure emblématique du football iranien. Il est surtout connu pour son record mondial de buts en sélection nationale, avec 109 réalisations en 149 sélections. Son parcours exceptionnel a fait de lui une légende non seulement en Iran, mais aussi dans le monde entier.
Très vite, ses bonnes prédispositions pour le football le poussent en équipe première du club de sa ville, l’Esteghlal Ardabil. S’ensuivent d’autres piges prometteuses au Taxirani et au Bank Tejarat avant de signer pour le géant local du Persepolis. Il y fourbit ses armes avant mais explose véritablement sur la scène internationale en claquant huit buts en Coupe d’Asie 1996, dont un quadruplé face à la Corée du Sud.
Après un détour par le Qatar, il rejoint l'Europe et le club allemand de l'Arminia Bielefeld avec son compatriote Karim Bagheri. Il y passera une saison et s'avérera être un franc succès. Courtisé par les grands clubs allemands, il signe dans le légendaire club de Franz Beckenbauer, le Bayern Munich. Il sera le premier joueur asiatique a joué un match de ligue des champions et sera reconnu comme un joueur de classe mondial dans cette équipe munichoise.
En 149 sélections, le bonhomme a atteint la bagatelle de 109 buts. S’il est fort probable que le cyborg Ronaldo le dépasse prochainement (il en est actuellement à 99), l’Iranien est longtemps resté bien seul du haut de son incroyable record. À quatre reprises, il dépasse les dix buts en équipe nationale sur une année civile dont vingt-deux en 1996 et vingt en 2000 !
Malgré ces chiffres vertigineux, deux taches viennent salir le tableau de chasse de Daei : il n’aura marqué aucun but en Coupe du Monde, malgré sa présence aux éditions de 1998 et 2006 ainsi que la fameuse victoire contre les États-Unis, et son palmarès international est poussiéreux, à peine agrémenté de breloques sans importances (un WAFF Championship, une coupe AFC/OFC et deux Asian Games).
La légende perse est en marche. Après un détour par le Qatar, il rejoint l'Europe et le club allemand de l'Arminia Bielefeld avec son compatriote Karim Bagheri. Il y passera une saison et s'avérera être un franc succès. Courtisé par les grands clubs allemands, il signe dans le légendaire club de Franz Beckenbauer, le Bayern Munich. Il sera le premier joueur asiatique a joué un match de ligue des champions et sera reconnu comme un joueur de classe mondial dans cette équipe munichoise.
En Allemagne, il était connu pour être un vrai gentleman, célèbre pour la façon dont il traitait les fans. Mécontent de son statut de remplaçant, il rejoint le Hertha Berlin en 2000 et devient meilleur buteur de l'équipe en ligue des Champions la même année avec 3 buts inscrits.
De retour dans son pays, Ali Daei peaufine ses statistiques en marquant presque 10 buts chaque saison. Il annonce sa retraite le 28 mai 2007 à 38 ans.
Ali Daei restera dans l'histoire du football comme le premier joueur à avoir inscrit 100 buts en sélection nationale. L'attaquant iranien (149 capes), est parvenu à ce chiffre grâce à un doublé contre le Laos (7 buts à 0) en qualifications du Mondial 2006, en novembre 2004.

Ali Daei, une légende du football iranien.
Javad Nekounam : Pionnier en Liga et figure politique
Javad Nekounam, né en 1980, est un autre joueur iranien emblématique. Il a été le premier joueur persan à évoluer en Liga, le championnat espagnol, en rejoignant le club d'Osasuna Pampelune en 2006. Son passage en Espagne a ouvert la voie à d'autres joueurs iraniens vers l'étranger. « Après Mehdi Mahdavikia qui a joué à Hambourg en Allemagne, il a ouvert la voie aux départs vers l'étranger d'autres joueurs iraniens », vante Ludovic Delporte.
« C'était à l'été 2006, on s'apprêtait à disputer le tour préliminaire de Ligue des champions, on s'attendait à avoir des renforts de renom, dit le joueur français, passé par la formation espagnole (2004- 2010). Et on a vu arriver Javad… Nos recruteurs l'avaient observé durant le Mondial allemand qu'il avait disputé avec l'Iran. Nous avons été surpris car c'est un extraordinaire footballeur. » Venu d'un club des Emirats arabes unis, il a été le premier Iranien en Liga.
Le capitaine iranien est né en 1980, au début du conflit entre la République islamique de l'ayatollah Khomeyni et l'Irak de Saddam Hussein. « A l'école, on entendait les bombardiers passer, confiait le joueur en 2007 au Diario de Navarra. Ils allaient larguer des missiles quelques kilomètres plus loin. Des alarmes hurlaient et nous partions nous cacher. Mais, d'autres fois, nous restions dans la rue pour jouer au foot. »
Pilier de la Team Melli, il devient célèbre à l'étranger après avoir affiché ses convictions politiques lors d'un match international opposant, le 17 juin 2009 à Séoul, sa sélection à la Corée du Sud. Le milieu porte un bracelet vert afin de soutenir la candidature du modéré Mir Hossein Moussavi au scrutin présidentiel.
En janvier, le capitaine iranien a quitté l'Esteghlal Téhéran - qu'il avait rejoint en 2012 - pour effectuer une pige de quatre mois au Koweït SC. Il a choisi cette destination en raison du blocage de son transfert vers le club émirati de Charjah par la Fédération iranienne de football (Iriff). L'instance avait refusé cette transaction à la suite de la décision des Emirats arabes unis de baptiser leur championnat « Ligue du golfe arabique ». Cette initiative avait courroucé l'Iriff dont le championnat est appelé « Coupe du golfe persique ».

Javad Nekounam, pionnier en Liga et figure politique.
Ali Karimi : Le "magicien" controversé
Dribbleur et créateur redoutable, capable de faire basculer une rencontre sur un coup de génie, Ali Karimi, talent noyé au milieu des vedettes du Bayern Munich, est depuis deux ans la pièce maîtresse de l'équipe d'Iran et sera son principal atout lors du Mondial 2006. Elu joueur de l'année en 2004 par la Confédération asiatique, comparé à la légende argentine Diego Maradona dans son pays, l'enfant de Téhéran, surnommé "le magicien", croule à 27 ans sous les superlatifs en Asie mais attend encore une consécration sur le plan mondial.
Karimi, prototype du milieu de terrain élevé au football de rue, est sans doute victime des excès de son jeu. Trop individualiste, "obligé" d'éliminer son adversaire direct avant de lever les yeux et d'effectuer une passe, l'Iranien a pourtant réussi la gageure de se faire une place au sein du club bavarois, là où ses deux compatriotes Ali Daei ou Vahid Hashemian s'étaient cassés les dents avant lui.
Le déclic pour l'entraîneur du Bayern a eu lieu le 9 octobre 2004. Quatre Iraniens en BundesligaCe jour-là, l'équipe d'Allemagne dispute un match amical historique au stade Azadi de la capitale iranienne devant plus de 100.000 spectateurs. Les Iraniens s'inclinent logiquement (2-0) mais Karimi, qui évolue alors au club émirati d'Al-Ahly à Dubaï, crève littéralement l'écran, ridiculisant la défense allemande par ses crochets et son art de la feinte. Magath et le manageur général du Bayern Uli Hoeness n'hésitent pas et lui font signer à l'été 2005 un contrat d'une saison.
Oublié le vétéran Ali Daei (37 ans), monument du football iranien avec son record mondial de buts en sélection (109), la nouvelle étoile se nomme Karimi. "C'est un joueur offensif rapide et polyvalent, très dangereux devant le but", dit de lui Magath. "Je me suis tout de suite senti très honoré de savoir qu'un club comme le Bayern Munich était prêt à m'engager, explique, de son côté, Karimi. Aujourd'hui, je suis très heureux de me retrouver en Bavière. Le Bayern joue dans une autre catégorie. Quand on a la chance d'être convoité par une équipe aussi prestigieuse, on ne peut pas se permettre de la laisser passer."

Ali Karimi, le "magicien" controversé.
L'expression politique des joueurs iraniens
À l’automne 2022, l’expression politique des joueurs prend encore une autre dimension : certaines figures de l’équipe sortent du bois pour soutenir ouvertement le mouvement « Femme, Vie, Liberté », consécutif à la mort en détention de Mahsa Amini, jeune femme de 22 ans arrêtée par la police des mœurs pour une supposée violation du port du voile.
Le 26 septembre, Sardar Azmoun lance un cri du cœur à l’adresse de ses cinq millions d’abonnés sur Instagram : « La punition ultime est d’être expulsé de l’équipe nationale, ce qui est un petit prix à payer pour même une seule mèche de cheveux d’une femme iranienne. Ça ne sera jamais effacé de notre conscience. Je n’ai pas peur d’être évincé. Honte à vous d’avoir si facilement tué le peuple et vive les femmes d’Iran.
Dans les jours qui suivent, d’autres de ses partenaires suivent, à l’image de l’attaquant de Porto Mehdi Taremi, ou du milieu de terrain de Persépolis Vahid Amiri. En parallèle, les joueuses de l’équipe féminine sont aussi parmi les premières à afficher leur soutien au soulèvement.
Avant de s’envoler au Qatar pour la Coupe du monde, les joueurs sont sommés de serrer la main au président Ebrahim Raïssi, partisan de la répression. Lors de son premier match contre l’Angleterre le 21 novembre, l’équipe toutefois décide de ne pas chanter l’hymne national, malgré l’avertissement de l’ayatollah Khamenei, qui leur avait demandé de « ne pas manquer de respect » à l’Iran.
Mais pendant la suite de la compétition, les joueurs se montrent plus discrets, sans doute par crainte de représailles contre eux et leur famille à leur retour. Après une défaite contre les États-Unis (0-1), la Team Melli est éliminée du Mondial, suscitant des manifestations de joie dans plusieurs villes du pays.
Certes, les principales stars de l’équipe, Sardar Azmoun et Mehdi Taremi en tête, n’ont été ni exclues ni envoyées en prison, comme cela avait été craint un temps. En revanche, tous ont été sommés de ne plus faire de vagues.
Un autre joueur, Amir Nasr-Azadani, est condamné en janvier 2023 à seize ans de prison pour avoir manifesté, coupable selon les autorités du crime de « moharebeh » (« guerre contre Dieu » en persan).
Le football féminin et la répression
Chez les femmes, la reprise en main du ballon rond par le pouvoir est aussi manifeste : « Depuis 2022, la répression et la surveillance digitale des joueuses se sont renforcées. Un réseau comme Instagram est important pour leur notoriété, la plupart d’entre elles ne peuvent se permettre que leur compte soit fermé », souligne Caroline Azad.
À l’autocensure des joueuses se mêle un réinvestissement de la symbolique religieuse dans la communication officielle des clubs, manière de façonner un football féminin à l’image du régime : « Par exemple, on peut demander aux joueuses qu’elles embrassent et passent sous le Coran les unes après les autres quand elles descendent du bus avant un match. Là encore, le moindre écart est sanctionné.
En octobre 2024, la capitaine de l’équipe nationale, Zahra Ghanbari, marque un but décisif avec son club et laisse glisser son voile dans l’euphorie de la célébration. Exclus un temps de la sélection, elle et son club sont priés de présenter leurs excuses publiques. Après un temps de flottement, elle finit par être réhabilitée.
Tableau récapitulatif des joueurs iraniens célèbres
| Joueur | Dates | Réalisations |
|---|---|---|
| Ali Daei | 1969- | Meilleur buteur en sélection nationale (109 buts) |
| Javad Nekounam | 1980- | Premier iranien à jouer en Liga |
| Ali Karimi | 1978- | Joueur de l'année de la Confédération asiatique (2004) |