L'histoire des Barjots : L'équipe de handball qui a marqué les années 90

L'équipe de France de handball a marqué l'histoire avec des générations de joueurs talentueux et des succès retentissants. Avant les Experts, on se souvient aussi des Bronzés, des Barjots, ou encore des Costauds... À chaque qualificatif sa petite histoire.

Les Bronzés : La médaille de bronze de 1992

En 1992, les joueurs de l'Équipe de France remportent pour la première fois une médaille dans une compétition internationale. Médaillés de bronze aux JO de Barcelone, ils s'autoproclament logiquement les Bronzés. Le pseudonyme fait également écho à un carton du cinéma français sorti une dizaine d'années plus tôt...

«Le nom n'a pas dû être compliqué à trouver», nous avoue Jérôme Fernandez, l'actuel capitaine de l'équipe de France, «puisqu'il se rapporte directement à la médaille de bronze aux JO de 1992.» «Ce surnom m'inspire la notion de commencement», confie au Scan Sport Xavier Barachet, âgé de ... quatre ans à l'époque. «Sans ces joueurs-là, sans ce qu'ils ont véhiculé, sans un entraîneur comme Daniel Costantini, nous n'en serions pas là aujourd'hui.

Une opinion totalement partagée par Fernandez: «Je reste très admiratif de cette génération qui a permis à notre sport de sortir de l'oubli. C'est elle qui a donné envie aux suivantes de faire des exploits et de remporter des médailles.»

Y en-a-t-il un qui l'a plus inspiré que d'autres? «Au niveau du jeu, évidemment, j'avais un regard plus particulier sur ceux qui évoluaient à mon poste, à savoir Denis Lathoud et Frédéric Volle. Mais il y avait aussi l'incontournable Jackson (Ndlr: Richarson) qui a tellement marqué de son empreinte cette période, et même les suivantes.

L'équipe des Bronzés aux JO de Barcelone en 1992

Les Barjots : Couettes, rastas et naturisme...

En 1995, les coéquipiers de Philippe Gardent offrent à la France son premier titre de championne du monde de handball. Interrogé par Europe 1, Philippe Gardent se souvient avoir donné ce surnom à son équipe en "répondant à une simple question d'un journaliste". En quelques jours, la presse reprend le sobriquet.... qui restera jusqu'en 2001.

"Philippe Gardent, Denis Lathoud et Frédéric Volle étaient un peu les trois grandes gueules de l'équipe. Ils ne se prenaient pas tellement au sérieux", raconte Claude Droussent, ancien directeur des rédactions de L'Équipe. C'est le moins qu'on puisse dire.

Aux JO d'Atlanta, en 1996, les Barjots font irruption dans un restaurant du village olympique, et montent sur une table, vêtus de simples cravates, chaussettes, et coquilles de protection au niveau des parties génitales... Quelques temps plus tard, ils seront rapatriés dans leur chambre par des policiers.

Aux championnats du monde de 1995, ils arboraient tour à tour couettes, rastas ou boule à zéro.

Pour Fernandez: «Ce surnom les représentait bien. C'était une génération à part, qui avait tout sacrifié pour l'équipe de France. Ils passaient énormément de jours ensemble en sélection, souvent au détriment de leurs carrières en clubs. Cela a payé et cela a permis de lancer le handball français sur la voie que l'on connait aujourd'hui.»

Un avis rejoint par Michaël Guigou: «Leur surnom a sans doute été le plus facile à trouver, encore plus que les Bronzés. En plus de coupes de cheveux extravagantes, de bizutages complètement fous et d'une hygiène de vie qui n'avait rien de monacale, les Barjots ont donné à la France son premier titre de championne du monde dans un sport collectif.

Mais cette folie, aujourd'hui, ne passerait plus pour Guigou: «Ce n'est plus possible, certains auraient dû arrêter leur carrière beaucoup plus tôt. Nous sommes rentrés dans d'autres exigences, que ce soit avec les clubs ou les compétitions internationales. Le rythme des matches n'est plus le même non plus.»

Barachet, lui, ressort la boîte à souvenir: «J'ai commencé le handball alors que cette génération touchait à sa fin. Quand j'entends ce surnom, immédiatement, je vois les photos de jeunesse de Philippe Gardent, de Laurent Munier… Cela me fait rire.

L'équipe des Barjots championne du monde en 1995

Le Championnat du Monde 1995 : Le sacre des Barjots

Les Barjots ne sont pas nés au pied du mont Esja, ni dans les sources d’eau chaude. Mais c’est bien là, à Reykjavik, qu’ils ont atteint, le 21 mai 1995, le sommet d’une trajectoire pas comme les autres.

Débarqué dans ce paysage lunaire avec une forte envie d’en découdre, à l’issue d’une préparation «imbuvable» entre Chartres et Lanzarote, ce groupe de potes a offert à la France son premier titre mondial en sport collectif, trois ans après une médaille de bronze aux Jeux de Barcelone et deux ans après l’argent décroché au Mondial, en Suède. Là-bas, dans la froide et lointaine Islande, s’est forgée la légende des Barjots.

Le premier tour, marqué par des défaites contre la Roumanie (22-23) et l’Allemagne (22-23), a usé prématurément le groupe marqué par les tensions et les engueulades. Plusieurs fois, la rupture est proche. «On se fait chier la première semaine, ajoute l’actuel entraîneur du PSG. On s’égare un petit peu, on se croit trop beaux.» Lathoud provoque alors une réunion de crise devenue célèbre, qui fait prendre conscience à tous que le titre est à leur portée.

«On a réussi à se fédérer et, contre l’Espagne en huitièmes (victoire 23-20), ça a tout déclenché. Après on a déroulé (succès sur la Suisse, l’Allemagne puis la Croatie en finale), se souvient Thierry Perreux. Ce titre ça a été une surprise même si Denis Lathoud était persuadé qu’on serait champions du monde un jour et qu’il l’avait dit à sa grand-mère!»

Là, les quelques médias présents hallucinent lorsqu’ils voient arriver l’un des chefs de file de la troupe, Jackson Richardson, tout juste élu meilleur joueur de la compétition, allongé sur le tapis roulant destiné aux bagages, un bonnet rasta sur le crane et une clope au bec!

L'esprit Barjot : Plus qu'une équipe, un état d'esprit

Qui se souvient réellement de la qualité de handball de cette équipe de France de 1995 ? A part les spécialistes, sans doute pas grand monde. En revanche, personne n’a oublié la folie dégagée par cette escouade, pilotée tant bien que mal par Daniel Costantini.

Il serait réducteur de les résumer à ça mais, les Barjots, c’était avant tout une passion commune pour la fête. «De temps en temps, on a dépassé un peu les limites», euphémise Anquetil, le sourire en coin. Cette équipe, c’était «la Harley Davidson du sport», poursuit-il dans une métaphore un peu obscure. «Pendant la compet,’ on a été réglos. Par contre avant et après… c’était rock and roll!

L'esprit Barjot : Plus qu'une équipe, un état d'esprit

Coups de folie et coup de boule

Ces coups de folie auraient sans doute davantage de mal à exister aujourd’hui - quand bien même les Experts, descendants des Barjots, savent aussi relâcher la pression. En 1995, le handball n’en était qu’au début de son processus de professionnalisation.

A la mi-temps du match retour contre la Belgique, quelques jours après la défaite à l’aller (20-21), Quintin assène un violent coup de boule à son coéquipier Philippe Schaaf, dans le couloir qui mène aux vestiaires. Résultat: nez fracturé pour celui qui était blessé en Islande et carrière internationale brisée pour «l’esthète des Barjots», suspendu un an par la Fédération.

L’échec des JO d’Atlanta en 1996, où la nouvelle génération n’a pas su s’intégrer aux anciens, a marqué la fin des Barjots. «Il y avait une telle envie de vivre dans cette équipe qu’à un moment donné, ça débordait dans tous les sens, estime Anquetil. Tout était démesuré chez les Barjots. Dans les soirées, c’était hors du commun. Dans l’amitié entre les joueurs, c’était extrême. Et quand il a fallu que ça explose, c’était extrême aussi.

Les Costauds : Deuxième fois champions du monde en 2001

Après l'échec olympique de 1996, une bonne partie de la génération des Barjots prend sa retraite. Un nouveau surnom s'impose. C'est en 2001 qu'il fait son apparition, lorsque Fernandez, Gille, Omeyer, Karabatic et Cie décrochent une deuxième victoire aux mondiaux de Bercy.

Après la finale, un journaliste demande à Daniel Costantini, leur entraîneur de l'époque, de définir son équipe. "Costauds", répond du tac au tac Costantini. La presse ne demandait pas mieux. "Cela rimait avec Barjot. Il y a eu un titre à la Une de L'Équipe qui faisait écho à l'interview de Costantini. Cela a été automatiquement repris par les autres médias", se rappelle Claude Droussent, ancien directeur des rédactions de l'Équipe.

Arrivé en 1997 en sélection, Fernandez y a pris pleinement son essor à ce moment-là: «Je suis arrivé avec une génération qui avait beaucoup de pression sur les épaules, car elle devait reprendre le flambeau d'une génération dorée. Ce surnom est donc venu du fait que nous ayons réussi à prendre le relais en devenant nous aussi champions du monde en 2001.

Guigou aussi a fréquenté les Costauds: «Je les ai bien connus puisqu'ils étaient une petite dizaine à évoluer à Montpellier à cette époque-là. Et puis j'ai joué avec eux en intégrant l'équipe de France en 2002, un an après leur titre mondial à Bercy. J'ai été fier de pouvoir évoluer avec ces joueurs-là, en particulier Jackson qui était mon idole. C'était incroyable pour moi de passer en si peu de temps des tribunes, où je les supportais à Bercy en finale en 2001, à joueur proprement dit.»

«Néanmoins», précise l'ailier de Montpellier, «je ne sais pas pourquoi on leur a donné un tel surnom. Autant les trois autres, la symbolique est claire, autant là… C'est sans doute parce qu'elle avait une dimension physique supérieure, notamment en défense avec le duo Bertrand Gille-Didier Dinart.

Les Experts : Un coup marketing de la Fédération française de handball

Peu de temps avant les JO de Pékin, en 2008, la Fédération française de handball souhaite profiter du succès de son équipe nationale. Elle confie alors à une agence de communication, Carat sport, la construction de l'image des Bleus.

"On s'est dit qu'on allait pérenniser la tradition des surnoms, continuer la saga", explique Olivier Bischoff, directeur général de Carat sport. Le label fut vite trouvé. "On a rebondi de manière opportune sur la série 'Les Experts'. Mais surtout, cela les caractérisait parfaitement. Ils sont rigoureux, disciplinés, travailleurs. C'était aussi en opposition aux Barjots, plus inconstants et indisciplinés", estime-t-il.

Rigoureux et disciplinés, les Experts ? Pas toujours, semble-t-il... Nikola Karabatic et Xavier Barachet déshabillent... par rmcsport

Leur chef de file Nikola Karabatic est d'ailleurs très mécontent de cette trouvaille. "Il nous l'a dit dès 2008, confie Olivier Bischoff. Il trouve que cela renvoie une image trop froide de l'équipe". Il ne tient qu'à lui d'imposer un nouveau surnom... Les déshabilleurs, peut-être ?

En 2008, avec le bronze européen et surtout l'or olympique après lequel elle courrait, la France rentrait dans l'ère des Experts, cette fameuse génération qui allait être capable de détenir en même temps les trois grands titres du handball: mondial, européen et olympique.

«C'est le surnom que je préfère et c'est celui qui dure depuis le plus longtemps», précise Fernandez. «C'est aussi celui qui nous définit le mieux. On est passé de joueurs talentueux à joueurs très bien entraînés et préparés. Forcément, quand on arrive à un tel niveau, cela demande une certaine expertise.

Un enthousiasme moins présent chez Guigou: «D'être un joueur de l'équipe de France, cela me fait quelque chose. D'être un Expert en revanche, je n'y attache pas d'importance. On subit plus qu'autre chose cette histoire de surnom. C'est sympa, cela permet de démarquer les générations et peut-être aussi de créer un lien différent avec le public mais dans notre vie de groupe, ce n'est qu'un détail.»

Même constat chez Barachet: «Je ne sais pas si cela nous correspond tant que cela. «Il faudra sans doute changer de nom quand il n'y aura plus Fernandez, Omeyer et Narcisse dans l'équipe», répond Guigou. «Je me souviens qu'il y avait eu quelques tentatives de la part de la presse après le dernier Euro, comme les Invincibles ou les Indestructibles…» Avant d'analyser l'un des derniers possibles, dans un grand éclat de rire: «Les Rois du désert circulent désormais? Alors on aura tout eu.»

Fernandez, lui, n'est pas pressé de changer d'ère: «Je trouve que les Experts, c'est très bien, et j'espère que cela va durer encore un petit moment.

Tableau des surnoms de l'équipe de France de Handball

Surnom Années Événements marquants
Les Bronzés 1992 Médaille de bronze aux JO de Barcelone
Les Barjots 1993-1996 Championnat du monde 1995
Les Costauds 2001-2008 Championnat du monde 2001
Les Experts 2008-? Multiples titres mondiaux, européens et olympiques

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