Entre la France et l'Afrique du Sud, le rugby a tissé des liens forts au fil des ans. Toutefois, peu de joueurs français ont saisi l’opportunité d’aller jouer en Afrique du Sud.

Les Pionniers de 1995
En 1995, après la coupe du monde remportée par les Boks, trois vont tenter l’aventure.
- Olivier Roumat (Dax) et Thierry Lacroix (Dax) rejoignent les Natal Sharks.
- Laurent Cabannes (Racing) prend la direction de la Western Province.
« Les trois mousquetaires » se retrouveront même face à face en finale de la prestigieuse Currie Cup.
Victoire du duo dacquois, Thierry Lacroix fera même le doublé lors de l’édition suivante.
Qu'est-ce que la Currie Cup ?
C’est tout simplement une compétition mythique, portant le nom de celui qui a offert le trophée. Une coupe historique lancée au XIXe siècle, en 1892, et réunissant uniquement les meilleures sélections provinciales d’Afrique du Sud.
Des stades pleins, des ambiances de folie et un jeu d’une rudesse inégalée sur des terrains jaunis par le soleil.
Il faudra alors attendre 12 ans pour revoir un Français la remporter.
RUGBY : Fréderic Michalak : il revient en vainqueur
Frédéric Michalak : De l'Exil au Sacre

Seuls 3 joueurs nés en France ont remporté la prestigieuse Currie Cup. Parmi eux, le demi d’ouverture Frédéric Michalak qui a tenté avec succès l’aventure sud-africaine à deux reprises.
Venu au départ pour découvrir le Super Rugby, Frédéric Michalak signe pour les Sharks de Durban et dispute quelques rencontres avant de se blesser à un genou.
Autorisé par le Stade Toulousain (son club de l’époque) à rester, l’ouvreur bascule dans la formation provinciale des Natal Sharks et prend part à l’aventure de la Currie Cup.
Avouant « tourner en rond à Toulouse », Frédéric Michalak fait le choix fort de quitter l’hexagone en 2008.
Au Stade Toulousain depuis l’âge de 7 ans, c’est un véritable exil qu’il décide d’entreprendre en voulant tenter une nouvelle expérience de vie quitte à se mettre en danger.
Une fois à Durban, l’adaptation est rapide et l’intégration facilitée par la gentillesse de ses coéquipiers.
La douceur des parties de pêche et barbecues tranchent avec la découverte de la préparation physique à la « Sud-Af’ ».
L’ouvreur s’étoffe musculairement, apprend un nouveau rugby et atteint la consécration le 25 octobre 2008 en finale de la Currie Cup.
Victoire 14-9 face aux Blue Bulls.
Devant son public, à Durban, le demi d’ouverture réalise un bon match aux côtés notamment de François Steyn, Ruaan Pienaar et Rory Kockott.
12 ans après leur dernier succès, les Natal Sharks ont remis la main sur le trophée.
L'Adoption et la Révélation
Après ce succès historique, Frédéric Michalak reviendra en France, à Toulouse.
Une parenthèse loin de l’Afrique du Sud pays pour lequel il a eu un coup de foudre.
« J’ai adoré leurs coutumes, j’ai adoré leur culture et la mentalité, avec notamment les douze dialectes dans le vestiaire », retraçait-t-il, avouant même y avoir rencontré sa femme.
Roger Bourgarel : Un Héros Au-Delà des Barrières

Plus de cinquante ans plus tard, son histoire résonne toujours dans le monde du rugby lorsque l’on évoque l’Afrique du Sud.
Roger Bourgarel est le premier joueur de couleur « autorisé » par le gouvernement sud-africain à jouer contre les Springboks.
Un fait historique marquant, raconté par l’ex-international, passé par le Stade Toulousain.
Aujourd'hui maire d'un petit village de 150 habitants dans la Haute-Garonne, Roger Bourgarel a été le héros de la tournée en 1971 en Afrique du Sud.
Celui qui décrit les Sud-Africains de l'époque comme des " Buffles" se souvient parfaitement de leur jeu et de leur condition physique.
« Au fur et à mesure de la tournée, on a vu qu’ils éliminaient tous les ¾. Ils partaient tous à la 'ferraille'. Ils disaient qu’ils 'mangeaient' les gars de devant. Derrière, on était embêtant, car on galopait partout. »
Malgré ce fait historique, il devient le premier joueur de couleur "autorisé" à jouer contre les Springboks ( Afrique du Sud, NDLR).
Durant ce tournoi, dans lequel il a particulièrement brillé, l'histoire aurait pu être tout autre, car initialement, il n'était pas convoqué.
« J’avais un devoir. D’abord, comme j’ai failli ne pas y aller, il fallait que je prouve quelque chose. Et surtout, un joueur de couleur ne pouvait pas jouer au rugby d’après le message des Sud-africains. S'il y avait un mur en face, je l’aurais défoncé. Je voulais leur prouver quelque chose. » Roger Bourgarel
Et lors de l'essai marqué par l'ailier antillais, tout le stade s'est levé, même, "la tribune réservée aux 'blacks' ".
« Cela fait partie de mes grands plaisirs. J’ai eu la chance de marquer un essai à Johannesburg, juste en face de la tribune réservée aux « Blacks ». Le seul inconvénient, c’est qu’ils étaient entourés de gendarmes et de chiens. Lorsque j’ai marqué, ils ont tous sauté. Ça m’a fait quelque chose, j’étais le représentant d’une nation, la nation « noire ». » Roger Bourgarel
Et si cette situation choquait l'Équipe de France, c'était une motivation pour gagner les matchs disputés sur place : " Toute l’équipe de France ne pensait pas à la couleur. Quand on est arrivé, on ne comprenait pas, il y avait des zones pour les noirs, et d’autres pour les blancs. Alors qu’en France, à l’époque, il n’y avait aucun problème de discrimination".
Aujourd'hui, l'ancien joueur du Stade Toulousain reste dubitatif sur l'évolution de la société sud-africaine tant qu'il " ne l'a pas vu de ses propres yeux", malgré l'arrivée au pouvoir de Nelson Mandela une dizaine d'années après le tournoi.
« J'ai vu cette évolution très tardivement. J’y suis allé en 1971 et il n’y a eu que des améliorations à partir de Mandela en 1984, avant ça il n’y a rien eu. Aujourd’hui, j’espère que l’avancée continue, mais je voudrais le voir. Pour l’égalité des personnes. Même si, par exemple, l’hymne est en plusieurs langues, ce n’est qu’une partie de l’avancement, mais il faudrait voir sur place comment ça se passe vraiment. » Roger Bourgarel
Laurent Cabannes et la Coupe du Monde 1995
Laurent Cabannes connait l'Afrique du Sud à travers la demi-finale de Coupe du monde de 1995.
L'ancien joueur du XV de France a aussi joué dans la Western Province au Cap.
Laurent Cabannes faisait partie des titulaires de la demi-finale de la Coupe du monde face aux Sud-Africains à Durban le 17 juin 1995.
« C’était déjà une équipe très atypique dans le rugby : un jeu direct, féroce avec des joueurs puissants. Je connais très bien puisque j’ai joué en Afrique du Sud », souligne Laurent Cabannes qui a décidé de s’engager avec la Western Province au Cap en Currie Cup pendant quelques mois après la Coupe du monde de 1995.
« Les Springboks ont un logiciel différent du reste des meilleures équipes. L’aspect dominant est important chez eux. La dimension physique prend plus d’importance dans leur jeu. C’est un élément central du développement de leur rugby. "Les basiques du rugby sont très imposés chez eux et de manière disproportionnée : la touche, la mêlée, les phases de ruck, l'occupation du terrain ou encore la défense. Ils ont une présence physique importante et démesurée. On a l'impression qu'ils sont plus nombreux sur le terrain. Ils prennent plus de place.
France - Afrique du Sud : « un bras de fer »
« Quand on revient sur des matchs de phases finales, secs et à enjeu, ils vont revenir sur leurs basiques. Le caractère et le tempérament des joueurs est une donnée importante. Il faudra monter le curseur d’un cran par rapport aux matchs précédents. Le match sera fermé. Ce sera un bras de fer« , pressent le troisième ligne aujourd’hui âgé de 59 ans.
Philippe Sella : La Transmission d'une Légende

Dans une vidéo virale, Christian Califano partage un moment émouvant avec Philippe Sella, légende du rugby aux 111 sélections, lors de la Coupe du Monde 1995.
Le 22 juin 1995, à Pretoria (Afrique du Sud), le XV de France s’impose (19-9) face à l’Angleterre de Will Carling le match lors de la "petite finale" de la Coupe du Monde.
Cette rencontre est plus que particulière pour Philippe Sella, légende vivante du rugby.
Elle marque la fin d’une aventure internationale hors norme de l’Agenais.
Le trois-quarts centre Philippe Sella a entamé sa carrière internationale en 1982, contre la Roumanie à Bucarest.
Il est devenu recordman mondial des sélections le 6 novembre 1993, contre l’Australie au Parc des Princes.
Il avait obtenu ce jour-là sa 94e cape et battait le record de Serge Blanco.
Figure emblématique du SUA où il a évolué durant 16 saisons (1980-1996), Philippe Sella coule aujourd’hui des jours paisibles au Pays Basque.
Les Sud-Africains Evoluant en France
De nombreux joueurs sud-africains ont également marqué le Top 14 français.
| Poste | Joueur | Clubs en France |
|---|---|---|
| Arrière/Ailier | Gio Aplon | Grenoble |
| Ailier | Cheslin Kolbe | Toulouse, Toulon |
| Demi de mêlée | Cobus Reinach | Montpellier |
| Troisième ligne | Duane Vermeulen | Toulon |
| Deuxième ligne | Victor Matfield | Toulon (Pro D2) |
| Pilier | Gurthro Steenkamp | Toulouse, Stade Français |