Les casques et les crosses ont volé avant de retomber sur la glace du palais national omnisports de Pékin. Après deux échecs en finale (1988 et 2006) et une kyrielle d’insatisfaisantes médailles de bronze (1994, 1998, 2010, 2014), la Finlande, triple championne du monde, a enfin réussi à décrocher le titre olympique de hockey sur glace qu’elle attendait tant.
🏒 First ever gold for Finland | Men's gold medal game highlights | Ice Hockey Beijing 2022
Et ce en renversant, excusez du peu, les champions en titre russes, grands favoris de la compétition (2-1). Pourtant menés après la réalisation de Mikhail Grigorenko dans le premier tiers-temps, les coéquipiers de Sakari Manninen ont trouvé les ressources afin de changer le scénario de la rencontre.
D’abord grâce à Ville Pokka, qui égalisait d’entrée de deuxième tiers-temps, d’un tir splendide qui a pris Ivan Fedotov, le gardien russe, masqué, à défaut.

Puis, dans les dernières 20 minutes, c’est Hannes Bjorninen qui a offert la victoire aux siens, au terme d’une finale tendue qui n’a pas échappé à quelques traditionnelles échauffourées entre les deux équipes.
Ce succès historique permet aux joueurs de Jukka Jalonen de décrocher la deuxième médaille d’or de ces Jeux pour la Finlande, sa 8e en tout. "On a joué très bien durant tout ce tournoi et voilà la récompense. Pour notre pays, ce titre est quelque chose de fort, on était passé tout près plusieurs fois, c'est génial de décrocher ce premier titre", a résumé le capitaine finlandais Valtteri Ilpulla.
"Il a fallu trouver la solution pour sortir vainqueur de cette finale, on y est parvenu, c'est énorme", a renchéri son coéquipier Miro Aaltonen.
La Chine et le hockey sur glace : un défi olympique
Le hockey chinois a bien failli entrer dans l’histoire des Jeux olympiques avant même le début de la grand-messe hivernale disputée sur son sol. Jamais la sélection d’un pays hôte n’a dû se retirer pour des raisons sportives : c’est pourtant la menace qui pesait sur la Chine, ces derniers mois, quand la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) s’est inquiétée du niveau qu’allait afficher l’équipe masculine, notamment pour son entrée en lice face aux Etats-Unis, jeudi 10 février.
Il faut avouer qu’il y a une certaine incongruité à voir la 32e nation du classement mondial intégrer d’office le plateau des douze participants aux JO. Ce privilège réservé au pays hôte risquait de se retourner contre la Chine, avec la crainte d’humiliations en série, aux yeux du monde entier, face aux cadors du hockey international comme le Canada et la Russie.
« Voir une équipe se faire battre 15-0, ce n’est bon pour personne, ni pour la Chine ni pour le hockey sur glace », confie Luc Tardif, le président franco-canadien de l’IIHF.
Après l’attribution des JO à la Chine en 2015, le hockey sur glace - sport confidentiel excepté dans certaines régions du nord-est du pays bénéficiant de l’influence russe - est devenu une priorité pour Pékin, mobilisant argent et énergie pour recruter des entraîneurs étrangers et former des joueurs à l’échéance 2022. Mais la sauce ne prend pas, et le doute s’installe.
« On était aussi inquiets à propos de la sécurité des joueurs, explique Luc Tardif. A ce niveau, quand il y a de gros écarts de technique, c’est dangereux. Donc, on a commencé à faire pression, déjà il y a deux-trois ans, car on voyait bien que ça flottait. Et l’option Kunlun est arrivée, fatalement. »
L’option Kunlun : naturalisation de joueurs étrangers
« L’option Kunlun », ce n’est pas le nom d’une mission secrète d’espionnage, mais le choix de donner les clés de la sélection chinoise au club de Pékin, le Red Star Kunlun. Ce dernier, fondé en 2016 et intégré directement au puissant championnat russe (KHL), est composé en grande partie de joueurs étrangers.
De nombreux joueurs du club ont été naturalisés ces derniers mois, avec la condition d’avoir évolué au minimum deux ans dans le pays. Et ce sans avoir à abandonner sa nationalité d’origine, a précisé le gardien américain Jeremy Smith.
Un tour de passe-passe que la Chine n’est pas la première à réaliser : la Corée du Sud avait sept joueurs d’origine nord-américaine pour ses JO de Pyeongchang en 2018, l’Italie en avait onze pour Turin 2006, et la France le faisait allègrement avec les Canadiens, il y a trente ans.
Sur les vingt-cinq joueurs qui composent l’effectif olympique, dix sont nés en Chine (mais certains ont grandi en Amérique du Nord), onze au Canada, trois aux Etats-Unis et un en Russie. La sélection n’est pas pour autant une équipe de « mercenaires », beaucoup de naturalisés ayant des origines chinoises.
Ty Schultz, qui utilise le nom Zheng Enlai, est né au Canada d’un père allemand et d’une mère chinoise, et sa sœur Nina Schultz a concouru pour la Chine à l’heptathlon sous le nom Zheng Ninali, aux Jeux de Tokyo, à l’été 2021. Le capitaine d’origine canadienne, Brandon Yip - devenu Ye Jinguang -, arrivé au club en 2017, a trois grands-parents chinois.
« C’est un vrai honneur de représenter la Chine d’où viennent mes ancêtres, confie celui qui a disputé près de 200 matchs en NHL, le championnat d’élite nord-américain. J’importe un sport que j’adore dans un pays qui ne s’y connaît pas trop, et on est contents de le faire découvrir aux Chinois. »
Préparatifs et défis de l'équipe chinoise
Une fois l’effectif validé, il a fallu vérifier son potentiel sportif. L’IIHF a alors exigé que le club-sélection effectue deux matchs tests. Quand, le 15 novembre 2021, le Red Star Kunlun affronte les Russes de l’Amur Khabarovsk, ce n’est pas un simple match de KHL, mais bien la présence de la Chine à ses propres JO qui se joue. Ce jour-là, des observateurs (dont Kenneth Hitchcock, un ancien entraîneur champion de NHL) sont présents pour évaluer le niveau de l’équipe.
Celle-ci cède seulement 5-4 en prolongations, puis s’incline plus sèchement 4 buts à 1, quelques jours plus tard, face à l’Avangard Omsk. Mais le bilan est globalement positif, et l’IIHF officialise la nouvelle, en décembre : la Chine a sauvé sa place aux JO, à la grande joie de l’entraîneur italo-canadien, Ivano Zanatta. « On n’a rien à envier à la Norvège, le Danemark ou la Lettonie, c’est du même niveau. Les joueurs ont prouvé qu’ils avaient du caractère et qu’ils avaient le droit de participer à leurs propres Jeux olympiques. »
Peu importe si, depuis, l’équipe a enregistré 17 défaites en 19 matchs de championnat, l’objectif est maintenant de faire bonne figure sur la scène olympique, ce qui pourrait être facilité par l’absence des meilleurs joueurs du monde, retenus dans le championnat NHL.

Inspiration de l'équipe féminine et perspectives
Et pourquoi pas s’inspirer de la sélection nationale olympique féminine - où dix joueuses sur vingt-trois sont nées en Chine - qui a récolté deux succès, face aux Danoises et aux Japonaises ? En cas de victoire dans l’un de ses matchs, le hockey chinois rentrerait, à coup sûr, dans l’histoire. Et, cette fois, pour d’excellentes raisons.
L'absence des stars de la NHL et la Russie favorite
Longtemps espérées, les stars de la Ligue nationale de hockey (NHL) nord-américaine n’ont finalement pas été libérées pour le tournoi de hockey sur glace des Jeux de Pékin. Lors des Jeux 2018 à Pyeongchang, la NHL prétextait notamment que le marché sud-coréen n’était pas assez important pour son essor.
Cette fois, le marché chinois s’annonçait plein de promesses pour la puissante NHL, mais avec près d’une centaine de rencontres à reprogrammer en raison de cas de Covid-19 en décembre 2021 au sein de ses franchises, la NHL a préféré profiter des trois semaines de la période olympique pour tenter de tenir son programme initial.
« Notre priorité est et doit rester de mener à bien notre saison régulière et les play-offs [série éliminatoire] NHL de la meilleure des façons », avait indiqué le patron de la NHL, Gary Bettman, pour justifier sa décision annoncée fin décembre.
Dans ce contexte, la Russie, sous drapeau neutre, était favorite à sa propre succession.
| Équipe | Nombre de joueurs nés à l'étranger | Jeux Olympiques |
|---|---|---|
| Chine (hommes) | 14 (11 CAN, 3 USA) | Pékin 2022 |
| Corée du Sud (hommes) | 7 (Amérique du Nord) | Pyeongchang 2018 |
| Italie (hommes) | 11 (Amérique du Nord) | Turin 2006 |