Blanche Neige : De Grimm à Disney, l'histoire d'une princesse emblématique

Un soir d’octobre 1934, Walt Disney convoque l’ensemble de ses artistes dans l’auditorium de ses studios d’Hyperion Avenue. L’horaire n’est pas commun et le thème de la réunion demeure bien mystérieux. Ce soir-là, tous sont réunis afin d’écouter le grand patron leur parler de son nouveau projet, un long-métrage d’animation sonore et en couleur, et de sa nouvelle héroïne : Blanche Neige.

Walt Disney à la première de Blanche Neige et les Sept Nains

Blanche Neige, héroïne emblématique de l'œuvre des frères Grimm

Blanche Neige inscrit son nom dans l’œuvre de Jacob et Wilhelm Grimm en 1812. Les deux frères s’inspirent alors de versions antérieures de l’histoire pour créer la leur. Ils présentent ainsi Blanche Neige comme la fille naturelle d’une Reine. Malheureuse de ne pas avoir d’enfant, celle-ci se lamente sur son sort. Assise sur le rebord d’une fenêtre en bois d’ébène, elle passe ses journées à coudre. Un jour d’hiver, elle se pique le doigt avec son aiguille et trois gouttes de sang tombent dans la neige.

Wilhelm et Jacob Grimm

Bientôt la Reine tombe enceinte, mais le destin est cruel et elle meurt en accouchant de la petite fille. Nommée Blanche Neige, l’enfant vit désormais seule avec son père qui ne tarde pas à retrouver une nouvelle épouse. Orgueilleuse et cruelle, celle-ci n’a qu’un seul désir dans la vie : être la plus belle de toutes. Elle consulte par conséquent chaque jour son Miroir magique qui lui confirme que sa beauté surpasse de loin celle des autres femmes du royaume. Mais un jour, l’objet enchanté, incapable de mentir, lui révèle que Blanche Neige est à présent plus belle qu’elle.

La fuite dans la forêt, illustration de Franz Jüttner, 1910

Un chasseur est bientôt chargé de tuer la fillette de sept ans et de rapporter son cœur comme preuve de sa mort. Incapable d’obéir à un ordre aussi funeste, l’homme encourage la princesse à fuir et tente de duper la Reine en lui rapportant un cœur de marcassin qu'elle s’empresse de cuire et de dévorer.

Mais la vie paisible de la princesse est rapidement bouleversée lorsque la Reine apprend grâce à son Miroir qu’elle est toujours en vie. Par trois fois, elle essaie alors de tuer Blanche Neige. Déguisée en vieille marchande, elle tente de l’étouffer avec des lacets de corset, en vain, les nains arrivant à temps pour sauver la belle. La Reine choisit ensuite de l’assassiner avec un peigne empoisonné. Une fois encore, les petits hommes sauvent leur protégée. Habillée en paysanne, la Reine retente sa chance avec une pomme empoisonnée. Cette fois, les nains ne parviennent pas à ramener Blanche Neige à la vie.

La pomme fatale, illustration de Franz Jüttner, 1910

Un beau prince passant par-là tombe bientôt amoureux de la belle endormie. Avec l’accord des nains, il décide d’emporter le cercueil. Mais un des serviteurs trébuche sur une grosse racine. Le cercueil tombe au sol. Sous l’effet du choc, le morceau de pomme empoisonné jusqu’ici coincé dans la gorge de la princesse se déloge. Blanche Neige se réveille. Sauve, elle épouse son prince. Invitée au mariage, la Reine découvre son échec.

Marguerite Clark dans le rôle de Blanche Neige, 1916

Popularisé par les frères Grimm, Blanche Neige et les Sept Nains a donné lieu à des dizaines d’adaptations au théâtre puis, dès le début du XXe siècle, au cinéma. L’actrice Marguerite Clark endosse ainsi le costume de la princesse dès 1916 devant les caméras du réalisateur J. Searle Dawley. Produit par Famous Players Film Company d’après une pièce de Winthrop Ames montée à Broadway en 1912, le film, simplement titré Snow White, est alors l’une des premières fictions que le jeune Walt Disney découvre au cinéma. Faute de pouvoir adapter Alice au Pays des Merveilles et Babes in Toyland dont les droits ont déjà été acquis par la concurrence, il se souviendra de Marguerite Clark dans le rôle de Blanche Neige au moment de produire son premier long-métrage animé dans les années 1930.

Blanche Neige, la première et la plus belle d'entre toutes

Conduit au cœur d’un château mystérieux trônant au sommet d’un piton rocheux, c’est une princesse en guenilles que le spectateur découvre dès les premières minutes de Blanche Neige et les Sept Nains. Agenouillée au pied du grand escalier, elle s’affaire à nettoyer minutieusement chaque pierre. La tâche est dure, mais Blanche Neige y met tout son cœur. Toujours pleine d’espoir, elle sait que son avenir sera un jour plus radieux. D’une candeur à toute épreuve, elle est persuadée que le destin lui sourira bientôt. C’est ce qu’elle confie aux colombes qui l’entourent. Appuyée sur le rebord du puits, elle leur explique que l’endroit est magique. Si quelqu’un rêve de quelque chose, il doit se confier au puits. Si ce dernier répond en renvoyant son écho, alors le vœu prononcé se réalisera.

Bien que la vie ne lui ait jamais fait de cadeau, Blanche Neige continue de rêver. Son vœu le plus cher serait qu’un jour, un prince charmant vienne la délivrer. Confiant son souhait aux puits au fonds duquel sa voix se réverbère, elle ignore alors qu’un beau jeune homme est justement en train de l’écouter chanter. Attiré par sa voix cristalline, il a escaladé le mur d’enceinte du château. S’approchant sans faire de bruit, le prince surprend la belle princesse qui, intimidée, se réfugie à l’intérieur de sa tour.

Protégée derrière un épais rideau de velours, Blanche Neige écoute son prince lui faire la sérénade. Après avoir lissé sa robe déchirée et remis ses cheveux en ordre, elle ose enfin se présenter au balcon. Grâce à l’entremise d’une colombe, elle envoie un doux baiser à son amant. C’est le plus beau jour de sa vie. Enfin le destin lui sourit. Blanche Neige est aux anges.

Ce qu’elle ignore cependant, c’est que sa vie est désormais en grand danger. Du haut de sa tour, la Reine observe en effet la scène avec rage et dégoût. Son Miroir magique vient de lui révéler que Blanche Neige est à présent la plus belle du royaume. Rongée par la jalousie, la Reine ne peut alors que constater que, malgré ses haillons, la princesse a en effet su conquérir le cœur d’un gentilhomme. Furieuse, la souveraine ne peut tolérer une telle concurrence. C’est décidé, Blanche Neige doit mourir !

La funeste mission est confiée à l’un des chasseurs de la Reine chargé d’escorter Blanche Neige au cœur de la forêt pour la tuer. Ignorant les sombres plans de sa marâtre, la princesse s’est apprêtée pour l’occasion. Elle a ainsi abandonné ses guenilles pour une très belle tenue champêtre. Parcourant joyeusement la belle campagne, elle cueille des fleurs en chantonnant. Elle abandonne cependant rapidement son superbe bouquet pour venir en aide à un petit oisillon tombé du nid. Esseulé, le volatile en larmes retrouve grâce à elle le sourire.

Occupée à sauver le petit en détresse, Blanche Neige ne voit pas le chasseur qui, sa dague à la main, se dirige vers elle. Lorsqu’elle aperçoit enfin son ombre, elle ne peut s’empêcher de pousser un cri d’effroi avant de se protéger le visage avec ses bras. Totalement choquée, elle voit bientôt le chasseur se jeter à ses pieds pour implorer son pardon. Il lui dévoile alors les terribles desseins de la Reine et invite la princesse à se cacher pour se prémunir de la jalousie meurtrière de sa belle-mère.

Remplie d’effroi, Blanche Neige s’enfuit en courant. Ignorant où aller, elle pénètre dans la sombre forêt. Submergée par sa peur-panique, elle perçoit chaque arbre comme un danger redoutable. Les branches qui se prennent dans sa robe semblent vouloir la retenir. Dans sa course infernale, elle manque de se tuer en tombant dans une crevasse remplie d’eau. Les souches flottant à la surface sont autant de monstres horribles. Les yeux des animaux qui brillent dans l’obscurité sont eux aussi terrifiants.

Prise d’hallucinations, la princesse s’effondre bientôt sur le sol, en pleurs. Totalement perdue et déboussolée, elle est incapable de faire un pas de plus. Le réconfort vient alors des animaux de la forêt qui, étonnés par la situation, s’approchent d’elle doucement. En apercevant leurs petites bouilles rondes, Blanche Neige comprend qu’elle n’est en fait pas du tout en danger. La forêt n’est pas si terrifiante en fin de compte. Les yeux qui l’observaient dans l’ombre ne lui voulaient aucun mal.

Retrouvant ses esprits et sa bonne humeur, Blanche Neige partage avec ses nouveaux compagnons l’espoir qui est le sien. Rien de mieux qu’un sourire en chantant pour chasser ses ennuis. Le cœur apaisé, Blanche Neige sait que dorénavant, tout ira bien. Reste à trouver un abri pour la nuit. Les animaux conduisent alors la belle vers une très mignonne petite chaumière construite au centre d’une clairière lumineuse.

Enchantée par l’extérieur de la petite maison, Blanche Neige l’est beaucoup moins par l’intérieur. Partout, le désordre règne. Il y a de la poussière et des toiles d’araignée partout. Le linge traîne ici ou là. La vaisselle n’a semble-t-il jamais été faite. Persuadée qu’il s’agit-là de la demeure de sept petits enfants, Blanche Neige prend sur elle de tout nettoyer avant leur retour. Aidée par les animaux de la forêt, elle brique la chaumière du sol au plafond en sifflant et en chantant joyeusement. Les vêtements sales sont lavés. La vaisselle est nettoyée.

Harassée par tant de travail, Blanche Neige tombe bientôt de sommeil. Une bougie à la main, elle monte au premier étage et découvre sept petits lits sur lesquels sont gravés les noms de chacun des occupants de la maison. Amusée par ces noms rigolos, la princesse s’allonge et ne tarde pas à s’endormir en travers des lits de Simplet, Atchoum et Joyeux.

Au moment de rentrer chez eux après une journée de labeur dans leur mine de diamants, c’est non sans une part de stupeur que les sept nains découvrent que leur maison a été visitée. Pire, elle a été lavée de fond en comble ! Il y a même de la soupe qui bout dans l’âtre de la cheminée. Le coupable de tout ceci est visiblement au premier étage. Armés de leurs outils, les nains montent les escaliers pour combattre ce qu’ils considèrent comme un monstre.

N'en menant pas large, les nains découvrent rapidement qu’il s’agit en réalité d’une belle princesse. Réveillée, celle-ci fait alors la connaissance de ses hôtes, Prof, Atchoum, Joyeux, Timide, Dormeur, Simplet et Grincheux qui ne manque pas une occasion de pester contre la présence de cette étrangère chez eux. Racontant les funestes plans de la Reine, Blanche Neige parvient à convaincre les nains de la garder avec eux.

Promettant de s’occuper de tout, Blanche Neige commence par régaler les sept estomacs grâce à sa délicieuse soupe qui est en train de mijoter. Chacun doit toutefois aller se laver les mains avant de dîner, ce qui n’est pas une mince affaire. La soirée se termine enfin dans la joie et la bonne humeur avec de la musique et de la danse.

Se pensant désormais en sécurité, Blanche Neige agit comme une mère pour les nains. Elle embrasse chaleureusement chacun d’eux au moment de repartir à la mine. En leur absence, elle leur prépare une délicieuse tarte aux pommes. Pensant que rien ne peut plus lui arriver, la princesse retrouve cette belle joie de vivre qui la caractérise tant. Elle n’imagine alors pas une seconde que la Reine, qui a découvert la traîtrise du chasseur, est déjà en chemin pour la tuer de ses propres mains.

Pour se débarrasser elle-même de Blanche Neige, la Reine a en effet usé de magie noire pour se transformer en une vieille marchande de pommes. Aussi, c’est méconnaissable qu’elle arrive enfin jusqu’à la chaumière des nains. Parvenant sans aucune difficulté à embobiner Blanche Neige, elle offre bientôt une pomme empoisonnée à cette dernière qui, en croquant dedans, sombre dans un sommeil semblable à la mort. Extatique, la Reine pense avoir triomphé de sa rivale.

Mais c’est sans compter sur les animaux de la forêt qui ont assisté à la scène et qui se précipitent à la mine pour prévenir les nains. Ces derniers accourent à leur tour et pourchassent la Reine qui, dans sa fuite, se tue en tombant au fond d’un ravin. De retour chez eux, les sept petits bonshommes comprennent qu’il est déjà trop tard. Blanche Neige semble morte.

Submergés par le chagrin, aucun des nains n’a à cœur d’enterrer Blanche Neige. À la place d’une sinistre tombe, ils lui fabriquent donc un magnifique cercueil en verre orné d’or. Ainsi, la beauté de la princesse sera toujours illuminée par le soleil.

Impro Ciné Critique #1955 : Blanche-Neige et les Sept Nains (1937)

Ce n’est que quelque temps plus tard que les nains voient arriver le beau prince charmant. Durant des jours, ce dernier a cherché sans relâche la belle jeune fille rencontrée dans la cour du château. Ayant entendu l’histoire de la mystérieuse beauté endormie dans un cercueil de verre, sa quête l’a ainsi conduit jusqu’à la clairière des nains. D’un doux baiser, le prince parvient alors à ramener la princesse à la vie.

Entourée par les nains et les animaux, tous extatiques, Blanche Neige voit son rêve devenir enfin réalité. Son beau prince est donc bel et bien venu. Son vœu a été exaucé ! Embrassant un à un chacun des petits hommes, Blanche Neige peut dès lors partir avec son amant vers un royaume baigné de lumière où « ils vécurent heureux pour toujours ».

La Conception du personnage

Lorsqu’il lance la production de Blanche Neige et les Sept Nains au cours de l’année 1934, Walt Disney a déjà une petite idée de la princesse qu’il souhaite voir à l’écran. Il indique en effet à ses artistes que Blanche Neige aura les traits de la comédienne Janet Gaynor, l’une des grandes stars du moment à Hollywood qui vient notamment de triompher dans Adorable de William Dieterle et qui fut la première à remporter l’Oscar de la Meilleure Actrice en 1929 pour ses rôles dans L’Heure Suprême, L’Ange de la Rue et L’Aurore. Quant à son caractère, il reprendra les caractéristiques de la princesse telle qu’elle est dépeinte dans la plupart des contes du XIXe siècle. Blanche Neige sera une jeune femme fragile et naïve, une pauvre enfant placée malgré elle au cœur d’une situation funeste dont elle est la victime innocente et de laquelle elle ne pourra se sortir seule.

Rien sur le passé de Blanche Neige n’est clairement précisé dans le script. Le spectateur ignore son âge exact même s’il est évident qu’elle n’a pas sept ans, comme dans le conte original, et qu’il s’agit bien d’une adolescente ou tout du moins d’une très jeune femme. Rien n’indique clairement où se déroule l’intrigue même si certains décors semblent rappeler l’Allemagne. Le public ignore aussi les liens de parenté précis qui existent entre la princesse et sa marâtre. Le roi mentionné dans l’histoire des frères Grimm est en effet totalement absent de l’intrigue développée par les scénaristes de Disney.

La Blanche Neige de Disney est une jeune femme gentille, innocente et pure, des qualités qui ont tôt fait de devenir des défauts. Sa gentillesse est largement abusée par la Reine qui la traite comme une esclave, une position qui visiblement ne dérange pas outre mesure la princesse qui semble se délecter de ses tâches m...

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