Jeux Olympiques de Lake Placid 1980 : Le Miracle sur Glace et les Résultats du Hockey sur Glace

Les Jeux Olympiques d’hiver de 1980, qui se sont déroulés à Lake Placid, dans l’État de New York, ont été marqués par un événement sportif qui a transcendé les frontières du hockey sur glace pour devenir un symbole de la Guerre Froide : le « Miracle sur Glace ».

Alors que depuis 30 ans une Guerre froide oppose les États-Unis et l’Union soviétique, les Jeux olympiques d’hiver 1980 sont organisés aux États-Unis, à Lake Placid dans l’État de New York, non loin de la frontière canadienne. Depuis décembre 1979 et l’entrée en Afghanistan de l’Armée rouge, les tensions entre les deux puissances sont revenues intenses.

Côté sportif, cette édition est marquée par le match qui oppose en hockey sur glace les deux grandes puissances mondiales en guerre.

DERNIÈRE MINUTE du Miracle sur glace ⛸️ | Moments iconiques

Le Contexte Géopolitique et Sportif

Depuis les années 60, l’équipe soviétique de hockey sur glace est considérée comme l’une des meilleures du monde, si ce n’est la meilleure. Au niveau international, elle a remporté quatre médailles d’or olympiques de suite en 1964, 1968, 1972 et 1976, et elle collectionne aussi les titres mondiaux : treize titres glanés depuis 1954, auxquels on doit ajouter les titres mondiaux de 1956, 1964 et 1968 qui étaient confondus avec la compétition olympique. À l’approche des Jeux de 1980, elle fait donc figure de favorite.

À l’époque, l’URSS compte dans ses rangs des joueurs de renom : le gardien Vladislav Tretyak, considéré encore aujourd’hui comme l’un des meilleurs de l’histoire de ce sport, les attaquants Boris Mikhaïlov, également capitaine de l’équipe, et Valeri Kharlamov ou encore le défenseur Viacheslav Fetisov. Tous membres de l’Armée Rouge, ces joueurs ont le statut d’amateurs et s’entraînent dans des conditions optimales - les installations soviétiques de hockey sur glace n’avaient alors rien à envier à celles de l’ouest. Pour la plupart, ils évoluent ensemble depuis plus d’une décennie, ce qui leur a donné des automatismes et un jeu rapide et précis.

Quant au Canada, la nation reine, puisque c’est dans ce pays que le hockey moderne est né, il délaisse les compétitions internationales, considérant que le niveau de la célèbre Ligue Nationale de Hockey, la LNH8, est plus élevé que celui proposé par les Soviétiques. Le statut particulier des Jeux Olympiques, où seuls des joueurs amateurs peuvent être alignés, contrarient aussi les intérêts canadiens, qui ne peut pas utiliser les joueurs professionnels de la LNH. Et les championnats du monde, compétition annuelle, du fait du chevauchement des calendriers n’autorisent pas tous les joueurs de la Ligue d’y participer. Pour véritablement affronter les Soviétiques à armes égales, les Canadiens ont organisé avec eux deux séries de matches en 1972 et 1974, pour jauger leur niveau. Vainqueurs de justesse de la première9 et défaits dans la seconde10, les Canadiens ont compris qu’une équipe d’amateurs non préparés n’avait aucune chance contre les rouges. En 1976, le pays à la feuille d’érable décide donc de ne pas envoyer d’équipe de hockey aux Jeux Olympiques, afin de protester contre la trop grande différence de niveau qui résulte, selon eux, du caractère professionnel des joueurs soviétiques.

Mais revenons aux États-Unis. En 1979, la dernière campagne aux championnats du monde a été une nouvelle désillusion avec une septième place. Pas de quoi espérer un bon résultat aux prochains Jeux qui se déroulent moins d’un an plus tard.

Alors que les Jeux de Lake Placid se profilent, la fédération américaine de hockey amateur se met en quête d’un entraîneur avec l’objectif de bien figurer dans le tournoi. Pour les dirigeants, la médaille et a fortiori le titre, paraissent inaccessibles. À l’été 79, ils jettent leur dévolu sur Herb Brooks, qui entraîne l’équipe de hockey de l’Université du Minnesota14, les Golden Gophers, vainqueurs de trois championnats universitaires depuis 1974. L’homme a aussi une solide expérience de joueur : évincé à quelques jours du début de la campagne victorieuse des Jeux de 196015, il a participé ensuite à ceux de 1964 et 1968 et a remporté une médaille de bronze aux mondiaux de 1962. Ayant carte blanche, il choisit lui-même les membres de son équipe, pour la plupart issus des Gophers. Il recrute aussi chez leurs plus ardents adversaires, les Terriers de l’Université de Boston.

Comme Dionne, il avait fait le constat que les équipes européennes étaient plus disciplinées, plus rapides et plus mobiles que celles de la Ligue Nationale de Hockey, défaut dont héritaient malheureusement les sélections nationales. Selon lui, ces carences expliquent, en grande partie, les difficultés que les joueurs ont rencontrées en affrontant les Soviétiques lors de la Challenge Cup en février 197916. Imposant leur physique au lieu de jouer le palet, ils ont vite été dépassés par la stratégie diabolique de leurs adversaires de l’est, bien plus adroits pour contrôler le palet et marquer. D’ailleurs le résultat ne s’est pas fait attendre. Après avoir remporté le premier match, les All Stars de la LNH s’inclinent dans les deux suivants, concédant notamment une défaite 6 buts à 0 dans la dernière rencontre. Un camouflet.

Trois jours avant la cérémonie d’ouverture, un dernier test se déroule sur la glace du Madison Square Garden à New-York et oppose pour la première fois depuis les championnats du monde 1978, Soviétiques et Américains17. Avant le début du match, Boris Mikhaïlov exhibe fièrement la Challenge Cup, remportée par son équipe un an plus tôt, dans cette même patinoire. Rapidement, les Américains sont débordés par le style de jeu des Soviétiques, qui dominent outrageusement la partie. Au final, les locaux encaissent 10 buts dont trois sont à mettre à l’actif de Vladimir Krutov18. La domination soviétique est totale.

Herb Brooks et ses joueurs n’arrivent donc pas en pleine confiance à Lake Placid, d’autant que leur groupe est très relevé : ils devront en effet affronter la Tchécoslovaquie, la Suède ainsi que la redoutable Allemagne de l’Ouest. Le premier match face à la Suède débute très mal. Dominés en première période, les Américains sont sévèrement sermonnés par Brooks pendant la pause et finissent par arracher le match nul avec un but à 27 secondes de la fin de la rencontre. Suit une large victoire contre la Tchécoslovaquie, autant inattendue que salutaire afin de poursuivre l’aventure dans le tournoi olympique. Remotivée, l’équipe américaine parvient à remporter les trois dernières parties et termine en tête de son groupe. L’objectif affiché de se qualifier dans la ronde des médailles - un groupe dans lequel s’affrontent les deux premiers de chaque poule du tour préliminaire - est atteint. Mieux, les Américains sortent invaincus, ce qui était inespéré.

L’arbitre québécois François Larochelle, choisi pour la rencontre, déclarera plusieurs années plus tard avoir subi des pressions des deux fédérations pour n’avantager ni l’une, ni l’autre… En 1980, les joueurs éligibles à la sélection américaine sont exclusivement des universitaires, âgés de 17 à 20 ans, et non pas les professionnels de la NHL. L’entraîneur Viktor Tikhonov dirige des légendes telles que Boris Mikhailov, Aleksandr Maltsev, Vladimir Petrov, Valeri Kharlamov et le gardien Vladislav Tretiak, sans oublier des jeunes talents comme Viatcheslav Fetissov ou Sergueï Makarov.

Une semaine avant le début du tournoi olympique, un match de préparation pour les deux équipes avait été organisé au Madison Square Garden de New York et les États-Unis s’étaient inclinés… 10-3 !

Le Match du Siècle : URSS vs États-Unis

Le premier match de ce tour final oppose le 22 février 1980 l’URSS aux États-Unis. À voir la manière dont les Soviétiques jouent, beaucoup, pour ne pas dire la totalité des spécialistes, voient les Américains perdre la partie. La veille du match, Dave Anderson, journaliste au New-York Times, écrit la chose suivante : « À moins que la glace ne fonde, ou que l’équipe américaine ou une autre équipe ne réalise un miracle comme le fit la formation américaine en 1960, les Russes devraient gagner facilement la médaille d’or olympique pour la sixième fois en sept tournois »19.

Le match, retransmis en direct à la télévision dans le monde entier, débute dans une atmosphère quelque peu pesante et dans une patinoire acquise à la cause des Américains. Au bout de neuf minutes, les Soviétiques, qui dominent largement, ouvrent le score grâce Vladimir Kroutov qui détourne un tir d’Alekseï Kassatonov, hors de portée du gardien américain Jim Craig (1-0). Quelques secondes après, les Américains égalisent par Buzz Schneider ! Le gardien américain maintient son pays dans le match ensuite, en repoussant plusieurs attaques. Et les Américains égalisent à nouveau, par Johnson après un tir lointain de Christian mal repoussé par Tretiak.

Au retour des vestiaires, l’entraîneur soviétique surprend tout le monde en remplaçant son gardien Tretiak, réputé le meilleur du monde, par Vladimir Mychkine, événement rarissime chez les Soviétiques. Mais ils reprennent l’avantage assez rapidement, sur un but de Maltsev.

En début de troisième période, les États-Unis surprennent encore leurs adversaires en égalisant une troisième fois, à nouveau par l’intermédiaire de Johnson.

Les Soviétiques ont beau se ruer de plus belle sur le but des Américains, ceux-ci ne lâchent plus rien et conservent leur avantage jusqu’au bout.

Pourtant menés trois fois au score, les jeunes américains finissent par s'imposer 4-3 dans un match qui fut surnommé le "miracle sur glace" pour souligner l'exploit de l'équipe des Etats-Unis. On retiendra aussi les poignées de main entre les deux équipes après la rencontre.

Incroyable, la grande équipe de l’URSS est tombée ! Le groupe des hockeyeurs universitaires dirigés par Herb Brooks suscite alors un élan de fierté nationale énorme aux États-Unis. La plupart feront ensuite carrière en NHL ou dans d’autres ligues professionnelles.

Du côté de l’URSS, si les joueurs ont pu se consoler avec une médaille de bronze, face à la Suède, leur fierté a été clairement touchée. L’URSS continuera cependant à dominer ce sport jusqu’à sa dissolution en 1991, avec deux médailles d’or, en 1984 à Sarajevo et 1988 à Calgary.

Ce faisant, les hockeyeurs américains prennent une sérieuse option sur la médaille d’or. Ce sera chose faite deux jours plus tard après une victoire sur la Finlande 4 buts à 222.

Une escouade de joueurs universitaires qui fait tomber la terrible équipe soviétique, l'évènement est de taille, et cette énorme surprise devient dans le cœur de tous les Américains le Miracle on ice, ou comment une équipe motivée et courageuse peut réussir l'impossible.

Tableau des Médailles (Hockey sur Glace)

Médaille Pays
Or États-Unis
Argent Finlande
Bronze URSS

Malgré cette défaite, qui ne fut pas mentionnée dans la Pravda, les Soviétiques continueront à dominer le hockey mondial dans les années 80 et ce jusqu’à la chute de l’URSS en 1991.

Herb Brooks poursuivra une longue carrière d’entraîneur jusqu’à sa mort dans un accident de voiture en 200323. Preuve de sa popularité, il sera sur le banc américain, en 2002, lors des Jeux de Salt Lake City, menant l’équipe à la médaille d’argent, non sans avoir battu les Russes en quart de finale. D’ailleurs, à l’occasion de la cérémonie d’ouverture, ce sont les vingt joueurs victorieux de 1980 qui ont allumé la vasque olympique.

Le tableau d'affichage lors du "Miracle sur Glace".

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